vignette|Itinéraire de l'armée d'Alexandre dans les satrapies orientales et en Inde.

La campagne indienne d'Alexandre le Grand s'est déroulée du printemps 327 au printemps 325 av. J.-C. Après avoir conquis l'Empire achéménide, le roi de Macédoine lance une campagne dans le sous-continent indien (Pakistan actuel), dont une partie forme les territoires les plus orientaux de l'empire perse depuis la fin du Cette campagne a pour objectif principal de soumettre le Pendjab du roi Poros, vaincu en juillet 326 à la bataille de l'Hydaspe. Alexandre conquiert ensuite la vallée de l'Indus pour finir par atteindre les rives de l'océan Indien et entamer le retour vers Babylone où il meurt en juin 323.

Sources historiques

Parmi ceux qui ont accompagné Alexandre en Inde, Aristobule, Onésicrite et Néarque ont délivré des récits, aujourd'hui perdus, au sujet de cette campagne. Le navarque Néarque a rédigé un rapport du voyage maritime entre l'embouchure de l'Indus et le golfe Persique. Ces récits contemporains d'Alexandre ont été utilisés par Arrien dans l'Anabase, composée vers 150 après J.-C., et dans lIndica qui sert de à l’Anabase. Arrien fournit dans l’Anabase un compte-rendu relativement détaillé de la campagne indienne.

Le récit d'Arrien est complété par ceux d'autres auteurs antiques comme Diodore de Sicile, Plutarque et Strabon.

Conditions socio-politiques en Inde vignette|redresse=1.5|Guerriers indiens (de gauche à droite :Sattagydian, Gandharan, Hindush).Vers 480 av. J.-C., Naqsh-e Rostam.

L'incursion d'Alexandre en Inde s'est limitée à la zone du bassin de l'Indus qui est alors divisé en plusieurs petits États. Ces États semblent avoir été établis par la domination de groupes particuliers, car les auteurs antiques mentionnent des peuples, tels que les Malliens, ainsi que des rois dont le nom semble être des désignations tribales, comme Poros de la tribu Puru.

L'Empire achéménide détient la suzeraineté sur la vallée de l'Indus au cours des décennies précédentes la conquête macédonienne, mais il n'y a aucune trace de domination achéménide au-delà de l'Indus lorsque l'armée d'Alexandre est arrivée dans la région. Strabon, qui s'est inspiré ici d'Ératosthène, déclare que le Grand roi achéménide contrôle la région à l'ouest de l'Indus. Cette région, y compris le Gandhara, est probablement le territoire des Indiens, qui selon les auteurs antiques, ont combattu aux côtés de à la bataille de Gaugamèles.

Des écrits antiques ainsi que des fouilles archéologiques indiquent l'existence d'une économie urbaine dépendante de l'agriculture et du commerce dans le bassin de l'Indus. Les Grecs mentionnent l'existence de villes et de bastides comme Taxila. Arrien mentionne qu'après avoir vaincu Poros, Alexandre marche vers l'est en direction de la rivière Chenab et capture trente-sept villes. La plus petite de ces villes compte alors ou plus. Dans la vallée de Swat, Alexandre aurait saisi bœufs (peut-être des zébus), dans l'intention de les envoyer en Macédoine pour labourer la terre. Aristobule a vu le riz être cultivé dans les rizières ; Onésicrite a rapporté l'existence d'une culture appelée bosmoran (probablement le mil à chandelle) ; Néarque, quant à lui, décrit des « roseaux produisant du miel » (vraisemblablement la canne à sucre). Néarque mentionne également que les Indiens portent des vêtements en coton. Le sel gemme a été extrait de la Salt Range pour fournir d'autres régions de l'Inde. Certaines communautés primitives existent dans les régions forestières, désertiques et côtières du sous-continent. Par exemple, Néarque mentionne que les gens autour de la rivière Tomeros (actuel Hingol) vivent de la pêche et utilisaient des outils en pierre au lieu de fer.

Les auteurs antiques mentionnent la classe sacerdotale des brahmanes, qui sont décrits comme des professeurs de philosophie indienne. Ils ne se réfèrent à l'existence d'aucun temple religieux ou idole en Inde, bien que de telles références se produisent couramment dans leurs descriptions des campagnes d'Alexandre en Égypte, en Mésopotamie et en Perse. Les récits grecs mentionnent des ascètes nus appelés gymnosophistes. Un philosophe nommé Calanos (probablement une transcription grecque du nom indien Kalyana) accompagne Alexandre à Persépolis, où il se suicide sur un bûcher funéraire public. Il est probablement un moine jaïn ou ajivika. Curieusement, il n'y a aucune référence au bouddhisme dans les récits antiques.

Hormis leur mention des brahmanes, les récits antiques sur la conquête d'Alexandre ne mentionnent pas directement le système des castes. Certains brahmanes ont agi en tant que conseillers auprès des princes locaux. Alexandre a fait pendre des groupes de brahmanes dans le Sind actuel pour avoir incité leurs dirigeants Musicanus et Sambus à se révolter contre lui. Les écrits antiques attestent l'existence de l'esclavage dans au moins deux endroits : Onésicrite décrit l'esclavage dans le territoire gouverné par Musicanus et Aristobule mentionne des pauvres qui vendent publiquement leurs filles à Taxila. Aristobule a également observé la Sati, la pratique des veuves s'immolant sur le bûcher de leur mari, à Taxila. La pratique d'exposer les cadavres aux vautours, semblable à la pratique magienne de la Tour du Silence, est également répandue à Taxila.

Néarque mentionne que les Indiens écrivent des lettres sur un tissu étroitement tissé ; il est possible que ce soit une référence à un précurseur de l'écriture kharoshthi, qui a pu se développer à partir de l'alphabet araméen pendant la domination achéménide. Tout en décrivant une tribu sur la côte du Baloutchistan actuel, Néarque mentionne qu'ils sont différents des Indiens dans « leurs langues et leurs coutumes », ce qui implique qu'il a associé une langue particulière aux Indiens. Cela ne signifie pas que les Indiens parlent une seule langue. La langue que Néarque associe à l'Inde aurait pu être une langue véhiculaire utilisée à des fins officielles et commerciales. Cette langue véhiculaire est très probablement le Gandhari Prakrit, car les transcriptions en grec ancien pour les chefs (par exemple Taxila et Sandrokottos) ou les lieux d'Inde semblent dériver de cette langue (Takhasila et Chandagutta) plutôt que du sanskrit (Takshashila et Chandragupta).

Néarque atteste l'existence de la science médicale en Inde. Il mentionne en effet que lorsque les médecins grecs n'ont pas su fournir à Alexandre de remèdes contre les morsures de serpents, le roi a réuni des guérisseurs indiens qui sont également capables de guérir d'autres maladies douloureuses. Les récits antiques ne mentionnent aucune autre science de l'Inde contemporaine.

Préparatifs de la campagne

Après la mort de Spitaménès et son mariage avec Roxane, dont le but est de consolider ses relations avec les gouverneurs de Haute Asie, Alexandre est libre de tourner ses ambitions vers l'Inde. Pour Alexandre, la conquête de l'Inde est une conséquence naturelle de son assujetissement aux Achéménides. Les régions de la vallée de l'Indus sont en effet sous le contrôle achéménide depuis la conquête perse vers 515 av. J.-C... Alexandre ne prend possession que des territoires qu'il a obtenus des Achéménides et qu'il considère maintenant comme les siens au titre de Grand roi.

Au printemps 327 av. J.-C., Alexandre quitte Bactres à la tête de , combattants et non-combattants inclus. Alexandre repasse les montagnes des Paropamisades et se rend à Alexandrie-du-Caucase (actuel Begrâm près de Kaboul). Alexandre invite tous les chefs de la satrapie du Gandhara à venir à lui et à se soumettre à son autorité. Il reçoit le ralliement de Taxilès, raja de Taxila, dont le royaume s'étend de l'Indus au Jhelum (ou Hydaspe pour les Grecs). Celui-ci l'appelle à lutter contre son puissant voisin Poros, roi de Paurava, qui cherche à soumettre tout le Pendjab. À la fin du printemps 327 av. J.-C., Alexandre commence son expédition indienne, laissant Amyntas avec et pour tenir la Bactriane.

Campagne du Cophen vignette|redresse=1.5|La région du Cophen (actuel Kaboul-rud) et de la haute vallée de l'Indus.

À l'été 327 av. J.-C., Alexandre charge Héphaistion et Perdiccas de soumettre les peuples de la rive sud du Cophen, une rivière qui descend de la vallée de l'actuel Kaboul vers l'Indus, tandis qu'il s'occupe de soumettre la rive septentrionale. Alexandre prend personnellement le commandement des hypaspistes, des archers, des peltastes agrianes et des cavaliers légers.La conquête de la rive sud se déroule sans trop d’encombre car ses deux généraux atteignent l'Indus avant lui. Mais Alexandre est confronté dans le Gandhara à la résistance de Hastin (ou Astes), chef de la tribu Ilastinayana (ou Astakenoi / Astanenoi), dont la capitale est Pushkalavati (ou Peukelaotis). Il soumet ensuite les Aspasiens de la vallée de Kunar, puis les Guraéens du Guraeus (Panjkora actuel). Dans la lutte contre les Aspasiens, Alexandre est blessé à l'épaule par une fléchette. Finalement, les Aspasiens perdent le combat : d'entre eux sont réduits en esclavage, bœufs sont pris.

Campagne contre les Assacènes

Alexandre est ensuite confronté, dans les vallées de la Swat et de Buner, à la vive résistance des Assacènes, un peuple apparenté aux Scythes, qui ont levé une grande armée, soit , trente éléphants et indiensArrien, Anabase, , 29., dont le commandement est confié par la reine Cléophis à Aphrikès (ou Afraka). Alexandre soumet d'abord les villes d'Abhisara et de Bazira. La capitale Massaga (actuel Chakdara) n'a pu être réduite qu'après plusieurs jours de sanglants combats au cours desquels Alexandre est gravement blessé à la cheville. Après que le chef de la garnison soit tombé dans la bataille, la reine assure elle-même le commandement, déterminée à défendre sa patrie jusqu'au bout. L'exemple de Cléophis amène toute la population féminine de la ville à combattre... Alexandre ne parvient à réduire Massaga qu'en recourant à des stratégies politiques et à des actions de trahison. Selon Quinte-Curce, Alexandre a massacré toute la population de Massaga et a également réduit ses bâtiments à l'état de décombres J. W. McCrindle, History of Punjab, vol. 1, Punjabi University, 1997, .. Un massacre similaire a ensuite suivi à Ora, un autre bastion des Assacènes.

Siège d'Aornos

À la suite du massacre et de l'incendie commis par Alexandre à Massaga et à Ora, de nombreux Assacènes fuient vers la citadelle d'Aornos (actuel Pir Sar), dans le Pendjab pakistanais entre le Swat et le Kohistan. Alexandre les suit de près et, en avril 326 avant J.-C., assiège le fort, réputé inexpugnable. Le siège d'Aornos est le dernier grand siège mené par Alexandre et « le point culminant de la carrière d'Alexandre en tant que plus grand assiégeant de l'histoire » selon l'historien Robin Lane Fox.. Cette citadelle présente une menace pour la ligne d'approvisionnement d'Alexandre, qui s'est étendue dangereusement de l'Hindou Kouch à Bactres, bien qu'Arrien attribue le désir héroïque d'Alexandre de surpasser Héraclès qui ne serait lui-même pas parvenu à prendre la citadelle..