Joseph Odelin, né le à Paris et mort le à Nice, est un négociant, homme politique et journaliste français.

Biographie

Famille et activités professionnelles

vignette|gauche|Devanture de la quincaillerie Odelin, devant les vestiges du grenier à sel de Paris (Chauvet, 1883).

Né le au du quai de la Mégisserie, Joseph-Marie-Ignace Odelin est le fils de Marie-Adelphine Crignon (1823-1893) et d'Alexandre-Casimir Odelin (1805-1878), négociant en fers, grosse quincaillerie et poêles en fonteArchives de Paris, état civil reconstitué, actes de naissance du 20 octobre 1852 (vue 48 sur 51).. Alexandre Odelin s'est associé en 1843 à Joseph Vinet pour reprendre la quincaillerie Braillon-Poitevin, à l'enseigne « Au soleil d'or ». Vers 1860, la maison Vinet, Odelin et est déplacée au (devenu plus tard ) de la rue Saint-Germain-l'Auxerrois, devant l'ancien grenier à selLe Droit, 30 janvier 1843 et 18 janvier 1861, ..

Joseph est le frère cadet d' (1846-1939), prêtre, nommé vicaire général de l'archidiocèse de Paris en 1892, et de (1847-1871), lieutenant dans la garde mobile, tué parmi les manifestants des « Amis de l'Ordre » lors de la fusillade de la place Vendôme le . Il est l'aîné de (1856-1937), fondateur des établissements de l'Émaillerie parisienne à Billancourt en 1892. À l'instar de ses frères, Joseph Odelin a été scolarisé chez les jésuites avant d'obtenir une licence en droit.

Le , Joseph Odelin épouse une jeune femme d'origine belge, Hélène Leemans (1861-1917)Archives de Paris, état civil du 8 arrondissement, registre des mariages de 1881, acte (vue 8 sur 31).

À la mort de son père, survenue en 1878, Joseph Odelin a repris l’entreprise familiale, d'abord en association avec sa mère et son frère GabrielLe Droit, 12 octobre 1878, -4.. Renommée « Odelin frères » dans les années 1880, déplacée plus tard au de la rue Bréguet prolongée, la société sera dissoute en 1915Le Droit, 14 avril 1916, .. La même année, Odelin cède à son fils Paul-Alexandre ses droits dans la société Odelin et (fourneaux de cuisine et tôleries en tous genres), fondée en 1901 et installée au de la rue du Château-des-RentiersLa Loi, 22 août 1915, ..

Joseph Odelin a également été l'un des administrateurs de la Société des tramways de la Grande Côte de Royan, constituée en 1896Cote de la bourse et de la banque, 19 août 1896, ..

Un militant catholique et royaliste

vignette|Expulsion des jésuites, rue de Sèvres, en 1880.

RoyalisteLe XIX siècle, mars 1876, . et clérical, Joseph Odelin prend part aux manifestations contre l'expulsion des jésuites de la rue de Sèvres en 1880Le Figaro, juillet 1880, .. L'année suivante, en 1881, il soutient la candidature du journaliste royaliste au mandat de conseiller municipal du quartier Saint-Germain-l'AuxerroisLa Gazette de France, 6 janvier 1881, ..

En 1883, il appuie la candidature malheureuse du royaliste Omer Despatys au siège de député du arrondissement rendu vacant par l'élection de Pierre Tirard au SénatLe Figaro, 5 septembre 1883, .. Il lui renouvellera son soutien lors des élections législatives de 1889Le Radical, 14 septembre 1889, ..

Au début de l'année 1889, les « conservateurs » (c'est-à-dire monarchistes) parisiens sont partagés quant à la candidature du général Boulanger à l'élection législative partielle du . Leur comité central, présidé par Ferdinand Duval, adopte une motion d'abstention, mais certains notables royalistes, comme Odelin, préconisent de voter pour le généralLe Gaulois, 16 janvier 1889, ..

vignette|Vue de la chapelle Notre-Dame du Platin, élevée en 1904 aux frais d'Odelin.

Fervent catholique et administrateur de l'école privée Sainte-Geneviève de la rue Lhomond (ancienne rue des Postes), Odelin est nommé chevalier de l'ordre de Saint-Grégoire-le-Grand par le pape Léon XIII en 1889L'Univers, 18 février 1889, .. Il est promu commandeur de cet ordre par Pie X en 1904L'Univers, 15 octobre 1904, .. La même année, il met à la disposition des catholiques du quartier du Platin à Saint-Palais-sur-Mer, près de Royan, une chapelle néogothique bâtie à ses fraisLe Figaro, 13 octobre 1904, .. Érigée sous le vocable de Notre-Dame du Platin, elle sera agrandie en 1908 et deviendra la chapelle Notre-Dame-des-Aviateurs.

Le , lors de la crise des inventaires, Odelin est arrêté après avoir participé aux manifestations cléricales à l'église Saint-Pierre-du-Gros-CaillouL'Humanité, 4 février 1906, ..

Premières candidatures au conseil municipal de Paris

En vue des élections municipales de 1884, le comité conservateur du arrondissement, présidé par l'ancien maire , sollicite à nouveau André Barbes. Or, celui-ci préfère se présenter dans sa commune natale de Lorgues et conseille à Dettwiller de présenter aux électeurs du quartier Saint-Germain-l'Auxerrois « le nom d'un industriel et d'un négociant plus naturellement désigné pour les représenter »La Gazette de France, 23 avril 1884, .. C'est ainsi qu'Odelin reçoit l'investiture royaliste dans son quartierLe Moniteur universel, 24 avril 1884, .. Au premier tour, il obtient 426 voix, soit 25,4% des suffrages, arrivant en troisième position derrière le radical (35,4%) et le conseiller municipal opportuniste sortant, Léon Réty (36,4%)Ernest Gay, Nos édiles, Paris, 1895, -40.. Saint-Martin s'étant désisté par discipline républicaineLe Rappel, 9 mai 1884, ., Odelin est battu par Réty au second tour, avec 539 voix (37,1%) contre 845 (58,1%).

Trois ans plus tard, à l'occasion des élections municipales de 1887, les mêmes candidats s'affrontent. Cette fois-ci, avec 549 voix, soit 35,4% des suffrages, Odelin devance Réty (23,5%) et talonne Saint-Martin (39,4%). Le sortant se désiste, mais sans engager ses électeurs à reporter leurs voix sur le candidat radical arrivé en têteJournal des débats, 15 mai 1887, .. Plus de la moitié de l'électorat modéré refuse la discipline républicaine, à l'image du professeur Blondel, un ami politique de Réty, qui appelle même à voter pour OdelinLe Figaro, 14 mai 1887, .. Au second tour, moins d'une cinquantaine de bulletins de vote sépare ainsi Saint-Martin de son concurrent conservateur, battu avec 703 voix (47,4%) contre 752 (50,7%).

Conseiller municipal de Paris (1890-1893)

Lors des élections municipales de 1890, Odelin est à nouveau investi dans son quartier de Saint-Germain-l'Auxerrois par le comité conservateurLe Figaro, 6 avril 1890, .. Il reçoit également le soutien des bonapartistesLe Journal, 16 avril 1890, .. De leur côté, les boulangistes ont investi le jurisconsulte Lesage, mais celui-ci est peu apprécié par l'électorat conservateur en raison de ses déclarations favorables à la laïcisation des hôpitauxLa Gazette de France, 24 avril 1890, .. Au premier tour, Odelin arrive en seconde position, avec 687 voix (39,1%), derrière Saint-Martin et ses 792 voix (45,1%). Arrivé en troisième position avec 13,2% des suffrages, Lesage se désiste en appelant ses 232 électeurs boulangistes à voter contre Saint-MartinLa Presse, 4 mai 1890, .. Une bonne partie de l'électorat boulangiste se reporte ainsi sur la candidature d'Odelin, qui rattrape son retard au second tour et obtient autant de bulletins de vote (798, soit 49,5%) que son concurrent. Il en aurait même eu un de plus si les scrutateurs avaient accepté de compter une carte de visite à son nom qu'un électeur avait glissé dans l'urne. Réélu le au bénéfice de l'âge, Saint-Martin décide de remettre sa démission au préfet PoubelleJournal des débats, 5 mai 1890, .. Le , le conseil de préfecture reconnaît la validité de la carte de visite, imprimée sur papier blanc et sans signe extérieur, et déclare Odelin élu par 799 voixLe Droit, 21 mai 1890, .. Cette décision, contestée par Saint-Martin, sera confirmée le par le Conseil d'État.

vignette|Photographie d'Odelin par Albert Courrier (1851-1901)

Conformément à ses engagements électoraux, Odelin s'occuppe surtout de questions financières, attaquant régulièrement la gestion de l'administration en place.

Il conserve son mandat jusqu'aux élections municipales de 1893. Au premier tour, le , il arrive en tête avec 631 voix (38,6%), suivi par le républicain progressiste (533 voix, soit 32,6%) et par le radical Marcel Charlot (426 voix, soit 26,1%). Ce dernier s'étant désisté en faveur de Gibert au nom de la discipline républicaineLe Rappel, 20 avril 1893, ., Odelin est battu au second tour, par 610 voix (39,6%) contre 917 (59,5%).

Peu de temps après cette défaite, à l'approche des élections législatives du 20 août, Odelin pose sa candidature dans la nouvelle première circonscription du arrondissement (Madeleine-Europe). Un autre royaliste, Denys Cochin, ayant décidé d'en faire autant, Odelin renonce finalement à se présenter pour ne pas diviser les voix conservatricesLe Soir, 25 juillet 1893, ..

Peu de temps après, il rachète l'Agence Dalziel, qu'il rebaptise « Agence Nationale » et qu'il compte mettre au service des conservateurs avec l'aide du baron de Mackau, chef de l'Union des droites à la Chambre. Mackau étant revenu sur sa promesse, les deux hommes se brouillent et l'affaire termine en justiceLa Libre Parole, 14 juin 1894, ..

Collaborateur de La Libre Parole (1892-1895)

Jusqu'en 1895, Odelin est l'ami du polémiste antisémite Édouard Drumont, qui possède une maison de campagne à Soisy-sous-Étiolles, non loin de la sienne et de celle d'Alphonse Daudet, toutes deux situées à ChamprosayGrégoire Kauffmann, Édouard Drumont, Paris, Perrin, 2008, -240, 307-309.. En 1892, lorsque Drumont fonde le journal La Libre Parole, il a recours aux conseils financiers du conseiller municipalLa Libre Parole, 14 mai 1908, .. Aux côtés de Drumont, Edmond Turquet et , Odelin est membre du conseil des intéressés de la société du journalLe Temps, 17 janvier 1895, -3..

Dès 1892, Odelin collabore à la rédaction du journal, utilisant le pseudonyme de « Testis » et, surtout, celui de « Valsenard »Raphaël Viau, Vingt ans d'antisémitisme (1889-1909), Paris, Fasquelle, 1910, et 96.. Il y signe notamment une campagne contre les méthodes d'éducation menées à l'orphelinat de Cempuis par Paul Robin et finit par obtenir la révocation de ce dernier en 1894Le Figaro, 7 octobre 1894, ..

Odelin se brouille publiquement avec le directeur de La Libre Parole en . Le mois précédent, les deux hommes avaient pourtant conclu un contrat par lequel Odelin devenait le directeur financier du quotidien tandis que Drumont en restait le directeur politique. La rupture avec Drumont pourrait s'expliquer par un désaccord sur le partage des profits ou sur l'évolution de la ligne éditoriale de La Libre Parole, de plus en plus hostile aux hautes autorités ecclésiastiques et de plus en plus complaisantes l'égard des anarchistes. Démissionnaire du conseil des intéressés en même temps que Turquet, Odelin obtient de la justice la nomination d'un administrateur provisoire. Alarmé par cette ingérence dans ses affaires, Drumont met son ancien ami à la porte et dénonce le « coup d’État » tenté par « Odelin-la-Crapule » en une du journal daté du . Il y accuse l'ancien conseiller municipal d'avoir essayé de livrer au gouvernement le contrôle du journal en échange d'une circonscription législative pour lui-même, d'un évêché pour son frère aîné et de la Légion d'honneur pour son cadet.

La haine brutale de Drumont pour son ancien ami est encore vive à la fin de l'année 1896, quand l'éditeur Hayard fait paraître une série de pamphlets anonymes intitulée Le Casse-Gueules, qui attribue à Odelin (surnommé « Sacavin ») les pires turpitudes. Or, l'auteur de ces articles diffamatoires n'est autre que Raphaël Viau, journaliste à La Libre Parole, qui les rédige d'après des notes de Drumont fournies par l'homme de confiance de ce dernier, Charles DevosPhilippe Oriol, Bernard Lazare, Paris, Stock, 2003, -198..

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