Les études sur la réincarnation désignent une série de recherches impliquant les domaines de la psychiatrie (notamment la psychiatrie infantile) et l’ethnographie, réalisées selon les principes de la méthode scientifique et non sur une base impliquant la religion ou la croyance. Le processus repose sur des recherches de terrain dans diverses cultures (voir Théorie ancrée) et la collecte des cas individuels d'enfants ou d'adultes proclamant avoir vécu des vies antérieures, ainsi que des investigations afin de vérifier la véracité de ces informations.

Origines

Précurseurs Le précurseur des études sur la réincarnation est généralement considéré comme étant le psychiatre canadien Ian Stevenson, cependant, des relevés anthropologiques existent depuis plus longtemps, tels que le compte-rendu de Paul Radin en 1909 sur les vies réincarnées postulées par un guérisseur Winnebago, Thunder Cloud, et republié au côté d'autres études ethnographiques sur le sujet dans Amerindian Rebirth: Reincarnation Belief among North American Indians and Inuit en 1994.

Historique En 1960, Ian Stevenson, alors président du département de psychiatrie de l'université de Virginie, a écrit un compte-rendu sur quarante-quatre cas publiés antérieurement au sujet de personnes qui proclamaient des souvenirs de vies antérieures. Il a ensuite commencé à entendre parler de nouveaux cas et, l'année suivante, il a fait un voyage en Inde après avoir pris connaissance de cinq cas. Il y est resté quatre semaines et en a trouvé vingt-cinq. Il a obtenu des résultats similaires à Ceylan (Sri Lanka) et s'est rendu compte que le phénomène était beaucoup plus fréquent que ce que l'on avait connu jusqu'alors. Il a alors adopté une approche analytique des cas.

Dans les années 1980 et 1990, d'autres enquêteurs ont publié des rapports sur d'autres cas de ce type. En 1995, environ 90 rapports détaillés de ces cas avaient été publiés. Les cas publiés dans les rapports détaillés ont été sélectionnés parmi un nombre beaucoup plus important de cas, estimé à environ 2500 au total, qui ont fait l'objet d'une enquête. Un grand nombre de ces affaires ont fait l'objet d'enquêtes approfondies, mais d'autres n'en ont pas fait l'objet.

Dans le prolongement de la longue carrière de recherche de Stevenson, Erlendur Haraldsson, Jurgen Keil et Antonia Mills ont mené des études de réplication pour évaluer si des chercheurs indépendants atteindraient des résultats similaires (Haraldsson 1991 ; Keil 1991 ; Mills 1989 ; Mills, Haraldsson et Keil 1994). Ces études de réplication ont permis d'ajouter aux rares et précieux cas où il existe une trace écrite des déclarations de l'enfant faites avant que la personnalité précédente ait été identifiée et que des contacts aient été pris avec sa famille (Stevenson et Samararatne 1988)Survival of Bodily Death ; An Esalen Invitational Conference (11-16 /02 /2000).

Méthodologie

Principes De jeunes enfants disent parfois qu'ils ont vécu dans des circonstances et des familles différentes avant leur vie actuelle et fournissent des récits et des quantités de détails variables sur cette vie (la « personnalité précédente »). Ils sont appelés dans le protocole de recherche, des cas de type réincarnation (CTR). De tels cas ont été signalés dans différents pays, y compris les pays occidentaux, bien que davantage de cas aient été signalés dans les pays asiatiques. Un certain nombre de rapports, mettant en évidence les différentes caractéristiques des cas, ont été publiés dans des ouvrages spécialisés et des revues scientifiques.

Approche heuristique du « paranormal » Les souvenirs attribués à des vies antérieures se produisent et sont étudiés dans diverses conditions, y compris l'état de veille normal et les états de conscience altérés. Ces dernières conditions peuvent accroître la difficulté de distinguer les expériences anormales des expériences dites paranormales. Une revendication justifiée de pouvoirs paranormaux peut être rejetée car elle ne représente qu'une partie des hallucinations d'une personne.  

Il faut de l'expérience pour distinguer entre les états dits parapsychologiques et les états pathologiques.

Une revue d'études suppose que, même s'il y a souvent supposition d'une « connexion paranormale », c'est-à-dire hors des moyens habituels de connexion sensorielle, entre les CTR et les personnes décédées, les propos concernant le domaine du paranormal ne semblent pas augmenter avec le temps chez les sujets.

Divers facteurs sont à éliminer au cours des enquêtes de vérification de témoignages :

La fraude qui suppose que le CTR ou un membre de sa famille a délibérément modifié les preuves ou inventé de faux souvenirs pour un profit personnel Les fantaisies qui supposent que le CTR invente des souvenirs agréables ou fabuleux afin d'échapper à une vie pénible L'inaptitude des participants à l'enquête à distinguer entre des témoignages de première main (en) et de seconde ou troisième main La réaction de témoins d'un cas de meurtre, qui peut entraîner des réticences à l'obtention de témoignages au sujet de la « personnalité précédente » de CTR La cryptomnésie, qui indiquerait que le CTR aurait obtenu une information typique d'une « personnalité précédente », alors que ce serait une information obtenue par usage normal de la mémoire La paramnésie, particulièrement le phénomène de déjà-vu, qui indiquerait qu'un témoin attribuerait par erreur des souvenirs à un CTR L'hypothèse dite socio-psychologique suppose que, dans une culture qui croit en la réincarnation, un enfant qui semble parler d'une vie antérieure serait encouragé à en dire plus. Ce qu'il dit amènerait alors ses parents à trouver une autre famille dont les membres en viennent à croire que l'enfant a parlé d'un membre décédé de leur famille. Les deux familles échangeraient des informations sur les détails, et elles finiraient par attribuer au sujet le mérite d'avoir eu beaucoup plus de connaissances sur la personne décédée identifiée qu'il n'en avait réellement. L'hypothèse de perception extrasensorielle qui suppose qu'une personne aurait obtenu, par des moyens extra-ordinaires, des informations correcte au sujet d'une « personnalité précédente » décédée, seulement détenues par les proches de cette dernière L'hypothèse de la mémoire génétique qui suppose qu'une personne aurait obtenu par hérédité des souvenirs d'une personne décédée L'occurrence d'un cas de possession, qui postulerait qu'un « esprit » ou une « personnalité » occupe le corps d'une personne, parfois se substituant à la personnalité originale de la personne, de façon partielle ou complète ; dans certains cas de possession étudiés en Inde, l'hypothèse de cryptomnésie avec seconde personnalité, ou celle de seconde personnalité dotée de pouvoirs paranormaux, ont été invoquées afin d'expliquer les changements comportementaux et identitaires d'une personne.

L'hypothèse de réincarnation ne doit être postulée qu'alors qu'aucune autre explication n'est disponible pour l'ensemble des faits constatés.

Cas particulier des phénomènes de « possession » Les états de possession sont répandus en Inde et ont été étudiés par plusieurs chercheurs. La plupart des psychiatres, psychologues et anthropologues ont souligné les similitudes entre ceux-ci et certaines entités diagnostiques reconnues en Occident, comme la personnalité multiple et l'hystérie. En conséquence, ils ont tendance à utiliser des expressions telles que « syndrome de possession » et « possession hystérique ». Ils offrent également, à des degrés divers, des explications motivationnelles de la condition qui la dépeignent comme bénéfique pour la personne affectée en améliorant son statut et peut-être en résolvant des conflits internes et externes.

La question se pose de savoir si certaines personnes ostensiblement possédées montrent des connaissances sur la vie d'une personne décédée qu'elles n'auraient pas pu obtenir normalement. Les cas de ce type sont rares, et pourtant suffisamment connus en Inde pour que le mot hindi parakaya pravesh (entrer dans un autre corps) existe pour les désigner.

Intervenants et procédés Les méthodes utilisées pour l'enquête sur les affaires comprennent essentiellement des entretiens avec de multiples informateurs de première main des deux côtés de l'affaire, c'est-à-dire la famille du sujet ainsi que les membres et amis survivants de la personnalité précédente. Les entretiens sont généralement menés d'abord avec les familles des sujets et ensuite avec les membres de la famille de la personnalité précédente ; parfois, pour des raisons géographiques, les familles des personnalités précédentes sont interrogées en premier. En plus des entretiens avec les informateurs concernés dans les familles proches, des informateurs neutres des deux parties qui auraient été, par exemple, des témoins directs des déclarations ou des comportements inhabituels des sujets, ou des témoins du mode de décès de la personnalité précédente sont également interrogés. Un effort est toujours fait pour interroger l'enfant s'il coopère ou fait des observations sur son comportement qui pourraient aider à évaluer le cas. Les informations sont complétées par divers documents écrits tels que les horoscopes, les registres des municipalités, des hôpitaux et des commissariats de police pour vérifier les dates de naissance des sujets et les dates de décès et les circonstances liées à la mort des personnalités précédentes, etc.

Lorsqu'une affaire fait l'objet d'une enquête, l'histoire est obtenue auprès d'un nombre aussi important que possible de personnes. Cela inclut les sujets, si les enfants sont désireux et capables de parler aux enquêteurs des souvenirs qu'ils ont rapportés, ainsi que leurs parents et d'autres personnes qui ont entendu les enfants décrire des souvenirs de leur vie passée. L'autre partie de l'affaire est ensuite examinée ; la famille de la personnalité précédente est interrogée pour déterminer dans quelle mesure les propos de l'enfant sont exacts par rapport à la vie de la personnalité précédente. Des tentatives sont faites pour obtenir des autopsies ou des dossiers médicaux de la personnalité précédente s'ils sont pertinents. Si les deux familles ne se sont pas encore rencontrées, des tests peuvent également être effectués pour voir si le sujet est capable de reconnaître les personnes de la vie antérieure.

Comme les enfants restent le plus souvent sous la garde de leur mère lorsqu'ils commencent à parler de leurs vies antérieures, ses attitudes initiales et ultérieures quant aux affirmations de l'enfant sont prises en compte ; l'attitude des pères est également enregistrée lorsqu'elle est disponible. En outre, le degré d'attention que reçoit un cas en dehors des deux familles concernées est également déterminé.

Outre le témoignage de la famille immédiate du sujet, on recherche également celui d'autres informateurs plus neutres, tels que les enseignants, les chefs d'établissement, les voisins et les agents urbains, qui sont disponibles pour des entretiens.

L'observation du comportement non verbal des témoins et des sujets pendant les entretiens est utile pour établir leur fiabilité ; et elle peut également révéler les émotions des sujets qui se rapportent aux souvenirs qu'il raconte. Il est aussi de mise d'interroger les informateurs, en fonction du temps disponible et du niveau de coopération et de tolérance des informateurs à l'égard de ces interrogatoires. Pour évaluer plus avant la fiabilité des informateurs, on essaye de déterminer l'exactitude de leurs observations et de leurs souvenirs concernant les événements qu'ils décrivent et d'évaluer leurs motifs d'exagération ou de suppression d'informations.

Comme il n'existe pas de guide infaillible de la vérité dans les entretiens, le plus fiable reste la comparaison de ce qu'une personne dit sur un événement avec ce que d'autres en disent.

Discussions et hypothèses