L'origine de la communauté juive de Zamość date de la fin du et est unique en Pologne, car initialement composée de Juifs séfarades. Les Juifs ashkénazes sont arrivés un siècle plus tard et ont par leur nombre rapidement supplanté la communauté sépharade d'origine. Implantés principalement au centre de la Vieille ville et dans le quartier de la Nowa Osada (Nouvelle ville), les Juifs ont profité grandement du développement économique de la ville. Majoritaires dans le commerce et l'artisanat, ils représentent avec environ environ 43 % de la population totale de la ville au déclenchement de la Seconde Guerre mondiale. La communauté a été anéantie pendant la Shoah. Il ne reste plus de Juifs actuellement à Zamość.
Zamość est une ville de la voïvodie de Lublin, en Pologne orientale, située à au sud-est de Lublin. Sa population s'élève actuellement à environ . Pendant la Seconde Guerre mondiale, la ville a été occupée par l'armée allemande, puis rétrocédée à l'Union soviétique après quelques jours et enfin réoccupée par les Allemands deux semaines plus tard, dans le cadre d'un réaménagement de la ligne de démarcation entre la partie de la Pologne occupée par l'Allemagne et celle annexée par l'Union soviétique en accord avec le Pacte germano-soviétique.
Les débuts de la communauté En 1588, six ans après la fondation de la ville, les Juifs obtiennent le droit de s'installer en ville. Jan Zamoyski, le fondateur de la ville, qui désire bénéficier du commerce de produits de luxe, invite des juifs séfarades d'Espagne, de Turquie et de Venise. Ils ont l'autorisation de s'installer dans la rue des Cordonniers et dans les rues avoisinantes et de faire du commerce et de l'artisanat, sauf dans la fourrure, la cordonnerie et la céramique qui demeurent des domaines réservés aux chrétiens. Ils se lancent donc dans le commerce de diamants, de tissus précieux, d'épices orientales, d'ustensiles ménagers, d'argenterie, d'orfèvrerie et de produits d'arts décoratifs. Ils peuvent être docteurs ou pharmaciens. Parmi les privilèges obtenus, ils peuvent établir une communauté juive séfarade, à laquelle les Juifs provenant d'une autre région ne pourront adhérer qu'après accord des fondateurs. À cette époque, la communauté de Juifs séfarades est unique dans toute la république des Deux Nations. Elle restera une institution autonome jusqu'au milieu du et ne sera pas soumise aux décisions du Va'ad Arba' Aratzot (Conseil des Quatre Pays) qui gère les autres communautés juives en Pologne: J. Morgenstern: O osadnictwie Żydów w Zamościu na przełomie XVI i XVII wieku (Sur l'installation des Juifs à Zamość au tournant des ); in: Biuletyn ŻIH; 1962; No. 43–44; pages: 5, 6, 10, 11.
Au début du , des Juifs ashkénazes, des villages voisins viennent à Zamość faire du commerce les jours de marché et de foires. À la fin du siècle, malgré une interdiction, certains vont s'installer en ville. thumb|250px|La synagogue construite en 1610/1618. Photo du début du , avant sa transformation en style forteresse. À la fin du , un quartier juif est créé dans la partie nord-est de Zamość, autour de la place Solny (Rynek Solny). En 1590, en accord avec les privilèges donnés aux Juifs, la première synagogue en bois est construite à l'intérieur du quartier juif. Elle est remplacée peu de temps après par une synagogue en pierre, construite au début du . Quelques années plus tard, elle est transformée, et une salle de prière pour les femmes est ajoutée. Au , elle est reliée par un corridor au centre communautaire juif. Au début du il existe une rue des juifs (actuellement rue Zamenhof) à Zamość, où se trouve la synagogue, ainsi qu'une maison d'étude, le mikvé et un hôpital juif. En 1657, on compte dans cette rue. Le cimetière juif est situé en dehors des murs de la ville: Andrzej Trzciński: Śladami zabytków kultury żydowskiej na Lubelszczyźnie (Sur les traces des monuments culturels juifs de la région de Lublin); Lublin; 1990; page: 14; traduction en anglais : A Guide to Jewish Lublin and Surroundings; éditeur: Jewish Information And Tourist Bureau; Varsovie; 1991.
La seconde moitié du amène des changements démographiques, économiques et culturels significatifs dans la ville de Zamość. La ville forteresse de Zamość, est assiégée en 1648 par les Cosaques de Khmelnitski, qui n'arrivent pas à la capturer, puis en 1656 par l'armée suédoise, qui elle aussi échoue devant ses murs. Des groupes importants de réfugiés juifs en provenance de Volhynie et de Russie, territoires dévastés par les révoltes cosaques et par les trouvent un abri sûr entre ses murs. Les Juifs ashkénazes prennent rapidement l'avantage sur les Juifs séfarades qui perdent peu à peu leur position économique. Même si les Juifs séfarades ont obtenu l'autorisation de former leur propre communauté juive indépendante, certains se sont mélangés avec les Juifs ashkénazes et d'autres ont quitté la ville. La situation contribue à la création d'une culture locale spécifique tirant ses sources des traditions ashkénazes et séfarades.
Les Juifs vont emprunter des sommes importantes auprès des monastères de la région et des habitants de la ville, mais pendant de nombreuses années, ceux-ci ne pourront pas toucher les intérêts courus ni récupérer leur capital. Dans la seconde moitié du , avec l'accroissement de la population juive, de nouvelles restrictions leur sont imposées sur leurs droits au logement. Les Juifs de Zamość gagnent leur vie principalement dans le négoce de bétail, de bois et de grain ainsi que dans le petit commerce et l'artisanat. Ils sont tailleurs, serruriers, menuisiers, cordonniers, ferblantiers et fourreurs. Quelques-uns louent des lopins de terre, et en 1726, certains reçoivent l'autorisation de produire et de vendre des alcools du baron Michał Zdzisław Zamoyski. En 1788-1792, dans la période des quatre dernières années avant le deuxième partage de la Pologne, les autorités s'efforcent de pousser les Juifs vers l'agriculture, et de Zamość s'installent dans les villages avoisinants pour du fermage.
La ville de Zamość compte ainsi à cette époque une des plus importantes communautés juives de Pologne et rapidement devient un centre important d'études religieuses. Au , de nombreux rabbins célèbres travaillent ici, comme les rabbins Eliezer Lipman ben Menachem et Shlomo ben Moshe Yoel Catane : Khelm, Shelomoh ben Mosheh; traduit de l'hébreu en anglais par: Rami Hann; site: The YIVO Encyclopedia of Jews in Eastern Europe. À la fin du , Zamość devient un des centres du mouvement de la Haskala, le mouvement des Lumières juif, en Pologne, avec entre autres Josef Zederbaum (1772-1832), Jacob Eichenbaum et Salomon Ettinger. Avec eux, les idéaux de la Haskala vont se propager de Zamość à toute la province de Lublin. Malgré cela, à la fin du , le nombre d'adeptes du judaïsme hassidique croit de façon considérable.
Du jusqu'à la Première Guerre mondiale Dans la première moitié du , plusieurs usines importantes sont implantées à Zamość, ainsi que douze plus petites détenues par des Juifs. En 1846-1847, les Juifs possèdent un établissement viticole, trois briqueteries, trois moulins à farine, une savonnerie, plusieurs scieries où les ouvriers employés sont tous juifs.
Les Juifs de Zamość souffrent beaucoup sous l'occupation russe. Peu après le congrès de Vienne en 1815, beaucoup sont expulsés de leur maison près de la forteresse, afin d'être détruites et remplacées par des fortifications. Après la violente répression de l'insurrection polonaise en 1830, le gouverneur russe décrète l'expulsion des Juifs de la ville, comme punition pour ne pas avoir obéi à l'ordre de recensement de la population juive. Bien que cet édit n'ai pas été appliqué, l'installation de nouveaux Juifs en ville va être interdite pendant de nombreuses années. En 1831, une épidémie de choléra ravage la villeF. Foy: Du cholera-morbus de Pologne; éditeur Just-Rouvier; Paris; 1832; page: 26 entrainant de nombreuses victimes juives. En 1870, de l'argent est volé dans un des camps militaires de la ville et huit Juifs sont accusés du vol, arrêtés et menacés de la peine de mort. Ce n'est qu'après d'énormes efforts de la communauté juive, de Juifs influents et de lAlliance Israélite Universelle en France, que ces huit Juifs sont reconnus innocents et libérés. thumb|250px| Mordechai Halevi Horowitz-Sternfeld, rabbin de la Nouvelle ville.
Au et au début du , le poste de rabbin est occupé par R. Mosze Yehoshua Heszel Wahl, décédé en 1873, auteur de Bet Moshe ; Nachman Szlomo Halevi, auteur de Ateret Szlomo, qui partira à Jérusalem et y mourra ; R. Aryeh Yehuda Yakov Majzeles, qui exercera après à Piotrków Trybunalski ; R. Szlomo Zalman ; R. Josef Szlomo Szabtai Halevi Horowitz (1861-1943), rabbin de Zamość de 1889 à 1928, un descendant direct du Hozeh de Lublin et un des fondateurs de la yeshiva, Yagdil Hatorah. Le rabbin de la Nouvelle ville où résident un millier de famille est R. Mordechai Halevi Horowitz-Sternfeld, qui sera assassiné pendant la Shoah.
Au début du , avec le développement des partis ouvriers polonais, les travailleurs juifs et les artisans fondent des branches du Bund en 1903 et du Poale Zion. Lors de la révolution russe de 1905, les ouvriers de Zamość, juifs et polonais, organisent des grèves et des manifestations pour demander de meilleures conditions de travail et la réduction du nombre d'heures de travail journalier. À la suite de la répression de la révolte, les partis ouvriers sont dissous et plusieurs de leurs membres déportés en Sibérie.
La Première Guerre mondiale Au début de la guerre, Zamość change plusieurs fois de mains. En septembre, elle est occupée par les Autrichiens, puis quelques jours plus tard par les Russes. Le soldats cosaques accusent les Juifs de pactiser avec l'ennemi et le , et quelques Polonais sont exécutés. Les cosaques envisagent de tuer tous les Juifs de Zamość mais leur plan est déjoué par le général russe Poglov. En 1915, les Autrichiens reviennent et restent jusqu'à l'automne 1918.
Pendant la guerre les branches des partis juifs reprennent leurs activités à Zamość : Le Bund établit le premier syndicat d'artisans juifs dans la ville. Un club appelé Maison des ouvriers est ouvert avec des groupes de musiciens et d'acteurs ; Une branche de Tzéïré-Tzion (jeunes sionistes) s'implante aussi, de même qu'en 1916 le mouvement Mizrahi des sionistes religieux. En 1917, une conférence régionale sioniste avec des représentants des villes avoisinantes a lieu. Les soldats juifs de l'armée autrichienne s'engagent aussi dans des activités sionistes. Mizrahi ouvre une école Yavneh, la première école en hébreu moderne de la ville, qui va exister jusqu'en 1923.
La période de l'entre-deux-guerres Dès l'établissement de la Pologne indépendant en et la proclamation de la seconde république, quelques groupes d'ouvriers, inspirés par ce qui se passe en Russie, se soulèvent contre la nouvelle autorité locale. Des unités de l'armée polonaise sont envoyées à Zamość pour mater la rébellion. Au cours de leur action, les troupes attaquent les Juifs faisant trois morts, et pillent leur maison. En 1920, pendant la guerre entre la Pologne et la Russie soviétique, les Juifs de Zamość sont attaqués par les troupes ukrainiennes du général Stanisław Bułak-Bałachowicz, alors allié des Polonais. Le , ses soldats tuent cinq Juifs : David Kahan, 65 ans, décapité au sabre ; Abram Finkielszejn, 65 ans ; Dreaszer, 43 ans ; Chana Sztohel, 65 ans, tuée à l'épée et Abram Mendel Goldszmi, 60 ans, dont les mains ont été tranchées et qui mourra de ses blessures. On compte en plus , de nombreuses femmes et jeunes filles violées et la plupart des maisons juives pillées: Archiwum Państwowe w Zamościu: liste des membres de la communauté juive tués ou blessés. Rapport du président de la communauté, Dr Isaac Gelibter, le 28 aout 1920