L'art khmer est issu d'un vaste territoire s'étendant sur une grande partie de la péninsule indochinoise. Au , lors de la plus grande expansion de l'empire khmer, il était pratiqué dans le Cambodge, le Vietnam du Sud, le Laos, la Thaïlande et le sud de la Birmanie (Myanmar). Le centre de cet empire étant Angkor, l'art de la période, du est nommé « art angkorien ». Auparavant, l'art pré-angkorien est apparu au sud du Vietnam et au sud du Cambodge au début de notre ère mais on n'en conserve actuellement que des témoins à partir du . La culture khmère s'est poursuivie après la chute d'Angkor au et les formes anciennes fusionnent alors avec d'autres traditions venues du Siam (royaume d'Ayutthaya) qui occupe le Cambodge. Cet art post-angkorien est encore bien vivant jusqu'au .
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Généralités L'art khmer, du moins ce qui en subsiste, est toujours un art religieux, à quelques exceptions près. Cependant, il ne se limite pas à celui qui a fleuri au cours de l'empire d'Angkor (), qui est son époque classique. L'art de la période qui précède, dite « pré-angkorienne » (), témoigne de la fusion entre les cultes locaux et ceux originaires du monde indien (sous-continent indien et Asie du Sud-Est). La plupart des monuments et de leurs sculptures conservées relèvent donc de religions pratiquées dans ces régions : l'hindouisme (dont le shivaïsme) et les divers courants du bouddhisme (Theravada et Mahayana). Par ailleurs, grâce à leur commerce avec la Chine les Khmers se sont approprié l'art de la céramique en grès. Et, enfin, une recherche savante portant sur la musique khmère s'est récemment centrée sur les instruments anciens.
Les religions d'origine indiennes, essentiellement figuratives, ont été adoptées par l'élite khmère, dont le pouvoir se trouvait ainsi renforcé. Mais elles ont été assimilées en partant des croyances locales, celles relatives aux montagnes et aux arbresJacques Gaucher dans à partir de 01: 05: 25:, entre autres.
L'architecture des temples, leur décor de bas-reliefs et les statues constituent l'essentiel de l'art khmer avec les bronzes, bien plus rares. Cependant les stèles et les linga, comme tous les objets du culte qui sont les témoins de la pensée et des pratiques du peuple khmer conduisent à replacer les formes issues des pratiques artistiques dans leur contexte culturel initial, que la recherche tend à reconstituer patiemment.
Le site d'Angkor au sein de la forêt cambodgienne a focalisé à juste titre l'attention, dès la découverte de la culture khmère ancienne par des explorateurs, photographes et scientifiques courageux. De nombreux temples, dont Angkor Vat, le Bayon d'Angkor Thom, et bien d'autres témoignent de la majesté de l'empire khmer aux . Mais les monuments khmers sont innombrables au Cambodge. La forêt y a eu un effet double, elle a certes participé à l'effondrement de cette architecture, à la stabilité fragile, mais elle a aussi protégé les matériaux contre les violents écarts de température et d'humidité qui alternent au Cambodge. Sa présence protectrice est prise en compte dans la conservation des monuments reconstruits et restaurés par les efforts des cambodgiens et d'organismes essentiels tels que l'École française d'Extrême-Orient depuis le début du .
Les années 2000 sont marquées par les recherches effectuées sur le site totalement pillé et abandonné de Koh Ker. Elles ont permis, à partir de milliers de fragments, de reconstituer en images tridimensionnelles non seulement la plus monumentale statue de l'art khmer, mais aussi de l'intégrer à plusieurs ensembles de statues conservées ou non. Certaines sont des statues dispersées à travers le monde dans des collections publiques et privées, d'autres n'existent que par des dessins ou des photographies anciennes. La reconstitution de ces ensembles s'est avérée possible. Le principe de l'intégration d'une statue à un ou plusieurs ensembles liés à leur emplacement d'origine permet de comprendre le sens de chaque pièce au sein de la mise en scène d'origine et de saisir leur « puissance d'effet » à partir de 13: 47:. La scénographie des représentations divines dans l'art khmer apparait en lien avec l'instauration du culte du nataraja, lorsque le pouvoir royal resserre étroitement ses liens avec le religieuxÉric Bourdonneau dans à 00: 49: 28:. L'appréhension de ces ensembles intègre donc aussi tout le dispositif architectural et même paysager, comme la gestion ancienne de l'eau, sacrée, reconstituée à l'aide du lidar. L'épreuve de Koh Ker apparait ainsi comme un moment essentiel dans la nouvelle recherche en histoire de l'art.
Découvertes au
Jusqu'au milieu du la France ignorait quasiment tout du Cambodge. Durant l'hiver 1859-60, le naturaliste et explorateur Henri Mouhot (1826-1861) quitte le Royaume-Uni, où il vivait, et découvre les ruines d'Angkor Vat, envahies par la forêt. Mais il passe à côté du Bayon, le temple aux visages, sans le voir tant la forêt est épaisse et le temple oublié. La description enthousiaste qu'il fait publier en 1863 va entrainer d'autres explorateurs et voyageurs dans son sillage. En 1866, le photographe-explorateur écossais John Thomson, inspiré par la relation de Mouhot, est probablement le premier à prendre des photographies d'AngkorJohn Thomson, The Antiquities of Cambodia, publié en 1867.. Ses vues pourraient d'ailleurs illustrer les impressions fortes de Henri Mouhot, où l'architecture émerge à peine de la végétation luxuriante et envahissante, et par la beauté des bas-reliefs, avec de puissants effets d'ombres profondes et de lumières aveuglantes. Thomson est suivi, trois mois après, par le photographe français Émile Gsell dont le regard prend beaucoup plus de distance, rend compte du gigantisme d'Angkor. Le premier album d'Émile Gsell, rentré à Paris, est aussitôt offert à l'impératrice Eugénie, dès 1867. Le Cambodge est alors Protectorat français depuis 1863.
Dans le cadre des prétentions coloniales de la France avec sa Mission d'exploration du Mékong (1866-1868) le jeune Louis Delaporte, simple enseigne de vaisseau de 1re classe., est recruté pour ses talents de dessinateur, aquarelliste. Dès qu'il découvre l'art des Khmers, il le voit comme étant celui des « Athéniens de l’Extrême-Orient ». Il est ébloui par l'ensemble du monument. Les relevés qu'il effectue ensuite lui donnent l'occasion de voir le plan des édifices qu'il dessine. Ce qu'il qualifie de « classique » ce sont des lignes orthogonales, jusque dans le détail, qui contrastent cependant très nettement avec une décoration exubérante, quand il dessine les quatre faces de ces mêmes édificesOlivier de Bernon dans . Angkor Vat est, alors, l'un des rares monuments d'Angkor à être encore en activité. Il est accessible et offre quelques vues dégagées. Mais la forêt s'étend partout, autour. La relation de ses voyages de 1866, 1867 et 1868 est communiquée en France par son coéquipier, l'officier de marine et explorateur Francis Garnier, dans la revue de géographie hebdomadaire Le Tour du monde en 1870-1871 et 1873.. Le succès des articles et des gravures est immédiat. De retour au Cambodge en 1873, Delaporte affine ses relevés et fait réaliser des moulages de bas-reliefs et des estampages de stèles inscrites. Il rapportera aussi une collection de sculptures qu'il expose, d'abord à son Musée khmer de Compiègne (1874-1878) puis à Paris, au sein de l'Exposition universelle de 1878 et au musée indochinois du palais du Trocadéro, en tant que Musée khmer - l'ensemble de ces collections assurent aujourd'hui une base essentielle au département d'art khmer du musée Guimet. Après lui, l'officier et administrateur colonial Étienne Aymonnier réalise de 1882 à 1885 les premiers inventaires, effectue des traductions des estampages. Puis, fin 1901, l'architecte Henri Dufour (1870-1939) et le photographe Charles Carpeaux (1870-1904)Charles Carpeaux : EFEO. commencent à dégager les monuments de la végétation, effectuent un premier déblaiement, et photographient la totalité des bas-reliefs. Tous deux meurent à l'ouvrage. De savants indianistes vont alors quitter leurs bureaux pour se confronter à la dure expérience du travail sur le terrain. L'École française d'Extrême-Orient, EFEO, est créée en 1898.. Le premier, Jean Commaille, s'attelle à dégager les temples d'Angkor de leur végétationJean Commaille, notice biographique EFEO.. Malgré un travail à haut risque, les spécialistes de l'EFEO vont relever les défis que posent l'art khmer, et chaque fois de nouvelles générations surveilleront l'entretien, reprendront la restauration de cet art et son étude jusqu'à aujourd'huiJean-François Jarrige dans . thumb|center|300px|
Contexte historique, culturel, artistique
Époque pré-angkorienne thumb|Buddha ascète. Founan . Bois. Honolulu Museum of Art
Funan Au début de notre ère, le territoire qui a été celui du royaume khmer était occupé par de petits États indépendants. En 220 les sources chinoises (Chroniques des Trois Royaumes) ont nommé Fou-nan (Funan) l'État qui faisait du commerce avec eux, et apparemment le plus puissantGeoff Xade, Beyond the southern borders : Southeast Asia in Chinese texts to the ninth century, dans . Ces sources chinoises n'apparaissent qu'au , puis dans une compilation de 648, le Livre des Jin. Mais cela permet néanmoins de reconstruire quelque peu l'histoire depuis le début de notre ère, jusqu'au , avec l'aide de l'archéologie.
left|thumb|Stèle. Objets de culte, évoquant la Triade brahmanique: Shiva, Vishnou, Brahma, sur un autel sous un baldaquin. Seconde moitié du . Musée Guimet
Cette petite entité politique, le Funan, serait centrée sur le cours inférieur du Mékong. Mais le site archéologique le plus important, en 2020, est celui d'Óc Eo dans la région du delta du Mékong (Vietnam), à 20 km de la Mer de Chine méridionale et à l'ouest du Mékong actuel. Son "urbanisme" géométrique, référence au modèle indien, apparaît dès lors comme l'une des grandes spécificités du Cambodge ancien.. Au , sur les premières inscriptions, les dirigeants se font désigner en termes et en caractères sanscrits, ce qui suggère qu'ils s'identifient à des dieux brahmaniques et font célébrer des rituels brahmaniques au bénéfice de leur propre bien-être et de leur pouvoir.
thumb|150px|Sūrya. Découvert à Óc Eo, royaume du Chenla. Grès, début du . Arrière plan : Deux Buddha (?) en bois (période du Founan (?)), découverts dans le Mékong. Musée national d'Histoire du Vietnam
La présence du bouddhisme est moins visible car laisse moins de traces à cette époque - sauf dans le territoire des Pyu au Myanmar (Birmanie). L'apparition de temples et de statues aurait pu se faire dans des matériaux périssables, comme ces sculptures taillées dans le bois, dont le « Bouddha ascète » (Honolulu Museum of Art), non daté et d'autres sculptures rendues méconnaissables mais qui ont les dimensions d'un bouddha et ont été trouvées dans le delta du Mékong et . Images: . Archaeology of Funan, Wintermeier Collection..
Chenla