Constituons! est une pièce inspirée du théâtre documentaire présentée au Québec de juin à . Elle observe le processus par lequel Christian Lapointe a lancé et guidé le projet de faire rédiger une constitution citoyenne pour le Québec par 42 citoyens tirés au hasard parmi une banque d’internautes, utilisant le théâtre comme forme d’agora populaire. Seul en scène, l'artiste s'accompagne d'un dispositif scénique imposant afin de faire traverser à l'auditoire un spectacle qui, selon l'Institut du Nouveau Monde, « cherche à mettre en relation théâtralité, communauté et politique ».

En se servant de l’art comme prétexte, l’artiste dit vouloir stimuler des débats et créer une arène non partisane afin de discuter de l’avenir du Québec.

L’entreprise dure environ trois ans et mène au véritable dépôt d’une proposition de constitution québécoise à l’Assemblée nationale du Québec ainsi qu’à l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador.

L’œuvre est publiée aux éditions Les Herbes Rouges dans la collection scène_s.

Résumé de l’œuvre La pièce Constituons! est construite à partir d'une expérience aussi citoyenne que politique et aborde le thème de l'identité québécoise. Le spectacle a entre autres pour enjeu de réfléchir à cette dernière via un projet de société non partisan, soit la rédaction collective d’une constitution. Celle-ci est réalisée préalablement aux représentations grâce aux démarches de Christian Lapointe et de ses collègues.

La pièce se veut être un signal pour passer à l’action et relève les « absences » dans la vie citoyenne des résidents de la province. Se réclamant à la fois être au service de la politique et être politique lui-même, le produit demande d’ouvrir un dialogue par et pour la société québécoise.

Le spectacle présente le document qui a été façonné par le volet constitutionnel de l'œuvre et en explique la genèse, la construction et la culmination d’un point de vue artistique, social et financier à la manière d’une histoire dont Christian Lapointe a été le témoin et l’acteur. L'œuvre prend donc la forme d’une présentation de ce dernier, bien qu’il soit accompagné d’un important dispositif scénique aussi sonore que visuel. Ledit dispositif permet d'incarner différentes personnes, de filmer l’audience en direct, de présenter des extraits d’archives, etc.

Processus de création En , Christian Lapointe contacte Isabelle Mandalian pour lui parler d’une question qu’il a: d’où parle-t-il lorsqu’il écrit? De cette interrogation en découlent d’autres, notamment concernant l’identité québécoise. Il invite alors sa partenaire à embarquer avec lui dans le projet d’écrire une constitution du Québec sous le couvert du théâtre.

L’artiste pense qu’un projet de constitution devrait nécessairement provenir de la société civile, puisqu’un parti politique qui voudrait le réaliser serait vraisemblablement destitué. Christian Lapointe, selon ses propres mots, décide de proposer une « recherche artistique et académique qui combine art et citoyenneté », s’inspirant de Denys Tremblay, l’autoproclamé « Roi de l’Anse St-Jean », qui a fait d’une micro monarchie son projet de postdoctorat en art contemporain en 1997. Il s’est aussi inspiré du projet qu’avait Québec solidaire d’une constituante ouverte avant que le parti politique ne s’oriente plutôt vers une constituante fermée. Christian Lapointe suggère de voir l'œuvre comme une performance aux retombées légales et contacte l'Institut du Nouveau Monde pour l'aider dans sa démarche.

En , Constituons! est annoncé, cela lors d’une conférence de presse à la Bibliothèque nationale du Québec. L’équipe de production rassemble ensuite un échantillon en passant par l’entremise de la firme de sondage Léger 360. Les responsables du projet affirment n'avoir déployé qu’une fraction du prix que le gouvernement pourrait investir dans un tel projet et que ce dernier pourrait qui plus est user des listes électorales afin de monter un échantillon plus représentatif encore de la population québécoise. La firme, n’ayant pas accès à de telles données, se base plutôt sur des critères tels que la langue, le sexe, la classe sociale, la scolarité, etc. afin de recruter les 42 personnes demandées par l’Institut du Nouveau Monde. Dès , l’assemblée constituante est formée dans sa totalité.

Les constituants et constituantes sont réunis pour la première fois les 25 et . Lors de l’assemblée d’inauguration du projet, présidée par Daniel Turp et Claudia P. Prémont, des conférenciers et des conférencières informent les participants des tâches qu’ils ont à accomplir afin de monter une constitution valide. Ils rencontrent Johanne Poirier de l’Université McGill, professeur titulaire et membre de la Chaire Peter MacKell sur le fédéralisme; André Larocque, ancien sous-ministre; Benoît Pelletier de l’Université d’Ottawa, professeur titulaire à la Faculté de droit; Geneviève Motard de l’Université Laval, professeure agrégée de la Faculté de droit ainsi que Mélanie Samson de l’Université Laval, elle aussi professeure agrégée de la Faculté de droit.

Les constituants et constituantes sont ensuite réunis pour la deuxième fois les 21 et à l’Université du Québec à Montréal, dans le but de former six commissions thématiques.

Ces commissions sont:

Préambule, valeurs et principes, symboles nationaux; Droits et devoirs fondamentaux; Institutions et pouvoirs (législatif, exécutif et judiciaire); Organisation territoriale et attribution des compétences régionales et municipales; Partenariats autochtones, affaires canadiennes et relations internationales; Procédures de révision et participation citoyenne.

Le projet Constituons! propose un questionnaire en ligne ainsi qu'une invitation ouverte à présenter des mémoires. D’une part, personnes répondent au questionnaire en ligne et le complètent. D’autre part, 41 contributions sont reçues à la suite de l’appel de mémoires.

De à , l’Institut du Nouveau Monde organise des forums citoyens dans une dizaine de théâtres participants sur le territoire québécois. Ces consultations publiques visent à enrichir les réflexions des constituants et constituantes en demandant à des citoyens extérieurs au projet de répondre à des questions concernant les commissions thématiques trouvées en . C’est un total de 254 personnes qui participent aux dix forums citoyens. Ceux-ci sont répartis dans le temps et sur le territoire:

Baie-Comeau, , à l’Espace K Théâtre; Rimouski, , au Théâtre du Bic; Carleton-Sur-Mer, , au Théâtre À tour de rôle; Montréal, , à la Salle Jean-Claude Germain; Longueuil, , au Théâtre de la Ville; Québec, , au Théâtre Périscope; Victoriaville, , au Théâtre Parminou; Rouyn-Noranda, , au Le Petit Théâtre du Vieux Noranda; Sherbrooke, , au Centre des arts de la scène Jean-Besré; Gatineau, au Centre Wakefield La Pêche; Jonquière, , à la Bibliothèque de Jonquière.

Tout est documenté dès le début du projet. Les courriels sont conservés, les réunions sont enregistrées et un documentaire indépendant est réalisé par l’équipe d’Alexis Chartrand. Christian Lapointe refuse de sous-estimer la quantité de matériel dont il pourrait avoir besoin pour construire le spectacle et il désire archiver les péripéties de la constitution sans faire de hiérarchie prédéfinie.

Dès , Christian Lapointe réunit concepteurs scéniques, dramaturge et assistant-metteur en scène afin d’explorer diverses possibilités pour le spectacle. Ils décident d’exploiter le média de la représentation et de bâtir des scènes, un décor, un dispositif et une dramaturgie. L'équipe a notamment avancé le projet lors d’une résidence de création au Théâtre du Bic.

Puis, les 6 et , après des mois de travail, les constituants et constituantes sont invités à l’assemblée de propositions, une dernière réunion dont l’objectif est d’identifier les articles à garder dans la constitution qui serait proposée à la population québécoise.

La constitution est finalement déposée à l’Assemblée nationale le par Catherine Fournier, laquelle est accompagnée de Christian Lapointe, du constitutionnaliste Daniel Turp, de l’ex-bâtonnière du Québec Claudia P. Prémont et d’une dizaine de constituants et constituantes. C’est à trois jours de la première théâtrale et le document est remis en mains propres à Sonia Lebel, alors ministre de la Justice.

L’Institut du Nouveau Monde présente un Rapport synthèse de la consultation citoyenne, soit un document de plus d’une centaine de pages présentant en partie la démarche du projet, son contexte et son mandat, un résumé des contributions ayant donné suite aux commissions ainsi que des annexes complétant les analyses faites durant le processus. Christian Lapointe affirme pour sa part qu’il a lancé une démarche qui estompe la ligne entre la représentation et le réel et dont les retombées appartiennent à la société civile.

L’œuvre En tant que pièce de théâtre Pendant environ trois heures, l’artiste Christian Lapointe est seul en scène pour animer les différentes parties de l'œuvre. Il joue de manière intense, alternant entre différents tons de voix et gesticulant tout au long de la représentation. Aidé par un dispositif scénique complexe composé notamment d’accessoires, de décors, de micros, d’une caméra, d’éclairages variés, d’une bande sonore, d’images et de séquences documentaires projetées sur un écran, l’artiste raconte comment s’est déroulé le processus qui a mené à la rédaction d’une constitution de 80 articles et quelles réflexions en découlent. Le spectacle fait un usage important de textes, de courriels, de lettres de motivations, de questionnaires, de mémoires, de commentaires et de montages numériques divers qui ont véritablement contribué au projet à un moment ou à un autre.

Sur scène, l’homme se déplace et interagit avec classeurs, figurines, bureau et autres objets qui ont été placés là dans l'objectif d’illustrer ses propos et de les rendre dynamiques. Les sens du public se retrouvent à plus d’une reprise surchargés par l’abondance d’informations visuelles et auditives qu’offre le spectacle - ou l’hypermédiatisation des échanges, comme le nomme Hélène Matte- , un effet désiré par l’artiste dans le but de forcer ses spectateurs à mettre de côté l’analyse rationnelle, à diriger son attention de manière volontaire et à rester attentifs. En mêlant ainsi des procédés théâtraux pour raconter le réel et en présenter des archives, l'œuvre peut être qualifiée de théâtre documentaire.

La représentation peut se décliner, de manière générale, en trois « spirales », soit la mise au jeu (l’explication du processus), la mise en scène et en abyme (l’illustration de l’aspect théâtral de l’exercice) ainsi que la mise en demeure (l’espace laissé aux questions autochtones).

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Division des scènes L’œuvre fait passer les spectateurs au travers de 16 segments, d’une annexe et d’une postface. À plus d’une reprise, le lourd appareillage de la scène embrouille les sens des spectateurs en mêlant images, discours et sons.

Ces segments sont organisés en deux parties, avant et après l'entracte.

La première scène, « Les deux mains sur le volant », met en scène Christian Lapointe avec un double de lui-même. Accompagné d’une ancienne vidéo promotionnelle dans laquelle il explique le projet en conduisant sur une autoroute reliant Québec et Montréal, il jette les bases de la démarche en expliquant que la population québécoise est en droit de se doter d’une constitution. Celle-ci serait rédigée par 42 citoyens représentatifs pigés au hasard. L’artiste décrit son exercice comme étant non partisan et précise qu’il faut laisser aux Premières Nations le rôle qu’elles désirent y prendre. Il conclut en expliquant que la pièce de théâtre entourant le processus serait présentée comme un divertissement. Cela se veut être une pique à l’égard de Justin Trudeau, alors premier ministre du Canada, qui en 2017 a refusé de rouvrir le débat constitutionnel au Québec en expliquant que cela distrairait la population d’enjeux autrement pertinents.