Le Parti social français (PSF) est un parti politique français de droite conservatrice à tendance nationaliste fondé le à la suite de la dissolution des Croix-de-Feu, par son chef le lieutenant-colonel François de La Rocque. Le parti n'est pas reconstitué en tant que tel à la Libération.

Le PSF, même s'il eut peu de représentants directement élus, est le premier parti de masse de la droite française et l’un des mouvements qui rassemble le plus de membres dans l'ensemble de l'histoire des partis politiques français. Il défend une idéologie chrétienne, conservatrice et patriotique, et met aussi en place des organisations d'entraide à but social.

Historique Premier parti de masse de droite (1936-1940) Fondation par La Rocque Le Parti social français tient son assemblée constitutive le à la salle Wagram, en présence notamment de Jean Mermoz et de Jean Ybarnégaray Mermoz, Mes vols, Flammarion... Une plaquette est diffusée à un million d'exemplaires et intitulée « Une mystique, un programme » avec comme mot d'ordre la consigne de « réconcilier l'esprit social et le patriotisme », « le patriotisme n'étant pas le monopole de la droite et l'aspiration sociale n'étant pas davantage le monopole de la gauche ». Sa devise sera reprise plus tard, sans lui demander son avis, par Vichy : « Travail, Famille, Patrie ».

Certaines propositions de son programme comme le renforcement du pouvoir du gouvernement et la représentation des professions l'éloignent de la tradition républicaine et le PSF, malgré ses proclamations légalistes, est perçu par les forces politiques de gauche comme un parti menaçant la République parlementaire et libérale et incarnant le danger fasciste en FranceJean-Félix de Bujadoux, « Le PSF et la réforme de l’État » et Gilles Morin, « La gauche et le PSF, du Front populaire à la guerre », Serge Berstein et Jean-Paul Thomas (dir.), Le PSF : Un parti de masse à droite (1936-1940), CNRS Éditions, 2016.

vignette|Insigne du PSF (années 1930). vignette|

Succès politique Le Parti social français connaît un grand succès en France de 1936 à 1940.

En 1937, sur la base du volontariat populaire, le parti enregistre adhésions. En 1939, ce chiffre atteint près de 1,2 million d'adhérentsJean-Paul Thomas, « Les effectifs du parti social français », Vingtième Siècle, n° 62, 1999, — sur Persée..

Après les élections cantonales de 1937 (conseillers généraux et conseillers d'arrondissement), le PSF revendiquait soixante-treize conseillers généraux et quatre-vingt-quinze conseillers d'arrondissementLe Petit Journal du 11 octobre 1937 - https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6348507/f2.item.zoom#. Les départements où ils étaient les plus nombreux étaient : la Moselle, la Loire-Inférieure, les Vosges, la Vendée, le Doubs, la Manche, l'Aveyron, la Lozère et l'Orne.

Il est probable que d'autres conseillers généraux et conseillers d'arrondissement, élus en 1934, aient également rejoint le PSF.

En juillet 1939, le PSF revendiquait 8 députés, 185 conseillers généraux, 322 conseillers d'arrondissement et 2819 mairesLe petit journal du 14 juillet 1938 - https://www.retronews.fr/journal/le-petit-journal/14-juillet-1938/1/f91718db-3a28-4b05-a10d-01dcff79ecb0?search_text=conseiller+d%27arrondissement

Selon l'historien Jacques Nobécourt, en 1938-1939, dans l'éventualité d'élections municipales [les dernières remontaient à 1935, favorables à la gauche], le PSF pouvait espérer 15 % des suffrages. Perspective qui lui aurait permis, grâce à la proportionnelle, aux prochaines législatives [qui n'eurent pas lieu du fait de la guerre], une centaine de députés. En 1939, candidats portent ses couleurs, ainsi que près de , 541 conseillers généraux et des milliers de conseillers municipauxJacques Nobécourt, communication à l’Académie de Rouen, 7 février 1998, ALR, , juillet 1998..

gauche|vignette|Le colonel de La Rocque au micro lors du premier congrès du Parti social français en décembre 1936(agence Meurisse, Paris, BnF).

Rejet des alliances politiques Sur le plan politique, le PSF s'oppose fermement à l'initiative de Jacques Doriot, le leader du Parti populaire français (PPF), qui préconise la mise en place d'un Front de la liberté, vaste rassemblement des droites antimarxistes contre le Front populaire. La Rocque annonce en son refus d'intégrer le PSF au sein de ce Front ; pour lui, cette coalition des droites risquerait de consolider par réaction le Front populaire et surtout d'attiser à travers le pays un climat de guerre civile, inapproprié dans cette période d'avant-guerre. Le Front de la liberté accueillera le PPF mais aussi la Fédération républicaine de Louis Marin et les anciens membres des Jeunesses patriotes. Selon l'historien Robert Soucy, La Rocque ne combat jamais Doriot et son parti.

S'il refuse d'entrer dans le Front de la Liberté, ce n'est non à cause de différences idéologiques, leurs programmes étaient très proches, mais justement parce que leurs mouvements ont beaucoup en commun et que La Rocque redoute de voir Doriot lui voler ses troupes.

Dans la même optique, le Président du PSF dénonce vigoureusement et constamment les initiatives de La Cagoule, qui sont contraires à la légalité républicaine et risquent de compromettre une partie de l'Armée avec des extrémistes.

Leur violence amena le gouvernement Blum à répliquer en menaçant d'interdire le PSF, ce qui pousse La Rocque à ordonner à ses troupes de cesser toute violence, qui devient sporadique. Les suites de l'affaire du Parc des Princes avaient rendu La Rocque plus prudent. L'attitude de prudence avait été adoptée par Georges Valois, ce qui ne le disqualifie pas de l'accusation de fascisme. Pour Robert Soucy, cette attitude n'avait donc rien à voir avec la défense de la légalité républicaine. Refuser de commettre un suicide politique ne constitue pas un brevet de non-fascisme.

Son attachement à la légalité républicaine peut être causée plutôt par la pression qu'il subit début 1936 pour éviter l'interdiction des Croix-de-Feu si le Front populaire prenait le pouvoir. Il faut aussi relever les raisons qu'il offre à ses partisans pour justifier la nécessité d'entrer dans la politique électorale. Communiquant avec ses troupes durant l'hiver 1936, il indique clairement que sa décision n'a pas grand chose à voir avec une conversion aux principes de la démocratie. Au contraire, il avoue être conscient de la répugnance qu'éprouvaient ses fidèles à l'égard des élections et pourquoi l'engagement dans l'électoralisme s'impose. Le refus des urnes est assimilé à l'illégalité, et il est risqué de ne pas changer de direction, soulignant que ni Hitler ni Mussolini ne s'en sont remis à un coup de force. Il souligne aussi que l'hitlérisme n'est devenu une force politique prépondérante qu'en 1930, lorsqu'il a fait entrer 107 des siens au Reichstag"Les croix de feu devant le problème électoral" AN-451 AP 129. Avec le régime de Vichy, il rebaptise son mouvement en Progrès social français .

Polémiques et procès à propos des fonds secrets, 1937-1938 En 1937 et 1938, ses adversaires d'extrême droite et de gauche l'accusent d'avoir accepté au temps des Croix-de-Feu les fonds secrets des gouvernements d'André Tardieu et Pierre Laval. Les accusations sont portées d'abord par le duc Joseph Pozzo di Borgo, ancien cadre des Croix-de-Feu, sur la foi de déclarations de Tardieu. Les deux hommes s’affrontèrent dans des procès en diffamation retentissants en 1937 et 1938. La campagne de Pozzo di Borgo contre La Rocque est alors relayée par des leaders d’extrême droite aussi déterminés que Philippe Henriot, le général Duseigneur et Xavier Vallat (lequel invita La Rocque à se suicider), tous sympathisants de la Cagoule« Histoire des droites en France » de Gilles Richard, page 215, édit Perrin. Comme le précise l’historien François Monnet : p. 459, dans « Refaire la République », -André Tardieu, une dérive reactionnaire- edit Fayard, 1993Colonel de la Rocque, Pourquoi je suis républicain, Seuil, 2014..

Organisation Dirigé par un président, le colonel François de La Rocque, secondé par un comité exécutif, une Commission administrative permanente (CAP) et un bureau politique dirigé par Edmond Barrachin, le PSF couvre le territoire français de sections locales, regroupées en fédérations départementales et régionales.

vignette|Une du Petit Journal annonçant l'assassinat des frères Carlo et Nello Rosselli, exilés antifascistes italiens, le .

Le PSF dispose de deux principaux organes de presse : le journal interne : Le Flambeau. le quotidien parisien grand public Le Petit Journal, acquis en , racheté à Raymond Patenôtre et à ses associés. Cet organe qui tire à près de exemplaires, devient un outil de propagande pour le parti.Fred Kupferman, Philippe Machefer, Presse et politique dans les années trente: le cas du Petit Journal, dans la Revue d'histoire moderne et contemporaine, janvier 1975. Une souscription de de 100 francs est placée en quelques mois. La Rocque est le directeur du journal. Le premier numéro du quotidien désormais publié par le PSF parait le , avec une équipe rédactionnelle composée de Jacques de Lacretelle, André Maurois, Georges Duhamel, Roger Vercel et Daniel-Rops. Plusieurs périodiques régionaux, d'importance inégale. 17 périodiques sont diffusés en province.

À la Chambre des députés, à partir de , le parti se dote d'un groupe parlementaire qui va rallier un maximum de 11 députés (1939) et qui succède à un éphémère intergroupe réunissant des parlementaires conservateurs sympathisants du mouvement.

Le PSF se dote aussi de sections féminines et d'action sociale, qui s'occupent principalement des œuvres sociales du parti.

Action sociale Comme tous les partis de masse des années 1930 (en France, comme la SFIO ou le Parti communiste) et dans la logique de son nom, de son idéologie inspirée en partie par le christianisme social et de son mot d'ordre, , le PSF disposait d'une multitude d'organisations à but social : soupes populaires, éducation populaire, aéro-clubs Jean Mermoz (1937), colonies de vacances, Sociétés de préparation et d'éducation sportives (SPES), Propagande ouvrière et commerciale (POC)., Centres universitaires pour les étudiants, etc. Les activités sociales du PSF lui permettent d'agir dans la société, d'attirer des catégories sociales populaires, dans le contexte d'une compétition avec les partis de gauche, et de mobiliser les énergies militantes, dans le cadre d'un parti qui se présente comme une grande famille mêlant hommes, femmes et enfantsCollectif, Le PSF, un parti de masse à droite, CNRS éditions, 2016..

On peut citer parmi les œuvres sociales : Travail et Loisirs (1936), animée notamment par Antoinette de Préval, présidée par le docteur Thierry de Martel, démissionnaire en , puis par la mère de Jean Mermoz, Gabrielle Mermoz. L'association a une vocation à la fois sociale et artistiqueLe Petit Journal, 7 janvier 1938, Ibid., 4 mars 1938. Elle crée des écoles de rythmique fondées par Lisette Roux et Gisèle Biehler. Elles accueillent de 1934 à 1944. Elles reçoivent une médaille d'or de l'Exposition internationale de 1937 de Paris. Le spectacle de la « Libération des cathédrales françaises enchaînées », donné en à Royat devant un public d'officiels, fit immédiatement l'objet d'un télégramme allemand destiné à prévenir HimmlerArchives de Sciences Po-CHEVS, in ALR , avril 1999..