Claude Alexandre, comte de Bonneval, né le au château de Bonneval à Coussac-Bonneval et mort le à Constantinople, est un officier français connu sous le nom de Humbaraci Ahmed Pacha (en turc : Humbaracı Ahmed Paşa), après son passage au service de l’Empire ottoman.
Biographie Descendant d’une vieille famille noble du Limousin issue de milites castri de la vicomté de Ségur, Bonneval fut mis au collège des jésuites après la mort de son père. Le maréchal de Tourville, son parent, le fit entrer dans la marine à l'âge de treize ans. Il se distingua aux combats de Dieppe, de La Hougue, et de Cadix, où le maréchal de Tourville commandait la flotte française. Dégoûté de la Marine après une affaire d'honneur, il acheta, en 1698, un emploi dans le régiment des gardes où il demeura jusqu'en 1701.
Il servit en Italie et se distingua sous le maréchal Nicolas de Catinat, sous le maréchal de Villeroi et le duc Louis-Joseph de Vendôme. Il se conduisit d'une manière assez brillante pour se faire remarquer du prince Eugène de Savoie à la bataille de Luzzara. Il obtint de commander un régiment, et donna des preuves de courage et d’une grande capacité militaire.
Cependant, son attitude insolente envers le ministre de la guerre lui valut un passage en cour martiale en 1704. Disgracié pour avoir offensé Madame de Maintenon et , il se sauva en fuyant vers l’Allemagne et passa au service de l’Autriche sous les ordres du prince Eugène. En 1706, il combattit la France en Provence, en Dauphiné, à Turin et à Malplaquet.
L’influence du prince Eugène de Savoie lui permit d’obtenir le grade de général dans l’armée autrichienne, avec laquelle il combattit avec beaucoup de bravoure et de distinction contre la France, puis contre la Turquie. Membre du conseil aulique en 1715, il contribua à la victoire de Peterwardein sur les Turcs, où il fut grièvement blessé, et à la prise de Temeswar en 1716Dezobry et Bachelet, Dictionnaire de biographie, , Ch. Delagrave, 1876, .. À l’extinction des poursuites engagées contre lui en France, il revint à Paris, où il épousa Judith Charlotte de Gontaut Biron, une fille du maréchal de Biron. Il revint, cependant, après une courte période, à l’armée autrichienne, et combattit avec distinction à Belgrade.
Il aurait pu atteindre le plus haut rang, s’il n’avait blessé le prince Eugène, dont il avait moqué la relation ambiguë avec la comtesse Eléonore de Batthyany-StrattmannCf. Mémoires du comte de Bonneval, Paris, Guyot Desherbier, 1806, , .. Le prince Eugène le disgracia et l’envoya comme maître d’artillerie aux Pays-Bas, où son caractère l’amena à une querelle avec le vice-gouverneur du prince aux Pays-Bas, Charlotte Turinetti, fille du marquis de Prié, qui avait épousé à Rome le Joseph-Gobert de Lynden, comte d'Aspremont, dont elle était veuve depuis le . Ayant appris que ladite comtesse d'Aspremont avait tenu des propos désobligeants sur la reine d'Espagne Louise-Élisabeth d'Orléans à la Cour de Madrid, Bonneval, qui n’avait pas hésité à faire placarder dans tout Bruxelles que « les hommes et les femmes qui faisaient de pareils discours étaient des coquins et des malheureux, et les femmes des putains et des charognes, qui méritaient qu'on leur coupa la robe au cul », fut condamné à mort en Cour martiale. L’empereur commua la peine à un an d’emprisonnement et à l’exil, mais le dépouilla de son rang et de ses titres et l'exila à Venise.
Furieux, Bonneval offrit alors ses services au gouvernement de l'Empire ottoman en 1730. Il fut alors obligé de se convertir à l’islam et prit le nom d’Ahmed. Fait pacha, il fut affecté à l’organisation et au commandement de l’artillerie turque où il créa le corps d'armée des bombardiers, d'où son titre turc de Kumbaracı qui signifie « bombardier ». Il a contribué à la défaite autrichienne à Niš et la fin subséquente de la guerre austro-ottomane marquée par le traité de Belgrade de 1739, où l’Autriche a perdu le nord de la Serbie avec Belgrade, la petite Valachie et les territoires du nord de la Bosnie.
À Constantinople, il a rencontré le jeune Giacomo Casanova, alors officier de la marine vénitienne, où il était stationné. C’était également l’ami proche d’un mollah local très respecté, Ismaïl Pacha al-Azem. Il a rendu de précieux services au sultan dans sa guerre contre la Russie et contre Nâdir Châh. Ayant reçu le gouvernorat de Chios en récompense, il encourut néanmoins bientôt les soupçons de la Porte, et fut un temps banni sur les rives de la Mer Noire. Il semble qu’il était prêt à revenir en Occident lorsqu’il mourut d'un accès de goutte à Constantinople en .
Sa famille existe toujours et est actuellement propriétaire du château de Bonneval, situé à Coussac-Bonneval en Limousin.
À propos de sa conversion Le comte de Bonneval s'exprime sur sa conversion à l'islam dans une lettre dont un fragment a été publié dans l'ouvrage de Voltaire, Joseph-Marie Durey de Morsan, Jean-Louis Wagnière et Charles-Gabriel-Frédéric Christin, Commentaire historique sur les œuvres de l'auteur de la Henriade, &c. : avec les pièces originales et les preuves, Bâle, Chez les Héritiers de Paul Duker, 1776, :
Publications L'ouvrage apocryphe intitulé Mémoires du comte de Bonneval a été imprimé à Paris en 1737, et plusieurs fois réimprimé, notamment en 1806. D'après la Biographie universelle ancienne et moderne de 1843, la meilleure édition, augmentée d'un supplément, est celle de Londres de 1740-55 en 3 volumes in-12.
En 1740, parurent les Anecdotes vénitiennes et turques ou Nouveaux mémoires du comte de Bonneval signées du pseudonyme M. De Mirone, et, en 1741, une suite au même ouvrage.
Selon l'historien Albert Vandal, qui publia une étude intitulée Le Pacha Bonneval en 1885, en utilisant notamment le mémoire du Prince de Ligne de 1817, « les Mémoires, au milieu de beaucoup de fables, rapportent exactement certaines des aventures de Bonneval. Les Anecdotes ne sont, à peu de chose près, qu’un tissu d’inventions. »
Un de ses lointains descendants est le scénariste et dessinateur Gwen de Bonneval, qui a publié en 2012-2013 une biographie de son aïeul en bande dessinée.
Fortune critique Éloge de Bonneval par J. A. Vaillant dans la Revue de l'Orient de 1848 :
Critique de Sainte-Beuve dans les Causeries du lundi, tome V du lundi :
L'historien Albert Vandal dans Le Pacha Bonneval de 1885 :
Galerie
Bibliographie . . . . . . Gwen de Bonneval et Hugues Micol, série Bonneval Pacha, 3 tomes, Dargaud, 2012 - 2013.
Jean-Claude Hauc in Aventuriers et libertins au siècle des Lumières, Les Éditions de Paris, 2009. . Charles de Ligne, Mémoire sur le comte de Bonneval, Paris, Hérissant Le Doux, 1817. . Un vieux Belge (pseudonyme d'un sieur Henri Fiocardo), Bruxelles, les palais de Laeken et Tervueren, Bruxelles, Veuve Ad. Stapleaux, Imprimeur-Libraire du Roi et de S.A.R. le Prince d'Orange, 1824 : Chapitre XIV, Le Comte de Bonneval, pages 163 à 170.
Notes et références
Liens externes
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