Julie-Victoire Daubié (au quotidien Victoire Daubié) née le à Bains-les-Bains (Vosges). et morte le (à ) à Fontenoy-le-Château (Vosges)Registres d''état civil, commune de Fontenoy-le-Château, Cote 179/1_E_731515, Année 1874. Sur Archives départementales des Vosges en ligne, /34, Acte N° 117, en haut., est une journaliste française, militante des droits des femmes.
C'est la première femme française à s'inscrire aux épreuves du baccalauréat à Lyon en 1861, et la première à l'obtenir le . C'est aussi la première licenciée ès lettres le , à l'époque où les cours à la Sorbonne ne sont pas ouverts aux femmes.
Le bicentenaire de sa naissance en 2024 a fait l'objet d'une commémoration nationaleCélébrations nationales 2024 par le service France Mémoire de l'Institut de France.
Biographie vignette|gauche|Site de la Manufacture : à droite de la chapelle, la maison natale de Julie-Victoire Daubié. Julie-Victoire Daubié naît dans la maison dite des Commis de la Manufacture royale de Bains-les-Bains où son père occupe les fonctions de directeurProfession portée sur l'acte de mariage Colleuille/ Daubié, Aillévillers, 28 mai 1808, Archives départementales de Haute-Saône. ou commis-caissier. Elle est prénommée Julie-Victoire à l'état civil, mais porte au quotidien le prénom de Victoire, comme sa mère Victoire Colleüille. Mais c'est bien sous le prénom de Julie-Victoire qu'elle se fera connaître, signera et publiera. Même si on trouve parfois quelques établissements ou rues au nom de Julie DaubiéRue Julie-Daubié à Paris, école Julie Daubié des Lilas ou collège Julie Daubié de Rombas par exemple. ou de Victoire DaubiéCollège Victoire Daubié de Plouzané par exemple.
Huitième enfant de sa fratrie, elle a vingt mois à la mort de son père, qui est enterré dans le caveau de sa famille à Fontenoy. La mère et les enfants rejoignent alors Fontenoy-le-Château où réside la famille paternelle de Julie-Victoire. L'inscription de ses frères et sœurs sur les registres paroissiaux de Fontenoy montre que les enfants y suivent leur catéchisme. vignette|droite|La maison d'enfance à Fontenoy-le-Château. Elle est issue de la petite bourgeoisie catholique fontenaicastrienne. Les familles ColleüilleColleüille parfois écrit Colleuil, ou encore Colleuille dans son acte de décès et Daubié se sont illustrées sous la Terreur en cachant des prêtres. Son grand-père paternel, Siméon-Florentin Daubié, huissierAnnuaire du département des Vosges 1827-1831., greffier de justice et ancien négociant, y a été maire. Son grand-père maternel, Jean-Nicolas Colleüille, après avoir vendu les forges du Moulin brûlé et de Pont-du-Bois, est le directeur des forges de Buyer à la Chaudeau..
Contrairement à la légende, elle n'a jamais travaillé dans les ateliers de la Manufacture royale de fer blanc de Bains-les-Bains. Son nom n'apparaît pas sur les registres d'établissement de livret ouvrier. Elle a certes côtoyé et vu au bureau de bienfaisance de Fontenoy la misère des ouvriers de campagne, la triste condition des domestiques et le sort funeste réservé aux mères célibataires. Elle puise peut-être là l'inspiration de son essai La Femme pauvre au avec lequel elle remporte le premier prix du concours de l'Académie des sciences, belles-lettres et arts de Lyon le . La séance de l'Académie, présidée par Jean-François Petit de la Saussaye, recteur de l'Académie de Lyon, accorde à Mademoiselle Daubié une médaille de .. Cette question de concours est publiée sous le titre La Femme pauvre au , par une femme pauvre, et sa deuxième édition est couronnée en 1867 à l'Exposition universelle de Paris.
Le , elle obtient le « certificat de capacité », brevet d'enseignante, obligatoire pour tous depuis la loi Guizot. du . La loi Falloux du rendra ce brevet obligatoire pour les enseignantes laïques alors que selon l'article 49, « Les lettres d'obédience tiendront lieu de brevet de capacité aux institutrices appartenant à des congrégations religieuses vouées à l’enseignement et reconnues par l’État ». Néanmoins, la loi Falloux, bien que favorisant un enseignement catholique d'État, demande la création d'une académie par département et fait obligation aux communes de plus de d'ouvrir une école de filles (article 51).
Julie-Victoire Daubié s'élève contre le manque de qualification de certaines religieuses. pour enseigner et non pas contre un enseignement catholique..
Elle étudie le grec et le latin, matières indispensables pour présenter le baccalauréat, avec son frère prêtre. Elle a complété sa formation en zoologie, section mammifères et oiseaux, en s'inscrivant en 1853 au Muséum national d'histoire naturelle de Paris pour suivre les cours d'Isidore Geoffroy Saint-HilaireIsidore Geoffroy Saint-Hilaire occupe cette chaire, qui fut celle de son père, de 1841 à 1861.. Il lui a obtenu une autorisation spéciale. pour qu'elle vienne étudier dans les galeries hors des heures d'ouverture au public.
Avec l'aide de Francisque Bouillier, et surtout de François Barthélemy Arlès-Dufour, un saint-simonien et industriel lyonnais très influent dans les milieux académiques et à la cour impériale, et forte de son succès au concours lyonnais de 1859, elle s'inscrit à la faculté des Lettres de Lyon. pour passer son baccalauréat. Les épreuves écrites ont lieu le : un local spécial lui est réservé pour les épreuves. Le , Julie-Victoire Daubié, âgée de 37 ans, est la première femme en France à obtenir le baccalauréat en totalisant six boules rouges, trois boules blanches et une boule noire. Ce système de boules était le moyen de vote des professeurs examinateursJean Vogler, L’Évaluation. Former, organiser pour enseigner, , Hachette Éducation, 1997, .. En ce temps-là, ils ne calculaient pas de moyenne. Une boule rouge signifiait un avis favorableProgramme de l'examen du baccalauréat ès sciences, , éd. Delalain, 1859., une boule blanche une abstention et une boule noire un avis défavorable..
vignette|Diplôme du baccalauréat de Julie-Victoire Daubié, 1861 - Conservé à la bibliothèque Marguerite-Durand.
Au sujet de ce bac, il a été écrit qu'elle aurait, durant dix ans, sollicité cet examen, que l'Université de Paris lui avait refusé l’autorisation sous prétexte « que les femmes n’ont pas besoin de ça ». et que leur prétention à vouloir obtenir ce grade est « outrecuidante » et « ridicule ».. Il n'existe aucune trace de ces supposés refus dans sa correspondance. On écrivit aussi qu'elle dut attendre longtemps son diplôme de bachelière ès lettres et que, prétendant qu'il « ridiculiserait le ministère de l'Instruction publique », le ministre Gustave Rouland refusait de le signer. Et aussi qu'il fallut une intervention pressante d'Arlès-Dufour auprès de l'entourage de l'impératrice Eugénie ainsi qu'une campagne de presse menée. par Léon Richer pour que l'ordre soit donné à ce ministre d'apposer sa signature au bas du diplôme. Cependant, il est habituel à cette époque d'attendre entre six mois et un an la réception du diplôme..
Elle-même écrit à ce propos dès 1862 : ..
Elle achète au centre de Fontenoy la vaste maison de Charlotte de Huvé où, en bonne saint-simonienne, elle installe un bureau d'entrepreneur de broderie blanche, imitant en cela sa sœur Julie qui était déjà devenue entrepreneur en 1852. Elle en confiera la gestion à sa nièce Mathilde puisque Julie-Victoire Daubié ne vient à Fontenoy que pour la belle saison. Cette maison a été démolie lors du percement du canal de l'Est.
Julie-Victoire Daubié dans le chapitre 2 de La femme pauvre, intitulé Quels moyens de subsistance ont les femmes, consacre une large place à la broderie, sujet qu'elle connaît bien (page 43) :
Julie-Victoire réside à Paris, avenue des Champs-Élysées dans le arrondissement, donne des conférences et est devenue journaliste économique. Le paraît dans le quotidien d'Émile de Girardin, La Presse, un compte-rendu par C. de Sault de son essai Du progrès dans l'enseignement primaire., qui a l'honneur d'être référencé dans la très sérieuse Bibliographie catholique.. Julie-Victoire écrit aussi dans L'Économiste français, hebdomadaire économique fondé en 1862 par Jules Duval (1813-1870).
Le , un arrêté du maire de Paris demande la création « d'une Commission de dames pour examiner les questions relatives à l'enseignement primaire ». Julie-Victoire Daubié est sollicitée pour y travailler, de même qu'Emma Chenu (licenciée ès mathématiques en 1868). Les travaux de cette commission, interrompus pendant les trois mois des troubles de la Commune de Paris, furent consignés dans le rapport Delon-CoignetLe rapport Delon-Coignet fut présenté, au nom de la commission des dames chargée d'examiner les questions relatives à la réforme de l'instruction primaire, par Coignet, suivi d'un appendice par Fanny-Ch. Delon, aux éditions Dupont, Paris, 1871..
Au début de l'année 1871, elle crée une association qui a pour nom Association pour le suffrage des femmes et dont le siège est à Passy..
En 1871, les cours de la Sorbonne restent toujours fermés aux femmes mais elles peuvent s'inscrire aux examens. Elle continue donc à travailler pour préparer sa licence ès lettres. Elle réussit son examen le et devient la première licenciée ès lettres. Elle reçoit son diplôme en , six mois plus tard, licencié, sans e, l'intitulé du diplôme de licence comme celui du baccalauréat n'existe qu'au masculin, mais ce diplôme est établi au nom de Mademoiselle Daubié. Le ministre Jules Simon en personne, a rayé « au sieur » pour le remplacer par « Mademoiselle » et lui adresse une lettre de félicitationsLettre du 7 novembre 1871, Jules Simon, Cabinet du ministre de l'instruction et des cultes..
Aussitôt elle décide de préparer une thèse de doctorat dont le sujet sera La Condition de la femme dans la société romaine. Sa mort laisse cette thèse inachevée. La même année, elle s'établit à Fontenoy pour veiller sur sa mère âgée et malade.
Elle est profondément affectée par l'interdiction à la vente, par voie de colportageAvis de la Préfecture des Vosges, premier bureau, le ., de trois ouvrages que son association pour « l'émancipation progressive de la femme » présidée par Arlès-Dufour et dont elle est vice-présidente, a édités.
L'année suivante, le , vers , Julie-Victoire Daubié (« en son vivant entrepreneur de broderie » écrit le notaire dans son inventaire après décès) meurt de la tuberculose.. Elle est enterrée à Fontenoy-le-Château le . Elle repose avec sa sœur Julie et ses nièces Mathilde et Louise Daubié. Sa tombe est toujours visible. Elle laisse à ses frères et sœurs une succession plus que confortable, deux maisons, des titres, des actions, etc. Son seul frère célibataire, celui qui est prêtre, prend en charge les frais d'enterrement. Contrairement à la légende, il n'existe aucune trace ni aux archives paroissiales, ni aux archives diocésaines attestant d'une difficulté quelconque pour lui donner des funérailles chrétiennes. Le registre paroissial de Fontenoy fait mention d'un service funèbre ordinaireArchives paroissiales de Fontenoy-le-Château..
La militante « Julie-Victoire Daubié n'était pas socialiste. Elle était fortement marquée par le saint-simonisme mais elle en avait une interprétation morale et politique… »Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français: 1789 - 1939 Jean Maitron, Michel Cordillot, Claude Pennetier, Jean Risacher, André Caudron. ed. ouvrières 1997.