La mission Joffre en Extrême-Orient (-) est une mission diplomatique qui a pour but de renforcer l'influence française dans les pays émergents asiatiques (Indochine, Cambodge, Siam, Japon, Corée et république de Chine) et de les remercier pour leur participation à la Grande Guerre.

vignette|Le prince Héritier Hiro Hito. Le gouvernement fait appel au maréchal Joffre, héros de la bataille de la Marne, comme ambassadeur de prestige pour cette mission.

Visite du prince héritier Hirohito en France

Le prince héritier Hirohito effectue un tour d’Europe: Son voyage dure et l’emmène en Italie, en Angleterre, aux Pays-Bas, en Belgique et en France.

En France, il fait étape à Verdun le au moment des cérémonies de la bataille de Verdun. Il visite à cette occasion les champs de bataille de Verdun, l’Hôtel de Ville et le tout nouveau musée de guerre en compagnie du maréchal Pétain. Le Prince Impérial fit à cette occasion un don à la Ville pour une école.

Le but de la mission Joffre en Extrême-Orient

Le principe d’une mission française officielle en Extrême-Orient : il faut rendre au Japon la visite que le prince héritier Hirohito venait de faire à la France et de resserrer nos liens d’amitié avec tous les pays d’Asie qui avaient participé à la victoire.

Le président du Conseil et ministre des Affaires étrangères, Aristide Briand, écrit dans une lettre du ;« J’ai été amené à penser que l’Extrême-Orient n’ayant encore reçu aucun des grands chefs de nos armées, il y aurait avantage pour le prestige français et pour notre action dans le monde à ce que le Maréchal Joffre pût s’y rendre en mission »On demande, au vainqueur de la Marne, d’accepter cette mission en raison de son prestige. Joffre accepte très vite de reprendre son bâton de pèlerin pour mettre une nouvelle fois le prestige de sa gloire au service de la France.

Le Maréchal s’embarque, avec sa famille et quelques officiers, à Marseille le à bord du Porthos (un paquebot des Messageries maritimes) pour l’Indochine, le royaume de Siam, l'empire du Japon, la Corée et la république de Chine.

La traversée vignette|Le prince régent Haïlé Sélassié. Le voyage dure et ponctué de nombreuses escales où il recevra de très nombreux hommages.

Lors de ses escale à Port-Saïd, Ismaïlia et Djibouti (chef-lieu de la Côte française des Somalis), le Maréchal reçoit l’accueil enthousiaste des colons et des indigènes. Le prince héritier d’Éthiopie, le futur empereur Haïlé Sélassié Ier, lui envoie au passage le salut de tout son empire.

Puis les trois escales supplémentaire à Colombo, Penang, Singapour : Les trois gouverneurs anglais tiennent à recevoir le Maréchal et à lui rendre les plus grands honneurs. Ils ont groupé autour de leur table tous les Français qui résident sur leur territoire, et ceux-ci, anciens combattants pour la plupart, rayonnent de pouvoir contempler de près l’un des héros de leur patrie.

En rade de Singapour, le Maréchal est monté à bord du Montcalm, le croiseur cuirassé de la division navale d’Extrême-Orient. Le gouvernement l’a mis à sa disposition pour le transporter avec un caractère plus officiel en Indochine, au Siam et au Japon.

Indochine française : Cochinchine : Saigon vignette|Le gouverneur général de l'Indochine Maurice Long. Le , le gouverneur d'Indochine Maurice Long accueille chaleureusement le maréchal Joffre. Une foule considérable acclame le Maréchal qui se rend au palais du Gouvernement à travers les rues toutes pavoisées : les Marseillaise retentissent à tous les carrefours ; les cloches sonnent, les rues sont noires de monde.

Le lendemain, dans la grande salle des fêtes du Palais, le Maréchal reçoit les corps et services du Gouvernement général : Maurice Long prononce un éloquent discours auquel le Maréchal répond par les paroles suivantes :

À ce moment, le Gouverneur général lui tend les bras et les deux hommes s’embrassent aux applaudissements de la foule. Plusieurs visites officielles et des réceptions ont lieu : au Gouvernement de la Cochinchine, les notables indigènes sont venus des vingt provinces. vignette|Le maréchal Joffre et le gouverneur Maurice Long : le 9 décembre 1921

Leur délégué, M. Le-van-trung, membre du Conseil de gouvernement de l’Indochine, prend la parole et salue le Maréchal en ces termes : Pendant trois jours, la ville de Saigon fête son illustre visiteur à travers des réceptions, défilés, banquets, etc.

Indochine française : royaume du Cambodge : Phnom Penh et Siep Riep vignette|Grand-croix de l’ordre royal du Cambodge du maréchal Joffre, conservée au musée de l'Armée de Paris. Le , à Phnom Penh, le vieux roi Sisowath, fidèle ami de la France, accueille le maréchal Joffre et lui rend hommage à travers de somptueuses cérémonies. Le Roi exprime sa reconnaissance au Gouvernement français et remet au Maréchal la grand-croix de l’ordre royal du Cambodge.

À Angkor, le , à l'occasion de la visite de Joffre, Sisowath donne un spectacle grandiose figurant la reconstitution des cortèges des rois khmers : plus de 90 éléphants et participent au cortège.

Sur la terrasse du Bengalow, en face du temple Autour du Maréchal, on retrouve Lord Northcliffe, le Gouverneur général, Maurice Long, Monsieur Finot, directeur de l’École française d’Extrême-Orient, Monsieur Batteur, conservateur d’Angkor, Monsieur Baudoin, résident supérieur en Cochinchine, et André Tudesq envoyé en mission par le Journal en Extrême-Orient.

Une fois la cérémonie terminée, le Roi et ses ministres se font conduire auprès du temple d’où le Maréchal et leur rendent un vibrant hommage.

Royaume de Siam vignette|Le roi Rama VI, qui accueillit le maréchal Joffre. Le , le Maréchal est attendu à l’embarcadère royal par S.A.R. le prince de Nakhon Sawan, chef d’État-major général de l’armée, cousin du Roi : une compagnie de la garde royale rendait les honneurs. Toute la mission est logée au Palais royal de Saranrom.

Le roi Rama VI accueille le maréchal Joffre et sa délégation pour une fastueuse soirée gala en de resserrer les liens entre le royaume de Siam et la France.

À la fin du dîner, le Roi prend la parole :Pendant plusieurs jours, le maréchal Joffre se rend à plusieurs cérémonies dîners et banquets organisés à son honneur. Il visite également le camp d’aviation de Don Muong où tous les avions sont d'origine française.

La fin du séjour au Siam est une réussite. Le voyage marque une date mémorable dans les relations franco-siamoises, pour le plus grand profit de l’Indochine française.

Retour en Indochine française : Hué, Hanoi et Hai Phong Annam : Hué vignette|L'empereur Khải Định. La ville de Hué, le , a joyeusement fêté le Maréchal et l’Empereur Khải Định multiplie à son égard les marques d’honneur et de respect, en le recevant dans son palais rouge et or, et en venant lui rendre visite chez le Résident supérieur, M. Pierre Pasquier.

L’Empereur a exprimé sa joie de la nomination du Maréchal est choisi comme ambassadeur de la France auprès de lui, et lui rappelle que le capitaine Joffre avait combattu autrefois les ennemis de son père, l’empereur Dong Khanh.

En gage d’admiration, l’Empereur remet au Maréchal un précieux cadeau : un bâton de commandement en argent, en or et en jade, choisi spécialement dans le trésor impérial : seul objet qu’il a jugé digne de l’Illustre Soldat..

Tonkin : Hanoi Avant d'arriver à Hanoi, le , une halte est prévue à sur la route de Vinh à Hanoï. C’est un groupe de trois villages célèbres par le siège de auquel a pris part le capitaine du génie Joffre.

Plus de 200 Annamites décorés de la croix de guerre, des missionnaires, des montagnards (des Muongs) et deux ou trois vieux indigènes décorés de la médaille militaire : ce sont les seuls survivants de la bataille de Ba-Dinh ; l’un d’eux est un ancien sapeur du Maréchal cité à l’ordre de l’armée sur le même ordre du jour que son capitaine.

Le Maréchal arrive, le , à Hanoï par la gare monumentale. Une foule énorme l’attend pour l’acclamer sur tout son passage jusqu’au Gouvernement général ; Hanoï n’a pas voulu être distancé dans l’enthousiasme par sa rivale Saïgon.

De nombreuses cortèges, illuminations, réceptions des corps et services, des délégations indigènes, des anciens combattants, revue des troupes, dîners officiels, bals attendent le maréchal Joffre .

Le Maréchal rend visite à son ami le père Lecornu : curé de la cathédrale d’Hanoï, ancien capitaine du génie sous les ordres de Joffre. Le père Lecornu, à l'agonie, décédera quelques jours après, le .

Sa Majesté Sisavong, roi de Laos, fait un voyage de deux mois pour venir saluer le vainqueur de la Marne à Hanoi.

Tonkin : Haïphong

La ville portuaire d'Haiphong organise une grande fête pour fêter le grand Soldat qui est venu remercier l’Indochine de son loyalisme pendant la guerre.

Le Maréchal fait ses adieux au peuple indochinois, et s’embarque sur le Montcalm, qui le rejoint en baie d’Along : il fait route vers le Japon.

Empire du Japon Le croiseur cuirassé Montcalm, entre le matin du dans la baie de Yokohama. Une haie d’enfants français chantent la Marseillaise en l'honneur du Maréchal tout en agitant le drapeau japonais.

À la descente de la mission, à la gare centrale de Tokyo, plusieurs cortèges et défilés sont organisés en l'honneur du Maréchal et les petits Japonais crient « Banzai ! Banzai ! » (« Longue vie. »). vignette|Le maréchal Joffre à Tokyo. Le , Son Altesse Impériale le Prince Régent Hirohito et Sa Majesté l’Impératrice reçoivent le maréchal en audience particulière, en compagnie de l’ambassadeur de France à Tokyo, M. Paul Claudel.

Le Maréchal s’avance seul, s’incline devant le jeune Prince , et dit : À son tour, le Prince répond: vignette|Joffre à Tokyo. Plusieurs banquets et repas officiels ont lieu, des toasts ont été échangés, tous empreints des sentiments les plus sympathiques et les plus chaleureux pour la France.

Lors d'un banquet militaire, à l'ambassade de France, le maréchal Joffre s’entretient avec le maréchal Uehara, chef d’état-major général de l’armée japonaise : sortis tous les deux de l’arme du Génie, ils se rappellent des souvenirs communs : le maréchal Uehara a été élève de notre École d’application où le maréchal Joffre a été professeur : il fut ensuite pendant trois ans lieutenant au régiment du Génie : « Nos carrières sont semblables, dit Uehara, sauf que je n’ai pas gagné la Marne. » Ce sont deux grands amis.

Pendant son séjour à Tokyo, le Maréchal visite la chambre des pairs, l'université impériale, les temples, le théâtre impérial. Et le Maréchal visite plusieurs villes japonaise (Kyoto, Osaka, Kobé, Miyajima) où il sera triomphalement reçu.

Le Maréchal embarque, le à Shimonoseki, à destination de la Corée.

La Corée Il faut treize heures pour traverser le détroit qui sépare le Japon de la Corée. De Fusang à Séoul, dix heures de chemin de fer.

Le à Séoul, le Maréchal est reçu par quelques militaires japonais et le prince Li qui lui font honneur de leur ville et du port : la Corée étant sous occupation japonaise.

Le Maréchal est retourné à Tchémulpo qu'il a connu, trente-cinq ans plus tôt, et a tenté de retrouver ses souvenirs : mais il n’a rien reconnu : c’est maintenant un grand port moderne.

Le , le Maréchal prend le train pour aller en Chine.

La république de Chine

Mandchourie Le train stoppe dans l’immense gare déserte de Moukden, le , le maréchal descend de son wagon, accompagné par le consul de France à Harbin, M. Lépicié, vient à sa rencontre. Les colonies étrangères alliées, les anciens combattants alliés sont réunis aux quelques Français de Moukden pour saluer l’envoyé de la France.

Le maréchal Joffre est reçu par le maréchal Tchang-Tso-Ling, un seigneur de guerre, qui l'invite à un entretien suivi d'un déjeuner. le Maréchal prend congé de son hôte pour se rendre à la mission catholique française et visiter Blois et ses Pères.

Pékin