est un film japonais réalisé par Shinji Higuchi, sorti en 2005. Figurant avant tout comme un film d'action, de drame et de science-fiction, il appartient également aux deux sous-genres du film de sous-marin et du film de guerre, ayant chacun leurs propres références et leurs propres codes.
Le film est l’adaptation directe du roman d’, scénariste et nouvelliste japonais âgé de 56 ans. Incrustant le style narratif fictionnel d’un « et si » dans le passé sombre d’une des catastrophes historiques la plus marquante et violente, l’adaptation de Lorelei est aussi bien un témoignage dramatique des pertes de la Seconde Guerre mondiale qu’un clin d’œil aux scénarios et aux styles des mangas modernes. Ce double statut à la fois filmique et littéraire fait de Lorelei, au moment de sa sortie, un des plus grand succès du cinéma au Japon.
Lorelei met en avant le contexte historique bien précis des derniers mois de la Seconde Guerre mondiale au Japon tels qu’ils sont vécus dans le milieu de l’affrontement maritime entre l'armée japonaise et l'armée américaine. L’héritage de la technologie nazie, célèbre pour ses innovations d’armement, de fusée et de soutien logistique dans le cadre de l’usage militaire joue un rôle dominant dans le film. Le sous-marin l-507 peut potentiellement faire référence à l’Unterseeboot 507 (U-507), un sous-marin allemand utilisé par la Kriegsmarine entre 1935 et 1945. L’aviation américaine est également représentée avec la référence directe au Boeing B-29 Superfortress, bombardier lourd quadrimoteur dont le premier vol est daté au .
Le film retrace, sous les eaux troubles de l’Océan pacifique, l’histoire de la première bombe atomique d’Hiroshima de 1945. À un moment où la survie du Japon importe plus que tout et où toute onde d’espoir a disparu, le capitaine Asakura, personnage pragmatique et désillusionné de haut rang militaire, remet entre les mains de Shin’ichi Masami, le « capitaine froussard » la mission vitale d’arrêter le prochain bombardement atomique prévu par l’armée américaine. Pour ce faire, Shin’ichi se voit attribuer la direction du sous-marin l-507, considéré par Asakura comme un chef-d’œuvre de la science nazie qui permettra de sauver la Japon de l’annihilation. Dès lors, Shin’ichi embarque à bord du « système Lorelei », une technologie infaillible héritée du nazisme lui-même et construit sous l’influence du Surcouf français, dont l’apport a contribué au développement des performances de sous-marins canonniers dans le but de maximiser une force navale importante. En ce sens, ne pas sauver le Japon n’est aucunement une option. Survivre signifie ne pas abandonner. Voici l’ambiance sinistre dans laquelle sont plongés « le capitaine froussard » et son équipage.
La légende de Lorelei Lorelei est principalement connu comme étant un rocher situé au-dessus du Rhin, mais dans le cadre du film d'Higuchi, le recours à la légende de Lorelei fait écho à la mythologie germanique et plus précisément à la nymphe Lorelei : "la belle et mélancolique sirène dont les chants ont charmé bon nombre de bateliers passant en contrebas." Elle incarne une figure féminine de décpetion amoureuse et de beauté fatale, dont même les hommes les plus insensibles à l'amour ne sauraient lui résister et fait ainsi également référence indirectement aux sirènes de la mythologie grecque.
Dans Lorelei, la sorcière du Pacifique, c'est avant tout le chant de la nymphe qui est conservé. Il est incarné à travers le personnage de Paula Atsuko Ebner, femme aux pouvoirs divers cachée secrètement à bord du l-507. Sa mélodie apparait dès le début du film, ce qui souligne rapidement l'aspect envoutant, irrésistible de la voix douce et délicieuse qu'évoque la nymphe Lorelei. Dans le film, le chant de Paula, dont le refrain "Schlaf ein" (endors toi) retentit dans les profondeurs imperceptibles du Pacifique, semble occuper une double fonction. Premièrement, à l'image d'une sorcière qui ensorcèle et séduit, le chant conserve de manière fidèle à la mythologie germanique un côté perturbateur, déstabilisateur, même mystique qui trouble. À cet égard, le film cite explicitement Lorelei comme une légende, et plus précisément comme la légende de "la sorcière Lorelei" (Lorelei, la sorcière du Pacifique: 00:03:16). Cet aspect sorcier sera évoqué de manière assez critique par les soldats américains, qui ne parviendront pas toujours à comprendre comment l'ennemi peut leur résister, ce qui renforce l'idée d'un certain pouvoir "magique" étant justement représenté par la force et la puissance du système Lorelei. À la même image que la nymphe, le l-507, représenté par ce système infaillible, mène l'ennemi à sa perte en le faisant sombrer. Deuxièmement, la présence du chant peut également s'entendre comme une douceur, une sorte de baume au cœur qui soigne les tristesses et les déchirures émotionnelles des soldats sans cesse confrontés aux conditions désastreuses et inhumaines de la guerre. En ce sens, deux interprétations majeures peuvent se lire grâce à la référence mythologique de Lorelei, réinterprétée à travers la figure féminine de Paula : une véritable force envoutante capable de détruire ainsi qu'une manifestation d'un réconfort, d'une aide sans jugements. Dans les deux cas, la référence à la nymphe est pertinente puisque cette dernière recourt généralement à son chant pour réconforter avant de faire sombrer. En 1801, Clemens Brentano, poète à qui la légende de Lorelei aurait été attribuée, aurait inventé ce personnage pour symboliser l’amour passionnel dans la littérature germanique. Dans son écriture, Lorelei est décrite comme "une sorcière, belle et délicate, conduisant bien des hommes au déshonneur, pris dans les filets de l'amour."
Synopsis thumb|Maquettes du I-507. Basé sur le sous-marin français Surcouf. Le , un B-29 américain lâche la première bombe atomique sur la ville d'Hiroshima.
Face à cette nouvelle menace, le capitaine Asakura confie une mission de la plus haute importance à Shin'ichi Masami, surnommé le « Capitaine Froussard », un marin à terre depuis plus de trois ans à cause de sa réputation, héritée de son refus d'appliquer les « tactiques suicides » des kamikazes. Il précède alors sa demande par une question bien précise. Il souhaite en effet savoir si Shin’ichi a lu Crime et châtiment, le plus célèbre livre de l’auteur russe Dostoïevski. Par-là, Asakura semble le sensibiliser à la mort et même plus précisément, au potentiel choix du suicide. Il lui explique également l’importance vitale de cette mission : si la bombe d’Hiroshima n’était qu’une démonstration pour les Américains et qu’ils ont encore plus de ressources, alors le Japon sombrera.
Masami se voit alors confier le commandement d'un sous-marin ultra-perfectionné, le I-507 (inspiré du Surcouf français), ramené d'Allemagne par une équipe de scientifiques, et plus précisément par l'expert Takasu Narumi. À bord du sous-marin, Shin’ichi prend la parole et explique à son équipage que la survie du Japon est désormais entre leur main. Le submersible dispose à son bord d'une arme héritée des nazis, le « système Lorelei », ainsi qu'une jeune femme allemande télépathe, Paula. Sa mission, trouver le vaisseau qui achemine la prochaine bombe atomique et l'empêcher de mener sa tâche à bien.
Après le second bombardement sur Nagasaki, une tentative de mutinerie a lieu. Asakura désespéré des autorités militaires qui ne voient pas la souffrance des hommes sur le front a prévu de livrer le sous-marin aux États-Unis qui eux doivent bombarder Tokyo et détruire ainsi le gouvernement japonais. Masami réussi à maitriser la situation et il veut à tout prix empêcher un troisième bombardement atomique sur Tokyo. Pour ce faire, Lorelei incarnera plus que jamais la figure de l'espoir du Japon.
Fiche technique Titre original : Titre français : Lorelei, la sorcière du Pacifique Réalisation : Shinji Higuchi Scénario : Satoshi Suzuki, d'après un roman de Photographie : Montage : Décors : Musique : Naoki Satō Effets spéciaux : Tôru Suzuki Pays d'origine : Langue originale : japonais Format : couleur - 35 mm - 2,35:1 - Dolby Digital Genre : action, drame, science-fiction Durée : 128 minutes Budget : 2, 4 milliards ¥ Date de sortie : Japon :
Distribution Kōji Yakusho : Shin'ichi Masami Satoshi Tsumabuki : Origasa Yukito Toshirō Yanagiba : Toshiro Kizaki : Paula Atsuko Ebner : Ryokitsu Asakura : Takasu Narumi
Production Le film aurait potentiellement pu être réalisé en parties dans les studios Toho à Tokyo.
Réception critique Dans sa globalité, 66% des utilisateurs ont aimé Lorelei, mais certaines critiques semblent assez opposées et dépeignent des appréciations diverses vacillant d’une interprétation majoritairement pessimiste à une analyse plutôt positive. En effet, même si le film a fait carton plein au Japon au moment de sa sortie, il reste à plusieurs égards un "film décevant" qui ne satisfait que très peu du point de vue des attentes cinématographiques, notamment en ce qui concerne la fiction et son affiliation au récit historique de la Seconde Guerre mondiale. En somme, les discordes portent largement sur le genre cinématographique du film, qui figurant comme œuvre fictionnelle, est avant tout un récit de guerre qui ne parvient que très peu à concorder avec une réalité vécue. Interviennent alors de nombreuses discussions qui font de Lorelei, la sorcière du Pacifique une sorte de "mélange" des genres cinématographiques.
Accueil négatif : parmi les points qui posent problème figurent premièrement la durée du film, jugée trop longue et traversée par une apparente dimension cliché des personnages ("le vilain scientifique, le jeune premier qui veut donner sa vie à la patrie, le méchant haut-commandement..."). Les effets spéciaux ne sont pas non plus épargnés et semblent trop inégaux d'un point de vue de leur répartition et sont considérés par moments comme "grossiers et peu esthétiques." D'un point de vue plus extérieur, la relation entre Paula et Yukito est questionnable. Elle est considérée par certaines critiques comme "une romance indigeste", tandis que pour d'autres, la présence d'un lien amoureux ajoute une dimension émotionnelle et allège l'atroce inhumanité de la guerre. De plus, le projet (audacieux) de Shinji Higuchi à réaliser un film départagé entre trois genres cinématographiques suscite aussi quelques remarques : "l’aspect science-fiction est tout simplement ridicule et tombe comme un cheveu sur la soupe." Lorelei, la sorcière du Pacifique, en étant un film qui retrace avant tout une histoire de guerre, semble ainsi avoir fait l'objet d'un retour mitigé et peu convaincant sur son caractère fictionnel. De plus, d'autres critiques interprètent le contexte historique du film comme paramètre suffisant à classer Lorelei comme film d'horreur, alors que ce genre cinématographique n'est pas mentionné pour l'élaboration du projet. Dans cette optique, Lorelei, la sorcière du Pacifique serait "un film d'horreur basé sur des faits historiques et combiné à la fiction, d'ailleurs pas trop mal pour un film d'horreur sous-marin". À l'égard du genre cinématographique, ce qui est reproché au film est de vaciller maladroitement entre différents genres, notamment la guerre, la science-fiction et l'histoire. Cette fusion des genres est présentée comme un élément perturbateur qui réduit l'expérience immersive dans l'univers du film, notamment en raison du point de vue historique. En effet, bien que Lorelei retrace un événement historique reconnu à l'échelle planétaire, certaines critiques pensent que le contexte de la Seconde Guerre mondiale n'est pas suffisamment détaillé et peut sembler à certains égards comme un manque de clarté, voire de réalisme, ce qui réduit dès lors la vraie portée dramatique de l'œuvre.