Le comte István Tisza de Borosjenő et Szeged (en hongrois : ), né le à Pest et mort le à Budapest, exerce les fonctions de Premier ministre de Hongrie de 1903 à 1905 et de 1913 à 1917. Membre de la noblesse hongroise et principal chef du Parti libéral, puis du Parti du travail, le parti qui lui succède à partir de 1910, il exerce une forte influence, non seulement sur la vie politique du royaume de Budapest, mais aussi sur la vie politique austro-hongroise à partir de 1903 et jusqu'à son assassinat, le dernier jour du mois d', survenu alors que les liens séculaires entre la Hongrie et les Habsbourg se brisent définitivement.

Origines et jeunesse

Fils du comte Kálmán Tisza, Premier ministre de Hongrie de 1875 à 1890, il appartient à une famille calviniste de la petite noblesse non titrée (souvent considérée comme l’équivalent de la gentry britannique), originaire de Transylvanie. Il est ainsi rapidement coopté dans de nombreux conseils d'administration d'entreprises hongroises, puis, en 1898, hérite de la fortune de son oncle.

Tisza étudie à Oxford dans les années 1880. Aussi parlait-il couramment l’anglais, chose rare à l’époque où le français et, en Autriche-Hongrie, l’allemand étaient les langues internationales, qu’István Tisza pratiquait en plus du hongrois.

Il hérite de l'influence politique de son père, en dirigeant le parti libéral, puissant parti politique au pouvoir sans interruption dans le royaume de Hongrie de 1867 à 1905. Davantage que ce dernier, il est lié aux partisans du développement industriel du royaume.

Carrière

Premier ministre en 1903, évincé lors des crises parlementaires qui se succèdent dans le Royaume entre 1903 et 1905, Il est écarté du pouvoir par le gouvernement de coalition qui se met en place à partir de 1906. De plus, ses liens d'affaires facilitent les attaques de ses adversaires politiques.

À la faveur de la crise qui met fin à la coalition au pouvoir à Budapest, il revient au pouvoir, d'abord en soutenant des premiers ministres sans envergure, puis à partir de 1913 comme premier ministre; durant toute la période, il soutient la couronne et accepte le régime de 1867, tout en souhaitant voir renforcée l'influence hongroise au sein de la double monarchie.

Personnalité

Tant sur le plan public que privé, le comte Tisza apparaît comme un homme très agressif, batailleur, qui dispute et gagne de nombreux duels contre ses adversaires politiques, économiques ou autres.

Peu soucieux de modestie, sportif accompli, Tisza pense qu’il incarne tout ce que la vie hongroise a de mieux, et il s’oppose résolument à tout élargissement du corps électoral : avant 1918 en Hongrie, seuls 6 % des hommes (et aucune femme) disposent du droit de vote et jouissent de la faculté d'occuper un emploi administratif.

Contrôle de la vie politique hongroise de 1910 à sa mort

Homme dur et sans scrupules, Tisza domine la politique hongroise pendant sa carrière en utilisant largement la corruption électorale qui lui permettait d'arriver à ses fins.

Contrôle du royaume de Hongrie

À partir des élections de 1910, Tisza contrôle directement la vie politique du pays. En effet, réélu à la chambre des députés à la faveur des élections, il y assume les fonctions de président, et parvient à faire adopter une augmentation des dépenses militaires ainsi que l'accroissement des effectifs appelés sous les drapeaux en temps de paix, favorisant ainsi le renforcement de l'appareil militaire de la double monarchie.

De plus, Tisza use souvent de son influence à la cour pour faire donner des titres aux riches familles juives, particulièrement aux industriels et aux banquiers. Son pouvoir est théoriquement limité par la liberté relative dont jouit la presse de langue magyare et par les tribunaux, il n’empêche que, dans les villes où l’on vote librement, les résultats des élections sont impitoyablement faussées, notamment en abusant d’intimidations policières. Dans les « bourgs pourris », de telles méthodes ne s'avèrent même pas nécessaires. Par ces biais, il exerce un réel contrôle de la vie politique hongroise : cette tutelle n'empêche pas la tenue d'élections, mais en garantit le résultat, se donnant ainsi les moyens de sa politique sans mettre en place une dictature légale, sans congédier le parlement.

Non content de contrôler totalement la vie politique en Transleithanie, le premier ministre tente de contrôler le royaume de Croatie-Slavonie, en union personnelle avec la Hongrie depuis 1102; mais ses efforts se heurtent à la roublardise de la coalition croato-serbe victorieuse lors des élections de .

Rapports avec l'empereur

Il jouit de la confiance du roi, François-Joseph, conquis par son loyalisme. Cependant, cette confiance ne l'empêche pas de défendre en permanence la position de la Hongrie, conscient de l'importance pour le royaume de l'union avec l'Autriche.

Il bénéficie aussi du soutien du roi de Hongrie dans la mesure où, président du conseil, il obtient du parlement de Budapest ce que souhaitent le souverain et ses proches, l'adoption de la hausse régulière du budget militaire et le renforcement de l'armée impériale et royale, mais, opposé à des annexions territoriales aux dépens de la Serbie, joue le rôle de modérateur parmi les dirigeants austro-hongrois, majoritairement partisans de l'affrontement direct avec le petit royaume, durant les premiers jours de la crise de juillet.

Un acteur important de la vie politique de la double monarchie

Ce contrôle absolu de la vie politique hongroise en fait un acteur politique incontournable dont les responsables de Vienne doivent obligatoirement disposer du soutien pour leur politique étrangère.

Ainsi, au cours des mois précédant le premier conflit mondial, il participe à la définition de la politique étrangère de la double monarchie; ainsi, à la suite de la deuxième guerre balkanique, il se montre partisan d'un rapprochement avec la Bulgarie, comme il se montre partisan, durant l'automne 1913, d'une politique de fermeté à l'égard de la Serbie.

Première Guerre mondiale Rôle dans la Crise de juillet 1914

Acteur du déclenchement du conflit (il soutient à partir de l'automne 1912 des mesures fortes contre la Serbie), il mène directement la politique hongroise durant les trois premières années du conflit, garantissant l'ordre constitutionnel dans le royaume de Saint-Étienne, dans les conditions qui ont été celles de son accession au pouvoir en 1913.

Soulagé par la disparition de François-Ferdinand, mais préoccupé par de possibles tensions avec la Roumanie, il s'oppose, par ses appels à la prudence, aux aspirations guerrières des militaires formulées rapidement à la suite de l'assassinat du prince héritier des couronnes d'Autriche et de Hongrie, ayant les yeux fixés sur la Transylvanie et l'irrédentisme roumain dans la région, justifiant ses positions par un mémorandum soumis à l'empereur le . Le convaincre de faire entrer la monarchie dans un conflit armé avec la Serbie (et, par voie de conséquence, avec la Russie) constitue l'objet du conseil de la couronne du , et de la politique des autres dirigeants de la double monarchie les jours suivants.

De même, il s'oppose à la volonté des militaires de la double monarchie d'incarcérer les responsables politiques de la coalition croato-serbe, majoritaire à la chambre du royaume de Croatie : d'accord avec le ban du royaume, il fait arrêter, puis mettre en sûreté à Budapest, les principaux chefs de ce courant politique, adoucissant ainsi considérablement leur exil hors du royaume de Croatie-Slavonie. Il est en effet conscient de la situation intérieure et extérieure de la double monarchie au début de l'été 1914. Lors du conseil des ministres austro-hongrois du , réunissant les présidents du conseil autrichiens et hongrois, les ministres communs et les responsables militaires de la monarchie danubienne, il se montre encore partisan de la prudence.

Cependant, il ne se montre pas un opposant à la guerre par principe, mais il souhaite éviter d'exposer la Serbie à de trop grandes exigences, et il désire connaître la position du Reich avant toute action contre Belgrade. Il s'oppose à toute expansion territoriale aux dépens de la Serbie et du Monténégro. Dans un courrier au roi, il expose également ce qui doit constituer les principaux axes de la politique de la double monarchie dans la crise : un important succès diplomatique au détriment du royaume de Serbie serait selon lui largement bénéfique pour la double monarchie, rehaussant ainsi son prestige à peu de frais.

Il se révèle également partisan de l'idée d'attendre le moment favorable pour envoyer au gouvernement de Belgrade une note présentant les exigences de la double monarchie dans le contexte de l'assassinat de celui qui aurait été son futur monarque. Il met son mandat en jeu pour imposer ses conditions à ses partenaires autrichiens réticents.

À toutes les étapes de la crise et en particulier le , le premier ministre Tisza se montre hostile à de substantielles annexions territoriales aux dépens des royaumes de Serbie et du Monténégro. Le , avant-veille de la remise de l'ultimatum à Belgrade, Berchtold lui rappelle les objectifs exclusivement politiques et économiques de l'entrée en guerre de la double monarchie.

À partir du moment () où il est convaincu de la nécessité du conflit avec la Serbie, il défend l'idée d'une action rapide contre ce royaume dès le rejet de l'ultimatum du 23 juillet.

Président du Conseil d'un royaume en guerre

Il est acclamé par les parlementaires lors de l'annonce de la déclaration de guerre à la Serbie. Mais, au printemps 1915, cependant, le président du conseil doit cependant affronter les ambitions politiques de ses rivaux, qui souhaitent participer à un gouvernement d'Union nationale, mais son ambition d'en être le dirigeant entraîne l'échec des négociations avec les responsables de l'opposition, toute en ne remettant pas son pouvoir en cause. L'année suivante, sa position est affaiblie par son manque de réactivité lors de l'intervention roumaine.

Président du conseil hongrois, il joue un rôle important dans les négociations de l'Autriche-Hongrie avec son partenaire allemand, se montrant lucide sur les divergences entre les deux empires concernant la politique à mener en Pologne et en Roumanie et sur la place allouée par le Reich à la double monarchie dans les projets allemands d'expansion en Europe. Il rappelle souvent ces divergences et s'oppose, dans un premier temps, lors des premières négociations avec l'Italie, à la cession à ce pays du Tyrol du Sud en compensation des probables agrandissements austro-hongrois dans les Balkans. Face à la menace pressante d'une intervention italienne aux côtés de l'Entente, il se ravise et pousse le ministre commun des affaires étrangères, Stephan Burián von Rajecz, à des concessions envers ce futur belligérant. En 1916, en revanche, lors des négociations des puissances centrales avec la Roumanie, il exprime, malgré les pressions allemandes et autrichiennes, le véto hongrois à la cession de territoires en Transylvanie pour attirer ce belligérant du côté des Empires centraux.