Perdiccas (en grec ancien Περδίκκας / ), mort en 321 av. J.-C., est l'un des principaux généraux et Diadoques d'Alexandre le Grand. À la mort de ce dernier en 323, il devient chiliarque (équivalent du vizir) et manifeste l'ambition de maintenir à son profit l'unité de l'empire, mais il périt assassiné par ses propres officiers lors de la campagne contre Ptolémée en Égypte en 321.

Biographie Carrière sous le règne d'Alexandre Taxiarque de la phalange Perdiccas est né, à une date inconnue, dans la famille princière d'Orestide, une région de Haute-Macédoine. Il est élevé, selon la tradition argéade, comme page (paides) à la cour de puis comme somatophylaque (garde du corps) du roi. Il est l'un des trois officiers à avoir tué Pausanias, l'assassin de Philippe en 336 av. J.-C.Diodore, , 94, 4.. Au début de son règne Alexandre le désigne taxiarque de la phalange des pezhétaires (Compagnons à pied) d'Orestide et de LyncestideDiodore, , 57, 2.. Il participe aux premières campagnes : son premier fait d'arme remonte à la guerre contre les TriballesArrien, , 6, 9. ; il est ensuite gravement blessé devant Thèbes en 335Arrien, , 8 ; Diodore, , 12, 3..

Il participe, au sein de la phalange, à toutes les grandes batailles contre l'armée perse, au GraniqueArrien, , 14, 2., à IssosArrien, , 8, 3 ; Quinte-Curce, , 9, 7. et à GaugamèlesArrien, , 11, 9 ; Diodore , 57, 2. où il est à nouveau blesséDiodore, , 61, 3.. En janvier 330, il prend une part active à la victoire aux Portes PersiquesArrien, , 18, 5..

L'ascension de Perdiccas Vers 330 av. J.-C., Perdiccas reçoit le commandement d'un corps de la cavalerie des Compagnons en tant qu’hipparque (une hipparchie est un escadron d'environ 500 cavaliers), au moment où Alexandre promeut ses fidèles (Héphaistion, Cleitos, Ptolémée et donc Perdiccas).. Il devient durant un an l'un des sept sômatophylaques (garde du corps) du souverain. Au printemps 328, pendant la campagne en Sogdiane, il dirige l'un des cinq corps opérant indépendamment qui envahissent en même temps la Sogdiane et SamarcandeArrien, , 16, 2..

Perdiccas prend ensuite une part active à la campagne en Inde entre 327 et 326Arrien, , 22, 7 ; 28, 5; 30, 9 ; Quinte-Curce, 10, 2.. Il commande en 327 avec Héphaistion un corps d'armée dans la vallée du Kophen et rejoint les troupes de Taxilès. Les deux généraux commencent la construction d'un pont flottant sur l'Indus pendant qu'Alexandre guerroie contre les tribus des montagnes. Pendant la bataille de l'Hydaspe, il mène, toujours avec Héphaistion, la charge de cavalerie contre l'aile gauche de PorosQuinte-Curce, , 14, 15.. Il participe enfin à l'assaut de la capitale des Malliens durant lequel Alexandre est gravement blesséArrien, , 9, 1. ; Selon Arrien, certaines sources spécifient que Perdiccas aurait retiré la flèche de la poitrine du roiArrien, , 11, 1.Une autre version stipule que la flèche a été retirée par le médecin royal Critodémos.. Après ce siège, il dirige l'attaque d'une autre cité des Malliens à la tête de sa cavalerie et des javeliniers agrianes ; trouvant la ville déserte, il se lance à la poursuite des fugitifs qui sont presque tous massacrésArrien, , 15, 1..

Il n'est plus mentionné par les sources jusqu'aux noces de Suse célébrées en 324. Il y épouse la fille du satrape de Médie, AtropatèsArrien, Anabase, , 4, 5.. Après la mort d'Héphaistion en 324, Perdiccas le remplace comme second dans la hiérarchie, bien qu'Alexandre n'ait pas en lui la même confiance qu'en son défunt favori, en exerçant la fonction de chiliarqueArrien, 14, 10 ; Diodore , 3, 4 ; Plutarque, Eumène, 1., soit équivalent du vizir des Achéménides et aussi commandant de la cavalerie des Compagnons. Mais il n'en porte pas encore véritablement le titreIl ne devient chiliarque de l'« empire » qu'à la mort d'Alexandre., ni n'en exerce toutes les attributions. Les historiens modernes considèrent en effet que Perdiccas a été chiliarque de la cavalerie mais non pas chiliarque aulique (de aulè : « cour royale »)..

Perdiccas et la succession d'Alexandre Perdiccas et la succession d'Alexandre

vignette|upright=1.5|Perdiccas recevant l'anneau royal de la part d'Alexandre, Roman d'Alexandre, .

Alexandre, mort en juin 323 av. J.-C., n'a pas désigné de successeur officiel, provoquant immédiatement une querelle entre ses générauxLes sources sont nombreuses et concordantes aux sujets de la succession d'Alexandre : Diodore, , 2, 3 ; Arrien, Histoire de la Succession d'Alexandre, 2 ; Quinte-Curce, , 6-10 ; Justin, , 1, 11.. Mais, selon les principaux auteurs de la VulgateDiodore, , 117, 3 ; Quinte-Curce, Histoire d'Alexandre, , 6, 16 ; et aussi Cornélius Népos, Eumène, 2, 2. Cette version « légendaire » n'est pas présente ni chez Plutarque, ni chez Arrien., il aurait confié, agonisant, l'anneau royal à Perdiccas, son second depuis la mort d'Héphaistion.

Alexandre laisse comme seul héritier un enfant à naître, le futur conçu avec Roxane, et son demi-frère , un « déficient mental » inapte à régner. Une solution temporaire est trouvée par le Conseil (sunédrion) royal afin de conserver l'unité de l'empire. Si Roxane donne naissance à un fils, celui-ci deviendrait l'héritier. Perdiccas et Léonnatos, auxquels le Conseil prête serment, sont désignés tuteurs provisoires de l'enfant à naître. Mais Méléagre, un officier de la phalange récuse cette décision. Il affirme en effet qu'il ne faut pas attendre la naissance de l'enfant, dont le sexe est incertain, alors qu'il y a déjà des successeurs disponibles, à savoir le demi-frère ou encore le fils bâtard d'Alexandre né de Barsine. Par ailleurs, il n'admet pas que le futur roi soit de sang perse tandis que le mécontentement gagne les fantassins de la phalange, indignés qu'aucune part de la décision ne leur soit laissée. Ils choisissent donc de donner le titre de roi à , ce qui provoque de vives tensions avec la cavalerie favorable aux décisions du Conseil.

Afin d'apaiser les tensions nées des querelles de succession, Perdiccas délègue Méléagre et Attale pour négocier avec les fantassins car ils exercent une grande influence sur eux. Oubliant leur mission et afin de satisfaire leurs ambitions personnelles, ils décident de se ranger du côté des soldats et font irruption en armes dans le palais royal où gît encore le cadavre d'Alexandre. Surpris par la tournure des événements, Perdiccas prend la fuite, abandonnant Babylone, et trouve refuge aux portes de la ville, dans le camp de la cavalerie. Pour Méléagre, il est dangereux que ce dernier reste en vie. Il envoie avec Attale des hommes pour le faire assassiner, mais Perdiccas, grâce à son éloquence, parvient à convaincre les fantassins de se ranger derrière lui. Les deux partis trouvent un compromis grâce au chancelier Eumène de Cardia.

Les accords de Babylone stipulent donc que les cavaliers reconnaissent comme roi et que si Roxane donne naissance à un fils celui-ci serait également roi. Cratère est désigné protecteur (prostatès) des rois, Perdiccas conserve le titre chiliarque tandis que Méléagre devient hipparque, soit commandant de la cavalerie. Pour autant Perdiccas s'en méfie car celui-ci exerce encore une grande influence auprès de la phalange.

Comme des Macédoniens se sont entretués à la suite des querelles de succession, il est convenu que l'armée doit se purifier par des lustrations solennelles. La cérémonie, selon les usages, se déroule en rase campagne. Un chien est coupé en deux et une certaine distance doit séparer les parties du corps. L'armée doit alors défiler entre les deux parties avec à sa tête le roi et les officiers de haut rang. Puis pour terminer la cérémonie, la cavalerie avec ses éléphants et l'infanterie prennent position l'une en face de l'autre et doivent simuler un combat. Perdiccas et prennent le commandement de la cavalerie et Méléagre celui de l'infanterie. C'est alors que Perdiccas, au nom du roi, menace de charger avec les éléphants droits sur eux s'ils ne livrent pas les meneurs de la dernière révolte. L'infanterie, impuissante, livre une trentaine de soldats et ceux-ci sont écrasés par les éléphants. Méléagre ne quitte pas sa place mais, de retour au quartier militaire, se sentant en danger, part se réfugier dans un temple. Mais Perdiccas est déterminé à le faire exécuter afin d'asseoir son autorité, quitte à trouver de faux prétextes. Il explique alors au roi que Méléagre a voulu le tuer et que c'est pour cela qu'il a pris la fuite. Méléagre, sur ordre du roi, est alors mis à mort sur les marches de l'autel. Par ce geste, Perdiccas montre aux généraux le sort réservé à ses adversaires.

Chiliarque de l'empire Afin de conserver l'intégrité de l'empire d'Alexandre, Perdiccas prétend lui succéder dans l'exercice du pouvoir au titre de chiliarque. Il est probable que la désignation de Cratère comme tuteur (prostatès) des rois soit une manière de faire contrepoids à ses ambitions.. Se forme dès lors une sorte de triumvirat avec Cratère et Antipater, qui conserve la régence de Macédoine au titre de « stratège d'Europe ». Perdiccas s'oppose rapidement aux divers généraux et satrapes, méfiants envers son autoritarisme et désireux eux-mêmes d'accroître leur pouvoir. Son autorité est remise en question dès 323 par Antigone le Borgne et Léonnatos qui refusent tous deux de mener en Cappadoce la guerre au profit d'Eumène de Cardia, le « scribe grec ».. Convoqué par Perdiccas devant une assemblée de l'armée, Antigone fuit auprès d'Antipater et de Cratère, alors occupés à réduire la rébellion d'Athènes et de l'Étolie (323-322). Tandis que Léonnatos, une fois arrivé aux portes de la Cappadoce, vole au secours d'Antipater enfermé à Lamia, avec l'armée prévue pour la conquête de la CappadoceLeonnatos manifeste une ambition royale, légitimé qu'il est par sa parenté avec la mère de et la promesse d’un mariage avec Cléopâtre, sœur d’Alexandre. Il périt aux pieds des remparts de Lamia..

En 322, Perdiccas prend le commandement de l'armée royale en Cappadoce, avec à ses côtés. Il défait le dynaste Ariarathe qu'il fait crucifier, châtiment que les Perses réservent aux insurgés. Il installe Eumène à la tête de sa satrapie, faisant de lui son principal allié. À la suite de cette victoire, il usurpe à Cratère le titre de prostatès (tuteur) des rois et manifeste son intention de maintenir à son profit l'unité de l'empire. Le conflit éclate avec les autres Diadoques lorsque Antigone révèle à Antipater l'ambition de Perdiccas, lequel est censé épouser Nikaia, une fille d'Antipater. Perdiccas est en effet en contact avec Olympias pour arriver en Macédoine avec la dépouille d'Alexandre et épouser une sœur de celui-ci, Cléopâtre.

La défaite de Perdiccas Perdiccas commet des maladresses stratégiques dans sa tentative de conservation de l'autorité impériale. En 322 av. J.-C., il envoie son frère Alcétas en Phrygie assassiner Cynané, une fille de , en chemin pour marier sa fille Eurydice à Polyen, Stratagèmes, , 60 ; Photios, Bibliothèque, Histoire de la succession d’Alexandre, .La princesse affronte pourtant courageusement Alcétas à la tête de son armée. ; ce qui délivre un prétexte à ses rivaux, dont Antigone qui s'empresse de dénoncer le crime à Antipater et Cratère parle de « la seule forfaiture indiscutable perpétrée par Perdiccas ».. Il doit tout de même, sous la pression de ses soldats, accepter le mariage d'Eurydice avec , provoquant la colère d'Olympias et de Cléopâtre qui y voient une menace.