Les Rose est un documentaire, sorti en 2020, du cinéaste québécois Félix Rose. Rose y raconte l’histoire de sa famille, d'origine ouvrière, qui fut au cœur de la crise d’Octobre 1970. Le film, coproduit par Babel Films et l’Office national du film du Canada (ONF), offre notamment une perspective intime sur le parcours des frères Paul et Jacques Rose, figures incontournables du Front de libération du Québec (FLQ), de même que celui de leur mère Rose Rose, militante pour la libération des prisonniers politiques.
Le documentaire reçoit une attention médiatique notable, notamment du New-York Times, qui s’intéresse au débat passionné autour du film et le qualifie de «succès surprise et de phénomène au Québec».. Il remporte le Prix du public au Gala Québec Cinéma 2021.
Synopsis Le , les membres de la cellule Chénier du FLQ (dont font partie Paul et Jacques Rose) enlèvent Pierre Laporte, ministre de l'Immigration, ministre du Travail et de la Main-d'œuvre et vice premier-ministre du Québec. S’ensuivront des événements qui marqueront le Québec à jamais : l’appel à l’armée canadienne, la proclamation de la Loi sur les mesures de guerre, l’emprisonnement d’environ et la mort de Pierre Laporte. Tout en déplorant cette tournure tragique, les ravisseurs ne se repentiront jamais, préférant assumer la responsabilité totale de leurs gestes.....
Cinquante ans plus tard, Félix Rose, qui tente de comprendre ce qui a pu mener son père Paul et son oncle Jacques à commettre de tels actes, plonge dans l’histoire familiale. Les Rose, famille ouvrière de Ville Jacques-Cartier, se retrouveront dans l’œil de la tempête sociale et politique québécoise pendant plus de dix ans, en particulier Rose Rose et ses fils.
Grâce aux confidences de son oncle Jacques, qui accepte pour la première fois de s’exprimer sur le sujet, aux traces précieuses laissées par son père et à la marque profonde imprimée par la grand-mère dans le cœur de ses enfants, Félix Rose fait revivre la richesse des liens familiaux et de l’héritage d’une famille témoin du Québec d’avant la Révolution tranquille..
En suivant le fil de l’histoire familiale, depuis l’aïeul employé de la Redpath, de Saint-Henri aux taudis de Ville Jacques-Cartier, des ateliers du Canadien National (CN) aux comités citoyens de la fin des années 1960, Les Rose redonne à la crise d’Octobre et à l’action du FLQ leur dimension sociale. La lutte ouvrière reprenant sa juste place dans le récit, le film permet de toucher du doigt l’ampleur du «blocage social» tel qu’il était vécu par une jeunesse récemment scolarisée, alerte, et révoltée par les injustices endurées par la génération de ses parents....
Alors que la violence et le terrorisme semblent être un cul-de-sac évident pour sa génération, Félix Rose tente d’entrevoir, sans l’excuser, l’état d’esprit qui a pu rendre ces méthodes attirantes pour certains militants des années 1960. Il fait le récit d'une époque où, selon le FLQ, les « voies démocratiques étaient bloquées », et où on considérait les droits, en particulier ceux des « petits », comme étant régulièrement bafoués. Des combats sont mis en lumière : luttes ouvrières, campagnes pour l’amélioration des conditions de détention dans les prisons, mouvements pour l'égalité des femmes dans le système judiciaire, etc.
Le documentaire permet la redécouverte du personnage de Rose Rose, femme du peuple peu scolarisée, mais d’une vive intelligence, profondément consciente des injustices sociales, qui, comme des milliers d’autres femmes d’une époque charnière, aurait pu rester dans l’anonymat, n’eût été le destin dramatique de ses fils. Fruit de milliers d’heures de recherche et d’entrevues étalées sur près de huit ans, ce documentaire, à travers l’histoire d’une famille au passé controversé, apporte un éclairage nouveau sur les luttes sociales et politiques d’une époque pas si lointaine...
Intervenants Félix Rose, qui assume sa subjectivité, a choisi de nommer les protagonistes du documentaire selon la nature de leur relation avec lui:
Paul Rose, mon père Rose Rose, ma grand-mère Jacques Rose, mon oncle Suzanne Rose, ma tante Claire Rose, ma tante Andrée Bergeron, ma mère Lise Balcer, militante du FLQ en 1970 Jacques Lanctôt, militant du FLQ en 1970, cellule Libération Marc Laurendeau, journaliste M Robert Lemieux, avocat Plusieurs personnalités publiques québécoises y font une apparition, notamment Jacques Ferron, Gilles Vigneault, Michel Chartrand, Charlotte Boisjoli, Louis Laberge, René Lévesque, Gaston Miron, Robert Charlebois, Armand Vaillancourt, Amir Khadir, Plume Latraverse, Yvon Deschamps, Pauline Julien et Pierre Falardeau.
Fiche technique +Réalisation et scénarioFélix RoseDirection de la photographieÉric PiccoliImages additionnellesVincent AllardMontageMichel GirouxMusiquePhilippe Brach et La ControversePrise de son Rosalie RoseConception sonoreJean-Philippe Goyette et Peak MediaConsultant à la scénarisationSimon BeaulieuColorisation Yannick CarrierProductrice ONFColette LoumèdeProducteurs Babel FilmsFélix Rose, Éric Piccoli, Philippe-A. Allard et Marco FrascarelliProductrice déléguéeMélanie LasnierAttachée de presseNadine ViauDistributionOffice national du film (ONF)Sociétés de production Babel film et l'Office national du film (ONF)Durée127 minutesSortie en salle.
Genèse du film
En 2011, après une dizaine d’années de recherches généalogiques, Félix Rose et son père Paul Rose réalisent un rêve commun, à savoir parcourir l’Irlande, terre de leurs ancêtres. Le duo père-fils découvre que la famille provient du comté de Mayo et que leur patronyme s’écrivait « Rouse » avant d’être francisé en Amérique. Paul Rose était déjà connu des Irlandais car il a fait une grève de la faim en solidarité avec Bobby Sands, prisonnier politique irlandais décédé en 1981. À Belfast (Irlande du Nord), les Rose sont accueillis par les membres du Sinn Féin, parti politique né d'une scission avec l’Irish Republican Army (IRA).. Ce voyage ne se déroule toutefois pas sans embûches, puisque Paul Rose, déjà aveugle d'un œil, perd soudainement la vue.
De retour au Québec, Félix Rose décide de monter un projet documentaire pendant que son père se reconstruit une santé. Ce dernier récupère la vue à la suite d’une opération. Quelques mois après le tournage du film Avec la gauche, Félix Rose présente le projet du film Les Rose à son père. Après avoir discuté de la crise d’Octobre avec son fils, Paul Rose est victime d’un accident cardio-vasculaire (AVC) et est hospitalisé à l’hôpital Sacré-Cœur. À son chevet, Félix lui fait la promesse d’aller au bout sa démarche. Paul Rose décède deux jours plus tard, soit le ... Félix Rose présentera la mort de son père comme déterminante dans la poursuite de son projet.:
Jacques Rose, oncle de Félix Rose et ex-felquiste, n’a jamais voulu s’exprimer sur les événements d’Octobre et fut initialement réticent à participer au documentaire de son neveu. Il aura fallu deux ans à Félix Rose pour le persuader. En , Jacques Rose a besoin d’aide pour poser des fenêtres. Félix accepte alors de l'aider en échange de deux heures d’entrevue par jour, après les travaux. Au fil des années, Félix Rose s’est entouré d’artistes reconnus, comme le directeur photo Éric Piccoli, dont la caméra discrète et à l’affût permet de saisir toute l'intimité des échanges avec son oncle. Accompagné de Piccoli, il entame alors une semaine d’échanges intimes avec Jacques Rose. Cette semaine de tournage constituera le fil narratif du film Les Rose, qui sortira cinq ans plus tard..
Un peu plus tôt, en , Félix Rose rencontre la productrice de l’Office national du film (ONF) Colette Loumède lors d’un évènement organisé pendant les Rencontres internationales du documentaire de Montréal (RIDM). Convaincue par son approche, Loumède accepte de coproduire Les Rose en collaboration avec la maison de production Babel Films, dont Félix Rose est actionnaire. Au fil des années, le projet obtient le soutien de la Société de développement des entreprises culturelles (SODEC), de Téléfilm Canada (en post-production), du Fonds Rogers, de TVA ainsi que des commandites octroyées par Location d’outils Simplex et de la Confédération des syndicats nationaux (CSN), qui permettent de boucler la structure financière. Le réalisateur a accumulé plus de de matériel d’archives trouvé chez des particuliers et des institutions dont Radio-Canada, TVA, Télé-Québec, Archives nationales du Canada, Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BaNQ), la Cinémathèque québécoise, Le Vidéographe et le Centre de recherche en imagerie populaire (CRIP), à l'Université du Québec à Montréal (UQAM). Souvent conservées sur de vieux formats, les archives ont été numérisées et restaurées par l’ONF.. Félix Rose puisera également beaucoup dans les archives personnelles de sa famille.:
C’est avec Éric Piccoli et Vincent Allard qu’il tourne une quarantaine d’entrevues avec d'anciens felquistes entre 2013 et 2018, à des fins de recherche et par devoir de mémoire. Plusieurs de ces entrevues seront utilisées pour la série documentaire Le dernier felquiste, co-réalisée par Félix Rose, Éric Piccoli et Flavie Payette-Renouf. Le monteur Michel Giroux (La mémoire des anges, La part du diable) entremêle images d’époque et images récentes, ajoutant une dimension poétique au film. Le montage, qui s’est déroulé sur une période d'un an, fut l’un des derniers projets complétés dans les anciens locaux de l’ONF, à Ville Saint-Laurent (l'agence déménage au centre-ville par la suite). Les artistes Philippe Brach et La Controverse se chargent de la bande sonore.
Distribution Le , Les Rose est finalement présenté en ouverture du festival Les Percéides, qui bat un record d'affluence avec la présence de 500 personnes réunies dans un cinéparc (150 voitures), une formule choisie pour respecter les règles sanitaires qu'impose la pandémie de Covid-19. Le film est un succès critique et populaire. Il obtient une place enviable au box-office pendant plusieurs semaines.. Les Rose figure au 5e rang des films québécois ayant rapportés le plus d'argent en 2020 avec des revenus de 220 789 dollars.. Félix Rose, qui accorde une importance à la distribution en région, effectue une tournée à travers le Québec et présente son film dans en quelques semaines.
Rose fera plus d’une centaine d’entrevues sur une période de deux mois. Dès le , le film est disponible gratuitement sur le site de l’ONF et sur la plate-forme payante de Club illico, ce qui coïncide avec le 50 anniversaire de la crise d’Octobre... Le même jour, Félix Rose est invité à la première de la 17 saison de la populaire émission Tout le monde en parle et son entrevue se déroule quelques minutes avant la diffusion d’une version courte du film Les Rose sur les ondes de TVA.. Cette diffusion à TVA obtient une cote d'écoute de 224 000 téléspectateurs..Les Rose est le film francophone le plus visionné de l'année 2020 sur la plateforme de l'ONF.. C'est également le film le plus visionné de l'histoire de la plateforme, avec plus de 70 000 visionnements. Depuis , le film est également diffusé aux États-Unis à travers Amazon Prime. En , le documentaire traverse l'Atlantique pour être présenté en avant-première française au festival Doc-Cévennes situé dans le village de Lasalle en France..
Réception Les Rose est nommé comme l'un des cinq meilleurs films de l'année par l'Association québécoise des critiques de cinéma (AQCC) et se retrouve dans les onze coups de cœur culturels de l'année dans La Tribune. À Radio-Canada, il fait partie du palmarès des films qui ont fait l'année 2020 dans le monde. Il est le recipiendaire du Prix du Public au Gala Québec-Cinéma.