Claude Joseph Judith François Xavier de Sagey, né à Ornans le et mort à Paris le , est un prélat français. Il est nommé évêque de Saint-Claude en 1817 et devient évêque de Tulle en 1823. Il est nommé chanoine de premier ordre de la chapelle royale de Saint-Denis, et sera également nommé chanoine d'honneur du chapitre Saint-Julien de la Cathédrale du Mans, ainsi que du chapitre Saint Jean et Saint Etienne de la cathédrale de Besançon

Biographie

Enfance et formation

D'une vieille famille chevaleresque de Franche-Comté, la famille de Sagey, Claude Joseph Judith François Xavier de Sagey est le deuxième fils de Claude Michel Judith de Sagey, officier au régiment d’Enghien, Seigneur de Pierrefontaine, Naisey et autres lieux, et de Catherine Louise Marguerite d'Arros.

Il sera d’abord clerc tonsuré et chanoine noble chapitre de Gigny, prieuré conventuel de l’ordre de Cluny sécularisé en 1760. Il était exigé des récipiendaires la preuve de seize quartiers de noblesse, huit paternels et huit maternels, comme avant la sécularisation.

Alors diacre, il est appelé par Monseigneur de Jouffroy-Gonsans, originaire lui aussi de Franche-Comté, comme chanoine avec la mission de sous-chantre au chapitre de Saint-Julien à la cathédrale du Mans, le 16 novembre 1782. Ordonné prêtre à Tours en décembre 1782, il reçoit un canonicat la même année. Des lettres de vicaire général lui sont remises en janvier 1784, il est alors âgé de 25 ans. Il est nommé grand archidiacre en 1786 et préside la retraite ecclésiastique des curés d’avril 1787. Il résidera d'abord chez les Jacobins plusieurs années puis obtiendra, peu avant 1789, la maison canoniale de "Notre-Dame" (9 rue des Chanoines).

Révolution et émigration Refusant de prêter serment, en septembre 1792, il émigre avec son évêque en Angleterre, puis à Münster en 1795 sous la protection du prince-évêque Maximilien-François d'Autriche.

L’abbé de Sagey joue un rôle important à la tête d’un comité chargé de l'organisation du secours et de l'accueil des prêtres français réfugiés dans la région.

Il entretient des relations avec les autorités diocésaines grâce au baron Franz de Fürstemberg, chanoine de Münster et de Paderborn, vicaire général et conseiller du prince-évêque de Münster. Le baron de Fürstemberg apporte son soutien officiel à la collecte de dons pour les réfugiés : il fait publier les autorisations dans les paroisses, adresse des recommandations aux institutions religieuses et facilite les démarches des collecteurs.

L’abbé de Sagey peut également compter sur le baron de Kerkering, chambellan et major au service de l'empereur François II, que les collecteurs français désignent comme le « père des malheureux prêtres français ». Celui-ci utilise son influence pour favoriser la collecte et faciliter l'accueil des prêtres français.

Il est lui-même accueilli dans la maison de la baronne de Kerkering, qui participe activement à cette œuvre. Elle introduit les collecteurs dans les meilleures familles de Münster, leur procure des protections et des lettres de recommandation et manifeste une attention particulière envers les prêtres français déjà réfugiés ou susceptibles d'arriver dans la ville.

Par ailleurs, il entretient de bonnes relations dans l'ensemble du pays au service de son œuvre, notamment à Paderborn, où son évêque s'est retiré. Leur admission en août 1799 dans la confrérie de Saint Liboire témoigne de l'estime dont ils y jouissent grâce au chapitre de Paderborn.

L'abbé de Sagey élabore également un projet d'accueil destiné aux ecclésiastiques et aux religieuses réfugiés en Suisse, en organisant leur installation dans le diocèse de Münster selon des critères de prudence et de mérite. Son dévouement, son sens de l'organisation et sa charité lui valent une large reconnaissance de la part de ses contemporains.

En 1816, il est reçu chevalier de Saint-Georges en Franche-Comté,dans la continuité de cinq de ses ancêtres.

Retour en France et épiscopat L’abbé de Sagey ne rentre en France qu’après le concordat du 11 juin 1817, pour s'établir entre Ornans, Pierrefontaine et Naisey, berceau familiale de la famille de Sagey. Nommé évêque de Saint-Claude en 1817, mais empêché de prendre possession de son diocèse en raison du blocage de la réorganisation des évêchés, il demeure plusieurs années dans une situation d'attente. Dans Nécessité et moyen d'organiser promptement vingt-quatre diocèses, il met cette expérience au service d'un plaidoyer en faveur de la création rapide des diocèses prévus par le Concordat. Fidèle au roi, attaché à l'autorité pontificale et hostile au libéralisme religieux, il se présente comme un prélat prêt à consentir des sacrifices matériels pour permettre la restauration de l'Église, affirmant que les évêques ne réclament « non pas de l'argent, mais du travail ». Ce texte révèle ainsi un homme animé par un profond sens du devoir pastoral et convaincu que le renforcement de l'organisation ecclésiastique est indispensable au redressement moral et religieux de la France.

Il est nommé évêque de Tulle, le 23 avril 1823, lors du rétablissement du diocèse. Il est sacré le 1er mai 1823 à Issy, près de Paris, par l'archevêque de Paris, Hyacinthe-Louis de Quelen, assisté des évêques de Meaux et du Puy, il nomma dès le lendemain deux vicaires généraux, parmi lesquels Pierre-Joseph Brival, ancien vicaire général de Monseigneur de Raffélis de Saint-Sauveur. Celui-ci reçut procuration pour prendre possession du diocèse au nom du nouvel évêque, cérémonie qui eut lieu le 25 mai 1823. Retardé par les travaux indispensables à l'installation de l'évêché, Monseigeur de Sagey ne fit toutefois son entrée solennelle à Tulle que le 18 juillet 1823, accueilli avec enthousiasme par une foule nombreuse, une garde d'honneur et les autorités municipales.

Premier évêque de Tulle depuis un quart de siècle, il découvrit un diocèse profondément éprouvé. Les bâtiments épiscopaux avaient disparu, le palais ayant été détruit pendant la Révolution. Il dut s'installer provisoirement dans une maison particulière appartenant au sieur Bournazel, louée par le département. Le clergé, dispersé et appauvri, souffrait d'un manque criant de formation, tandis que les structures diocésaines étaient entièrement à reconstituer.

Dès son arrivée, Monseigneur de Sagey publia un mandement dans lequel il rendait hommage à ses prédécesseurs, notamment Monseigneur Mascaron et Monseigneur de Rafélis de Saint-Sauveur, tout en affirmant sa volonté d'organiser le nouveau diocèse dans ses limites élargies. Soucieux de restaurer la discipline ecclésiastique après les désordres révolutionnaires, il prescrivit notamment la fermeture, dans un délai d'un mois, des chapelles et oratoires privés ouverts durant les années de persécution religieuse.

La formation du clergé constitua sa priorité absolue. Avant même son installation effective, il sollicita du gouvernement la restitution de l'ancien grand séminaire, transformé en caserne depuis la Révolution. Grâce à l'appui du préfet de la Corrèze, le baron Finot, il obtint la rétrocession des bâtiments et entreprit immédiatement leur restauration. Pour assurer le financement des séminaires, il publia une lettre pastorale le 13 août 1823 et fonda, le 29 août suivant, l'Association des Dames destinée à recueillir les dons nécessaires à leur fonctionnement. Cette œuvre permit la réouverture du grand séminaire.

Sous son impulsion, le petit séminaire de Servières fut intégré au diocèse grâce à la généreuse donation du curé Pierre Capitatine, autorisée par ordonnance royale en septembre 1824. Il encouragea également le projet de l'abbé Duchassaing à Brive, qui aboutit à la création d'un second petit séminaire, ouvert en mars 1825.

Monseigeur de Sagey entreprit également la réorganisation complète des institutions diocésaines. Il rétablit le chapitre cathédral dès septembre 1823, recréa les archidiaconés de Tulle, Brive et Ussel, réorganisa les services administratifs de l'évêché et fit restaurer la cathédrale. Le 15 mars 1824, il rétablit les confréries des Pénitents blancs et des Pénitents bleus de Tulle, renouant ainsi avec d'anciennes traditions religieuses.

Son action s'étendit également au domaine de l'enseignement. Désireux de former une élite catholique, il obtint la transformation du collège de Tulle en collège mixte où les futurs prêtres et les élèves destinés aux professions civiles recevraient une instruction commune. Le conseil municipal adopta cette réforme le 8 septembre 1823. Monseigneur de Sagey confia la direction de l'établissement à l'abbé Brun, entouré exclusivement d'ecclésiastiques, donnant ainsi une orientation résolument religieuse à l'enseignement secondaire dans le diocèse.

Cependant, son gouvernement énergique suscita rapidement des résistances. Soucieux de rétablir l'autorité épiscopale des anciens évêques-vicomtes de Tulle, il imposa des réformes parfois jugées autoritaires. Son tempérament réservé, son exigence envers le clergé et les fidèles, ainsi que l'impression qu'il accordait davantage de considération à Brive qu'à Tulle, alimentèrent une vive impopularité. Les critiques se multiplièrent aux travers de tracasseries, de chanson qui le brocardaient, jusqu'à prendre un tour injurieux, comme en témoigne la célèbre pancarte placardée sur sa résidence : « Hôtel à vendre – évêque à pendre ». Cette hostilité traduisait une profonde incompatibilité entre le prélat, homme de l'Ancien Régime, et une partie de la population tulliste.

Éprouvé par une santé fragile, Monseigneur de Sagey remit sa démission dès 1824. Toutefois, il continua d'administrer le diocèse jusqu'au 27 avril 1825 afin d'assurer une transition ordonnée. Dans une lettre pastorale du 4 mars 1825, il accueillit son successeur, Monseigneur du Mailhet de Vachères, auquel il apporta son soutien et dont il fut l'un des évêques consécrateurs.

Evêque de la Restauration Évêque de la Restauration, il manifesta une fidélité constante à la monarchie des Bourbons. Ses nombreux mandements commémorant Marie-Antoinette, Louis XVIII ou célébrant les succès de Ferdinand VII d'Espagne illustrent son attachement à l'alliance traditionnelle entre le Trône et l'Autel. Cette orientation politique, caractéristique de l'épiscopat français sous la Restauration, s'inscrivait dans sa conception d'une société chrétienne restaurée après les bouleversements révolutionnaires.

En 1824, le mandement électoral de Monseigneur de Sagey révèle son attachement à une restauration de la place de l'Église sous la Restauration. Il y exprime l'espoir d'une révision des lois héritées de la Révolution, du renforcement de l'indépendance de l'Église, du retour des congrégations religieuses dans l'enseignement et d'une réforme de la législation religieuse.

Ses positions, proches de celles du cardinal Anne-Antoine-Jules de Clermont-Tonnerre, l'archevêque de Toulouse, attirent l'attention des milieux catholiques. Une brochure publiée la même année le cite comme exemple pour dénoncer l'incohérence du Conseil d'État, qui condamne la lettre pastorale de l'archevêque de Toulouse sans inquiéter le mandement de Monseigneur de Sagey, pourtant porteur d'un programme comparable. Ce témoignage montre que l'évêque de Tulle est alors identifié comme l'un des prélats les plus engagés en faveur d'une restauration des institutions ecclésiastiques.

Profondément attaché à la cause légitimiste après la Révolution de 1830, il refusa toujours de reconnaître la légitimité de la Monarchie de Juillet. Il désignait ainsi Louis-Philippe comme « monsieur Philippe » et la reine comme « madame la duchesse d'Orléans », tout en raillant avec malice Ferdinand Cornot de Cussy, mari de sa petite-nièce Amélie Dulong de Rosnay, qui servait le nouveau régime, qu'il qualifie de « gouvernement de brigands ». vignette|Ferdinand Cornot de Cussy|centré

Evêque émérite