La politique de la Sicile opère dans le cadre de la constitution d'Italie, dont l'île fait partie depuis 1860, dotée d'un statut spécial qui lui reconnait une autonomie depuis 1946.

Les institutions reposent sur une démocratie représentative semi-présidentielle, dans laquelle le président du gouvernement régional est le chef du gouvernement, et d'un système multipartite. Le pouvoir exécutif est exercé par le gouvernement régional. Le pouvoir législatif appartient à la fois au gouvernement et à l'Assemblée régionale sicilienne.

L'histoire des forces politiques

1860-1947 : Entre Unité italienne et naissance du courant autonomiste L’historiographie de la fin du fait de la Sicile à la fois une héritière du féodalisme et une terre de révolution, l'île réactionnaire et indolente et la région rebelle. L'île est à la fois la première pierre de l'Unité italienne, fortement marquée par l'héritage de Garibaldi, et une terre contrôlée par les puissants propriétaires fonciers.

Le premier parti organisé de Sicile est le Parti socialiste sicilien, fondé à partir des faisceaux siciliens en 1893, mais le socialisme reste durablement faible dans une île qui est le bastion d'une élite libérale (Droite historique, Gauche historique et libéraux) qui a gouverné l'Italie pendant des décennies. Cependant, à la fin du siècle, la Sicile élit plusieurs députés de partis de gauche, à savoir le Parti radical, le Parti républicain italien, le Parti socialiste italien et le Parti socialiste réformiste italienPiergiorgio Corbetta; Maria Serena Piretti, Atlante storico-elettorale d'Italia, Zanichelli, Bologna 2009.

En effet, à partir des élections de 1874, la classe moyenne délaisse l'ancienne élite dominante pour voter en faveur de la gauche. Les réformes de 1883 donnent à cette classe moyenne un pouvoir accru que Di Rudini tente de limiter par un nouveau code électoral.

L'île au début du reste l'une des bases italiennes des luttes sociales, comme l’Émilie, la Lombardie et la Toscane. Mais le Parti communiste est durablement faible à Palerme face à la mainmise paternaliste des Florio. Maximaliste et bordiguiste, la section palermitaine de sa fondation au congrès de 1925, ne dépassent pas trente adhérents, et sa liste aux élections de 1925 recueille 114 voix. Un seul membre est métallurgiste, aucun ouvrier des chantiers navals, la majorité sont ébénistes, tailleurs, cordonniers, confiseurs, comptables, étudiants, principalement travailleurs indépendants jusqu'à la Seconde Guerre mondiale. Sur l'île, à la fin de 1921, les quatre fédérations communistes comptaient 776 membres : 331 à celle d'Agrigente-Caltanissetta, 203 à Palerme-Trapani, 151 à Messine, et 91 à Catane-Syracuse. C'est durant la Seconde Guerre mondiale que des liens se font entre les mouvements ouvriers palermintains et les forces antifascistes et communistes de Mario Mineo et Franco Grasso.

Après le débarquement allié en Sicile, un gouvernement militaire d'occupation dirigé par le général Alexander, secondé par Francis Rennell Rodd et Charles Poletti, est mis en place jusqu'au et le transfert de la gestion administrative au gouvernement provisoire de Salerne. Il s'appuie sur le clergé et les notables plutôt que sur les forces politiques, même antifascistes, afin de garantir le calme dans l'île.. et remplace les préfets et podestats des grandes villes. Ainsi sont nommés préfets le socialiste Francesco Musotto à Palerme, les démocrates chrétiens Arcangelo Cammarata puis Salvatore Aldisio à Caltanissetta, Antonio Pancamo à Agrigente, Paolo D'Antoni à Trapani, Giovanni Cartia à Raguse, Luigi Stella à Syracuse, Antonino Stancanelli à Messine, Ferruccio Bruno à Enna, Antonino Fazio à Catane.

Au sortir de la guerre, l'île est tentée par le séparatisme, à travers le Mouvement pour l'indépendance de la Sicile, mais la création le d'une commission pour un statut autonome de la Sicile par le gouvernement italien d'Alcide De Gasperi, à laquelle les indépendantistes refusent de participer, la réforme agraire conduite par le communiste Fausto Gullo, et le retour en force des partis de masse, font perdre son importance à ce courant..

L’autonomie, à des degrés divers, est soutenue par l'essentiel des partis, en particulier la Démocratie chrétienneOrazio Cancila, Palermo, Laterza, « Storia delle città italiane », 1999, p. 419-420.. Ce parti a été créée en Sicile, premier territoire italien libéré, isolé du reste du pays, autour de deux valeurs : l'opposition au séparatisme et à la mafia. Au lendemain du débarquement allié, l'ancien bras droit de Luigi Sturzo, Salvatore Aldisio réunit des militants antifascistes catholiques, anciens de l'Action catholique, est créé le chez Giuseppe Alessi, la DC dont la direction est occupée par Aldisio, Alessi, Bernardo Mattarella, Pasquale Cortese et Antonio Pecoraro. Plus progressiste à son origine que le Parti populaire, défendant l'indépendance de l'île sans séparatisme, adoptant avec les communistes, une réforme agraire, le démembrement des fiefs et la création de structures publiques, la DC perd sous l'influence de Franco Restivo, proche des milieux agraires, sa dimension réformatrice..

Le statut d'autonomie régionale est promulgué par un décret le puis inclus dans la loi constitutionnelle du , donnant à la Sicile une liberté plus grande qu'aux autres régions autonomes..

Les Siciliens votent à 65 % pour la monarchie lors du référendum institutionnel du , alors que la majorité des Italiens préfèrent l'instauration d'une République.. Les principaux responsables politiques palermitains sont envoyés à l'Assemblée constituante de la République italienne : les démocrates-chrétiens Aldisio, Mattarella et Medi, l'ancien président du conseil Vittorio Emanuele Orlando pour l'UDN, les indépendantistes Andrea Finocchiaro Aprile et Varvaro, les communistes Li Causi et Montalbano, les socialistes Gullo et Musotto, le républicain Natoli. Essentiellement sans responsabilités avant 1943 (à l'exception d'Orlando, Finocchiaro Aprile et Musotto), les députés représentent un renouveau du personnel politique local d'où les aristocrates sont absents.

1947-1994 : L'autonomie sous hégémonie démocrate chrétienne La Sicile est devenue de plus en plus un bastion de la démocratie chrétienne, en opposition au Parti communiste italien. Les Siciliens avaient également un penchant pour la politique conservatrice et nationaliste, représentée principalement par le Parti national monarchiste et le Mouvement social italien.

La première assemblée régionale élue en avril 1947 marque la forte progression des communistes dans les agrotowns, la gauche obtenant un tiers des voix. Le premier président de l'Assemblée régionale sicilienne est Ettore Cipolla issu du mouvement populiste de droite Fronte dell'Uomo Qualunque.

Trois camps politiques se partagent alors l'électorat : les partis réactionnaires, regroupant agrariens, monarchistes, séparatistes, populistes et libéraux, la Démocratie chrétienne rassemblant la classe moyenne et supérieure émergente, et les partis de gauche, PSI et PCI, plus paysans qu'ouvriers.

Dans la continuité du Parti populaire italien de Luigi Sturzo, lequel influencera une large partie des dirigeants de la Sicile d'après-guerre (Alessi, Aldisio, Scelba, Milazzo…), la Démocratie chrétienne s'impose comme le parti principal : de 20 % des suffrages en 1947, elle emporte 31 % des voix en 1951, puis 38% en 1955 et 1959, et 42 % en 1963. Sans majorité absolue, la DC, par anticommunisme, s'allie à la droite plutôt qu'à la gauche sous les présidences de Giuseppe Alessi, Franco Restivo et Giuseppe La LoggiaJean-Yves Frétigné, Histoire de la Sicile : des origines à nos jours, Paris, Fayard/ Pluriel, 2018 , p. 433-435.. Liée aux forces les plus conservatrices, la DC abandonne la perspective de réformes ambitieuses de l'île que l'autonomie pouvait laisser espérer concernant notamment l’agriculture, les administrations publiques locales et les infrastructures de transports. Avec la Vénétie et une partie de la Lombardie, la Sicile présente dans la deuxième moitié du d'une des continuités politiques les plus fortes d'Italie.

Aux élections régionales de 1951 puis aux élections générales de 1953, l'extrême droite représentée par le PNM et le MSI, progresse, ce dernier dépassant 20 % des voix en 1953 à Enna, Caltanissetta et Trapani..

Après avoir soutenu le parti agrarien depuis 1860, puis les séparatistes dans les années 1940, la mafia s'allie à la DC, la première étant traditionnellement anticommuniste, la seconde cherchant des appuis pour construire un parti de masses, d'autant que le système de vote préférentiel encourage le « vote d'échange », monnayant une voix contre des faveurs. Les élus sollicitent aussi parfois les hommes de main pour leur protection, contre une part de l'argent de la Caisse pour le Midi et des marchés publics, voire de protection contre les juges et les policiers.. Quand Pasquale Almerico secrétaire de la section de Camporeale refuse sa carte à un chef mafieux, il est exécuté, et le secrétaire provincial Giovanni Gioia accueille le criminel.

Dans les années 1950, les partis de masse cherchent à élargir leur électorat en substituant son personnel politique à la hiérarchie sociale traditionnelle en laissant moins d'importance à l'Église. Menée nationalement par Fanfani à partir de 1954, et incarnée localement par les (Giovanni Gioia, Antonino Pietro Gullotti, Salvatore Lima…), la DC opte pour une stratégie interclassiste et un renouvellement de son appareil politique, ce que copient ensuite les autres grands partis. Afin de mieux s’imposer parmi les classes moyennes et le monde rural, la DC fait une plus grande place à la petite bourgeoise et les classes moyennes au détriment des notables, à des hommes d'appareil plus jeunes, souvent originaires des périphéries urbaines, redevables entièrement à leur parti et aux appuis du pouvoir central qui maitrise les carrières partisanes et électives. , au détriment des professions libérales. Le nombre des militants du parti augmente, les secrétaires des fédérations provinciales accentuent leurs pouvoirs. Les fanfaniens siciliens recrutent les leaders des autres courants : Mattarella à Trapani, Calogero Volpe à Caltanissetta, Margherita Bontade à Palerme, et la quasi-totalité des parlementaires. Seuls Aldisio, Alessi, Restivo et Scelba tentent de rester indépendants. La présidence de Giuseppe La Loggia, en 1956, marque l'hégémonie du courant fanfanien.

Durant deux décennies, la DC contrôle non seulement les instances politiques locales mais aussi les structures publiques et parapubliques (administrations, services, associations catégorielles, fédérations professionnelles). Les élites aristocratiques ou économiques traditionnelles sont reléguées au second plan, tel les descendants des nobles palermitains représentant localement un courant réformiste face à la figure de Salvatore Lima. En s'ouvrant à des affairistes ou des intrigants, la DC perd son aspiration anti-mafia initiale.

Les votes siciliens sont traditionnellement ancrés à droite, la gauche n'obtenant jamais plus d'un tiers des voix. La DC, et principalement la tendance de Giulio Andreotti, minoritaire au niveau national, domine un demi-siècle de politique sicilienne marquée également par l'attachement aux personnalités autant qu'aux partis. Pour autant, moins réactionnaire que le reste du Mezzogiorno, la Sicile vote en faveur du divorce en 1974 et de l'avortement en 1981, exprimant sa tradition laïque et d'émancipation des femmes. Elle reste également une terre de luttes sociales, notamment paysannes, à l'instar des grèves des ouvriers agricoles journaliers en 1968 contre lesquels la police charge à Avola, tuant deux ouvriers et en blessant quarante-huit autres.