Frank Lloyd Wright, né le à Richland Center dans le Wisconsin et mort le à Phoenix en Arizona, est un architecte et concepteur américain.
Il est l'auteur de plus de quatre cents projets réalisés, musées, stations-service, tours d’habitation, hôtels, églises, ateliers, mais principalement des maisons qui ont fait sa renommée. Il est notamment le principal protagoniste du style Prairie et le concepteur des maisons usoniennes, petites habitations en harmonie avec l’environnement où elles sont construites. En 1991, il a été reconnu par l'Institut des architectes américains comme le plus grand architecte américain de l’histoireMargo Stipe, Postface : l'espace wrightien, dans Hess Alan et Weintraub Alan, Frank Lloyd Wright, les maisons, éditions du Chêne, 2006, 539, ..
Premières années Frank Lloyd Wright, est né en 1867 dans la petite ville de Richland Center au Wisconsin. Après le divorce de ses parents en 1885, il change le nom Lincoln pour Lloyd, en l’honneur de sa mère, dont il devient le soutien financier, ainsi que de ses deux sœurs.
En 1887, Wright s'installe à ChicagoHélène Trocmé, « Mille et une tours », dans L'Histoire , 339, février 2009, ., en quête d’un emploi. La ville se remettait alors de l’incendie dévastateur de 1871 et devait composer avec un accroissement galopant de sa population. Wright finit par se dénicher un emploi de dessinateur technique dans l'agence de l’architecte Joseph Lyman Silsbee. Plusieurs dessinateurs et architectes travaillent déjà pour Silsbee, dont Cecil Corwin, George W. Maher et George Grant Elmslie. Wright se lie d'amitié avec Corwin, qui l'héberge durant un temps.
Attiré par une architecture plus moderne que celle que pratiquait Silsbee, il se joint bientôt au cabinet des architectes Adler et Sullivan, représentant l'école de Chicago. Sullivan prend le jeune apprenti sous son aile. En dépit des divergences entre eux, Wright demeurera toujours reconnaissant et attaché à celui qui lui enseigne les rudiments du métier.
vignette|Maison et studio Frank Lloyd Wright (1898) à Oak Park, près de Chicago.
En 1889, Wright épouse Catherine Lee Tobin (1871-1959), dont il aura six enfants. Louis Sullivan l’aide et lui consent un prêt de . Avec l'argent, Wright achète un terrain à Oak Park, en banlieue de Chicago. C’est là, à l’intersection des avenues Forest et Chicago, qu'il construit sa première maison (Frank Lloyd Wright Home and Studio) dont le style, avec un grand puits central apportant vie et lumière à l'habitation, annonce ses futures réalisations. Wright demeure employé de l'agence Adler et Sullivan durant six ans et collabore principalement à des projets de maisons individuelles. C'est là qu'il acquiert l'essentiel de sa formation et une partie de son inspiration dans ce domaine. Mais une séparation brutale se produit bientôt, car Wright conçoit aussi des maisons pour son propre compte sur son temps libre, afin de combler ses besoins financiers. Il contrevient ainsi aux clauses de son contrat qui lui interdisent tout projet en dehors de l'agence. Frank Lloyd Wright démissionne.
Un fondateur de l'architecture moderne
En 1893, Wright découvre l'architecture japonaise à l'exposition universelle de Chicago. C'est le palais Katsura, reconstitution d'un temple shinto, qui l'impressionne le plus et qui influencera durablement son style. Wright fera par la suite quelques voyages au Japon où il obtiendra même des commandes, dont l'Hôtel impérial à Tokyo, construit en 1923.
Wright s'installe à son compte, toujours à Chicago, après son départ de l'agence de Sullivan. Il fait alors la rencontre de jeunes architectes, dont Dwight H. Perkins, qui donneront bientôt naissance au style Prairie : constructions basses, élimination des cloisons inutiles, aires ouvertes, pivot central avec une cheminée massive maçonnée , forte horizontalité (à l'image des vastes étendues des prairies), larges toitures basses qui se prolongent au-delà des murs, bandeaux de fenêtres, souvent agrémentées de vitraux. Ce style, dont l'œuvre de Frank Lloyd Wright est le meilleur exemple, introduit notamment le principe de zone ouverte, abondamment éclairée par des rangées de fenêtres, lien entre l'intérieur et l'environnement extérieur qui témoigne de l'influence de l'architecture japonaise. Ces principes étaient alors très novateurs en Occident.
Frank Lloyd Wright signe bientôt une première commande indépendante : ce sera la maison Winslow, où il met déjà en application des principes du style Prairie. Durant les années 1890, il expérimente de nouveaux matériaux et de nouvelles formes, notamment dans sa propre maison à Oak Park, comme la brique et l'horizontalité des volumes. Les bâtiments qu'il dessine n'offrent toutefois pas toujours de style très personnel, Wright devant se plier aux exigences de sa clientèle afin d'établir sa pratique. Il conçoit donc des maisons dans les styles prisés de l'époque (Tudor, revêtements de bardeaux, tourelles, fenêtres en mansarde).
En 1894, il rencontre l'architecte Daniel Burnham (1846-1912) qui avait été impressionné par la maison Winslow. Wright refuse sa proposition d'aller étudier l'architecture classique pendant quatre ans à l'école des beaux-arts de Paris , puis deux années à Rome : Frank Llyod Wright préfère poursuivre sa propre voie vers la modernité, au sein de l'école de Chicago.
Par la suite, en 1898, il ouvre sa propre agence à Oak Park afin de se rapprocher de sa famille. Il en profite pour modifier sa maison et ajouter de nouvelles chambres pour ses nombreux enfants. Il construit également un atelier de deux étages où il expérimente une structure octogonale et un balcon suspendu. Sur sa cheminée, il fait graver cette inscription : Truth is life. Good friend, around these hearth-stones speak no evil word of any creature (La vérité est la vie. Bon ami, autour des pierres de ce foyer, ne médis d'aucune créature) Bruce Brooks Pfeiffer, Frank Lloyd Wright et la maison américaine, dans Hess Alan et Weintraub Alan, Frank Lloyd Wright, les maisons, éditions du Chêne, 2006, 539, 45..
Les Prairie Houses Frank Lloyd Wright perçoit les pièces d'un bâtiment comme des organes autonomes qui constituent un corps cohérent. Il pousse l'analogie avec le monde vivant jusqu'à prétendre que la construction doit représenter la croissance d'un être vivant. Cela explique l'aversion de Frank Lloyd Wright pour les grandes villes, notamment Chicago. Cette détestation le poussa à ne construire que de très rares (mais notables) bâtiments dans de grandes agglomérations. Il s'intéressera davantage à des projets de maisons individuelles, construites en harmonie avec le site.
vignette|gauche|La Maison Willits, 1901, à Highland Park, près de Chicago.
À partir de 1897, son style se révèle, avec les « maisons de la prairie » () dont sa maison d'Oak Park est un précurseur ; ce sont des pavillons d’un seul tenant ou en plusieurs parties reliées entre elles, dont l'architecte soigne particulièrement l'intégration au paysage par le biais de l'horizontalité. Il essaie également de tenir compte des contraintes que le climat continental de la région impose, multipliant les différences de hauteur des plafonds de manière à éclairer et à ventiler les pièces. Il introduit également un enchaînement plus fluide et plus ouvert des pièces, en opposition à la structure rigide de l'architecture victorienne, tout en respectant la fonction de chacune d'elles. Ces innovations passent par l'utilisation d'une combinaison de matériaux traditionnels (la pierre pour les façades et les sols) et novateurs pour l'époque : béton, acier qui servent de support à des claires-voies, des toits débordants, des terrasses en encorbellement ou de grandes baies. Le mobilier et l'éclairage électrique sont souvent intégrés au bâtiment. Les luminaires sont camouflés par des grilles dont les jeux d'ombre rappellent ceux du soleil à travers les arbres. Il en va de même des vitraux, typiques de l'Art déco, qui tamisent et colorent la lumière sans l'obscurcir. En 1901 il conçoit la Maison Willits à Highland Park (Chicago), l'une des premières Maisons de la Prairie.
Frank Lloyd Wright se situe alors en rupture avec l'architecture classique européenne. Il s'intéresse à définir un style qu'il qualifie d'organique, inspiré pour une part de son maître Sullivan, et qu'il estime pouvoir devenir un fondement neuf de la culture américaine. Dans cet idéal qui ne recherche pas spécialement à imiter la nature, mais qui s'en inspire, la forme des parties de la maison doit découler de leurs fonctions, tandis que forme et fonction ne doivent faire qu'un. vignette|droite|La Robie House construite entre 1906-1909, à Chicago.
En 1904, Frank Lloyd Wright dessine le Larkin Building à Buffalo qu'il organise autour d'un grand puits central éclairé par le haut et sur lequel donnent les pièces de chaque étage. L'immeuble s'ouvre donc vers l'intérieur et ménage une grande salle commune en son cœur. En utilisant la pierre et la brique, en découpant des plans horizontaux, Wright refuse la standardisation des immeubles.
La même année, il offre ses services à la congrégation religieuse unitarienne d'Oak Park, dont l'église vient d’être détruite par un incendie. Wright travaille sur le projet de 1905 à 1908. Le bâtiment, construit en béton armé, est considéré comme une de ses œuvres maîtresses et influencera notablement le milieu de l'architecture moderniste.
D'autres réalisations marquantes de Wright à cette époque sont la Robie House à Chicago et la à Riverside dans l'Illinois. La maison de Frederick Robie, avec ses toitures à larges pans inclinés en porte-à-faux et l'organisation originale de l'espace intérieur, marque une rupture avec les maisons de style victorien encore courantes à l'époque. La salle à dîner et le salon forment pratiquement une seule longue pièce en continu, démarqués seulement par le foyer central, aménagé un peu en contrebas du plancher. Trois garages préfigurent déjà l'envahissement de l'automobile ! La maison est surélevée, procurant vue, lumière et intimité aux occupants, tout en conférant une impression de grandeur et de majesté à la demeure. Une maquette de la maison fut placée à l'entrée de l’exposition rétrospective qui fut consacrée à Frank Lloyd Wright en 1941 au Musée d'art moderne de New York.
Les années difficiles En 1909, Frank Lloyd Wright vit une période trouble et a le sentiment d'être parvenu à ses limites. Lassé de sa vie conjugale, en proie à des questionnements sur sa pratique, il part s'installer en Europe. Il abandonne au passage sa première femme et ses enfants, tout en emmenant la femme de l'un de ses clients, Mamah Borthwick Cheney, dont il était tombé amoureux. De ce fait, il provoque un scandale qui faillit ruiner sa carrière, sans compter son train de vie fastueux qui lui vaut d'être perpétuellement endetté et assailli par ses créanciers.
En Europe, il visite l'Italie. Il fréquente et influence les architectes d'avant-garde en Autriche, en Allemagne et aux Pays-Bas, dont Walter Gropius et Mies van der Rohe (qui ont fondé le Bauhaus). Il publie également une monographie, en 1910, grâce à Ernst Wasmuth qui fera connaître son œuvre. Ce recueil, connu sous le nom de Wasmuth portfolio et publié en deux volumes, contient plus de cent lithographies de ses projets. La même année, il expose certaines de ses œuvres à Berlin.
En 1911, il retourne aux États-Unis et s'installe dans le Wisconsin, où il fonde la communauté unitarienne de Spring Green. Il y construit une série de bâtiments à la fois communautaires, domestiques et agricoles sur un terrain offert par sa mère, et baptise l'ensemble Studio Taliesin, du nom du poète Taliesin dans la mythologie celtique. C'est là qu'il s'installe avec Mamah. Il débute là une seconde carrière.