Subötai (v. 1176 - 1248), parfois appelé Sobodeï est l'un des plus importants commandants de l'armée mongole sous les ordres de Gengis KhanMarie Favereau : La Horde, chap I : Vivre dans la steppe, chap. I, 2023, Éd. Perrin, .
Né chez les Uriankhais, peuple turc de Sibérie (Iakoutes), appelé parfois « peuple des rennes », il n'est pas à proprement parler mongol. Il se joint à Temüjin, futur Gengis Khan, alors qu'il n'a que 14 ans. Il fut l'un des quatre chiens féroces, avec Khubilai, Djebé la Flèche et Djelmé, son frère. Bien qu'il ne soit pas mongol et n'ait pas grandi en apprenant le maniement de l'arc ou l'art de monter à cheval, il fut l'un des meilleurs généraux de l'empire..
En 1206, il est nommé Mingan-u Noyan ( ), c'est-à-dire commandant d'un Mingan (unité de mille). Démontrant rapidement son talent, Gengis Khan lui confie le contrôle complet des opérations de l'armée mongole, devenant une sorte de Field marshal. Il sera donc responsable de la stratégie des principales conquêtes du grand Khan et de ses successeurs.
Il est également crédité de la transformation du keshig, la garde rapprochée de Gengis Khan, en une sorte de collège militaire, servant à former commandants et stratèges.
D'origine modeste, ne possédant pas de sang noble, même pas Mongol de naissance, ce n'est donc qu'en raison de son apprentissage, de ses exploits militaires et de sa loyauté envers Gengis Khan qu'il finira par commander l'armée mongole et devenir le stratège principal des grands Khans.
Enfance Né aux environs de 1176 chez les Uriankhais, dans la taïga sibérienne, il n'a pas appris tout jeune à monter à cheval, à tirer à l'arc, ni toute autre qualité nécessaire à survivre ou guerroyer dans la steppe, comme se doit le peuple mongol. Rien ne le destinait donc à devenir un grand guerrier. En tant que plus jeune fils de Jarchighudai, il était l' ochigin de la famille. Dans la tradition des peuples de la forêt, l'ochigin est le "gardien du coeur", celui qui doit hériter des possessions de son père. Il devait donc devenir forgeron.
Nous ne savons pas exactement pour quelles raisons, mais l'Histoire secrète des Mongols suggère qu'il a été confié à Gengis Khan à 14 ans. Il rejoignait ainsi son frère Djelmé. Il aurait d'abord été garçon de tente de Gengis Khan, étant ainsi témoin des discussions des chefs de guerre, y apprenant les rudiments de la stratégie militaire.
Aucune source historique ne mentionne cependant les quelques années qui suivent son arrivée chez les Mongols.
Exploits militaires
Campagnes d'unification des steppes (1197-1206)
Guerre contre les Merkits (1197) C'est en 1197 que Subötaï est crédité de ses premiers faits d'arme. Alors que Temujin, futur Gengis Khan, prépare une attaque contre les Merkits, il demande au groupe de commandants réunis qui revendique l'honneur d'attaquer le premier. Subötaï se serait alors porté volontaire et Temujin lui aurait confié une unité de . Il aurait décliné, suggérant plutôt d'y aller seul en se faisant passer pour un traitre à son camp. Convaincant, il aurait dévoilé un faux-plan d'attaque de Temujin aux Merkits. Les prenant alors par surprise, les Mongols ont remporté une bataille décisive où ils purent en prime capturer deux importants généraux.
Guerre contre les Kéraït (1201-1203) En 1201, Djamuqa et Toghril (Ong Khan), roi des Kéraïts, livrent une série d'escarmouches à Temujin. C'est en 1203 que les choses deviennent plus sérieuses. Ils infligent une sévère défaite à Temujin à la bataille des sables de Qalaqaldjit. Il ne lui reste plus que des qui avaient pris part à la bataille. Sans abris et à court de chevaux, plusieurs officiers le quittent. Cependant, Subötaï lui reste fidèle et le groupe se ressoude tranquillement près du lac Baldjouna. Pour remercier et honorer ceux qui sont restés à ses côtés dans cette épreuve, Gengis Khan crée l'ordre de Ter-Khans, conférant certains avantages à ses membres. Moins d'un an plus tard, ayant rallié ses troupes, il inflige une défaite aux Kéraïts. Certains tués, d'autres intégrés comme esclaves, ils cessent d'exister en tant que groupe ethnique distinct.
Guerre contre les Naïmans (1204-1205) Maître de la Mongolie orientale et centrale, il ne reste plus que la partie occidentale qui n'est pas sous le contrôle de Temujin. L'Histoire secrète des Mongols parle plus en détail de ces affrontements contre le peuple Naïman où on en apprend sur les prouesses militaires de Subötaï. Il y commande un minquan, une unité de , dans un groupe de 4 unités sous les ordres de Djebé.
L'armée de Temujin est alors forte de . Il fait face à un ennemi plus nombreux, mais dirigé par Baibuka Tayan Khan, un commandant militaire peu habile.
C'est à la bataille de Chakirmagud qu'est situé le fameux passage décrivant Subötaï comme un des quatre chiens féroces (ou 4 chiens de chasse) de Temujin. L'auteur fait répondre Djamuga aux questions de Tayang Khan:"Qui sont, demande le chef des Naïmans, ceux qui nous poursuivent comme des loups ? — Ce sont les quatre chiens de chasse de Temüdjin ; ils sont nourris de chair humaine et attachés à une chaîne de fer ; leur crâne est d’airain, leurs dents sont taillées dans le roc, leurs langues sont comme des épées, leur cœur de fer. Au lieu de fouet, ils ont des sabres courbes, ils s’abreuvent de rosée et galopent dans le vent ; dans les combats, ils dévorent de la chair humaine. Les voilà maintenant déchaînés, leur bave coule, ils sont en joie. Ces quatre chiens sont Djebe, Kūbīlāy, Djeleme, Subutāy."À la suite de cette bataille, les Naïmans sont exterminés, Tayang Khan est tué, mais Djamuqa réussit à s'échapper.
Subotai à la poursuite des poches de résistance Merkit (1205-1206) En 1205, Temujin termine l'unification de la Mongolie. Il confie à Subötaï la tâche de s'emparer de Toghtoga Beki, fils du dernier roi Merkit et ses derniers compagnons fidèles. Il s'agit de sa première mission en tant que commandant indépendant responsable d'une opération militaire.
L'histoire Secrète des Mongols parle en détail de la préparation de cette campagne de façon un peu étrange. Est-ce parce que Temujin n'a pas encore pleinement confiance en Subötaï? Le poète/chroniqueur mentionne les nombreuses instructions précises, et parfois très basiques, que le Khan donne à son jeune commandant, l'exhortant même à ne pas fatiguer ses montures et bien utiliser ses réserves de nourriture. Malgré tout, la mission est un succès. En 1206, sur les rives de la rivière Thäm (ou Djäm), Subötaï livra la bataille finale, exterminant les derniers Merkits.
Des chroniqueurs chinois et perse placent ces événements en 1217 et non 1206 (p.272-273).
Le Qurultay de 1206 Après sa victoire sur Togril, Temujin réunit son peuple dans un immense Qurultay. Il est officiellement nommé Khan de tous les Mongols et prend le titre de Gengis Khan. Il en profite pour réformer l'armée et nommer de nouveaux officiers. C'est à ce moment que Subötaï reçoit le rang de Mingan-u Noyan, responsable direct d'une unité de 1000 hommes. De plus, Gengis Khan crée un nouveau titre, l'orlok (littéralement: aigle). Lui et Djebé en seront les premiers titulaires. Ils seront alors responsables de la stratégie militaire de toutes les opérations militaires des campagnes qui suivront et ils peuvent diriger "autant d'homme qu'ils peuvent réunir".
L'invasion du royaume Xi Xia et de la Dynastie Jin (1211-1215)
Invasion initiale thumb|left|200px|Carte de la Chine avant le début des invasions mongoles. Les territoires des Jins sont en jaune, ceux des Xia Occidentaux en marron et ceux de la dynastie Song en rose On en sait peu de l'implication de Subötaï dans l'invasion mongole de la dynastie des Xia occidentaux, qui servira de tête de pont à l’invasion mongole de la dynastie Jin. Les détails concernant Subötaï sont un peu plus riches lors de cette seconde campagne.
Alors que la force d'invasion est forte de 100 000 à 120 000 hommes, Subötaï est aux commandes directes d'une tümen (unité de 10 000 hommes) et est responsable de la garde avancée d'environ 30 000 hommes. Cette garde avancée fonce sur la muraille de Chine pour faire diversion. Les généraux chinois tombent dans le piège et envoient d'importants détachements pour l'affronter. La ruse fonctionne et l'attention donnée aux forces de Subötaï permet à l'armée principale commandée, par Gengis Khan, de contourner le mur sans encombre ni escarmouche, quelque 200 kilomètres plus à l'ouest, à un endroit gardé par les Öngüts. Ces derniers, ethniquement plus proches des Mongols que des Chinois, ont préféré se ranger du côté mongol dans ce conflit. L'armée Jin tourne alors son attention vers cette nouvelle force marchant en territoire chinois.
Maintenant que sa feinte a fonctionné et que les Chinois se sont détournés de lui, Subötaï et sa garde avancée en profitent pour galoper plein ouest et traverser la muraille au même endroit que Gengis Khan l'avait fait. Il traverse lui aussi sans encombre et rejoint le reste de l’armée qui vient d'engager le combat. Il surprend l'ennemi en le prenant de flanc et par l'arrière. L'imposante armée Jin est annihilée à la bataille de la rivière Shansi.
Les Mongols pillent le pays pendant plusieurs mois, sans réussir à capturer la capitale, protégée par d’imposantes murailles. Les deux camps signent un traité de paix, les Mongols se retirent au sud du désert de Gobi, la saison n'étant pas propice à sa traversée.
Conquête involontaire de la Corée
Quelques mois seulement après avoir conclu la paix, l'empereur Jin Xuanzong déplace sa capitale. Pékin étant maintenant trop proche de la frontière mongole, il préfère installer ses quartiers plus loin dans ses terres, à Kaifeng. Gengis Khan y voit un signe qu'il n'a pas l'intention de respecter les conditions de l'entente. Les faits lui donnent raison lorsqu'une armée est levée et se dirige vers les Khitans, dont l'indépendance était garantie selon les termes du traité de paix. Ceux-ci appellent les Mongols à l'aide et les hostilités reprennent.
Gengis Khan envoie Subötaï en Mandchourie, territoire ancestral des Jürchens, l'ethnie ayant fondé la dynastie Jin. À la tête d'une force non spécifiée par les chroniqueurs du temps, Subötaï ne tarde pas à remplir sa mission. Les raisons expliquant ce qui se passe ensuite ne sont pas non plus spécifiées par les chroniqueurs contemporains. Voulait-il poursuivre des unités en déroute? Toujours est-il que Subötaï traverse la rivière Yalu et entre dans le royaume de Goryeo, (territoire des actuelles Corées). Puissante, l'armée coréenne préfère malgré tout se terrer dans ses forteresses. Subötaï avance jusqu'à la capitale en ne faisant face qu'à une opposition limitée. Le Goryeo préfère se soumettre ; habitué à être entouré de puissants voisins et à payer tribut, le roi reconnaît probablement dans cet épisode que les Mongols sont la nouvelle puissance régionale. L'emprise mongole sera cependant à consolider par de nouveaux conflits dans le futur.
Guerre contre le Kara Khitai et destruction des Merkits
En 1217, Gengis Khan cède pour ainsi dire le contrôle de l'armée à Subötaï. Le grand Khan décidera qui combattre, Subötaï décidera comment exécuter les opérations.
Gengis Khan lui donne la mission de mettre sur pied un plan d'invasion du Kara Khitaï. Kütchlüg, fils de son ennemi Tayang Kang tué lorsque Temunjin s'était emparée de son royaume, s'y est réfugié et en a pris le contrôle.
Djebé prendra deux tümet pour attaquer directement le Kara Khitai et capturer Kütchlüg alors que Subötaï, lui aussi aux commandes de deux tümet, le précédera plus au sud avec trois objectifs en tête. Premièrement, il annihilera les dernières poches de résistance merkit qui se trouvaient dans ces environs, il protégera le flanc de Djebé, et en même temps découragera toute tentative potentielle d'Ala ad-Din Muhammad, Chah de l'Empire khorezmien, de profiter du moment en attaquant la frontière sud du Kara Khitaï.