vignette|L'Hospice Autrichien dedié à la Sainte Famille à JérusalemL’Hospice Autrichien pour la Sainte Famille dans la vieille ville de Jérusalem est une auberge construite pour les pèlerins par l’Église catholique autrichienne. Située au croisement de la Via Dolorosa et de la rue Al Wad (« route de la Vallée »), elle est dans le quartier musulman de la vieille ville de Jérusalem, à la troisième station du Chemin de croix. Markus Stephan Bugnyar en est le recteur depuis 2004. L’hospice, fondé en1856 et ouvert le , figure parmi les plus vieilles auberges en Terre sainte. L’Église de la Sainte Famille est située à l’intérieur du bâtiment principal.vignette|La terrasse au dernier étage (toit) offre une vue magnifique sur la vieille ville de Jérusalem

Historique

Contexte Historique Au cours du XIXe siècle, l’intérêt des nations européennes pour le Levant s’accroît avec l’arrêt de la conquête des Égyptiens, conduits par Méhémet-Ali, par l’alliance de l’Autriche, la Grande-Bretagne, la Prusse et la Russie et le retour de la région sous le contrôle du Sultan de l’Empire ottoman. La Prusse, la Grande-Bretagne, l’Empire tsariste et l’Empire autrichien commencent, au milieu des années 1840, à établir les premiers consulats et leurs institutions religieuses nationales respectives. Le , l’Autriche ouvre son vice-consulat. En 1852, Conte Josef PizzamanoÖsterreichisches Biographisches Lexikon und biographische Dokumentation: Pizzamano, Josef (Giuseppe) Gf. von. 2003, abgerufen am 24. Oktober 2023., vice-consul autrichien, propose de construire un hôpital pour pèlerins avec une église associée afin de renforcer l’influence de l’Autriche en tant que puissance protectrice des chrétiens au Moyen-Orient. L’archevêque de Vienne, Joseph Othmar de Rauscher, reprenant l’idée de Pizzamano, décide de construire une auberge avec une petite infirmerie afin d’y accueillir les pèlerins sujets de la monarchieHelmut Wohnout : Das Österreichische Hospiz in Jerusalem. 1. Auflage. Böhlau Verlag, Wien 2000, , S. 25–48..

Histoire de la construction et fondation Au début de 1854, un site de construction de situé à l’intersection de la Via Dolorosa et de la rue El-Wad dans la vieille ville de Jérusalem, est acheté par Pizzamano pour la somme de 5 700 florins hongrois. Le célèbre architecte Ermete Pierotti soumet les premiers plans, cependant la conception finale et la mise en œuvre seront finalement confiées à Anton Endlicher. Ce dernier viendra à Jérusalem en accompagné de deux contremaîtres polonais : Josef Wenz et Johann Wiltner.

Au début de l’année 1856, à la suite des coûts et du temps pris par les travaux de terrassement, le Cardinal Rauscher modifie la conception de la façade. De nouveaux plans de construction sont approuvés et les travaux démarrent. Le financement est assuré par la Collecte pour la Terre sainte et des donateurs privés. La première pierre est posée le . À la suite de divers problèmes, Josef Wenz remplace Anton Endlicher et devient chef de chantier.

Le , la clé de voûte de l’édifice, la chapelle de l’hospice, est consacrée par le Patriarche latin de Jérusalem Giuseppe Valerga et l’auberge des pèlerins est inaugurée le Helmut Wohnout: Das Österreichische Hospiz in Jerusalem. 1. Auflage. Böhlau Verlag, Wien 2000, , S. 25–48..

Sous la dynastie des Habsbourg Hermann Zschokke est nommé recteur de l’hospice autrichien en1864, et sous sa direction des ajouts et une modernisation sont effectués. En 1868, la direction de l’hospice réclame de l’aide pour l’entretien de l’hospice et la même année, deux femmes venant d’Austro-Hongrie sont envoyées à Jérusalem pour remplir ses fonctions.

Novembre 1869 marque une date importante pour la popularité des pèlerinages de la fin du XIXe siècle, avec le pèlerinage en Terre sainte de l’empereur François-Joseph Ier. Ce dernier profite de ce pèlerinage pour assister à l’inauguration du canal de Suez. En outre, il est le premier monarque européen à visiter la Terre sainte depuis la fin de l’Empire des Croisés. Cette visite constitue un véritable symbole pour les générations de pèlerins de la monarchie. vignette|Mosaïque « Die kriegerische und friedliche Pilgerung Österreich-Ungarns nach dem hl. Land » (Pèlerinage guerrier et pacifique d'Autriche-Hongrie en Terre sainte depuis les temps les plus anciens). En 1895, Hermann Zschokke, ancien recteur de l’hospice autrichien, devenu curateur (le président du conseil d´administration siégeant à Vienne) prône la restructuration et la modernisation des bâtiments, invoquant le changement de la nature et du caractère des pèlerinages. Afin d’intégrer la moitié hongroise de l’empire, Stephan Csarszky est nommé vice-recteur et l’hospice désormais renommé « hospice austro-hongrois de la Sainte Famille ». Au cours de l’été 1896, quatre sœurs de la congrégation Saint-Charles-Borromée ainsi qu’un jardinier viennois sont recrutés pour prendre en charge tout ce qui relève de la cuisine et de la lingerie. En 1898, plus de 500 personnes prennent part au premier pèlerinage du peuple tyrolien vers la Terre sainte, sous la direction du colonel Heinrich Himmel de AgisburgBarbara Haider-Wilson : "Wir zieh´n dahin ins Heilige Land" —Zur Entwicklung des Pilgerwesens in der Habsburgermonarchie. Hrsg.: Markus St. Bugnyar ; Helmut Wohnout. 1. Auflage. Verlag Geschichte & Kunst, Wien 2015, , S. 124.. vignette|Carte postale de la façade de l’hospice autrichien à la fin du XIXe siècle L’année 1902 voit le nombre de lits s’accroître à 100, ainsi que la construction de la terrasse. En 1903, afin de fournir un logement aux sœurs, on pose la première pierre d’un bâtiment dont la construction s’achève en 1904.

En 1908, à l’occasion du 60e anniversaire de l’accession au trône de l’empereur François-Joseph, on entame des travaux dans la chapelle. Cet embellissement comprend les deux autels latéraux de l’Ordre Teutonique des chevaliers, une mosaïque des saints les plus éminents des Terres de la Couronne dans le dôme de l’abside, de nouveaux confessionnaux et des bancs, et une nouvelle sacristie. Ces travaux se poursuivent jusqu’en 1910. Franz Fellinger, qui avait déjà occupé les fonctions de recteur de l’hospice de1900 à 1906, le redevient en 1913Helmut Wohnout: Das Österreichische Hospiz in Jerusalem. 1. Auflage. Böhlau Verlag, Wien 2000, , S. 49–104..

L’hospice pendant la Première Guerre mondiale vignette|L'autel de la chapelle de l'hospice L’Empire ottoman entre dans la Première Guerre mondiale aux côtés de l’alliance formée par les Empires centraux. Le , pendant la phase de mobilisation, les Capitulations de l’Empire ottoman sont annulées et les institutions ecclésiastiques des États, désormais ennemis, sont réquisitionnées.

En , le Sultan déclare la Guerre sainte, et tous les citoyens de la Triple-Entente, y compris le clergé, sont obligés de quitter Jérusalem. L’atmosphère de la ville est sombre et hostile. Le général Ulrich Bank devient commandant de la ville et l’hospice autrichien devient le lieu de rencontre du personnel militaire allemand et austro-hongrois.

Cependant, les troupes ottomanes ne parviennent pas à repousser l’armée britannique en Égypte et en 1915 les unités britanniques entrent dans le Moutassarifat de Jérusalem.

Pour éviter la réquisition, en , l’hospice est converti en maison de convalescence pour les officiers et soldats, et, en , deux obusiers de montagne de la batterie de la division d’artillerie Von Marno sont déplacés à Jérusalem pour les protéger. En , Jérusalem devient une zone de combat, les fonctionnaires consulaires et militaires austro-hongrois évacuent la ville, seuls le recteur Fellinger et les sœurs restent dans l’hospice pour le protéger du pillage.

Le , le général Edmund Allenby entre à pied dans Jérusalem sans aucun combat. Le , l’hospice autrichien est réquisitionné par l’administration britannique et converti en un orphelinat anglican pour les enfants chrétiens syriensHelmut Wohnout: Das Österreichische Hospiz in Jerusalem. 1. Auflage. Böhlau Verlag, Wien 2000, , S. 105–122..

Période du Mandat britannique Le , l’orphelinat est fermé et, le jour même, l’hospice est remis sous la responsabilité de son conseil d’administration. Le recteur Franz Fellinger reprend immédiatement la direction de l’hospice. À la suite de l’observation, puis de l’indemnisation ultérieure de l’administration britannique, les travaux de nettoyage, de désinfection et de réparation de l’hospice commencent à la fin du mois d’.

Dans les années d’après-guerre, l’hospice est converti en pension pour les responsables administratifs et les officiers britanniques, afin d’en financer l’entretien. Ce revenu permet également l’électrification complète du bâtiment en 1923. Malgré la demande de nombreux États héritiers de la division de l’ancienne Monarchie des Habsbourg, l’hospice autrichien de la Sainte Famille reste en possession de l’archidiocèse de Vienne. Cependant, en 1924, le nom de l’hospice est modifié avec la suppression du mot « autrichien » et l’entrée d’administrateurs tchèques, hongrois et slovènes au conseil d’administration.

En , le conseil d’administration approuve les plans pour un ajout nécessaire et urgent, et pour ce faire, recrute comme maître d’ouvrage Gottlieb Bäuerle, originaire de Vienne. Les travaux commencent à l’hiver 1932 et se terminent un an après. Le nouveau toit-terrasse avec sa vue sur les toits et coupoles de la vieille ville accroît l’attrait de l’hospice autrichien.

En 1935, Franz Haider est nommé recteur. À la mi-, la Grande révolte arabe se déclenche. Le , Karl Breitlinger, un fonctionnaire viennois membre de l’hospice, est pris pour cible par erreur et meurt d’une balle dans le dos. Le conflit se dissipe lentement et en 1937, l’hospice accueille 498 personnes. Après la signature de l’Anschluss, le statut légal de l’hospice autrichien reste indéfini et il a le statut d’une institution cléricale indépendante. Le troisième Reich, qui convoite l’hospice autrichien et sa position au Moyen-Orient, essaie d’exercer des pressions sur le recteur, par un gel des salaires. Le cardinal Theodor Innitzer résiste et déclare que l’hospice autrichien est une institution ecclésiastique, dont le transfert ne peut être effectué que par décision du conseil d’administration. Il prétexte que le conseil ne peut se réunir qu’en présence de tous ses membres, ce qui est impossible pour des raisons politiques puisqu’ils appartiennent à différents diocèses de l’ancienne Monarchie des Habsbourg.

En 1939, après la déclaration de guerre du Royaume-Uni, l’hospice est confisqué par le pouvoir et Franz Haider, son recteur, emprisonné pendant cinq jours. Il est libéré grâce à l’intervention de Franz Fellinger. L’hospice devient un camp d’internement pour les gens de l’église, et les citoyens allemands et italiens. Le cardinal Fellinger ainsi que les cinq sœurs franciscaines de Vöcklabruck restent dans l’hospice afin d’en assurer la maintenance. Avant Noël, la plupart des 29 internés de l’hospice sont relâchés et jouissent d’une liberté de mouvement limitée. Seuls, le recteur Haider et le prêtre lazariste Leo Schmitt restent internés.

Le , Haider est transféré dans un camp d’internement à Saint-Jean-d’Acre, et laisse la direction aux cinq sœurs. En mai, de nouvelles arrestations se déroulent et des hommes d’église des forces de l’Axe sont internés. Les 80 internés, dont 23 personnes laïques, sont transférés le à un monastère franciscain afin de laisser la place à 170 femmes et enfants britanniques, réfugiés en provenance d’Égypte. Dès , ils quittent l’hospice et les sœurs sont autorisées à y retourner. Afin de déterminer les dommages causés au bâtiment, le recteur Franz Haider est amené à Jérusalem du camp d’internement de Haïfa, où il avait été transféré. Ensuite, l’hospice est transformé en un camp pour les 150 religieuses du Troisième Reich. Le recteur désigné est le directeur de l’école allemande Schmit de Jérusalem, le Père Johannes.