Au sens strictement médical du terme, la sinistrose, aussi appelée la névrose de revendication dans la nosographie classique, ou encore la névrose d'assurance est un trouble mental qui survient à la suite d'un préjudice corporel n'ayant pas mis en jeu le pronostic vital ou l'intégrité physique du sujet. Après le traitement ou la guérison des blessures, la victime persiste, jusqu'à l'obstination, à revendiquer une indemnisation ou une réparation. La sinistrose est parfois considérée comme un délire paranoïaqueGODFRYD Michel, Vocabulaire psychologique et psychiatrique. Presses universitaires de France, , 2023, . URL : https://www.cairn.info/vocabulaire-psychologique-et-psychiatrique--9782715414259.htm pouvant entraîner des attitudes complexes.

Considérée comme une névrose de compensation, ce syndrome se manifeste par un état pathologique qui tend à conserver ou à exagérer des symptômes physiques ou psychologiques d'une affection, des suites d'une opération chirurgicale, d'un accident du travail ou de la circulationSite de santedoc, page sur la sinistrose.. La sinistrose diffère du trouble de somatisation et du trouble factice R. Rogers , Guilford, 2008. .. La conviction hypocondriaque parfois délirante d'avoir une atteinte somatique grave et surtout irréversible pourrait correspondre à une atteinte symbolique à son statut. Le vécu persécutif est souvent associé à un besoin de reconnaissance et de réconfort ainsi qu'à un déni des difficultés psychiques, le sujet restant centré sur l'atteinte somatique initiale puis hypocondriaque.

Le terme sinistrose a été créé par le Docteur Édouard Brissaud en 1908. Cette notion apparaît dans l’ouvrage de référence en la matière, le Manuel de psychiatrie d'Henri Ey.

Origine du terme

thumb|E. Brissaud et son équipe en 1899 à L'Hôtel-Dieu de Paris.

Le terme s'est construit sur la base du mot latin , signifiant , donc défavorable, préjudiciable. Cette racine est associée à un suffixe généralement pour les termes médicaux ose (exemple : névrose, psychose)Site de l'Histoire de la psychiatrie en France..

Ce terme a été proposé en 1908 par le neurologue parisien d'origine bisontine Édouard Brissaud (1853-1909), ancien élève des professeurs Charcot, Broca, et Lasègue, afin de désigner une nouvelle pathologie apparue avec la loi du sur l'indemnisation des accidents de travail.

Le docteur Brissaud définit la sinistrose comme imputable .

Étiologie

Un accident tel qu'il peut survenir durant une activité professionnelle peut entraîner, surtout chez des personnes auparavant fragilisées, des réactions psychologiques inadaptées entraînant des comportements et des malaises divers donnant l’impression de ne pas pouvoir reprendre une vie normaleSite de Top santé sur la sinistrose..

La personne atteinte de ce syndrome cherche ainsi à faire prévaloir la gravité des conséquences de son sinistre afin d'obtenir un réconfort et une indemnisation en rapport avec le préjudice ressentiSite de santedoc, page sur la sinsitrose..

Ce type de comportement et cette situation sont souvent à l'origine de revendications multiples, notamment à l’égard des experts et des spécialistes y compris ou niveau des services chargés de reconnaître un préjudice (comme preuve du dommage subi).

Cependant, il ne s'agit pas de simulation, le sujet étant lui-même convaincu de la réalité des souffrances liées à l'accident pouvant dès lors l'entraîner dans des situations complexes.

Traitement

La souffrance physique étant un élément très subjectif susceptible de se transformer en douleur morale, le traitement de la sinistrose peut nécessiter une prise en charge de nature psychothérapique, voire médicamenteuse avec une prescription d'anxiolytiques ou d'antidépresseurs.

La sinistrose dans la littérature

Au-delà du terme psychiatrique, le aurait servi de modèle pour le personnage du docteur du BoulbonEdward Bizub, Proust et le Moi divisé : La Recherche : Creuset de la psychologie expérimentale (1874-1914), Genève, librairie Droz, 2006, (extrait). dans le roman de Marcel Proust, dénommé À la recherche du temps perdu.

Notes et références

Notes

Références

Catégorie:Psychopathologie Catégorie:Pathologie en psychiatrie de l'adulte