Le site archéologique de Nijniï Arkhyz est surtout connu pour ses églises d'architecture byzantine (églises de Zelenchuk ou Zelentchouk), il est situé sur la rive droite du Bolchoï Zelentchouk, en Karatchaïévo-Tcherkessie. Ce site aurait pu être la capitale de l'Alanie occidentale, à son apogée au . .

Ces églises constituent un ensemble original se rattachant par leur style architectural aux églises byzantines abkhazes.

Le site a été inclus dans la réserve historique, culturelle et naturelle de Carachai-Circássia Par décret du Conseil des ministres de la RSFSR n ° 35, du , puis classé monument d'importance fédérale par décret du président de la fédération de Russie n ° 176, du 20 février 1995.

Le site archéologique de Nijniï Arkhyz (Nizhny Arkhyz) est évoqué dans le programme UNESCO des routes de la soie.

Les références complètes et l'importante bibliographie en langue russe sont consultables sur le site wikipedia Нижне-Архызское городище

Histoire Les Alains s'établissent dans la vallée dès le , ainsi qu'en attestent des objets découverts sur le site lors des fouilles. . La christianisation, conséquence du prosélytisme byzantin dans le Caucase apparait au , une ville épiscopale se développe sur le site. Un quartier fortifié est réservé aux constructions épiscopales, cathédrale et palais, tandis que la ville s'étend à proximité avec de nombreuses églises et chapelles, un monastère et diverses autres constructions. La ville relativement importante pourrait avoir été la capitale de l'ancien État alanien : Magas (Ma'as), décrite par l'historien arabe Al-Masudi au . La ville cesse d'exister à la fin du , probablement à la suite des invasions Qiptchak. Il ne subsistera alors qu'un village rattaché au diocèse d'Alan, quelques églises et cimetières resteront utilisés jusqu'au , le site sera abandonné durant la seconde moitié du . .

À la fin du , un monastère (monastère Alexandre Nevsky Athos Zelenchuksky) fut construit sur le site, il devait permettre de préserver les églises subsistantes (églises de Zelenchuk) tout en assurant l'encadrement des communautés chrétiennes locales (décision du Saint-Synode de 1889). Il abritait un établissement pouvant accueillir dix soldats âgés, un atelier de peinture d'icônes, et une école pour les enfants du diocèse de Stavropol. Le monastère fut fermé après 1917.

Historique des recherches

Période tsariste vignette|Église nord, 1891. En 1802 le général de division A. Ya. Potemkine visite la Zakubanie et, en particulier, la vallée du Grand Zelenchuk. Il étudie les édifices religieux, en fait des croquis, et dresse un plan général du site mettant en évidence ses fortifications. Ses documents ont été publiés dans la revue "Fiches bibliographiques" de PI Keppen . gauche|vignette|Le temple central, 1891. Pendant la guerre russo-turque (1828-1829), le général G.A. Emmanuel charge l'architecte italien du service russe I.K. Bernardazzi d'étudier les anciennes églises de cette région. Après avoir examiné les églises de Zelenchuk, de Shoana, de Senty et quelques autres, il rédige un document accompagné de plans et croquis que le général Emmanuel présente à Nicolas dans l'objectif d'engager une restauration des sites. Mais le général A.A. Velyaminov remplaçant Emmanuel comme chef de la région du Caucase, considère, dans une lettre à l'empereur, qu'il serait dangereux d'effectuer des travaux dans ces régions instables. Les recherches de Bernardazzi ont néanmoins attiré l'attention sur les anciennes églises de cette région, et des archéologues professionnels et des chercheurs amateurs ont commencé à les étudier. vignette|Temple du Sud, 1891. En 1867, les frères Narychkine, voyageant dans le Caucase à des fins archéologiques, font de petites fouilles dans l'église nord de Zelenchuk. Leur rapport, publié dans Izvestia de la Société archéologique impériale russe, comprend des dessins et un plan de l'église.

À la fin du , la Société archéologique de Moscou participe à l'étude d'Arkhyz. En 1888, Dmitry Strukov réalise des croquis à l'aquarelle des fresques présentes dans les églises de Zelenchuk. L'archéologue V.M. Sysoev réalise des fouilles archéologiques dont les résultats sont publiés dans plusieurs articles et monographies.

Période soviétique En 1940, une expédition dirigée par KM Petrelevich fouille le site de l'église nord de Zelenchuk et découvre des bijoux en or, et un sceau almandin du comportant une inscription arabe du roi arménien Asochius. Ces découvertes sont conservées au musée historique d'État de Moscou.

En 1959, la restauration de l'église nord de Zelentchouk permet de découvrir des sépultures anciennes (fouilles de Borodine).

Mais c'est surtout l'archéologue spécialiste du Caucase V.A. Kouznetsov qui approfondit les connaissances sur le site. De nouvelles fouilles sont réalisées entre 1961 - 1972 et en 1978 par l'Institut d'archéologie de l'Académie des sciences sous la direction de V.A. Kouznetsov . De nombreuses structures sont alors mises à jour : installations résidentielles, domestiques et industrielles, vestiges d'églises et de chapelles chrétiennes, sépultures contenant des artefacts du .

Disposition vignette|458x458px|Plan du site, 1897. Le site archéologique s'étend sur plus de trois kilomètres dans une vallée de montagne, le long de la rive droite du Bolchoï Zelentchouk. La largeur moyenne de la vallée à cet endroit est de 250 à 300 mètres, l'altitude moyenne de . L'emplacement de la ville est stratégique, protégé par des montagnes boisées et une rivière infranchissable. La vallée offre un débouché vers Soukhoumi et la côte via les cols d'Adzapch et de Santcharo.

Selon l'archéologue Kouznetsov, l'ensemble du site couvre plus de 60 hectares. Il comporte six sous-ensembles :

Une première parcelle agricole. Elle occupe une longueur de 600 mètres entre les premier et deuxième murs défensifs de la ville. Le site du diocèse. De l'église au deuxième mur défensif, s'étend l'enclos fortifié du complexe épiscopal alanien repérable à l'église Nord, probablement la cathédrale, entourée des vestiges de cinq petites églises à une nef . Trois chapelles identiques appartenant également à ce village sont situées "dans les montagnes" (contreforts de la chaîne de montagnes Uzhum). Des vestiges des murs d'enceinte, de bâtiments résidentiels et agricoles et d'un cimetière chrétien sont visibles sur le site. Une deuxième parcelle agricole. Entre le village du diocèse et la ville elle-même, cette parcelle couvre environ 15 hectares sur une longueur d'environ 750 mètres. Elle est délimitée au sud par la porte d'Hassan. La ville . Le territoire de la ville ancienne (25 ha), très bien conservée, commence à la porte d'Hassan et à l'église centrale. Les bâtiments sont situés le long de trois rues d'environ 3 mètres de large auxquelles les archéologues ont donné des noms conventionnels. La rue Tsentralnaya assez droite, traverse tout la ville de la porte Podrovanaya jusqu'à la rivière et au cercle de pierre. La rue Podgornaya part de la rue Tsentralnaya près de la porte Podvorannaya et, après 220 mètres, se dirige vers le nord-est à la base de la chaîne de montagnes Uzhum. La rue Naberezhnaya longe une falaise jusqu'à la rivière sur plus de 500 mètres, pour finalement fusionner avec la rue centrale. Parmi les bâtiments, subsistent l'église sud, les ruines de trois chapelles, des bâtiments résidentiels et industriels, et les restes de cimetières chrétiens . Un cimetière sur les pentes de la chaîne de montagnes Uzhum, sur la rive droite de la rivière. Sur le côté sud et sud-ouest de la porte Podrovanaya, il existe de nombreux cimetières païens sous forme de sépultures dans des grottes, en particulier dans les endroits difficiles d'accès. Un cimetière sur les pentes de la chaîne de montagnes Mycesta, sur la rive gauche de la rivière. Sur le versant oriental de la chaîne de montagnes, de nombreux cimetières anciens correspondent à des nécropoles païennes . Selon les chercheurs, tout le territoire de la rive gauche du Bolchoï Zelenchuk dans l'Antiquité était réservé à l'inhumation, car il ne convenait ni à la construction, ni à l'agriculture.

À proximité du site, ont également été découverts : des carrières, des restes de bas fourneaux, des céramiques, des mines, des enclos à bétail, une ancienne route alanienne, et des tours de guet sur les pentes des montagnes.

Églises Les bâtiments les plus célèbres sont trois églises à croix inscrites caractéristiques de l'architecture abkhaze-byzantine du .

Église de Zelenchuk Nord vignette| Aspect actuel. vignette|Le plan de l'église, 1897. vignette| Dômes. vignette| Nef centrale. L'église nord est située à 800 mètres de la ville et est entourée des ruines de plusieurs bâtiments : trois petites chapelles des associées à des cimetières chrétiens et un bâtiment surélevé qui pourrait être le palais épiscopal. Cette organisation a permis à Kouznetsov d'identifier ce lieu comme étant l'enclos fortifié du diocèse d'Alan du , et l'église nord elle-même comme sa cathédrale. . À son avis, cette église, qui n'a jamais été reconstruite ou restaurée avant les travaux de restauration de Borodine en 1959, est représentative d'une architecture alanienne médiévale. Des croix portant des inscriptions grecques ont été découvertes à proximité ce qui pourrait témoigner de la présence de religieux de langue grecque sur le site.

L'église, le plus grand bâtiment de ce type dans le Caucase Nord, est une structure voûtée à trois nefs et trois absides. Le dôme du bâtiment est soutenu par deux paires de piliers carrés, divisant l'espace du temple en trois nefs longitudinales. La nef centrale est plus large que les bas-côtés, et l'abside centrale avance par rapport aux absides latérales. Sur trois côtés, le narthex est surmonté d'arcs de pierre. Avec les narthex, le bâtiment mesure 25,5 mètres sur 19,5 mètres. Les chercheurs ont noté que sans les annexes, les dimensions du temple sont strictement proportionnelles : , sa largeur est la moitié de la longueur, ce qui correspond aux canons de l'architecture romaine et grecque.

La couverture de l'église avait pratiquement disparu avant la restauration, mais à en juger par les vestiges conservés dans l'abside, les nefs nord et sud et les vestibules, il s'agissait de voûtes cylindriques en pierre, couvertes à l'extérieur de toits et de pignons simples, faits de fines dalles de pierre en chevauchement et dépassant légèrement des murs de bordure. Dans une section préservée du toit au-dessus de la partie nord de la croix, les chercheurs ont trouvé une écorce de bouleau qui sépare les dalles de l'épaisseur du mur et sert à imperméabiliser la structure. Cette technique de construction n'a pas été mise en évidence dans d'autres monuments architecturaux du Caucase et de Crimée .

Lors des fouilles sous le plancher de la nef sud, un cercueil composé de plaques soigneusement découpées, a été découvert, son contenu aurait été pillé à une date inconnue. Dans l'angle nord-ouest du narthex, un réservoir de forme cubique () évoque la présence de fonts baptismaux. Un escalier en bois menait aux chœurs, qui étaient portés par deux arcs en briques, soutenus par deux paires de pilastres.

En 1888, D.M. Strukov, a réalisé des aquarelles des fresques encore présentes l'église.

gauche|vignette|271x271px|Croix avec inscription. (Photographie de 1897).