Daniel Francois Roodt (né le à Springs dans la province du Transvaal en Union d'Afrique du Sud) est un intellectuel, un écrivain, un auteur, un polémiste et un homme politique sud-africain, issu de la communauté afrikaner.
Origine et études Origines familiales Daniël François Roodt est né dans la ville minière de Springs, située à l'est de Johannesburg, en Afrique du Sud.
Ses arrière-grands-parents maternels ont combattu durant la seconde guerre des Boers. L'un (Botha) a été blessé lors de la bataille de Rooiwal en tandis que l'autre (Landau), marchand d'armes pour le compte des Boers, dut vivre en exil aux Pays-Bas, après la défaite de ces derniers. Le père de Dan Roodt est né dans l'ancienne maison de Kruger à Pretoria, à une époque où celle-ci abritait une maternité. Durant ses études à l'université du Witwatersrand, il a pour condisciple Joe Slovo, déjà ardent militant communiste Dan Roodt (1957–), Erika Terblanche, ATKV,LitNet-Skrywersalbum, 20 décembre 2017. Sa mère, Hermine Landau, qui a grandi à Johannesburg, est une cousine de Pik Botha.
Études scolaires et universitaires Durant sa pré-adolescence, Dan Roodt est initié par son père à l'existentialisme et aux écrits de Jean Paul Sartre et Albert Camus. En 1970, après une scolarité passée dans les établissements scolaires de Springs, il entre comme pensionnaire au lycée Helpmekaar de Johannesburg afin de pouvoir suivre des cours de latin. Élève brillant et populaire, devenu progressivement un véritable dandy influencé par le style alors en vogue de Gatsby le Magnifique, il est aussi paresseux, en rébellion constante avec l'autorité et le règlement interne du lycée ce qui lui vaudra d'être expulsé du pensionnat. Il s'initie durant cette époque aux œuvres des écrivains sud-africains contestataires comme André Brink, Breyten Breytenbach ou Étienne Leroux ainsi qu'au modernisme et aux essais politiques. Vers 17 ans, lecteur assidu du Rand Daily Mail et par anti-conformisme, ce jeune afrikaner soutient le parti progressiste.
En 1974, il obtient son diplôme du secondaire et entre à l'Université du Witwatersrand pour étudier le droit avant de bifurquer vers la littérature afrikaans et néerlandaise, la philosophie et les sciences politiques. Membre de la Philosophy Society, il contribue régulièrement au journal de l'Union nationale des étudiants sud-africains et en 1976, à peu près en même temps que les émeutes de Soweto, participe aux manifestations des étudiants contre le gouvernement.
En 1977, il assiste au procès de Breyten Breytenbach à Pretoria ce qui lui vaut d'être répertorié par la police de sécurité comme dissident ou potentiel révolutionnaire.
Volontiers provocateur, il perturbe un discours d'Helen Suzman dans la Grande Salle de l'université et ne manque pas un jour, lors d'une conférence sur la littérature afrikaans, de taquiner Nadine Gordimer, non seulement parce qu'elle avait mal prononcé une citation française et qu'elle n'avait pas compris sa question en afrikaans mais surtout parce qu'il la considérait comme arrogante et décrivait toujours les Afrikaners comme des arriérés. Une autre fois, dans une gestuelle dadaïste Dan Roodt — die mens agter die aktivis, Jansie Kotze, Litnet, 30 décembre 2004, il récite, à la Rand Afrikaans University, des poèmes provocateurs, chargés de jurons, avec un cœur de bœuf accroché autour de son cou.
En 1978, pour le compte de la Philosophy Society, Roodt organise des séminaires sur Paul Feyerabend et sur Robert Nozick. Il réalise également une étude du mouvement hippie américain et sur la contre-culture. À l'époque, Roodt flirte avec les idées anarchistes et de libre-pensée. Il s'intéresse particulièrement aux œuvres de Bakounine et Kropotkine mais aussi à Daniel Cohn-Bendit (pour son rôle en ), à l'école française de la nouvelle philosophie (notamment à Bernard-Henri Lévy, André Glucksman et Pascal Bruckner) ainsi qu'au post-structuralisme français et aux écrits de Roland Barthes, Michel Foucault, Jacques Lacan, Jacques Derrida, Gilles Deleuze. La littérature américaine contemporaine ne le laisse pas de marbre, notamment les romans de Saul Bellow, Philip Roth, Ken Kesey, Donald Barthelme, Norman Mailer ou encore Jerzy Kosinski.
À la même époque, Roodt est élu en tant que candidat anarchiste au conseil de représentation des étudiants de l'université (Student Representative Council - SRC) grâce au vote des étudiants en architecture. Il y côtoie alors Tony Leon et Hilary Joffe (future journaliste, éditorialiste et rédactrice en chef pour Business Day).
Dan Roodt obtient son baccalauréat de l'Université du Witwatersrand en 1978. Il s'inscrit alors au baccalauréat spécialisé en littérature comparée en 1979, tout en suivant des cours d'allemand et de français. En 1979, le consulat de France à Johannesburg lui refuse une bourse pour étudier en France au motif qu'il était blanc, de nombreuses ambassades étrangères sélectionnant uniquement des étudiants noirs pour étudier dans leur pays afin de marquer leur opposition à l'apartheid. Durant cette époque, il vit dans une colocation à Yeoville avec notamment des artistes conceptuels qui vont contribuer à faire de Dan Roodt l'une des principales figures du mouvement d'avant-garde de Johannesburg.
En 1983, Roodt obtient sa maîtrise en littérature comparée, avec une thèse sur trois textes de Roland Barthes Textual pleasure and production : three texts by Roland Barthes, M.A. Université du Witwatersrand, 1983. N'ayant pas réussi à convaincre ses professeurs de poursuivre un doctorat, il revient à l'afrikaans pour suivre une deuxième BA spécialisé en afrikaans tout en travaillant à plein temps comme traducteur pour Telkom à Pretoria. Il obtiendra plus tard un doctorat en Afrikaans avec une thèse sur les œuvres de l'écrivain sud-africain John MilesOndermyning in die prosa van John Miles: 'n postmoderne lesing, Ph. D. Université du Witwatersrand, 1994 . Finalement, Dan Roodt se retrouve titulaire de 7 diplômes universitaires.
Carrière Un écrivain censuré En 1980, Dan Roodt se marie avec Karin Bredenkamp et avec son épouse publie un magazine littéraire appelé Taaldoos, interdit pour pornographie dès la parution du deuxième numéros et Roodt condamné à une amende de 100 000 rands ou 50 jours de prison. Il publie également deux romans controversés. Le premier, Sonneskyn en Chevrolet, est un ouvrage, influencé notamment par le post-structuralisme français et la psychanalyse, est iconoclaste tandis que le second, Kommas uit 'n boomzol, au langage grossier, est une satire critique de l’œuvre de D.J. Opperman et une diatribe cynique contre le statu quo politique, la bourgeoisie, le patriotisme et l'injustice. Les deux livres reçoivent des critiques de bonnes à élogieuses mais ils sont finalement censurés par le gouvernement sud-africain, Sonneskyn en Chevrolet parce qu'il contient notamment des descriptions de violences sexuelles et des citations d'auteurs interdits tels que Karl Marx et Lénine et Kommas uit 'n boomzol, parce qu'il est considéré comme un danger pour la société Radical thoughts of a right-wing reactionary, Times Live, 3 avril 2005.
Dan Roodt tente alors de se faire réformer pour éviter la conscription dans les Forces de défense d'Afrique du Sud. Il essaye de se faire passer pour épileptique ou schizophrène mais sans succès. En 1982, Dan Roodt et son épouse effectuent un voyage en France où ils rencontrent Breyten Breytenbach à qui ils apportent des vêtements que l'écrivain avait laissés en Afrique du Sud. En 1984, à la suite de l'attentat de Church street commis par le congrès national africain, les habilitations de sécurité pour le personnel des entreprises d’État sont renforcées. Dan Roodt est recalé à son entretien d'habilitation mais il obtient cependant peu après, grâce à son réseau d'amis, un poste de chargé de cours à l'Université de Durban-Westville où il enseigne la prose afrikaans aux étudiants indiens. Durant ce séjour à Durban, il correspond avec Gilles Deleuze mais se querelle aussi avec une partie du corps enseignant et étudiant, marxistes et anglophiles, qui le voient comme un , plus intéressé pour les .
Expatriation en France En 1985, Dan publie Twee sinne, un livre composé uniquement de deux phrases, et le premier à ne pas être censuré. Peu de temps après, Roodt reçoit sa lettre d'affectation de l'armée et doit rejoindre Oudtshoorn. Il décide de quitter l'Afrique du Sud et, avec son épouse, emménage en France Dan Roodt, présentation sur HuffPost SA en tant qu'expatriés politiques. Durant les 8 années qu'il passe avec son épouse à Paris, d'abord dans un appartement du quartier du Montparnasse puis dans le 3ème arrondissement de Paris et enfin près de la Bastille, il rencontre de nombreux dissidents d'Europe de l'Est avec lesquels il se lie d'amitié et devient à leur contact un ardent anti-communiste. Il travaille à l'école Berlitz et se lance dans un projet de traduction du néerlandais vers l'anglais. Il est inscrit également à l'Université de Paris VIII où il suit un DEA en philosophie sous la conduite de Gilles Deleuze. Durant cette époque en France, il perd ses illusions sur son pays de résidence et est choqué par les informations diffusées sur l'Afrique du Sud et l'apartheid. Pour Roodt, qui déclare avoir été naïf et influencé par les idées libérales inculquées lors de se études, ce qu'il voit en France n'est que de la propagande qu'il attribue à un mouvement anti-apartheid dominé par le Parti communiste français. Il est aussi choqué par les villes de la «ceinture rouge» aux noms de rues rendant hommage à Marx, Lénine ou Rosa Luxemburg. Alors qu'en Afrique du Sud, Roodt était hostile à l'apartheid et au gouvernement sud-africain, il devient tout autant hostile contre ce qu'il considère être des mensongers, des ou des diffusés sur l'apartheid et son pays à l'étranger Interview de Dan Roodt par Stephanie Nieuwoudt dans Die Burger, 15 juin 2004. Not a question of censorship, Chris Warnes, Litnet, 21 février 2005.
En 1987, il participe à une conférence sur la littérature sud-africaine qui a lieu près de Stuttgart en Allemagne au côté notamment de Lewis Nkosi et Hein Willemse. Il y rencontre ainsi de nombreux sud-africains noirs et coloureds et des militants du congrès national africain (ANC). Son intervention consacrée à la littérature afrikaans contemporaine ne se passe pas bien et lui même, en tant qu'afrikaner et non marxiste, se sent méprisé par la majorité de l'assistance anglophone.
A Paris où il poursuit ses études de philosophie, il se lie avec des Russes en exil et commence à s'intéresser à au fonctionnement des marchés monétaires, aux statistiques et à leurs dérivés complexes. Il commence à gérer un petit fonds spéculatif en négociant des conditions et des transactions d'arbitrage entre les bourses européennes et la bourse de Johannesburg. Lorsqu'il apprend la libération de Nelson Mandela, il comprend que l'Afrique du Sud est à un carrefour de son histoire et décide de mettre fin à son exil en France.
Retour en Afrique du Sud De retour définitivement en Afrique du Sud en , Roodt travaille d'abord pour la Standard Bank à Johannesburg puis pour Nedbank d'où il est licencié au bout d'un an et contre lequel il gagnera en justice. Il est ensuite employé par Citibank jusqu'à la démission de Roodt en 1999 qui se met à son compte en tant qu'expert en marché financier.
Durant cette période, en 1994, le pays se dote de nouvelles institutions et de son premier gouvernement multiracial comprenant des noirs, dirigé par Nelson Mandela.
Sur un autre plan, Dan Roodt s'implique dans la vie culturelle pour défendre la cause de l'Afrikaans. En , il donne une conférence à l'Institut français de Johannesburg où il dénonce une qu'elle soit politique, industrielle ou culturelle. Son cheval de bataille est la dénonciation de l'anglicisation du pays aux dépens de l'afrikaans et de toutes les autres langues endogènes d'Afrique du Sud.
L'activiste afrikaner