Franz Michaux (Gosselies, 1912-1994) est un avocat, juge de paix, dramaturge et écrivain belge de langue française et de langue wallonne, notamment auteur, entre 1942 et 1944, de pièces de théâtre écrites en captivité et représentées par et pour les prisonniers dans les camps allemands.

Biographie Né le à Gosselies (près de Charleroi, Belgique), Franz Michaux s’y fait d’abord connaître comme avocat et conseiller communal. Il est une cheville ouvrière de Notre Cité, périodique catholique qu'il lance avec d'autres pour nourrir et équilibrer le débat d'idées local.

Parallèlement, il rêve d’embrasser une carrière littéraire, tâche à laquelle il s’est attelé dès le milieu des années 1920, explorant poésie, conte et théâtre.

En , sa première pièce en français, Tornades, est représentée avec succès dans sa ville. Annoncée largement dans la presse locale, notamment Notre Cité, la première accueille 600 spectateurs.

Franz Michaux est sur le point de terminer sa deuxième pièce, L'Île au Soleil, lorsqu'il est mobilisé (dès 1939) puis lorsque l'armée allemande envahit la Belgique, le ..En captivité dans des camps d'officiers (oflags de Tibor, Prenzlau puis Fischbeck), il voit ses projets prendre une tournure inattendue. En effet, une véritable entreprise fictionnelle collective s'y empare des prisonniers à travers une activité théâtrale intense - pour une part en langue dialectale - à laquelle, pour échapper à leur condition, tous ou presque participent. Dans ces immenses camps où pour une durée indéterminée quatre ou cinq milliers de détenus sont éloignés de leur famille et de leur pays, livrés au désœuvrement, à la promiscuité et à la faim, la fiction théâtrale devient un dérivatif salutaire quasi quotidien, comme l'écrit l'un d'eux dans ses souvenirs : . Ainsi les officiers transforment-ils leurs années de captivité en tentative - en réussite, devrait-on dire - d'évasion permanenteAinsi que l'écrit Franz Michaux dans une allocution sur le théâtre de captivité à l'Association Littéraire Wallonne de Charleroi (entre 1945 et 1947) : , avec l'approbation de leurs geôliersTous les écrits de prisonniers - lettres, poésies, dessins, théâtre… - sont soumis aux Allemands, qui les suppriment ou les valident d'un cachet rouge « geprüft »..

C'est dans ce contexte que, confronté à la faiblesse du répertoire en wallon carolorégien, Franz Michaux choisit d'en créer lui-même des pièces nouvelles, dont il interprète certains rôles, au sein d'une troupe carolo improvisée avec d'autres volontaires (qui sera baptisée L'Erculot, fin 1942). Représentées par quelques prisonniers (aussi bien dans les rôles masculins que féminins), écrites par l'un d'entre eux et préparées durant de longs mois par quantité d'autres (architectes, ingénieurs, électriciens, chimistes… se convertissant en spécialistes tout désignés : décorateurs, machinistes, techniciens lumière, bruiteurs…) se tuant à la tâche pour s'occuper l'esprit (sinon s'oublier) autant que celui de leurs autres compagnons d'infortune qui brûlent d'y assister, ces pièces rencontrent un accueil remarquable.

En particulier, à l'été 1942, Quand i r’véra (qui raconte l’attente du retour au foyer d’un proche en captivité) connaît un succès certain, à tel point qu'une copie en est subtilement exfiltrée par un train sanitaire et que, aussitôt publiée à Charleroi, ainsi qu'adaptée en wallon du Centre, elle est jouée à travers la Belgique dès 1943 - alors que l'auteur en est lui-même tenu éloigné. Au total celui-ci donne cinq pièces en wallon durant sa captivité, mais également d'autres écrits marquants, en français, notamment des sketches, des chansons et des poésies dont La Cantilène du petit caleçonLe texte en a été reproduit à l'occasion d'un article hommage à l'auteur paru dans la revue "Reflets Wallonie-Bruxelles", Bruxelles : Association royale des écrivains et artistes de Wallonie et de Bruxelles, n°67 (15/04/2021) (Tibor, 1941), célébrant le dénuement et ce faisant la force de caractère des détenus par le biais vestimentaire le plus prosaïque, ou encore GosseliesPériode d'écriture présumée, le manuscrit n'étant pas daté., ode à sa ville natale.

La qualité de ces pièces, saluées par la critique qui y voit rien de moins que du théâtre dialectal hennuyer durant la guerre, et le contexte particulier de leur genèse les rendent représentatives du « théâtre en captivité » dans son ensemble (au-delà même du choix de leur langue, lié à la nostalgie du pays et aux besoins du répertoire), leur conférant par là une valeur historique inestimable et un intérêt patrimonial certain. Encore régulièrement jouées après la Libération, ces pièces sont par ailleurs diffusées à plusieurs reprises sur les ondes de la radiodiffusion télévision belge (RTB), dans les années 1970Selon des courriers adressés à l'auteur par la RTB (conservés dans le Fonds Franz Michaux). et probablement avant.

Après la guerre, élu échevin (P.S.C.) à Gosselies, convaincu que l’épreuve a rendu les hommes solidaires et animé par un esprit résolument pacifiste, Franz Michaux s’engage un moment plus activement dans la vie politique locale, avant de déchanter face à la nature intrinsèquement conflictuelle de la politique et de s’en éloigner définitivement en 1950 - son appartenance à la majorité le contraignant à des positions contre nature, dont il aurait souhaité préserver ses amitiés notamment avec les groupements d’ex-prisonniers de guerre. Il se consacre alors à la famille qu’il s’apprête à fonder et à sa carrière d’avocat, puis de juge de paix (de la ville de Thuin), non sans s’adonner à l’écriture mais désormais exclusivement dans le cadre de la Revue du barreau, qu’il dirige.

Il décède à Gosselies le , à l’âge de 81 ans.

Œuvre théâtrale Entre ( ) = année d'écriture

Théâtre en français Tornades (1938) L’Île au Soleil (1939)

Théâtre en wallon Quand i’r’véra (1942), publiée par l’œuvre Le Colis gosselien, à Charleroi (1943) Pou s’bounheur (1942) In r’tour di flamme (vers 1942-1943) Famiye (1943) In bia d’jou (1944)

Caractéristiques Début 1945, un courant d'optimisme gagne l'oflag X D de Fischbeck où est détenu Franz Michaux, depuis son transfert de Prenzlau en Entre 1940 et 1943 eurent lieu de nombreux transferts de prisonniers entre les camps. Ainsi, en septembre 1943, (Caganus, op. cit., p. 15). Ces mouvements eurent chaque fois des répercussions heureuses (apports nouveaux) ou non (ruptures d'homogénéité des groupes) sur les activités communes - notamment théâtrales - des prisonniers.. Un espoir plus précis de libération se fait jour. Nombreux sont alors les officiers à entreprendre de fixer par l'écrit, le dessin, la gravure le témoignage de leur captivité. Parmi eux, débarqué à Fischbeck un an plus tôt, en 1942, en provenance d'Eichstätt : Camille CaganusCamille Caganus (Liège, 1912-1958), romaniste, programmateur littéraire, puis directeur, à la station radio liégeoise de l’I.N.R. (officiant sous le pseudonyme de Jacques Tristan). On note l'existence, après sa disparition, du Prix Camille Caganus récompensant une œuvre radiophonique.. Déjà auteur de recueils de poésie publiés au début de la guerre, celui-ci fait le bilan de cinq années d'activité théâtrale dans les camps : son livre Théâtre en captivité : souvenirs et réflexions sortira de presse dès la fin du conflit. Nul mieux que lui a su décrire les caractéristiques du théâtre de Franz Michaux, qu'il présente en ces termes : .

À propos de Quand i'r'véra, il écrit : .

Dans Famiye, Camille Caganus voit .

Mais il s'étend surtout sur In bia d'jou, pièce pour laquelle il ne tarit pas d'éloges : . Et de conclure : .

Théâtre Tornades (1938) Pièce (en français) en 3 actes, écrite en .

Scénario Tornades nous plonge dans un milieu d'où l'honnêteté semble exclue : celui de Kolner, financier sans scrupules. Sa femme, épouse délaissée, est un ange de bonté et de douceur. Leur fille Jeanne, ignorante de tout, est heureuse : elle aime un camarade d'université, Pierre Lairesse.

Le père de celui-ci, qui ne connaît pas cette idylle, blesse, au cours d'une discussion, le secrétaire de Kolner ; avant de purger sa peine, il a le temps de dénoncer les turpitudes du banquier, ce qui met fin au bonheur des jeunes gens. Les deux hommes se retrouvent en prison ; la situation de la banque est désespérée ; le mariage de Jeanne avec le secrétaire de son père, un vrai « businessman », arrangerait tout. Jeanne se dévoue : elle accepte le marché, car c'en est un. La jeune fille et Pierre, qui n'ont jamais cessé de s'aimer, réussiront-ils à réunir leurs pères et à leur faire retrouver le sens de l'honneur ?

Représentations Créée en Belgique le et le à Gosselies (salle des Fêtes de l'Hôtel du Midi), par la troupe L'Étincelle, à forte composante familiale. Régie et mise en scène : Dr Adophe Michaux.

Personnages et distribution à la création Kolner (50 ans), financier : Dr Adolphe Michaux (petit-cousin du père de Franz Michaux) Jeanne (20 ans), fille de Kolner : Mme Romain-Falise épouse de Kolner (45 ans) : Agnès Dervigny amie de Kolner : Mme D. Dumont Gustave Lairesse (50 ans) : Franz Michaux Pierre, fils de Gustave Lairesse (25 ans), étudiant : Léon Michaux (frère de Franz Michaux) Walter Green, secrétaire : Émile Michaux (frère de Franz Michaux) De la Taille l'huissier le gardien le formaliste le Docteur Gaby (30 ans)

Ces derniers personnages étaient notamment interprétés par MM. Houyoux, Vincent, Francq et Dissy.

L'Île au Soleil (1939) Pièce (en français) en 3 actes, écrite en 1939 (terminée en captivité ou peut-être après la Libération).

Contexte En 1939, l'Allemagne se lance dans la course à l’armement atomique, bientôt suivie par les États-Unis, course qui aboutira six ans plus tard aux bombes d’Hiroshima et Nagasaki, imposant fin de la guerre en même temps qu’ouvrant une nouvelle ère de paix maintenue par la dissuasion, qui deviendra plus actuelle encore avec le développement des programmes nucléaires.

Scénario Dans cette pièce rédigée en 1939 (qui ne sera représentée qu’en 1947), Franz Michaux use de deux autres motifs, celui de la pandémie et de la course à l’antidote. Il y met en scène un savant sur le point de vendre à son pays l’aboutissement d’une vie de recherche : la possibilité d’infliger une maladie mortelle à une population entière. Une découverte suffisamment néfaste pour pouvoir servir d’arme de dissuasion. Lorsque la nature du travail de son père lui est révélée, la jeune fille du docteur, qu’elle idéalisait, tombe de haut. Elle entreprend de le raisonner, mais celui-ci ne veut rien entendre et croit définitivement justifier les bienfaits de son action par le sentiment à ses yeux le plus noble : le patriotisme. À la paix d’un pays particulier, la jeune fille oppose l’humanité tout entière. Dans cet élan humaniste, elle pose un acte terrible… qui amène son père à se lancer dans une course contre-la-montre pour mettre au point le moyen d’annihiler les effets de sa découverte.

Représentations Première représentation vers .

Personnages Docteur Rock Liliane, fille du Dr Rock Docteur Jacques Verlé Abraham Brown, homme d'affaires Thora, assistante du Dr Rock le boy Platzer Hermann matelot matelot Miss Hawkins, gouvernante

Quand i’r’véra (1942) (« Quand il reviendra »)

Pièce (en wallon) en 3 actes, écrite en 1942.

Représentations Créée à l'oflag II A de Prenzlau le . Régie : Franz Michaux et Henri Van Cutsem. Reprise à l'oflag X D de Fischbeck, en 1943 ou 1944, par la troupe L'Erculot. Première en wallon carolorégien en Belgique le à Gosselies, par l'entente dramatique, section wallonne du Colis gosselien. Distribution : Olga Renier Hillart (Lalie), Germaine Dethier (Louwise), Émile Michaux (Pierre), Ph. Harlet (Tchophile), Robert Michaux (Constant), Pierre Houyoux (Polyte).