Les Palestiniens sont un ensemble de la population sémitique et arabophone établie principalement dans la région géographique de la Palestine (dans les territoires palestiniens occupés de Cisjordanie, la bande de Gaza, en Jordanie, en Israël et, en plus faible proportion, au Liban et en Syrie). Dans son acception juridique, il désigne l'ensemble des personnes revendiquant la nationalité palestinienne.
L'identité nationale palestinienne s'est affirmée progressivement dans les médias occidentaux depuis la seconde moitié du , et s'est essentiellement précisée au cours du conflit israélo-arabe (à partir de 1948), à mesure que celui-ci se poursuivait sous la forme d'un conflit israélo-palestinien.
En 2024, la Palestine est un État reconnu par environ 75 % des États membres des Nations unies..
Depuis 1978, l'ONU célèbre chaque année une Journée internationale de solidarité avec le peuple palestinien.
Étymologie et sémantique La dénomination « Palestine » est un toponyme qui apparaît pour la première fois dans la littérature gréco-latine (Palaistínē, Παλαιστίνη), chez Hérodote ( av. J.-C.). Quand il l'évoque, l'historien-géographe ne fait aucune distinction entre les différents habitants de la région palestinienneHow, W.W.; Wells, J., eds. (1928). A Commentary on Herodotus. Vol. 1. Oxford: Clarendon Press. . qui comprend généralement le territoire côtier allant de la Phénicie jusqu'à l'Égypte..
Ce nom est lui-même dérivé, par l'intermédiaire du grec ancien et de l'hébreu biblique du mot Peleshet, Plištim désignant les Philistins, le peuple de l'Antiquité qui occupait la plaine côtière des actuels bande de Gaza et Israël..
Ce nom vient d'une déformation de l'expression « Pays des Philistins » et désigne la région du Levant qui borde l'Égypte. Il est repris par l'empereur romain Hadrien qui, après avoir maté la révolte des Juifs menée par Bar Kokhba entre 133 et 135 apr. J.-C. en Judée, décide de les dissocier de leur terre en guise de punition : Syria Palaestina devient le nom administratif officiel du territoire judéen et est utilisé dorénavant dans la littérature, alors que Jérusalem devient une ville gréco-romaine sous le nom d’Ælia Capitolina..
Le mot grec Palaistínē dérivé de l'hébreu Peleshet donnera plus tard en arabe celui de Filasṭīn (فلسطين) pour « Palestine » et الفلسطينيون, romanisé en al-Filasṭīniyyūn pour « Palestinien ». Il est utilisé pour désigner la région depuis l'époque des premiers géographes arabes médiévaux et semble avoir été utilisé comme nom adjectival en arabe dans la région dès le ..
On trouve ainsi le terme « Talmud palestinien » qui est un nom alternatif du Talmud de Jérusalem (rédigé entre le et le ), utilisé principalement dans les sources universitaires. Le nom de « Palestine » est désormais inscrit sur des pièces de monnaie et, à partir du , mentionné dans des textes rabbiniques..
Le terme « Palestiniens » définit logiquement les habitants de la Palestine. Jusqu'à la fin de la première moitié du , les Juifs de la Palestine mandataire sont appelés « Palestiniens » au même titre que les Palestiniens arabes. En effet,
Histoire gauche|vignette|Utilisation du mot « Palestiniens » dans la préface de la traduction de Bridas de A Description of the Holy Land d'Akim Olesnitsky (1898). Préhistoire et Antiquité Des silex remontant au paléolithique ont été retrouvés en Galilée et près de BethléemComptes rendus des séances de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, 1864, ..
Il a aussi été trouvé des traces des populations qui, à l'époque de transition entre le paléolithique et le néolithique, se sédentarisent notamment en Judée Denise Ferembach, Eretz-Israel: Archaeological, Historical and Geographical Studies, Moshe Stekelis memorial volume, ..
À la fin du , la vigne et l'olivier sont introduits. S'ensuit l'apparition de tours de poterie. Certaines cités se ceinturent de remparts.. Sur le site de Tell el-Fâr‘ah, on a retrouvé plus de mortuaires dans des nécropoles datant du Bronze ancien. La population sédentaire de cette ville antique cananéenne puis israélite, était composée de groupes d’origines diverses..
Les manuscrits de la mer Morte, rédigés entre le et le , ont été retrouvés à Qumrân, en face de la Mer Morte.
Époque moderne À l'époque moderne, la première personne à qualifier les Arabes de Palestine de « Palestiniens » est l'intellectuel arabe chrétien de Nazareth Khalil Beidas (1874-1949) en 1898.. Il est suivi par Salim Quba'in et du journaliste libanais Najib Nassar (1865-1947) en 1902.
Selon l'Encyclopædia Britannica,
Formation de l'identité nationale
Fin de l'Empire ottoman vignette|Caricature publiée dans le journal de langue arabe Falastin, propriété de chrétiens arabes palestiniens, montrant le sionisme comme un crocodile sous la protection d'un officier britannique disant aux Arabes palestiniens : « N'ayez pas peur !!! Je t'avalerai paisiblement... » (18 juin 1936). Au début du , l’identité des habitants de l’actuelle Palestine se définit comme Arabes de Palestine ; une coexistence prévalait entre Arabes musulmans, Arabes chrétiens et Juifs palestiniens. L’attachement à la région d’origine était fort ; une forte production littéraire (théâtre, poèmes, contes, proverbes) initie la formation d’une identité plus locale, plus palestinienne sur le territoire levantin.
La conscience nationale naît à partir de la deuxième vague d’immigration juive, dans les années 1900-1920, face à la volonté de domination sioniste. La presse (Al-Karmel et Falastine) et la politisation de cette situation via les congrès généraux arabes participent à la création de cette conscience. Un parti national, antisioniste, se crée à Jaffa en 1911..
Après la révolution des Jeunes-Turcs de 1908, qui assouplit les lois de censure de la presse dans l'Empire ottoman, des dizaines de journaux et de périodiques sont fondés en Palestine, et le terme « Palestinien » se répand dans l'usage. À côté des journaux juifs et sionistes, l'on trouve les journaux arabes Al-Quds, Al-Munadi, Falastin, Al-Karmil et Al-Nafir, rédigés par Palestiniens arabes chrétiens et musulmans, des émigrants palestiniens et des Arabes non palestiniens, qui emploient le terme Filastini et font référence à une « société palestinienne », à une « nation palestinienne » et à une « diaspora palestinienne »...
Le développement du nationalisme arabe s'affirme ainsi dans toute la région principalement sous les effets conjugués de la fin de l'Empire ottoman et d'une réaction au colonialisme européen. La première réunion d'importance des sociétés secrètes arabes a lieu en 1913 au Congrès général arabe qui déclare la nécessaire reconnaissance du peuple arabe par l'Empire ottoman.
Pour les Turcs, toute manifestation de l'arabisme est un acte de trahison. Les arrestations, les déportations et les exécutions se multiplient. Abdelhamid al-Zahraoui, qui est président du Congrès arabe, est arrêté avec l'un de ses principaux collaborateurs, Abdelkarim Khalil, et, après un jugement sommaire, tous deux sont pendus. Puis, en 1916, le roi du Hedjaz Hussein ben Ali tient un rôle déterminant dans la révolte arabe contre l'Empire ottoman, dirigé alors par le parti Jeunes-Turcs.
Comme d’autres pays arabes à la suite du démantèlement de l’Empire ottoman, après la Première Guerre mondiale, la Palestine sera soumise aux puissances européennes et la population palestinienne va faire face à un nouveau processus colonial, britannique et sioniste.
Palestine mandataire vignette|Monnaie utilisée pendant le mandat britannique pour la Palestine, sur laquelle est frappé le mot Palestine en arabe, anglais et hébreu, laquelle est suivie de l'abréviation Terre d'Israël entre parenthèses (1927).
Pendant la période de la Palestine mandataire qui court de 1920 à 1948, sous l'autorité britannique, le terme « Palestinien » est utilisé pour désigner toutes les personnes vivant dans la région, indépendamment de leur appartenance ethnique ou de leur religion, et les autorités britanniques accordent aux personnes qui la réclament légalement la « citoyenneté palestinienne »..
Déclaration Balfour
Le journal sioniste The Palestine Post, fondé par Gershon Agron, utilisait logiquement le terme de « Palestine » dans ses écrits pour définir la région. Palestine Post Founded (Jerusalem Post Founded) - December 1, 1932 ; il sera renommé en 1950 The Jerusalem Post.
vignette|Manifestation arabe à Jérusalem soutenant l'annexion de la Palestine au royaume de Syrie (mars 1920).
Le , l’accord Fayçal-Weizman est signé. Le roi accepte la reconnaissance d’une présence juive en Palestine en contrepartie d’un soutien des sionistes à son projet d’un grand royaume arabe syrien indépendant.
Rejet et conflits politiques
Quelques mois plus tard, à la suite d'une conférence panarabe, Fayçal ne reconnaît « plus aucun titre des juifs sur la Palestine »Bichara Khader, L’Europe et la Palestine : des croisades à nos jours, Paris, L’Harmattan, 2000.. Toutefois, les premiers projets d'instauration d'« État palestinien » sont rejetés par les Arabes de Palestine qui se considèrent majoritairement comme une sous-partie de la Syrie jusqu'en 1920 et réclament l'annexion officielle de la Palestine au royaume arabe de Syrie.
vignette|Délégation de Palestiniennes au Congrès des femmes arabes, afin de protester notamment contre la déclaration Balfour et l'immigration juive (1929).|gauche
Le 24 juillet 1922, la Société des Nations découpe artificiellement la Syrie en mandat français (Syrie et Liban actuels) et mandat anglais (Israël actuel et une partie de la Jordanie). Dans ce cadre, la SDN reconnaît les « liens historiques du peuple juif avec la Palestine » ; les Palestiniens ne sont pas considérés comme des sujets politiques mais désignés comme des « non-juifs ». Les Britanniques découpent ensuite leur territoire moyen-oriental entre rive droite (Transjordanie) et rive gauche (Palestine) du Jourdain..
Des conflits entre nationalistes palestiniens et différents groupes nationalistes panarabes se poursuivent pendant la durée du mandat britannique sur la Palestine (jusqu'en 1948). Ces derniers perdent progressivement de leur importance. En 1937, il n'y a plus qu'un seul groupe qui exprime le souhait de se fondre dans une super-entité arabe.
Grande révolte arabe De 1936 à 1939, les Arabes de Palestine se révoltent pour mettre fin au mandat britannique et à l'immigration juive.
Les citadins abandonnent alors la tarbouche, pour porter le keffieh, une coiffe paysanne. Le keffieh devint ainsi, le symbole du nationalisme palestinien.
Selon l’historien palestinien , au début du , il serait plus juste de parler des identités palestiniennes, reflétant plus les affiliations locales, régionales et religieuses qu’une seule identité nationale..
Autres définitions vignette|Territoire initialement revendiqué par les mouvements nationalistes palestiniens. L'homme politique palestinien Awni Abd al-Hadi déclare en 1937 :
Philip Khuri Hitti, historien arabe, ainsi que de nombreuses personnalités arabes telles que le roi Hussein de Jordanie, Hafez el-Assad, le représentant de l'Arabie saoudite aux Nations unies et le représentant du Haut-Comité arabe aux Nations unies déclarent quant à eux en 1947 que la « Palestine » est une province syrienne.
Dès 1969, Golda Meir nie l'existence d'un peuple palestinien en affirmant : Selon elle, les Arabes de Palestine ne diffèrent en aucun point (religieux, culturel, ethnique, historique) des Arabes de Jordanie, la distinction venant du découpage britannique de 1922.
Certains historiens considèrent également l'identité palestinienne comme une invention, encouragée par les États arabes en conflit avec IsraëlBaruch Kimmerling, Joel S. Migdal, The Palestinians: The Making of a People (Free Press, 1993). Daniel Pipes, The Middle East Review, Summer 1989, ..