Le Temps de Paris est un ancien quotidien français, fondé par Philippe Boegner sous l'impulsion et la direction d'Antoine Pinay, édité à Paris d'avril à juillet 1956.
Histoire Le rôle d'Antoine Pinay En "Les grandes heures de la presse", Jean-Noël Jeanneney publié aux Editions Flammarion en 2019 , Antoine Pinay, ex-président du conseil, convoque le journaliste Philippe Boegner, directeur de Paris-Match de 1949 à 1953, puis directeur de la rédaction de Science et vie au sein du groupe Excelsior«Le Monde» de Beuve-Méry ou le Métier d'Alceste", par Jean-Noël Jeanneney et Jacques Julliard, aux Éditions Le Seuil, en 1979«Le Monde» de Beuve-Méry ou le Métier d'Alceste", par Jean-Noël Jeanneney et Jacques Julliard, sommaire détaillé . Il lui propose de créer un concurrent au quotidien Le Monde.
Antoine Pinay est énervé depuis que Le Monde a publié le « rapport Fechteler » en , rédigé entre le 10 et le pour le National Security Council américain, dans lequel l'amiral Fechteler s'inquiète de voir "le prolétariat organisé du monde entier", prendre "le parti des Iraniens, des Égyptiens, et des Nord-Africains", via un "courant de sympathie" qui a "entraîné par voie de conséquence un climat de haine contre le capitalisme américain""Un rapport de l'amiral Fechteler au National Security Council" dans Le Monde le 10 mai 1952 .
La période avait été marquée par la saisie d'un numéro du nouvel hebdomadaire L'Express, contenant un autre rapport confidentiel, et explosif, concernant la guerre d'Indochine, des généraux Paul Ély et Raoul Salan, destiné au gouvernement«Nous voulions un journal pour dire ce que nous pensions», interview de Françoise Giroud, par Denis Jeambar et Roland Mihaïl dans L'Express le 3 juin 1999 . Il avait été rédigé sous une première version secrète en , trois mois avant la chute de Dien Bien Phu, et conseillant d'évacuer les lieux, car on a sous-estimé la capacité des vietnamiens à acheminer leur artillerie sur des sommets"La France a ignoré un rapport militaire préconisant d'évacuer Dien Bien Phu" par Cécile Brisson - The Associated Press - 21 Avril 2004 . Le retrait avait été écarté par le ministre de la Défense, René Pleven et son secrétaire d'Etat à la Guerre, Pierre de Chevigné.
Antoine Pinay demande à Philippe Boegner de créer un concurrent capable de mettre Le Monde en difficulté. Alfred Fabre-Luce sert d'intermédiaire"Alfred Fabre-Luce: Un non-conformiste dans le tumulte du XXe siècle" par Daniel Garbe, Philippe de Saint Robert et Francois-Xavier de Guibert, en 2017 et des fonds sont réunis.
Le soutien d'une partie réduite du patronat Une partie du patronat, menée par Édouard Michelin, s'inquiète alors de la popularité de Pierre Mendès-France, favorable à la décolonisation et qui va peu après réussir celle du Maroc, d'une partie de l'Indochine, et de la Tunisie lors de sa présidence du conseil à partir de l'été 1954.
Menée par Édouard Michelin, elle veut lui opposer la figure d'Antoine Pinay. Lors de deux entretiens, Pinay demande à Philippe Boegner de préparer la sortie d'un futur quotidien du soir, qui reprendra le nom du quotidien du matin Le Temps, titre de référence pour les questions diplomatiques et internationales avant la seconde guerre mondiale, dont l'imprimerie, l'immeuble, la typographie et le format, avaient été attribués en 1944 au quotidien Le Monde d'Hubert Beuve-Méry.
Pour Antoine Pinay, il s'agit d'affaiblir ce dernier "Presse, radio et télévision en France de 1631 à nos jours" par Elisabeth Cazenave et Caroline Ulmann-Mauriat, aux éditions Hachette Éducation, en 1994 , dont les éditoriaux sur la Guerre d'Indochine et les questions coloniales irritaient une partie du patronat"Mort de Philippe Boegner" dans Le Monde du 17 octobre 1991 par la mise en place de la concurrence d'un "journal défenseur des valeurs chrétiennes et de la civilisation occidentale", qui défendra l'Atlantisme et l'Algérie française.
Philippe Boegner rend un premier rapport le , une étude de marché proposant plutôt un quotidien du matin, alors qu'Antoine Pinay insistait pour le soir. Des négociations vont être engagées avec Hachette pour fusionner ce futur Temps de Paris avec un de ses autres quotidiens, Paris-Presse, en difficulté car souffrant de la concurrence avec France Soir, dirigé par Max Corre, très proche des milieux favorables à l'Algérie française"Édition, presse et pouvoir en France au XXe siècle" par Jean-Yves Mollier, aux Editions Fayard en 2008 .
Les deux principaux promoteurs du projet Les deux principaux promoteurs du projet sont Georges Morisot (1898-1969), un cadre de Michelin, et Robert André (1885-1962), ancien P-DG d'Esso-Standard, président de l'Union des chambres syndicales de l'industrie du pétrole depuis 1947, administrateur de la Compagnie française des pétroles et membre du comité supérieur du Centre des hautes études américainesRobert André est le fils de l'industriel du pétrole Alexandre André, fondateur de la firme A. André fils, et le frère de Serge André. Il a été l'administrateur-directeur d'A. André fils puis un administrateur de la Standard franco-américaine de raffinage en 1929 (dont A. André fils est actionnaire), l'administrateur-délégué à partir de 1936 puis le P-DG de 1940 à 1948 de la Standard française des pétroles (Esso-standard) : Notice des Archives nationales du monde du travail, Dossier de la Légion d'honneur de Robert André dans la base Léonore..
Robert André souscrit pour 6000 actions. Robert Puiseux, gendre d'Édouard Michelin, qui contrôle aussi Simca-Citroën"Trois projets de quotidiens nationaux. Un secteur à hauts risques", dans Le Monde du 30 mars 1988 et Georges Morisot prennent chacun 2000 actions, Jacques Dupuy, PDG d'Excelsior et héritier des actionnaires du Petit Parisien, est le plus gros actionnaire avec 10000 actions, le reste (41,5%) allant à des actionnaires proches de la Banque Worms, comme Roger Mouton, Henry Dhavernas, ancien inspecteur des finances, et dans une moindre mesure le duc François-Charles d'Harcourt, ancien député (4000 actions). Plusieurs sont des , à commencer par les membres de la famille Dupuy.
Sont administrateurs de la société éditrice Jacques Dupuy, qui la préside, son frère Jean Dupuy, président, Morisot, Robert André, Puiseux, Boegner, Roger Mouton, Dhavernas et François d'Harcourt . Novembre 1955, le CNPF rassure Beuve-Méry Mais globalement, seule et dès , Jean Létang, qui dirige le Bulletin du CNPF, affirme ainsi à Hubert Beuve-Méry que le futur journal ne recevra pas un sou des organisations patronales. La position de l'Association de la libre entreprise est moins identifiable car lors de sa réunion fondatrice créée en 1947, Georges Morisot, membre du comité directeur, s'était chargé d'en exposer les idéesLe Monde, 21 mai 1948, "La première réunion de l'Association de la libre entreprise" .
Dix-sept mois d'hésitation Le passage de L'Express à la périodicité de quotidien, deux ans après sa création, retarde aussi le projet. En 1955 aussi, Jean Madiran, polémiste de la mouvance catholique intégriste, très anticommuniste, publie deux livres censés alerter l'épiscopat et le Vatican sur l'amitié, selon lui suspecte entre les dirigeants de La Vie catholique et Hubert Beuve-Méry, accusés d'être trop indulgents à l'égard du communisme sinon d'être philocommunistes"Le journal est la cible d'attaques croisées des extrêmes dans des livres pamphlétaires et des libelles depuis les années 1950", dans Le Monde du 26 février 2003 "Ils ne savent pas ce qu'ils font", par Jean Madiran aux Nouvelles Editions Latines en 1955"Ils ne savent pas ce qu'ils disent", par Jean Madiran aux Nouvelles Editions Latines en 1955. Au même moment, Jean Prouvost ressuscite Marie-Claire"Le marché publicitaire français et les grands médias (1918-1970)", par Marc Martin, dans Vingtième Siècle en 1988 , et Europe1 est créé début de 1955, pour profiter du boom de la publicité, dont les prix affichent une hausse accélérée en 1954 et 1955.
Pinay, devenu ministre des Affaires étrangères en , s'inquiète de voir Pierre Mendès-France lancer la décolonisation peu après, estimant que Le Monde y contribue. Il déclare que ses financiers exigent un quotidien du soir, et décide d'obtenir le droit de l'appeler Le Temps.
Les embauches Jean Jardin, qui conseille les milieux patronaux lorsqu'il s'agit d'ouvrir les caisses noires, un , Georges Villiers, s'occupe du dossier après avoir été d'Antoine PinayTristan Gaston-Breton, « Jean Jardin, de Vichy à la Quatrième République », 6 août 2009, Les Échos.fr, consulté le 5 octobre 2009., à partir de sa résidence de Vevey, en Suisse"Alexandre Jardin : «Famille je te hais !»" par Eric Roussel, dans Le Figaro du 06/01/2011 avec son voisin Paul Morand. Ce dernier se félicite de l'embauche d'André Olivier dans les pages littératureLettre du 14 mars 1956 de Paul Morand à Jacques Chardonne, publiée dans "Correspondance (Tome 1) - 1949-1960" aux éditions Gallimard .
Philippe Boegner amène lui de Paris-Match, afin de couvrir la Guerre d'Algérie, un autre grand résistant, qui y couvre depuis 1953 la Guerre d'Indochine, Joël Le Tac, qui y avait servi comme capitaine en Indochine avant d'intégrer en le bataillon français de l'ONU, combattant dans les batailles de Kumwha, du triangle de Fer et de T Bone de la Guerre de Corée.
Hachette et Marcel Dassault, actionnaire de Paris-Presse hésitent à louer leur imprimerie. Il faut recourir à L'Aurore de Marcel Boussac, industriel textile"Pinay l'indépendant" par Jean-Antoine Giansily, en 1995 aux Editions Denoël , ce qui est facilité par la nomination d'André Guérin, l'un de ses journalistes, au poste de rédacteur en chef. Les Etats-Unis ne participent pas"America and the intellectual Cold War in Europe", par Volker R.Berghahn, Princeton University Press, 2001, page 287 .
Premiers numéros Le Temps de Paris est finalement lancé avec 800 millions de francs de fonds propres (équivalent de 12 millions d'euros 2003)"Pour l’automne Marcel Dassault s’offre un nouveau jouet : un journal", par Claude Angeli, dans L'Obs Du 21 juillet 1965 et un capital de 400 millions. Cinéma et affichage concentrent toute l'importante campagne de lancement car toute la presse refuse d'accueillir les publicités.
Le premier numéro sort mi-, en pleine aggravation de la Guerre d'Algérie par le Président du Conseil Guy Mollet, contesté par Le Monde. Les affiches du Temps de Paris y font allusion : « Les défaitistes ne lisent pas le Temps de Paris ». Des incidents perturbent la distribution. Le premier numéro bénéficie de la curiosité, avec 350000 exemplaires vendus mais 5ème à deux fois moins.
L'échec, malgré un succès en Algérie Puis c'est un échec : deux tiers d'invendus après une semaine, le tirage de 400000 exemplaires, surdimensionné, générant total un gouffre d'un milliard et demi de francs "Le Monde et les Etats de 1944 à nos jours", par Loïc Laroche, Thèse de doctorat en histoire contemporaine, sous la direction de Patrick Eveno, en 2018 . Le numéro du présente côte à côte un article dénonçant les origines du Monde en 1944 et une grande photo de l'actrice américaine Kim Novak, , qui est .
Malgré le succès en Algérie, où il s'en vend en mai 4 fois plus que Paris-Presse, autant que Le Monde et Le Figaro réunis, presque autant que France-Soir, le journal doit revenir de 36 à 12 pages, la pénurie de papier s'ajoutant aux pertes financières. Philippe Boegner veut continuer mais Pinay souhaite cesser la parution après quelques semaines d'échec. Soucieux de limiter les dégâts, il a visé alors aussi le lectorat de « France-Soir », qui réagit par des primes exceptionnelles à ses vendeurs. France-Soir lance aussi un concours, très richement doté, avec pour prix des logements, face à la pénurie.