Le traité de 1282 entre l’Empire byzantin et l’empire de Trébizonde, est un accord conclu entre les empereurs Jean II Grand Comnène de Trébizonde et Michel VIII Paléologue de Constantinople, en fonction duquel Jean II abandonnait le titre d’« empereur » pour recevoir celui de « despote » concédé par Michel VIII dont il épousait la fille.

Contexte historique

thumb|left|Blason d’Alexis Comnène, premier empereur de Trébizonde.

Après la chute de Constantinople aux mains des croisés en 1204, l’ancien Empire byzantin fut morcelé entre plusieurs États, « grecs » ou « latins ». Trois États grecs revendiquaient sa succession : l’empire de Nicée, l’empire de Trébizonde et le despotat d'Épire.

Toutefois, contrairement aux deux autres États, l’Empire de Trébizonde n’était pas la conséquence directe de la chute de Constantinople, mais s’était formé presque au même moment. Depuis le règne de Justinien , la région du Pont (thème de Chaldée), à la frontière orientale de l’empire, jouissait d’une importance militaire et commerciale particulière. Les routes terrestres entre Constantinople et Trébizonde étant fréquemment coupées par les Turcs, la région avait acquis sous l’égide de la famille des GabradesThéodore Gabras (décès 1099), défenseur de Trébizonde contre les Turcs en sera le premier duc pratiquement autonome. un statut d’autonomie de faitLaiou (2011) .

Originaire de la Paphlagonie située près de la mer NoireMiller (1926) Jannsens (1969) , les Comnène étaient unis par des liens matrimoniaux avec les souverains de la Géorgie voisine, alors au faîte de sa puissance. S’étant vue insultée par le basileus Alexis III Ange (r. 1195 – 1203) peu avant la quatrième croisade, la puissante reine Tamar (r. 1184 – 1213) décida de soutenir dans leurs ambitions ses neveux, Alexis et David, petit-fils d’Andronic Comnène (r. 1183 – 1185) renversé par un soulèvement populaire. Elle leur confia un régiment géorgien avec lequel les deux jeunes hommes se rendirent facilement maitres de la région accueillis par la population locale, aussi bien grecque que lazePeuple caucasien, parlant le laze et de confession musulmane ou chrétienne vivant majoritairement dans la région du Pont et l'ouest de la Géorgie. comme des libérateurs. Trébizonde leur ouvrit ses portes le et Alexis fut couronné « empereur » le surlendemain Laiou (2011) . Quelques jours plus tôt, les croisés étaient entrés dans Constantinople dans la nuit du 8 au . Il est certain que l’effondrement et la division de l’Empire byzantin par les Latins permirent aux deux frères de poursuivre leur conquête vers l’ouest puis vers la PropontideJannsens (1969) . Ils furent aidés en cela par une certaine connivence avec les Latins, David Comnène s’entendant avec l’empereur Henri (r. 1206 - 1216) pour lutter contre l’empire de Nicée où Théodore Laskaris (r. 1205 – 1221) tentait de consolider son pouvoir tout en revendiquant la succession légitime de l’Empire byzantin. En 1261, Michel VIII Paléologue réussit à reconquérir Constantinople, reconstituant ainsi l’Empire byzantin, quoique son étendue territoriale fût bien moindre qu’avant 1204. Les premières années de son règne furent consacrées à consolider son pouvoir à l’intérieur, alors que l’aveuglement et l’emprisonnement de l’héritier légitime du trône l’avait fait excommunier par l’ÉgliseBréhier (1969) de même qu’à l’extérieur, alors qu’il dut chercher des appuis pour protéger Constantinople contre une éventuelle croisade sous l’égide de Charles d’Anjou et de ses alliés balkaniques, ce qui conduisit au traité byzantino-vénitien de 1277Bréhier (1969) Treadgold (1997) .

Ce n’est que vingt ans après la reconquête que Michel VIII put vraiment se tourner vers l’Asie mineure où l’Empire trapézontain apparaissait fragilisé sous le règne de Georges (r. 1266 ou 1267 à ). À l’intérieur, la question de l’unification des Églises faisait rage, Trébizonde fidèle à l’orthodoxie se rangeant dans les rangs anti-unionistes; à l’extérieur les Mongols ilkhanides régnaient alors sur une grande partie de l'Anatolie et le père de Georges , Manuel (r. 1238-1263), avait dû se reconnaitre leur vassalLaiou (2011) , alors que les Mamelouks d’Égypte s’avéraient des adversaires redoutablesBryer (1980) . En 1278, pour affirmer son indépendance, il avait remplacé son titre de « despote » par celui d’ « empereur », provoquant les objections de Michel VIII à Constantinople et du Mongol Abaqa de TabrizKazhdan (1991) « George Komnenos », vol. 2, . C’est probablement pour affirmer l’indépendance qu’ils tenaient de leur illustre maison que les Comnène de Trébizonde avaient changé leur nom pour celui de « Grand Comnène », peut-être déjà sous le premier empereur, AlexisNicol (2005) . Convoqué à Tabriz par son suzerain mongol allié de l’Empire byzantin, Georges fut trahi par les siens et emprisonnéPanarète (1836) . Ce fut son frère, Jean II (r. 1280 – 1297), qui lui succéda.

Traité de 1282

Devant ces menaces extérieures, ce dernier jugea plus prudent de tenter un rapprochement avec Constantinople. Michel VIII lui avait déjà envoyé au moins trois ambassades en se référant à lui comme « souverain (archegos) des Lazes »Georges Pachymères, ed. Bekker, 2 :270.9, et lui exprimant son déplaisir de le voir utiliser le titre impérial, lequel, suivant la théorie séculaire, ne pouvait être l’apanage que du seul empereur de Constantinople. Jean se rendit à l’invitation de Michel VIII. Avant d’entrer dans la ville, il se dépouilla de ses vêtements impériaux, troquant les bottes pourpres, couleur impériale, pour les bottes noires d’un despote, titre que lui fut conféré lors de sa rencontre avec Michel VIII.

Tel que le voulait la coutume, l’accord fut confirmé par une union matrimoniale entre les deux familles, Jean épousant Eudocie Palaiologina, fille de Michel VIII Kazhdan (1991) « John II Komnenos », vol. 2, Treadgold (1997) .

Suites

thumb|right|L’aigle trapézontain, très proche de l’aigle bicéphale byzantin, mais privé de couronne impériale.

Le fait que Jean ait reçu de l’empereur byzantin ce titre de despote satisfaisait la théorie byzantine à l’effet que le dirigeant de Trébizonde était redevable de son titre au seul empereur universel, celui de ConstantinopleNicol (2005) . Mais si Jean II portait à Constantinople le titre de despote, sitôt de retour chez lui, il reprit le titre impérial, modifiant l’expression « empereur des Romains » pour « empereur et autocrate de tout l’Orient, des Ibériens, et des provinces de Transmarine », cette dernière région comprenant les terres de Crimée autour de ChersonLaiou (2011) , bien que l’Ibérie ait été perdue durant le règne d’Andronic Ier Gidos. De même, l’aigle bicéphale, symbole traditionnel de l’Empire byzantin, fut remplacé à Trébizonde par un aigle monocéphaleJansens (1969) . Ses successeurs conservent le titre impérial jusqu’à la chute de l'empire en 1461Laiou (2011) .

Ainsi réconciliés avec Constantinople, les souverains trapézontains purent profiter pleinement du grand commerce international dont les axes se déplacèrent à partir des années 1280 vers le nord, Tabriz prenant la place de Bagdad détruite par les Mongols et la mer Noire. À cette période, un comptoir génois apparait à Trébizonde et un comptoir vénitien s’y établit en 1319, sources de conflits diplomatiques et militaires avec Gênes à partir de 1304 et avec Venise à partir de 1374Laiou (2011) .

Bibliographie

Bréhier, Louis. Vie et mort de Byzance. Paris, Albin Michel. 1969 . Bryer, Anthony. « The Fate of George Komnenos, Ruler of Trebizonde (1266-1280) », (dans) Anthony Bryer, The Empire of Trebizond and the Pontos, Londres, Variorum Reprints, 1980. . Janssens, Émile. Trébizonde en Colchide, Travaux de la Faculté de Philosophie et Lettres, t. XL, Bruxelles, Presses universitaires de Bruxelles, 1969. Kazhdan, Alexander (dir.), Oxford Dictionary of Byzantium, New York et Oxford, Oxford University Press, 1991, 1re éd., 3 vol. . Laiou, Angeliki et Cécile Morrisson. Le Monde byzantin III, L’Empire grec et ses voisins, -, Paris, Presses universitaires de France, coll. « L’Histoire et ses problèmes »,2011. . Miller, William. Trebizond, the Last Greek Empire, Londres, Society for Promoting Christian Knowledge, 1926. Nicol, Donald M. Les derniers siècles de Byzance 1261-1453. Paris, Les Belles Lettres, 2005, . Panarète, Michel. "Chronique de Trébizonde", édité par M. de Saint-Martin et traduit par M. Brosset Jeune, (dans) Histoire du Bas Empire vol. XX, Paris, Firmin Didot, 1836. Treadgold, Warren. A History of the Byzantyne State and Society. Stanford (California), Standford University Press, 1997. .

Notes et références

Notes

Références

Voir aussi

Liens internes Pont (région) Pontiques Jean II de Trébizonde Empire de Trébizonde Empire latin de Constantinople Liste des traités signés par l'Empire byzantin

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