La livre sterling (), souvent abrégée en livre (), est l'unité monétaire officielle du Royaume-Uni, des dépendances de la Couronne britannique, et des territoires britanniques d'outre-mer. Toutefois, il faut différencier plusieurs livres sterling selon les territoires.
La livre sterling est la plus ancienne monnaie utilisée encore en circulationAlasdair Rendall, « Economic terms explained », BBC News, 12 novembre 2007.. Par ailleurs, depuis 2001, elle dispute au yen japonais la place de troisième devise quant aux réserves de change.
Elle est symbolisée par le code ISO GBP () et le symbole £Unicode : £, un L barré (initiale avec tilde d'abréviation du mot latin « libra » monnaie de compte elle-même tirée de la mesure de poids), qui est utilisé depuis le et se note, dans les pays anglo-saxons, avant le montant et non aprèsAu contraire de beaucoup de pays européens comme la France, la Belgique, ou l'Allemagne où le symbole monétaire se place après le montant. . : on écrit donc localement « £7.50 » et non comme en français . vignette|upright=1.5|Évolution du taux de change de l'euro face à la livre sterling entre 1999 et 2024. Le , la livre sterling est tombée à son cours historique le plus bas face à l'euro en reculant à pour (soit pour ).
Le , elle s'échange sur la base de pour (soit pour ). - Consultation des taux de change.
Lieux d'émission Angleterre et pays de Galles Dans la pratique, la livre sterling anglaise circule librement sur l'ensemble du territoire britannique. Mais, de jure, la livre sterling n'a cours légal qu'en Angleterre et au pays de Galles, car c'est la Banque d'Angleterre () qui émet les billets de banque pour ces deux territoires , ..
Écosse et Irlande du Nord Des banques de détail ayant reçu l'agrément de la Banque d'Angleterre sont autorisées à émettre des billets de banque. Ces banques sont au nombre de trois pour l'Écosse (la Banque d'Écosse, la et la ) et de quatre pour l'Irlande du Nord (l', la , la et la ). Les banques écossaises émettent des livres écossaises et les banques nord-irlandaises émettent des livres nord-irlandaises. Ces monnaies ont la dénomination de sterling pound toutefois, en Écosse et en Irlande du Nord aucune monnaie n'a le statut de cours légal. Ni celles émises par la Banque d'Angleterre, ni celles émises par les banques des territoires correspondants.
Des négociations sont en cours au Royaume-Uni pour donner le titre de cours légal à la livre écossaise en Angleterre, au pays de Galles et en Écosse. Si jusqu'à présent l'acceptation de la livre écossaise était restée à l'appréciation des commerçants anglais et gallois, cette modification de la loi obligera ces derniers à accepter la livre écossaise comme moyen de paiement obligatoire New hope in banknote battle, Express.co.uk..
Dépendances de la Couronne britannique L'île de Man émet la livre mannoise (Livre mannoise.), abrégée IMP (abréviation non codifiée par l'ISO), qui est la seule monnaie à avoir cours légal sur ce territoire. La livre anglaise est toutefois généralement acceptée. L'île de Jersey située dans les îles Anglo-Normandes émet la livre jersiaiseLivre jersiaise ancienne série, Livre jersiaise nouvelle série., abrégée JEP (non ISO) qui est la seule monnaie à avoir cours légal sur ce territoire. La livre de Guernesey et la livre anglaise sont aussi parfois acceptées. Le bailliage de Guernesey également situé dans les îles Anglo-Normandes émet la livre de GuerneseyLivre de Guernesey., abrégée GGP (non ISO) qui est la seule monnaie à avoir cours légal sur ce territoire. L'acceptation de la livre jersiaise et de la livre anglaise est laissée à l'appréciation des commerçants.
Les pièces frappées dans les dépendances de la Couronne sont calquées sur les divisions de la livre sterling (même jeu de valeurs faciales), mais les faces sont ornées de motifs spécifiques. Ces monnaies n'ont pas cours légal hors des territoires qui les émettent, ainsi que dans certains territoires britanniques d'outre-mer.
Toutes ces monnaies sont des monnaies légales mais leur cours légal peut varier d'un territoire à un autre. C'est-à-dire que ces monnaies peuvent être acceptées comme moyen de paiement légal pour des transactions courantes. Tout comme les cartes de crédit, débit ou autres chèques, ces moyens de paiement n'ont pas cours légal mais sont acceptés en tant que moyen de paiement légal.
Toute livre émise par des territoires du Royaume-Uni, des dépendances de la Couronne britannique ou des territoires britanniques d'outre-mer étant indexée sur la livre anglaise pourra être échangée pour des livres anglaises sur simple demande dans n'importe quelle banque anglaise. Ces territoires comprennent : les îles Malouines : livre des îles Malouines Gibraltar : livre de Gibraltar Guernesey : livre de Guernesey l'île de Man : livre mannoise Jersey : livre de Jersey Sainte-Hélène et l'île de l'Ascension : livre de Sainte-Hélène.
Origine du mot sterling Selon l'historien Nicholas Mayhew Page de Nicholas Mayhew., la dénomination sterling pour désigner la monnaie anglaise date de la fin du (soit juste après l'invasion normande de 1066). On trouve la première occurrence du terme dans l'autobiographie de Guibert de Nogent en 1115 relatant une opération de corruption de cardinaux romains en vue de confirmer l'élection de l'évêque de Laon, mais l'étymologie du terme reste obscure. Selon l', le terme serait d'origine normande et viendrait de steorra (les premiers pennies portaient une petite étoile, terme qui donnera star en anglais). À l'appui de cette explication, le fait qu'à l'origine, sterling désignait le pennyÀ l'origine, le seul type de pièce existant. et s'utilisait au pluriel : on parlait de . Le Shorter Oxford English Dictionary et le Petit Robert reprennent, brièvement, la même explication.. Selon les travaux de Jacques-Paul MigneJacques-Paul Migne, Encyclopédie théologique ou Série de dictionnaires sur toutes les parties de la science religieuse - 1832 - Dictionnaire de numismatique, -480., l'estelin ou esterlin est une unité de mesure (poids) en usage au haut Moyen Âge chez les orfèvres, puis dans les monnaies. Une évolution strictement comparable à la livre romaine (poids) devenue livre (monnaie) du temps de la République dans la Rome ancienne. L'esterlin contenait 28 et 3/4 de grains (soit en système décimal). Il fallait pour faire une once, et pour faire un marc. Les équivalences étaient donc : égale , égalent une once, et égale . L'usage de l'esterlin en matière de poids était établi depuis le plus haut Moyen Âge, vraisemblablement sous les Carolingiens. Devenu monnaie, l'esterlin circulait à la fois sur le territoire des Plantagenêt (rois d'Angleterre, ducs de Normandie, d'Aquitaine/Guyenne et de Gascogne comtes d'Anjou, Touraine, Poitou, Aunis et Saintonge) et celui des Capétiens. Son cours était fixé par le roi de France. Sa valeur faciale (façonnage et droit de seigneuriage compris) en 1158, sous Louis VI, un marc d'argent valait en France, et . Un siècle plus tard, Saint Louis en fixe le cours par ordonnance prise lors de la session de Toussaint du Parlement en 1262. Un esterlin pour tournois. La livre tournois avait été imposée en France, par Saint Louis, et elle était définie par rapport à l'or. Mais l'esterlin, d'argent, demeurera une monnaie anglaise après son interdiction par le même Saint Louis en France. Pourquoi circulait-il en Angleterre ? Il est fort probable que Guillaume le Conquérant l'ait importé lors de sa conquête à partir de 1066, et imposé lors de sa réforme monétaire des années 1080, avec l'usage du système complet : esterlin, grain, once et marc. Par la suite, les territoires continentaux des Plantagenêts, héritiers de Guillaume, seront plus importants que leurs territoires britanniques (Normandie, Anjou, Perche, Saintonge, Aquitaine et Guyenne), mais ils demeureront vassaux et redevables de l'hommage aux rois de France. Il n'est pas surprenant que la monnaie ait circulé sur tous ces territoires. L'esterlin a très vraisemblablement été transformé phonétiquement, en sterlin, prononciation : sterlin(e), puis sterling, sous l'effet de l'absence de nasale dans la langue anglaise. On trouve également des mentions de la graphie esterlingus d'apparence latine.
Dans son Histoire des civilisations, Will Durant avance une autre explication de l'origine du mot sterling : il proviendrait de la réputation d'intégrité des marchands de la Ligue hanséatique, les Easterlings (les hommes de l'est) et décrirait un or ou un argent . Mais selon l'OALD, si cette explication était correcte, la première syllabe accentuée n'aurait pas disparu. Selon une autre source, le mot sterling viendrait du vieux français esterlin, qui a donné le vieil anglais stière (fort, ferme, inébranlable)Le terme aurait désigné les deniers écossais du roi (1123 à 1153), et du nouveau denier anglais du roi en 1180.. Le Petit Robert renverse l'explication : l'esterlin était une monnaie française du Moyen Âge (fin du ) et c'est le terme français qui serait d'origine anglaiseLe Shorter Oxford English Dictionary est quant à lui d'avis que le terme 'esterlin' serait antérieur à l'anglais.. Selon Nicholas Mayhew, le mot sterling n'existe pas en vieil anglais. De plus, le terme apparaît d'abord dans sa forme latine sterlingus avant d'apparaître en français au , puis en italien et en allemand au . Il fait sienne l'explication par la racine germanique ster qui possède la connotation de force et de stabilité et justifie le rapprochement par le fait que Guillaume le Conquérant avait mis fin au complexe (et encore mal compris) système de poids et mesures utilisé par les Anglo-Saxons et établi un début de « standardisation ». Le terme pourrait lui même venir du grec ancien , « solide ».
Ainsi les pièces les plus communes frappées dans les dernières années de son règne ont un poids fixe d'environ .Le terme sterling ferait référence à cette nouvelle stabilité et aurait marqué l'instauration d'un nouveau régime. D'après Mayhew, le sterling aurait fort bien pu faire partie du paquet de réformes administratives qui ont eu lieu en Angleterre dans les années 1080 : outre la création de la nouvelle monnaie, l'époque a connu l'instauration d'une lourde taxe foncière en 1084 et le recensement du Domesday Book en 1086.
Historique Moyen Âge Dynastie normande À la fin du , la masse monétaire totale est estimée à , soit de pennies (seules pièces existant à l'époque), ce qui représentait une quantité d'argent métal très importante (environ ). Le Domesday Book laisse entrevoir une société dans laquelle la monnaie joue déjà un rôle essentiel. Éparpillés sur tout le territoire, il n'y a pas moins de de frappe en activité sous le règne de Spink, Coins of England, .. Cependant, l'approvisionnement en métal constitue un problème récurrent de l'Angleterre et la rareté métallique indigène détermine l'une des caractéristiques fondamentales de son économie : la nécessité de développer le commerce maritime. Ce n'est que dans les années 1180 que la situation s'améliore.
Si Guillaume le Conquérant a mis fin au système monétaire anglo-saxon (au profit d'un système calqué sur la livre carolingienne en vigueur en France), il en a toutefois conservé l'une des caractéristiques, le changement annuel du motif de frappeCoins of England, Spink, .. Cette tradition a été conservée par ses successeurs jusqu'à . Le procédé avait plusieurs avantages : d'abord il affirmait le rôle du roi dans la validation de la monnaie, ensuite il permettait de lier régulièrement la valeur faciale de la monnaie à sa valeur intrinsèque, enfin il était source de revenu pour le pouvoir royal qui percevait un impôt pour l'émission de la monnaie, le seigneuriage.