Le château de la Houssaye est situé sur la commune de Malay-le-Grand, dans le département de l'Yonne.

Description Le château de la Houssaye un bâtiment principal avec 2 tours dites du Noroît et du Surôit, une cave voûtée en plein cintre, une tour dite du Colombier, une tour dite de la Chapelle, une courtine avec une demi tour, surmontée d’une tour de guet et d'un hourd, une cloche en bronze dans la chapelle, inscription « IHS MARIA Msr FRANCOIS DE BERBIZY CHEVALIER SEIGR DE LA HOUSSAIS MA FAICT FONDRE 1654 », classement au titre d'objet MH . un bâtiment secondaire dit des Communs, une remise à voiture avec son écurie (du , bâtie sur une ancienne construction) fossés, cour intérieure, latrines, murs d'enceinte, puits (comblé à 30 m), citerne... privé et restauré (non visitable).

Historique Les Barbisy ou Berbisey sont réputés dès le seigneurs de la Houssaye, mais une source indique que les « Bois de la Houssaye », furent acquis en 1426 par Dreux de ViezchastelArchives Départementales de l'Yonne, G1313, Factum, 12 mai 1635. La famille de Viezchastel était l'une des plus considérables de Sens, connue dès 1207. Dreux de Viezchastel occupe la charge de receveur de Sens et Auxerre en 1414, receveur du Roi de 1428 à 1437, receveur du domaine de Sens relevant de la Recette d'entre les rivières Seine et Yonne en 1437, receveur du domaine du Roi en mai et juin 1436. Il décède avant 1437. Son fils, Pierre de Viezchastel, né en 1413, est la souche des seigneurs de Vertilly ; il fut Maître d'hôtel des dames d'Ecosse en 1447, Maître d'hôtel du Roi (1462-1469). Il avait épousé une bretonne, Marguerite de La Roche. Sa charge a la cour et son alliance bretonne expliquerait sa discrétion sénonaise. Il décède avant 1482.

On ne peut que conjecturer l’époque de construction de la maison seigneuriale, qui correspond à l'établissement de la branche des Berbisey dans le sénonais, plus connus sous le nom de Barbisy.

Le , un partage répartit la succession de Pierre de Viezchastel entre ses héritiers. Les bois de la Houssaye échoient au lot de Jean de Brisemur (ou Brissemer) et de Jacqueline de Viezchastel son épouse. Les moulins banaux vont au lot de Pierre de Piedefer, seigneur de Champlost, et de Charlotte de Viezchastel. La Houssaye et les moulins se séparent ce jour-là, et le procès de 1635 naîtra exactement de cette séparation. Le 30 juin 1486, les Requêtes du Palais tranchent en faveur de la famille dans un litige contre les habitants de Malay. La demanderesse est Marguerite de la Roche, veuve de Pierre de Viezchastel, agissant pour elle et comme ayant le bail de leurs enfants mineurs. Lui sont joints Mathieu de Viezchastel, avocat en Parlement, et à cause de leurs femmes, Jehan de Paris, grenetier de Melun, et Pierre Piedefer,seigneur de Champlost. Ce Jehan de Paris est Jehan Brisemur dit de Paris que l'on retrouvera partout, mari de Jacqueline de Viezchastel. Il est ici grenetier de Melun ; on le dira plus tard valet de chambre de la Reine (1489). Mais Jean de Brisemur décède avant 1492, Jacqueline de Viezchastel vit alors à Sens.

Leur fille Cécile de Brisemur, née vers 1490, épouse Bénigne Berbisey en 1513. Ce dernier n'est pas sénonais. Il est fils d'Étienne II Berbisey, de la grande famille dijonnaise, ce patriciat marchand monté par le commerce, les offices municipaux et ducaux, puis anobli. Étienne II, licencié en droit, achète en 1449 la seigneurie de Belleneuve, au diocèse de Langres. La carrière de Bénigne Berbisey est d'abord bourguignonne. En 1501 il est capitaine de Thoisy, et participe à la présentation d'un desservant à la chapellenie de Notre-Dame la Gisante à Dijon. Entre 1505 et 1507, il est cité comme châtelain de Semur-en-Auxois. L’inventaire de la Chambre des comptes le qualifie ainsi : « Gages de Bénigne Berbisey, écuyer, portier des châtel et donjon de Semur et châtelain dudit lieu. ». Cette fonction réunit la garde du château et du donjon, ainsi que la direction administrative de la châtellenie. Elle confirme son rang au sein des réseaux ducaux et bourguignons. Les dossiers généalogiques, formés aux XVIIe et XVIIIe siècles, cédés au roi par Charles d'Hozier en 1717 lui consacrent une notice « Ledit Benigne de Barbisy fut chevalier de l'ordre du Roy Loys 12, capitaine de cinquante hommes d'armes, et ambassadeur en Suisse pour sa Ma[jes]té. En l'an 1513, il estoit seigneur dud[it] Belleneufve et espousa D[amoiselle] Cecille de Brissemer, et heurent ung filz nommé Benigne de Barbisy » . Une compagnie de 50 lances est un commandement considérable, et une ambassade auprès des Suisses n'est pas une charge de second rang. Les affaires suisses de Louis XII se jouent précisément vers 1509-1513 : rupture de l'alliance, désastre de Novare en juin 1513, invasion de la Bourgogne, siège de Dijon et traité du 13 septembre 1513. Enfin, En 1515, une pension de 300 livres lui est attribuée, « jadis,écuyer ordinaire du feu roi Louis XII ». Puis il paraît à Sens. L'inventaire des Cordeliers en donne l'analyse : « Bulle de Léon X, permettant à Bénigne de Barbisey, chevalier, seigneur de Belleneuve, au diocèse de Langres, d'établir dans la ville de Sens une chapelle à ses frais sous l'invocation du Saint-Sépulcre (1515) ». Un cadet bourguignon, ancien officier ducal et royal, épouse l'héritière sénonaise qui lui apporte la Houssaye, et s'établit sur les terres de sa femme. C'est l'acte fondateur de la branche. Trois actes se suivent en dix mois, et ils dessinent un programme : le 19 septembre 1515, Bénigne Berbisey et son épouse transigent avec les habitants de Malay-le-Vicomte « pour raison des dégâts par eux fait dans les bois de la Houssaye » ; il faut d'abord faire cesser les déprédations. Le 1ᵉʳ mai 1517, ils baillent à titre perpétuel d'emphytéose une quarantaine d'arpents de bois et buissons au finage de la Houssaye, à charge de les défricher. C'est l'acte de naissance agricole du domaine. Le 2 juillet 1517, ils transigent de nouveau avec les mêmes habitants, « pour raison des mesurages et bornes plantées audit lieu de la Houssaye ». Les limites sont fixées, et marquées sur le terrain. Arrêter le pillage, mettre en culture, borner : c'est la prise en main méthodique d'une terre venue par alliance. Elle explique que le lieu, non bâti en 1485, soit un domaine constitué une génération plus tard.

L’allure des bâtiments, ses murs et ses courtines, ses tours, l'appareillage de grès (un grès dit cliquart, plus rustique et plus dur que le grès de Fontainebleau), la trace d’un pont levis ou dormant, les meurtrières qui percent le mur horizontalement, témoignent des ultimes constructions de style médiéval. Les maisons du pays ont des murs en silex liés par un enduit de chaux, les silex sont arrachés à l’argile dans les champs et amassés pour être édifiés ; les grès sont réservés pour constituer les piles de soutènement et assurer les poutres de la charpente. La façade de la Houssaye ainsi que les tours au suroît et au noroît, la demi tour de la courtine septentrionale, les penets dans les douves et la porte dite de Sens sont pourvus et parés de grès, cela manifeste une intention délibérée de fortification.

C’est à quelque cinq cents mètres du château, que l’on découvre des carrières de grès dont les veines affleurent au lieu-dit les Roches.

Les tuiles et les briques ont été façonnées et cuites dans la tuilerie de la Houssaye, située au hameau de La Mattre ; celle‐ci connut une grande prospérité au , et constitua sans doute une source appréciable de revenus au seigneur de la Houssaye. « Le marché de la brique et la tuile semble avoir été avant tout local. Le coût élevé du charroyage (E.Meunier donne des exemples allant de 24 à 40% de la valeur de la marchandise) et les risques qu’ils comportaient, devaient freiner le négoce interrégional. Assez exceptionnel et certainement marginal est donc le cas de la tuilerie de la Houssaye (à la limite de Malay le grand et de Véron) qui en 1655, achemine à la demande de l’architecte des bâtiments du roi, Charles Chamois, 50 milliers de tuiles de 6 grands pouces de large et un pied de long (16x32 cm) livrées au port de Rosoy moyennant 10 livres le mille ainsi que 60 milliers de briques de 8 pouces de long ;4 de large et 2 d’épaisseur (21,6 x 10,8 x 5,4 cm) moyennant aussi 10 livres le mille; en 1657, de nouveau, 20 milliers de tuiles de la Houssaye sont livrées à Rosoy pour un couvreur de Milly en Gâtinais. Ce sont pour cette période, les deux seuls exemples aujourd’hui connus d’une clientèle « extra régionale ».

La chapelle est installée dans la plus grosse tour, au sud‐est. Des excavations en 2009 ont révélé à environ 1 mètre sous le sol actuel les traces de fondations d’un autre bâtiment. Les registres du Chapitre de Sens portent cette mention : « Domino de Bellenave, qui his diebus erexit capellam in loco de la Houssaye sant le consentement du chapitre et l’agrément de Monseigneur l ’Archevêque quoyque située dans la paroisse de Mâlay du patronage du chapitre, 13Xbre 1534 ». Le seigneur de Bellenave n’est autre que Bénigne Berbisey, lequel sollicita une bulle du Pape Léon X accordée en 1515 afin d’« establir dans la ville de Sens une chapelle »Inventaire sommaire des Archives du département de l’Yonne antérieures à 1790, tome III (Archives ecclésiastiques, série H), Auxerre, 1882-1888, p125, cf. Cordeliers de Sens H. 567 (1515). D’un côté, le même Bénigne Berbisey requiert de la plus haute autorité de l’Eglise le privilège d’ériger une chapelle « à Sens » et de l’autre il témoigne d’une grande incurie à l’égard de son suzerain l’Archevêque de Sens pour la chapelle de son château.

La cloche de la chapelle, outre une croix ouvragée, est ceinte par la gravure en relief qui énonce le nom de son parrain: IHS MARIA MSR FRANSCOIS DE BERBIZY CHEVALLIER SEIGR DE LA HOUSSAIS MA FAICT FONDRE 1654. La cloche a été classée monument historique en 1966 et la chapelle à nouveau consacrée à Saint Louis le .

En 1674, à l'occasion d'un acte d'aveu et dénombrement en date du , la seigneurie de la Houssaye consiste en « une maison seigneuriale, cour, jardin, grange, étable, écuries, colombier, clos et verger avec droits et justice haute moienne et basse et institution officiers et autre ce la quantité de trois cents arpents scavoir cent arpents de terre labourable ou environ deux cents arpents de bois taillés plus ou moins en une pièce le tout assis sur la paroisse de Maslay le Vicomte tenant la totalité de lad. maison et dépendances et bois comme étant le tout joint ensemble d'un long au finage de Noé, d'autre long au finage de Dimont et Véron, d'un bout au bois dudit Noé, d'autre bout à plusieurs particuliers de la paroisse de Maslay le Vicomte. Item vingt quatre arpents ou environ de terres labourables et les héritages sur lesquels il y a neuf maisons et les bastiments qui sont assis au hameau appelé les Fleuris dépendant de ladite seigneurie de la Houssaye...».

Les Barbisy résidèrent pendant plus de deux siècles jusqu'en 1710, où « Marguerite du Gaigneau de Châteaumorand, veuve de François de Barbisy le jeune, vend le domaine à Gaillot du Val d'Épizy ».

Quelques aménagements furent réalisés, des grandes fenêtres ont été percées, l’escalier à balustres du qui monte aux étages témoigne de ces modifications. Mais à partir du et après le meurtre en 1736 perpétré sur le seigneur des lieux, Gaillot du Val d’Episy fils, le château n’est plus qu’une villégiature. Ce qui explique qu’il n’a pas subi le goût des époques ultérieures et qu’au contraire il s'est dégradé par morceaux dans un lent abandonnement délétère et inexorable.