Les Cyrtarachninae forment une sous-famille d'Araneidae réunissant aujourd'hui deux tribus : les Cyrtarachnini et les Mastophorini, cette dernière incluant l'« araignée bolas ».

Distribution géographique Leur répartition est mondiale, du continent américain, de l'Australie à l'Extrême-Orient, en passant par l'Afrique et même l'Europe où une espèce, Cyrtarachne ixoides (ixodoides)', les représente en France.

Anatomie externe vignette|439x439px|Fig.1 - Exemples de Cyrtarachninae : aspect externe. A, Cyrtarachne ixoides - B, Cyrtarachne bufo - C, Paraplectana coccinella - D, Pasilobus sp. - E, Poecilopachys australasia - F, Mastophora sp. -G, Taczanowskia - L, Aranoethra - H, Celaenia excavata - K, Dicrostichus ou Ordgarius. Chez la plupart des espèces de Cyrtarachninae, l’abdomen des femelles adultes est proportionnellement plus large que le  céphalothorax qu’il tend à recouvrir, le dissimulant plus ou moins et peut être très étalé dans le sens transversal (Pasilobus) (fig.1,D). Sa forme globale et son ornementation, motifs et fond aux couleurs vives, peuvent simuler certains insectes, par exemple des coccinelles (Paraplectana coccinella, Paraplectana tsushimensis) (Fig.1,C). Il peut également être pourvu de tubercules ou verrucosités de tailles, de formes et de coloris variés (Pasilobus bufoninus, Cyrtarachne inaequalis, C.bufo, Poecilopachys australasia) (Fig.1,B, E). Le prosoma ou céphalothorax peut également présenter des excroissances en tubercules ou cornes (Mastophora), ces dernières pouvant simuler une rangée d'épines (Cladomelea debeeri) (Fig.2). vignette|Fig.2 -Cyrtarachninae : cornes (C) de Mastophorini : Cladomelea, de profil, à droite et Mastophora, de face, à gauche (dessins). Cette morphologie particulière peut favoriser le mimétisme de l'araignée avec son environnement (mimétisme batésien), en étant par exemple associé à une couleur d’ensemble jaune-verdâtre fondant l'araignée dans la végétation (Taczanowskia) (Fig.1,G), ou en permettant une ressemblance (rare) avec des insectes (Fig.1,C), avec des débris végétaux ou des excréments d’oiseaux tombés sur la végétation (Celaenia, Mastophora extraordinaria: « Bird-dropping spiders » des anglo-saxons)(Fig.1,H), ou encore avec la coquille de mollusques terrestres (Cyrtarachne conica, Cyrtarachne inaequalis, Cyrtarachne bufo) (Fig.1,B). vignette|Fig.3 - Dimorphisme sexuel volumétrique de Mastophora. F, femelle - M, mâle pygmée. Par ailleurs, la morphologie générale et la coloration peuvent prêter à confusion avec les Gasteracanthes, comme dans le cas d’Aranoethra cambridgei dont le jaune éclatant (Fig.1,L) rappelle celui de Gasteracantha remifera. Emerit a d’ailleurs tenté un rapprochement phylogénique audacieux entre les Cyrtarachninae, surtout mâles immatures de Cyrtarachne "ixodoides", et les Gastéracanthes, lien basé sur la sigillotaxie (plaques chitinisées) de l’abdomen et ses tubercules.

Les mâles, du moins chez les Mastophorini, sont plus petits que les femelles (Fig.3). Il existe alors un dimorphisme sexuel volumétrique marqué comme chez les Argiopes et les Néphila. vignette|Fig.4 -Celaenia excavata, cocons ovigères.

Industrie séricigène : les toiles et les modes de capture des proies Les deux tribus de la sous-famille des Cyrtarachninae s'opposent dans la construction de toiles d’une diversité structurale importante (Stowe, 1986). On observe dans le cadre de cette industrie séricigène le tissage de cocons ovigères globuleux (Mastophora, Celaenia) (Fig.4) ou fusiformes (Cyrtarachne ixoides, Dicrostichus magnificus) (Fig.5). gauche|vignette|Fig.5 - Ordgarius (Dicrostichus) magnificus, femelle sur cocons ovigères. Selon une première hypothèse (Robinson & Robinson, 1975; Eberhard1980), les toiles auraient évolué par réduction progressive en trois étapes qui se sont succédé au fil du temps : le type à fils en pont (« spanning-thread webs » des anglo-saxons), le type en triangle, le type à bolas et, en fin de compte, la disparition pure et simple de tout édifice soyeux (Scharff & Coddington, 1997).

Elle a été infirmée plus récemment par l'étude de phylogénie moléculaire ardue de Tanikawa et al. (2014), puis celle de Scharff et al. (2020).

Tribu des Cyrtarachnini Les genres Cyrtarachne, Pasilobus, Poecilopachys et Paraplectana tissent des toiles orbiculaires très modifiées car pourvues d’un petit nombre de radii et de fils visqueux largement espacés à disposition non spiralée, nommés en anglais “spanning-threads”, soit “fils en pont”, (Clyne, 1973; Chigira, 1978; Robinson, 1980; Shinkai, 1992). Leur construction « laborieuse » a été décrite en détails par Stowe (1986), d’après différents auteurs dont s’inspirent également les dessins joints. vignette|Fig.6 - Cyrtarachne bufo, toile. M, moyeu - P, fil gluant en pont - R, radius - S, secteur. Schéma d'après Suginaga. La toile des Cyrtarachne exotiques se compose d’une charpente de forme variable, en triangle ou en polygone plus complexe, de radii divergeant à partir d’un moyeu subcentral et de fils en pont pouvant former des cercles complets au travers des secteurs (Fig.6). gauche|vignette|Fig.7 - Cyrtarachne ixoides, toile. C, charpente - M, moyeu - P, fil gluant en pont - Pd, fil gluant détaché à une extrémité - R, radius - S, secteur. Schéma d'après Olin. Elle peut atteindre de diamètre.

La toile de notre espèce indigène Cyrtarachne ixoides étudiée en détail par Olin (2013) dans les Landes se rencontre souvent entre deux buissons ou herbes hautes, à une hauteur de 1 à , plus rarement jusqu’à 3 ou dans un arbre. Cet édifice, mieux visible quand il est emperlé de rosée matinale, se compose d’une charpente en cadre rectangulaire, s’attachant  typiquement à quatre supports, et d’un ensemble de 8 à 10 radii convergeant vers un moyeu (Fig.7, 8) gauche|vignette|Fig.7 - Cyrtarachne ixoides: toile fixée dans la végétation. Fils gluants, les uns fixés en "pont" aux deux bouts et les autres pendants après un impact.renforcé de soie plus dense et, dans les secteurs, de fils en pont très gluants, sans disposition spiralée. Ces fils de capture forment, de profil, des arceaux sous la toile lorsqu’ils sont rattachés à deux rayons successifs par leurs extrémités ou pendent verticalement, lorsque l’une de ces dernières s’est rompue, spontanément ou sous l’impact d’une proie volante (Fig.7).vignette|Fig.8 - Pasilobus sp., toile. C, charpente - M, moyeu - P, fil gluant en pont - R, radius - S, secteur. L' araignée hale un Lépidoptère (L) avec le fil en pont qu'a détaché cette proie. Schéma d'après Robinson & Robinson.La toile de Pasilobus, longue d’environ ,' a une charpente triangulaire, un moyeu totalement excentré à l’apex, un unique radius axial et, de ce fait, seulement deux secteurs traversés par quelques fils en pont (Fig.8). L’Araignée Pasilobus sp., étudiée en Nouvelle Guinée (Morobe District) par les Robinson (Robinson & Robinson, 1975), construit cet édifice de nuit sur les arbustes et les petits arbres. Plus ou moins horizontal, cet édifice a une charpente triangulaire divisée en deux moitiés par un fil médian tendu de l’angle apical au milieu de la base, ainsi divisée. De ce fil axial pendent de 4 à 11 paires de fils en “pont” largement espacés. Seuls constituants adhésifs de la toile, ils sont visqueux dans une partie seulement de leur longueur, solidement fixés au seul niveau de leur jonction avec le fil médian mais, en revanche, sont facilement rompus à leur insertion sur le fil de charpente latéral ("low‐shear joint"). La toile de Paraplectana, telle que P. tsushimensis (Chigira, 1978), d’un diamètre moyen de , a une charpente plus ou moins incomplète, un moyeu très excentré, 4 à 7 radii et des fils en pont dans les secteurs plus ou moins ouverts qu’ils délimitent (Fig.9).vignette|Fig.10 - Poecilopachys australasia, toile. C, charpente - M, moyeu - P, fil gluant en pont - R, radius - S, secteur. Schéma d'après Clyne.|gaucheLa toile de Poecilopachys australasia (Clyne, 1973), d’environ de diamètre, montre également une charpente triangulaire, mais il s’y inscrit une ébauche d’orbe à moyeu excentrique, 7 à 12 radii, une dizaine de secteurs et jusqu’à un maximum de 13 fils en pont dans ces derniers (Fig.10).

vignette|Fig.9 - Paraplectana tsushimensis, toile. C, charpente - M, moyeu - P, fil gluant en pont - Pd, fil gluant détaché à une extrémité - R, radius - S, secteur. Schéma d'après Chigira. Lorsqu’un insecte vient à heurter un fil en pont de ces toiles, l’une des extrémités de ce fil, dite «joint de cisaillement» (“low-shear joint”) se libère du radius, tandis que l’autre lui reste fermement attachée (Cyrtarachne Arita, 1963 ; Poecilopachys Clyne, 1973 ; Paraplectana Chigira, 1978 ; Pasilobus Robinson, 1980 ; Cyrtarachne Shinkai, 1992)(Fig.8). Cette caractéristique différencie nettement les fils en pont des spires de toiles orbiculaires habituelles qui sont attachés fermement aux radii et ne s’en détachent pas par rupture. Le caractère gluant du fil en pont est lié aux gouttelettes visqueuses qui y sont fixées et retiennent la proie jusqu’à ce que l’araignée la hale vers elle (Fig.4).

Dans le cas de Pasilobus, lorsqu’un Insecte heurte un « pont » en volant (Fig. 8), ce dernier se rompt et pend au-dessous de la toile, attachant ainsi au fil médian la proie qui continue à voler en tournoyant et finit par s’immobiliser. L’araignée se précipite vers l’attache le long du fil axial, hale le fil en “pont” et mord enfin l’insecte englué sur ce dernier (Robinson).

Tribu des Mastophorini : araignées à bolas Apparemment bien différente est l’industrie séricigène des genres Mastophora (Amérique), Cladomelea et Acantharachne (Afrique), Ordgarius ou Dicrostichus (Australie) dont la toile captrice est réduite à un « bola », fil terminé ou garni par une ou plusieurs masses visqueuses alors superposées que l’araignée femelle fait tourner au bout de l’une de ses pattes lorsque s’approche, de nuit, une proie volante (Eberhard, 1980; Shinkai and Shinkai, 2002; Blackledge et al., 2011). Chacun de ces genres diffère des autres par sa tactique de manipulation du bola, tenu avec une patte qui le projette vers la proie parvenue à portée : patte I chez Mastophora et Agatostichus, patte II chez Dicrostichus (Longman1922 ; Mac.Keown, 1952) avec tournoiement à l'approche de la victime et patte III chez Cladomelea où la rotation est permanente (Akerman, 1923).

Tribu des Mastophorini : araignées sans bolas À l’extrême, les araignées femelles de deux autres genres de la même tribu, Celaenia et Taczanowskia (Amérique) ne tissent aucun piège et capturent directement avec leurs pattes étendues (McKeown, 1952 ; Eberhard, 1981 ; Forster and Forster, 1999).

Points communs vignette|Fig.10 - Mastophora cornigera, bola (fil seul visible) et proie.

Suspension de la proie En fait, bien que les structures des pièges diffèrent grandement, il existe des similitudes frappantes entre une proie suspendue à un fil en pont rompu et ballant et celle qui a été prise à la « volée » avec un bola. vignette|Fig.11 - Cyrtarachninae : toiles. 1,Cyrtarachne, sp - 2, Pasilobus - 3, Mastophora.sp. Adhésivité L’adhésivité des gouttelettes de fils en pont et du globule de bola est extrême. Cependant, chez Cyrtarachne, elle décroîtrait en quelques heures jusqu’à devenir nulle (Cartan et Miyashita, 2000), sauf dans des conditions de forte humidité où elle reste élevée (Baba et al., 2014). Il en serait de même pour les “énormes” globules de bolas qui diminuent très sensiblement de taille en seulement 90 minutes (Eberhard, 1980), réduction d’adhésivité non observée dans les toiles orbiculaires des autres Araneidae.

Attraction des proies par mimétisme chimique agressif phéromonal