Le nombre élevé de traités internationaux signés durant la guerre froide résulte d'une part de l'organisation du monde en deux blocs, de l'Est et de l'Ouest et d'autre part du fait que la compétition entre ces deux blocs qui veulent éviter la guerre totale n'est pas incompatible avec la recherche d'accords dès lors qu'ils ne remettent pas en cause l'équilibre général de puissance entre les États-Unis, l'Union soviétique et leurs alliés respectifs.

Dès l'entame de la guerre froide en 1947, les deux camps (occidental, autour des États-Unis et oriental, autour de l'URSS) s'organisent en alliances. Sous forme d'organisations multinationales ou de traités définissant des champs de coopération, ces alliances ont pour but de fédérer chaque camp, en promouvant la coopération militaire, politique ou économique.

Les États-Unis plus particulièrement signent des traités dans toutes les régions du monde au titre de leur politique étrangère d'endiguement du communisme et pour favoriser le développement de leur économie. Durant la présidence d'Eisenhower, entre 1952 et 1959, les États-Unis concluent des alliances politico-militaires avec 42 États et signent des traités avec une centaine d'États, conduisant les médias à parler de « pactomanie »Cornelia Navari, Internationalism and the State in the Twentieth Century. Routledge, 2000. . p. 316.Walter C. Clemens, Jr. America and the World, 1898-2025: Achievements, Failures, Alternative Futures. Palgrave Macmillan, 2000. . p. 134..

Les traités signés entre États du bloc de l'Est sont devenus caducs avec l'effondrement du bloc soviétique. Toutefois, la Russie qui succède en à l'Union soviétique en droit international, hérite des traités signés par cette dernière avec les autres États.

Traités de coopération politique et économique

Monde À la fin de la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis dominent le monde économiquement et financièrement et pèsent ainsi de tout leur poids dans la signature en 1944 des accords de Bretton Woods par la plupart des États qui deviendront membres de l'Organisation des Nations unies. Ces accords organisent l'ordre économique et financier de l'après-guerre et créent le Fonds monétaire international et la Banque internationale pour la reconstruction et le développement.

Europe

Europe de l'Ouest Lorsque le monde s'installe dans la guerre froide, les États-Unis craignent l'effondrement économique et social des pays de l'Europe. Ils mettent en place un plan d'aide économique, le plan Marshall, et demandent aux européens de créer une organisation multinationale pour gérer la répartition de l'aide américaine. Ainsi naît en l'Organisation européenne de coopération économique (OECE) à laquelle dix-huit pays d'Europe adhèrent. Ayant perdu son objet initial, elle est refondée en 1961 sous le nom d'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), dont les États-Unis et le Canada deviennent membres. L'URSS, comme ses États satellites d'Europe de l'Est refusent le plan Marshall et ne sont membres ni de l'OECE, ni de l'OCDE.

L'Europe sort ruinée et divisée de la Seconde Guerre mondiale. L'idée de l'unité européenne se répand rapidement dans les pays d'Europe de l'Ouest, conscients que l'aide américaine ne sera pas suffisante pour reconstruire le Vieux continent. Sur le plan politique, dix États européens fondent le Conseil de l'Europe, première assemblée parlementaire de l'histoire, dont les statuts sont adoptés en 1949. En matière économique, l'union douanière néerlando-belgo-luxembourgeoise, connue sous le nom de Benelux, est mise en place en 1948. Une étape décisive est franchie en 1951 avec la signature du traité instituant la communauté européenne du charbon et de l'acier (CECA), acte de naissance de l'Europe communautaire à six, Allemagne de l'Ouest, France, Italie et les trois États du Benelux, dont le Traité instituant la Communauté économique européenne (CEE) et le Traité instituant la Communauté européenne de l'énergie atomique (CEEA ou Euratom), aussi appelés traités de Rome, achèvent en 1957 de construire le socle. Ces trois traités, dont le Royaume-Uni est le grand absent, visent à arrimer l'Allemagne de l'Ouest au camp occidental, alors que les craintes héritées de la guerre sont encore très présentes.

En 1963, de Gaulle et Adenauer signent le traité dit de l'Élysée sur la coopération franco-allemande qui parachève la réconciliation entre les deux pays. De Gaulle en attend qu'elle soit une étape vers la formation d'une Europe indépendante et la sortie de la logique de confrontation des deux blocs de l'Est et de l'Ouest ; mais cette attente est rapidement déçue car le Bundestag vote un préambule à la loi portant ratification du traité de l'Élysée dont le contenu très atlantisme le vide pour partie de sa substance.

Europe de l'Est vignette|Les dirigeants au sommet du Comecon de 1966. En réponse aux initiatives occidentales, les Soviétiques créent en 1949 le Conseil d'assistance économique mutuelle, souvent désigné par son acronyme anglais Comecon, dont sont membres fondateurs six pays d'Europe de l'Est. En matière politique, Moscou souhaite pouvoir contrôler étroitement les principaux partis communistes d'Europe de l'Est et de l'Ouest. Aussi Staline crée-t-il en 1947 le Kominform, « bureau d'information des partis communistes » dont sont membres les partis communistes français et italiens ainsi que ceux des États satellites de l'URSSAprès la dissolution du Kominform en 1956 par Khrouchtchev, en sus des réunions du Comecon et du Pacte de Varsovie, le mouvement communiste international organise cinq conférences internationales des partis communistes et ouvriers entre 1957 et 1976..

Comme les Occidentaux, les Soviétiques s'attachent à donner des bases juridiques internationales à leurs relations avec tous les autres États socialistes et aux relations entre ces États. En Europe, l'URSS signe des traités avec tous les États satellites d'Europe de l'Est. Avec la Tchécoslovaquie, Moscou signe un premier Traité d'amitié, d'assistance mutuelle et de coopération après-guerre dès 1943 avec Edvard Beneš, leader du gouvernement provisoire tchécoslovaque en exil. Ce traité est prolongé pour une durée de vingt ans par un protocole signé en 1963. Le Printemps de Prague et l'invasion de la Tchécoslovaquie en par les forces de cinq pays du Pacte de Varsovie bouleversent la relation entre les deux pays. Aussi Brejnev impose-t-il aux Tchécoslovaques un nouveau Traité d'amitié soviéto-tchécoslovaque signé en dont le préambule qui affirme notamment que , reprend le principe de base de la doctrine Brejnev selon laquelle l'intérêt général des pays socialistes l'emporte sur le droit de chaque pays à choisir sa voie.

Asie L'URSS reconnaît la Chine populaire le , puis les deux États concluent en un traité d'amitié, d'alliance et d'assistance mutuelle et plusieurs accords par lesquels les Soviétiques restituent certains territoires à la Chine et lui apportent une aide économique importante. Conclu pour trente ans, ce traité parfois connu sous le nom de pacte sino-soviétique, n'est pas renouvelé à son échéance, du fait de la dégradation des relations entre les deux grandes nations communistes.

Autres régions du monde Dans les Amériques, que les Américains appellent couramment l'hémisphère occidental pour mieux en souligner l'unité, un an après la signature du Traité interaméricain d'assistance réciproque, lors de la conférence panaméricaine qui se tient à Bogota en 1948, vingt-et-une nations signent la charte de l'Organisation des États américains. Les États-Unis et treize de ses États membres votent en 1962 l'exclusion de Cuba qui bascule dans le camp communiste avec la prise du pouvoir par Fidel Castro et s'allie avec l'URSS.

Traités de sécurité et de défense

Durant la guerre froide, la constitution des deux blocs de l'Ouest et de l'Est s'accompagne de la conclusion d'un grand nombre de traités bilatéraux ou multilatéraux qui apportent à leurs signataires des garanties mutuelles de sécurité et de défense. À l'Ouest, sous l'impulsion des États-Unis, la création de nombreuses alliances aura pour but d'appuyer la politique américaine de containment, face à la pénétration communiste dans le monde, à la suite des victoires soviétiques de la Seconde Guerre mondiale. Le plus souvent, ces alliances politico-militaires font référence à l'Article 51 du chapitre VII de la Charte des Nations unies qui stipule : . Par exemple, l'article 5 du Traité de l'Atlantique nord fait référence à . Autre exemple, le court texte du Pacte de Manille (OTASE) se réfère quatre fois à la Charte.

Europe En Europe, les pays d'Europe de l'Ouest sont au sortir de la Seconde Guerre mondiale très préoccupés par leur sécurité. La France est plus particulièrement inquiète d'une possible résurgence de l'Allemagne, mais tous constatent la faiblesse de leurs moyens de défense face à l'Armée rouge qui demeure présente en force en Europe de l'Est où il devient évident entre 1945 et 1948 que Staline y assoit de façon définitive sa domination. C'est dans ce contexte d'une double crainte vis-à-vis de l'Allemagne et de l'Union soviétique que se nouent les premières alliances, avec la signature du Traité de Dunkerque en 1947 entre la France et le Royaume-Uni, puis celle du Traité de Bruxelles en 1948 qui élargit le précédent au Benelux. Dans le même temps, les pays d'Europe de l'Ouest estiment que seuls les États-Unis peuvent répondre de façon crédible à leurs besoins de sécurité. Les négociations entamées en 1948 aboutissent en 1949 à la signature du traité de l'Atlantique nord par les États-Unis, le Canada et dix États européens, dans le cadre duquel la guerre de Corée, qui éclate en , précipite la mise en place d'une organisation militaire intégrée, l'Otan.

Dans l'objectif de permettre le réarmement de la République fédérale d'Allemagne (RFA) et largement à l'initiative de la France, le traité instaurant la Communauté européenne de défense (CED) est signé le par six États d'Europe occidentale. Signée la veille, la Convention sur les relations entre les Trois Puissances et la RFADans le contexte de l'occupation de l'Allemagne et de la question allemande durant la guerre froide, les « Quatre Puissances » sont les États-Unis, la France, le Royaume-Uni et l'Union soviétique. Les « Trois Puissances » désignent les États-Unis, la France et le Royaume-Uni., connue sous le nom d'Accords de Bonn, accorde, avec certaines restrictions, la souveraineté à la RFA lorsque le traité instituant la CED entrera en vigueur.

Mais l'échec de sa ratification par le Parlement français en 1954 conduit à abandonner la CED. La conférence des Neuf Puissances réunit à Londres les alliés occidentaux qui s'entendent sur une solution de substitution. Elle est mise en œuvre par les Accords de Paris d' qui ouvrent la voie à l'adhésion de la RFA au traité de l'Atlantique nord, devenue effective en . Dans le cadre de ces accords, le traité de Bruxelles évolue et donne naissance à l'Union de l'Europe occidentale (UEO) en s'ouvrant à la RFA et l'Italie. Enfin les trois alliés occidentaux, France, États-Unis et Royaume-Uni, signent avec l'Allemagne de l'Ouest un Protocole sur la cessation du régime d'occupation dans la République fédérale d'Allemagne.

Les Soviétiques répliquent à l'entrée de la RFA dans l'Otan par le Traité d'amitié, de coopération et d'assistance mutuelle, connu sous le nom de Pacte de Varsovie, conclu en 1955 entre sept États d'Europe de l'EstCes sept États sont la République populaire d'Albanie, la République populaire de Bulgarie, la République populaire de Hongrie, la République démocratique allemande, la République populaire de Pologne, la République populaire de Roumanie, la République Tchécoslovaque et l'URSS. Moscou complète la même année ce pacte par le Traité concernant les relations entre l'URSS et la RDA qui autorise notamment les forces soviétiques qui se trouvent sur le territoire de la RDA à y rester.