vignette|Vitrail de l'église de Bézu-la-Forêt représentant Jehan de Cacqueray et Jeanne de Bouju. Les gentilshommes verriers étaient, en France sous l'Ancien Régime, des nobles exerçant la profession de maître verrier. Ils pouvaient exercer cette activité, bien que manuelle, sans perdre leur noblesse, à la suite d'une série de chartes royales disposant que le travail du verre n'entraînait pas de dérogeance.
Histoire Le plus ancien privilège royal connu accordé aux gentilshommes verriers est un acte signé de en date du conservé à la Bibliothèque nationale de France. On peut y lire que « Droits et privilèges sont donnés à tous gens travaillant aux fours à verre. Permission est donnée aux nobles de naissance d'exercer le métier de verrier sans déroger à leur « noble état »Bibliothèque Nationale, collection Moreau.
La verrerie était en effet considérée comme un art noble. Ce privilège accordé ne signifiait pas qu'on était anobli en devenant verrier, mais qu'un noble pouvait exercer ce métier sans déroger. Edouard Gerspach écrit : « c’est une erreur fort répandue que de croire que le métier de verrier conférait la noblesse, il n’en était rien, et selon un ancien proverbe, « pour faire un gentilhomme verrier, il fallait d’abord prendre un gentilhomme »Edouard Gerspach, L'art de la verrerie, 1885, page 239..
Les gentilshommes verriers ont toujours soutenu que leurs privilèges avaient été octroyés par le roi saint Louis qu'ils avaient suivi en croisade. En réalité, c'est à Philippe III le Hardi, son fils, qu'ils durent les privilèges attachés à la qualité de verrier. Il n'existe pas de documents authentiques se rapportant à cette époque..
« De Philippe le Bel, en 1312, autorisant les « verriers de Champagne à souffler le Verre sans déroger... » et les lettres patentes d’ de Louis XV, une dizaine de monarques ont codifié les activités des gentilshommes verriers au cours des siècles ».
En Normandie, en 1330, le roi de France Philippe VI de Valois autorise Philippe de Cacqueray, écuyer, à établir une verrerie près de BézuPhilippe Le Bas, France: Dictionnaire encyclopédique, 1845, . (Lire en ligne). Il fut le premier inventeur des plats de verre appelés . D'autres familles nobles, tels les Bongars, Brossard et Le Vaillant reçurent le même privilège.
Dans le duché de Lorraine, quatre familles nobles de verriers obtenaient en 1448 du duc de Lorraine, d'importants privilèges pour s'installer en forêt de Darney. Le duc de Lorraine, octroie en 1469 une charte aux verriers de Lorraine qui les assimile aux nobles en leur accordant tous les privilèges attachés à l' état de noblesse (exemption de tailles, aides, subsides et subventions)..
En 1502, le sieur de Hennezel qui était établi en forêt de Darney (on trouve aussi des verriers de ce nom en Languedoc) avait à fournir au duc de Lorraine comme charge « un petit assortiement de verres pour la table à chaque an ».
Vers 1565, des Huguenots de Normandie et de Lorraine s'installèrent en Angleterre, pays protestant. Parmi eux se trouvaient des gentilshommes verriers. Ils durent s'adapter à la vie dans leur nouveau pays, et leurs noms furent prononcés puis écrits à l'anglaise : les Cacqueray, Bongars, Thiétry, Hennezel devinrent Cockery, Bungar, Tittory, HenzyStéphane Laurent, Le geste et la pensée. Artistes contre artisans de l'antiquité à nos jours, 2019.
Au début du , durant la guerre de Trente Ans, en raison des ravages causés à la Lorraine, des verriers lorrains émigrèrent en Nivernais, Puisaye et Berry.
En 1619, Jean et Pierre d’Azémar, deux frères, membres de la plus ancienne famille verrière du Languedoc, reprennent une verrerie de cristal à Rouen et sont les auteurs d’un progrès décisif dans l’art de la verrerie par l’utilisation de charbon de terre pour les fourneaux..
En , tous les gentilshommes verriers du Languedoc furent convoqués en assemblée à Sommières, afin de « communiquer leurs titres de noblesse..., délibérer sur leurs règlements et ordres de leurs assemblées et généralement sur tous les différents mus ou à mouvoir ».. Le procureur du roi en la cour royale Ignace Chrétien, prend la parole pour appuyer les gentilshommes verriers, réclamant le maintien de leurs privilèges et le droit exclusif d'exercer leur art et déclare : « ce n'est qu'après avoir versé leur sang et ruiné leur fortune que ces nobles obtinrent de la générosité du roi Saint Louis une planche après leur naufrage; le prince leur permit, avec une exemption absolue de tous les droits ordinaires, le droit d'exercer leur science sans encourir de dérogeance. Ce privilège leur est personnel et s'il y a parmi eux quelques intrus, ils espèrent de votre justice que vous leur tendrez une main secourable pour les séparer d'un corps dont ils n'ont jamais fait partie et qui doit être absolument pur dans son intégrité et sans tache de roture. »...
Appartenant à la noblesse, les familles de verriers sont convoquées pour participer aux réunions préparatoires aux États Généraux de 1789Jean-Paul Hervieu, Gilles Désiré dit Gosset, Éric Barré, Les arts du feu en Normandie, 2005, page 194..
La Révolution française supprime le privilège des gentilshommes verriers d’être seuls autorisés à souffler le verreHistoire, économie et société, Editions C.D.U. et S.E.D.E.S., 2002, page 532., les verriers rentrent alors dans la catégorie des simples artisansRevue des arts décoratifs, Volume 6, 1886, page 392..
En 1789, la corporation des gentilshommes verriers avait un rôle minime et elle fut supprimée en 1791 par la loi Le ChapelierAnnales du Midi, 1951, page 61..
Non-dérogeance pour les nobles exerçant l'art du verre Pour le royaume de France, la sociologue Jacqueline Hecht indique « l’arrêt de 1581 avait admis la non-dérogeance pour les gentilshommes-verriers ».. Elle écrit : « La plupart des verriers se considéraient comme nobles parce qu’ils bénéficiaient des privilèges et exemptions du second ordre, et l’opinion, malgré l’absence de textes formels, demeurait convaincue que le droit de tenir des verreries n’appartenait qu’à des gentilshommes »..
Patrick Clarke de Dromantin, sur ce point, écrit : « Il convient tout d’ abord de rappeler que, contrairement à une opinion largement répandue, l’art du verre ne confère nullement la noblesse, mais permet seulement d’échapper à la dérogeance. Trois arrêts de la Cour des aides de Paris en 1582, 1597 et 1601 avaient pourtant fixé une jurisprudence constante en la matière »..
Gille André de La Roque dans son traité de la noblesse le rappelle : « C'est une erreur populaire et grossière de croire que les verriers soient nobles en vertu de leur exercice, car ils ne se peuvent pas plus avantager que les autres marchands et ouvriers du royaume, qui sont du Tiers-État, sinon que leur profession est fort honorable et qu'ils ne dérogent point, s'ils sont de naissance noble ».
Les nobles exerçant la profession de verrier étaient surnommés « roturiers du verre ». Ce sous-entendu que leur noblesse était fragile se retrouve chez Boileau, qui raillait le poète français de Saint-Amant, descendant justement de nobles verriers, ainsi que chez Maynard, qui décocha à ce dernier cette petite épigramme : Votre noblesse est mince Car ce n'est pas d'un Prince Daphmis que vous sortez, Gentilhomme de verre Si vous tombez à terre Adieu vos qualités.
Liste de familles de gentilshommes verriers
Ariège
de Robert de Robert du Falga de Robert de Lafrégeyre de Suère de Verbigier (ou Verbizier)
Auvergne
Basset de Boissieux Brun de Colomb du Teil Daudé de Filiquier Margeride Mayonobe de Renaud ou de Reynaud de Riols de Robert de Suère
Gascogne de Granier
Languedoc
Aigalliers Audoin (d'Audoin) ou Audouy (d'Audouy) d'Azémar (lesquels ?) Bagard de Balfons de Bertin de Bournet de Borniol ou Bournhol de Breton de Broche Cabanel de Castelviel Caylar de Colomb Coursac Clausel Faucon Ferre de Filiquier de Galiot Gazelles Giral de Girard (venus du Poitou) Greffeuille de Guitard ou Quitard Guizon de La Roque Lauzières Michelet de Montolieu Meylet de Noquez d'Odoard de Paupaille (venus du Bazadais) Pelegrin de Queylat (Caylar) Rey Ricome de Riols de Robert des Roys de Suère Thizac de Valette de Verbigier de Saint-Paul de Virgile
Limousin, Quercy de Grenier
Lorraine
des Androuins de Bigault de Bongard de Bonnay de Brossard de Condé Dorlodot de Finance de Foucault des Guyots de Heinzelin d'Hennezel du Houx de Julliot de Massey de Mathieu de Thieriet Thiétry du Coëtlosquet (Saint-Louis-lès-Bitche)
Nièvre
de La Bussière de Brossart de Virgille
Normandie de Cacqueray de Mésenge Le Vaillant
Provence de Ferry d'Escrivant
Références
Voir aussi Bibliographie
Articles connexes Grands noms de l'art verrier et leurs œuvres
Catégorie:Histoire du verre Catégorie:Noblesse française