Le site préhistorique de Gönnersdorf, concernant la période du Paléolithique supérieur, se trouve sur l’actuel territoire de Feldkirchen qui est un quartier de la ville de Neuwied, en Rhénanie-Palatinat, dans l’ouest de l’Allemagne. C’est l’endroit d'un campement de chasseurs magdaléniens datant d'environ avant le présent (AP). Gönnersdorf compte parmi les lieux le plus importants et les mieux explorés sur la fin de la dernière période glaciaire, livrant notamment des informations sur la nourriture, l’habitat et l’art des hommes de cette époque (voir les plaques d’ardoise gravées et les figurines de femmes de « »).
Importance du site Gönnersdorf est un des campements les plus importants en taille et les mieux explorés datant de la fin de la dernière période glaciaire. Du point de vue de l’orographie, le site se trouve à droite du Rhin, à la pointe ouest de la pente de Wollendorf-Gladbach, à 70 mètres environ au nord de l’ouverture de vallée du Rhin du bassin de Neuwied. Sa datation d’environ AP correspond à la fin du Paléolithique supérieur et au Magdalénien. Les vestiges du campement ont été exceptionnellement bien conservés, car couverts et protégés par des couches de pierres ponces venant de l’éruption du volcan « Laacher See », dont le cratère (aujourd’hui le lac « Laacher See ») se trouve à à vol d’oiseau. Compte tenu du grand nombre de trouvailles, de la minutie des fouilles sur une ample superficie, et de la bonne conservation des pièces, le site de Gönnersdorf est considéré comme l'une des archives les plus importantes au monde, pour documenter la vie des êtres humains vers la fin de la dernière période de glaciation. Cet endroit a été manifestement un important lieu de rencontre annuel pour les groupes de chasseurs et de cueilleurs de l’époque. La renommée mondiale du site archéologique de Gönnersdorf est notamment due aux nombreuses œuvres d'art trouvées (plaques d’ardoise gravées et figurines de femmes de « type Gönnersdorf »). Ce site est aussi particulièrement intéressant pour comprendre le type de nourriture et l’habitat des hommes de cette époque lointaine.
Histoire des fouilles Le site de Gönnersdorf a été découvert en 1968 dans une fosse de construction, dans laquelle, sous une couche de pierres ponces, sont apparus des outils en pierre et des os. Pendant les années qui suivirent jusqu’en 1976, des fouilles ont été entreprises à côté de cette fosse ainsi que sur les terrains adjacents. Il y avait alors 8 campagnes de fouille sur une surface totale de , sous la direction du préhistorien . Suivant l’exemple des travaux sur le site de Pincevent du Bassin parisien, découvert à peu près à la même époque, les excavations de Gönnersdorf ont atteint un degré de qualité particulièrement élevé, selon les critères d’alors.
Les riches trouvailles archéologiques sont analysées jusqu’à aujourd’hui par le centre de recherches de Monrepos dont les projets actuels se concentrent notamment sur la reconstruction de l’habitat ainsi que sur l’analyse des plaques d’ardoise, utilisant les dernières technologies, telles les scans 3D, les analyses isotopiques ou des systèmes d'information géographique SIG (en anglais, geographic information system GIS). Cela pour obtenir une image de plus en plus complète et précise sur la vie des hommes pendant la dernière ère glaciaire.
Situation géographique et environnement Le site de Gönnersdorf se trouve à droite du Rhin sur un éperon rocheux formant une terrasse alluviale moyenne, orientée vers le fleuve. C’est un endroit sur une pente ensoleillée et protégée du vent, à une altitude de 96 à 105 mètres. Exactement en face, sur la rive gauche du Rhin, à une distance de seulement 2 kilomètres environ, se trouve un autre site archéologique, celui de Andernach, datant à peu près de la même époque. Le Rhin était alors moins profond, plus large, et avec de nombreux bras en méandres. À proximité du site de Gönnersdorf se trouve un petit ruisseau et on peut supposer que les hommes préhistoriques avaient un accès direct à l’eau fraiche.
La couche de la période magdalénienne se trouve dans le lœss de la steppe glacière, indiquant un climat sec et froid, comme le démontrent également quelques-uns des espèces d’animaux, dont l’existence a été prouvée à Gönnersdorf, comme le Dicrostonyx, le renard polaire, le lièvre variable, le cheval, le renne ou l’antilope saïga. Cependant, il y avait aussi des espèces provenant d'autres milieux naturels, reflété par l’environnement spécifique du lieu de campement. On y a trouvé aussi bien des animaux aquatiques (des poissons tel que saumons et truites) comme des oiseaux (cygne, canard, oie, harfang des neiges), et également des mammifères (chamois, loup, aurochs, mammouth). Le spectre de chasse et de pèche de ces hommes préhistoriques était donc assez vaste.
L’analyse des charbons de bois des foyers a permis de faire des déductions sur la végétation autour du campement. On a pu démontrer l’existence de pins (pin sylvestre sans exclure d’autres variants de pins) une espèce de cyprès (éventuellement le genévrier commun) ainsi que le saule. Les analyses de pollens ont révélé une grande variété dans la végétation herbacée.
La nourriture à l’époque du Magdalénien Grâce à la bonne conservation des os et à la précision de la documentation, concernant notamment les fosses, le site de Gönnersdorf fournit d’amples informations sur l’alimentation des hommes à la fin de la période glaciaire, surtout à propos de la chasse et au traitement des proies.
La chasse Dans la recherche pour la nourriture, la chasse joua un rôle prépondérant. Ceci est démontré par les nombreux restes d’animaux trouvés sur le site, mais également par d’autres éléments trouvés, comme des pointes de projectiles, en ramure ou en pierre, qui pourraient avoir été fixés au bout de lances en bois. Les animaux de proie trouvés sur place furent essentiellement les chevaux, mais il y eut aussi du bison, de l’antilope saïga, du chamois, du renard polaire, du lièvre variable ainsi que différents oiseaux et poissons. Le site de Gönnersdorf n’est pas le lieu immédiat de la chasse, mais l’endroit d’habitation et de traitement des proies. Ces dernières furent en partie découpées à l'endroit de la chasse, puis apportées en pièces au site du campement pour y être traitées. Ceci est reflété par le type et la répétitivité des différentes parties des corps d’animaux, trouvées dans le camp. Le sternum du cheval, par exemple, y manque totalement.
L’animal le plus chassé à Gönnersdorf fut incontestablement le cheval. La quantité trouvée des différents os a permis d’évaluer le nombre minimum d’individus. Ont été trouvés, par exemple, 50 phalanges spécifiques du cheval, amenant par déduction au nombre minium de 13 individus. Il est probable que la quantité totale des chevaux chassés soit largement supérieure à ce chiffre, car tous les os d’un animal n’ont pas atteint le camp ou n’ont pas été conservés jusqu’à aujourd’hui.
L’évaluation des restes de rennes obtint 180 fragments d’os appartenant à au moins 4 animaux, qui furent chassés pour leur viande, mais aussi pour leur bois.
Parmi les os trouvés, un a été clairement attribué à l’aurochs et un à l’antilope saïga. Le fémur d’un mammouth, trouvé près d’un foyer, a été daté plus tôt que le campement. On suppose que cet os de mammouth a été trouvé dans les environs, puis amené au camp pour servir comme support de construction, avec une empaumure de bois de renne, pour former un foyer à grillades. De plus, cet os de mammouth a été couvert par de l’ivoire, qui pourrait avoir été ramassé dans les environs. Compte tenu du petit nombre d’os, il est peu probable, que les hommes de Gönnersdorf chassaient vraiment le bison, l’aurochs et le mammouth.
Quant au renard polaire, des os provenant d’au moins 30 individus ont été trouvés au camp, puis 300 os provenant d’au moins 7 lièvres. Ces deux dernières espèces ont certainement été chassés moins pour leur viande, que pour leur fourrure. Des restes sporadiques de poissons (saumon, truite, lotte), trouvés dans des fosses, témoignent également du rôle important de la pêche dans l’alimentation des hommes de cette époque.
Les os d’oiseau décelés au campement attestent également, que les cygnes, canards et lagopèdes ont été chassés sans doute d’abord pour leur chair, et les corbeaux, laridés et harfangs des neiges, essentiellement pour leurs plumes.
La cueillette La collection d’œufs d’oiseau et la cueillette de fruits, de plantes et de baies a probablement joué un rôle important dans la vie des hommes préhistoriques de Gönnersdorf, bien que très peu d’éléments concrets se sont conservés jusqu’à aujourd’hui pour l’attester. Des pollens d’herbes sauvages n’ont été trouvés que sporadiquement dans des foyers, ce qui serait une indication sur la préparation d’une alimentation végétale. Des plaques de roches utilisées comme meule indiquent également qu’il y avait un traitement de plantes sur le site.
Fosses creusées pour cuire Directement sur le lieu du campement, des fosses creusés en dessous des plaques en ardoise permirent la préparation d’aliments avec de l’eau et des pierres chauffées. Cela a pu être démontré par les couches de bois carbonisé trouvées dans les fosses ainsi que par des pierres éclatées par la chaleur. Il est à supposer que la graisse d’os fut obtenue de la même manière par décoction, car beaucoup d’os ont été systématiquement réduits. Plus tard, ces foyers en fosse ont été remplis par des détritus.
Il est probable également que certaines de ces fosses, aménagées en dessous des couches d’ardoise, furent utilisés pour le stockage d’aliments.
Art et ornementations
Art vignette|Figurines Venus de Gönnersdorf|285x285px vignette|200x200px|Représentations de Venus sur plaques en ardoise Les vestiges trouvés comprennent des figurines plastiques représentant des femmes debout avec une accentuation du muscle grand glutéal. Ces pièces d’art ont été récupérés en grande partie fractionnée. Elles sont éponymes pour les , reparties à cette époque sur toute l’Europe. La matière utilisée pour ces figurines est surtout l’ivoire, mais également l’ardoise ou les bois de cervidés. La représentation de la femme debout avec l’accentuation glutéal typique, se trouve également sur des plaques d’ardoise gravés.
Ornementations Des pendentifs pour colliers ont probablement été fabriqués à partir de canines de cervidés, appelés s de cerf, comme le démontrent les percements constatés. Ces craches de cerf sont souvent considérés comme bijoux de prestige. Des dents percées d’autres espèces d’animaux ont aussi été trouvées, venant du renne, du renard des neiges et du cheval sauvage.
Les coquilles de certains mollusques furent destinées à être cousus de façon bien visible, sur des pièces de vêtements, ou alors également pour la fabrication de colliers. Les minuscules coquilles percées de l’espèce d’escargots « Homalopoma sanguineum », venant des régions de la Méditerranée, sont considérées comme preuve pour les échanges entre régions. Il n’est pas certain, si les griffes des corbeaux furent employées comme parures, mais il semble certain que les matières hématite, ocre et charbon de bois furent bien utilisées pour l'ornementation. Sur le site de Gönnersdorf, mais également celui de Andernach-Martinsberg en face du Rhin, ont été trouvés des perles biconiques en jais (bois fossile).
Industrie d’outils en ivoire, en os et en bois de cervidés vignette|200x200px|Représentation d'un mammouth