Les Soirées de l'orchestre est un recueil de nouvelles d'Hector Berlioz publié en 1852, après une prépublication partielle dans la Revue et gazette musicale de Paris. Réparties sur 25 soirées, ces nouvelles s'achèvent sur l'évocation d'une utopie de ville musicale, Euphonia.

Derrière la satire des travers du milieu musical dans lequel le compositeur évolue, on trouve également dans ce recueil un témoignage précieux de la société musicale de la première moitié du , et des éléments éclairant l'art musical susceptible de provoquer une passion enthousiaste chez Berlioz, et par extension éclairant l'art du compositeur lui-même. Il est en cela un complément des Mémoires, du recueil d'articles À travers chants et des autres ouvrages en prose de l'écrivain accompli qu'était aussi Hector Berlioz.

Présentation Les Soirées de l'orchestre se présentent comme . Avec une écriture acerbe et pleine d'humour, Berlioz imagine un orchestre de son temps, où les musiciens, qui s'ennuient à jouer des œuvres plates et sans intérêt, passent leurs répétitions et concerts à se raconter des histoires. Le principe de ce contexte pose un jugement de valeur important sur la musique de son époque : en effet, les soirs où l'on joue le Freischütz de Weber, Don Giovanni de Mozart, Fidelio de Beethoven, Iphigénie en Tauride de Gluck, ou encore Les Huguenots de Meyerbeer, les musiciens ne parlent pas entre eux, ils se concentrent, il n'y a donc pas de nouvelle. Cependant, le texte très court de ces soirées contient généralement un élément, en relation avec le morceau joué, qui sera central dans la nouvelle suivante .. Dans les soirées où l'on joue des œuvres qu'il estime médiocres (et où la présence d'une nouvelle condamne de facto l’œuvre jouée), Berlioz évoque une multitude de thèmes liés aux difficultés qu'il a pu rencontrer dans sa profession ou qui décrivent le milieu artistique, y compris avec ses défauts : attaques contre des compositeurs de génie (4ème Soirée), l'organisation de la claque dans les théâtres (7ème et 8ème Soirées), une comparaison entre Londres et Paris, peu flatteuse pour la capitale française (9ème et 10ème Soirées), la description du cadre et de plusieurs éléments de l'exposition universelle de Londres de 1851 (21ème Soirée)..

Les soirées Prologue Le prologue décrit la situation bien connue d'un musicien d'orchestre jouant une œuvre longue et qui a de longs intervalles d'attente, pendant lesquels il compte ses mesures. Berlioz place ses personnages dans un théâtre du Nord de l'Europe où les musiciens comblent ces intervalles par la lecture de livres de Balzac, Dickens ou Humboldt, ou encore échangent des récits. Les participants, en dehors du joueur de grosse caisse victime des moqueries de l'auteur, sont le chef d'orchestre, le premier violon Corsino, le chef des seconds violons Siedler, la première contrebasse Dimski, la seconde flûte Turuth, le timbalier Kleiner aîné, le premier violoncelle Kleiner jeune, le premier hautbois Dervinck, le second basson Winter, l'alto Bacon, le premier cor Moran, le troisième cor Schmidt, le garçon d'orchestre Carlo, un monsieur habitué des salles du parquet, et Berlioz lui-même, en narrateur. Avec humour, celui-ci note que Bacon « ne descend point de celui qui inventa la poudre », et que le cor s'appelle Moran..

Première soirée Le premier opéra, nouvelle du passé. Vincenza, nouvelle sentimentale. Vexations de Kleiner l'aîné. "On joue un opéra français moderne très-plat." Un des altos fait le récit d'un échange de lettres entre Alfonso Della Viola, un célèbre compositeur de madrigaux, et son ami le sculpteur Benvenuto Cellini. La scène se passe en 1555, Della Viola est pressenti pour créer à Florence la première tragédie en musique (un opéra), mais le Grand-Duc qui l'emploie néglige de donner suite à son projet, disant qu'il a changé d'avis. Le compositeur devenu célèbre met alors en scène, quelques années plus tard, une vengeance terrible: il organise un concert où toute la population, noble et roturière, est présente, puis abandonne le concert au dernier moment, disant qu'il a, lui aussi, changé d'avis. Dans un registre plus "sentimental et fleur bleue", la seconde flûte, Turuth, fait le récit de Vincenza, une jeune paysanne d'Albano, éperdument éprise du peintre G***. Diffamée par des tiers, elle est rejetée par lui et pense à se jeter dans le Tibre. Turuth se charge alors d'une médiation, et G*** accepte de la revoir, s'il a acquis plus de certitudes sur sa vertu. Il laissera alors sa clef sur la porte. Sinon, c'est qu'il refuse de la revoir. Turuth transmet le message mais oublie de dire à la jeune femme que G*** a changé d'atelier. Se rendant à la mauvaise adresse, Vincenza croit qu'elle est définitivement rejetée et met fin à ses jours. La soirée se termine sur les vexations de Kleiner l'aîné, qui met sur le même plan son malheur d'avoir perdu sa mère et celui de ne pas pouvoir boire de bavaroise au lait dans un café..

Deuxième soirée Le Harpiste ambulant, nouvelle du présent. Exécution d'un oratorio. Le sommeil des justes."Il y a concert au théâtre." On joue un oratorio d'un "ennui froid, noir et pesant comme les murailles d'un église protestante". Pour réveiller son voisin altiste qui vient de s'endormir sur son épaule, le narrateur raconte un épisode de son dernier voyage en Allemagne.

Troisième soirée "On joue Le Freischütz de Weber". "Personne ne parle dans l'orchestre. Chacun des musiciens est occupé de sa tâche, qu'il remplit avec zèle et amour".

Quatrième soirée Un début dans le Freyschütz. Nouvelle nécrologique. Marescot. Étude d'équarisseur."On joue un opéra italien moderne très plat." Après la mise en scène comique des retours interminables sur scène d'une soprano, officiant dans un "opéra italien moderne très plat", le narrateur, dans Un début dans le Freyschütz, tient la promesse qu'il a faite de raconter comment un squelette véritable s'est retrouvé utilisé dans des représentations de l'opéra de Paris : un garçon épicier ayant osé dénigrer le Freischütz pendant une représentation, crime qui le conduit à être éjecté de la salle par Dubouchet (étudiant en médecine et collègue du narrateur), tombe malade et meurt. Dubouchet parvient à se venger en ne le faisant pas enterrer et en faisant utiliser son squelette pendant des représentations de l'opéra de Weber. Corsino poursuit en racontant les méfaits de Marescot, coupable d'avoir arrangé, en les transformant, des musiques célèbres de Weber pour deux flûtes, guitare ou deux flageolets, et d'en avoir tiré profit de manière très discutable .

Cinquième soirée L'S de Robert le Diable, nouvelle grammaticale. "On joue un opéra français moderne très plat". A la lecture du livret, Giacomo Meyerbeer transforme par erreur le "Nous leS tenons" d'une scène de Robert le Diable en "Nous le tenons", faisant ainsi un contresens, qu'il renforce par une instrumentation mystérieuse et railleuse. L'erreur finit cependant par être acceptée et devient la norme dans la traduction française .

Sixième soirée Étude astronomique, révolution du ténor autour du public. Vexation de Kleiner le jeune . "On joue un opéra allemand moderne très plat". Kleiner jeune lit une brochure sur les ténors: comment un ténor devient, d'un simple humain, un être de divinité. Sous couvert de raconter cette transformation, la brochure fait la liste de tout ce qui est reproché à ces chanteurs trop célèbres qui, imbus de leurs succès, se permettent des abus inacceptables. Malgré son effort pour distraire, par sa longue lecture, les musiciens de l'orchestre, Kleiner le jeune ne peut obtenir la bavaroise au lait chaud qu'on lui avait promis.

Septième soirée Étude historique et philosophique. De viris illustribus urbis Romae.Une romaine. Vocabulaire de la langue des romains. "On joue un opéra italien moderne très plat". Faisant remonter cette profession à l'empereur Néron, le narrateur explique le sens de ce qu'est un Romain, terme général qui désigne les claqueurs professionnels et autres jeteurs de bouquets, payés pour entraîner le public à l'approbation d'un ouvrage. Il fait la liste des différentes manières d'applaudir, avec les sons particuliers qu'elles génèrent, par exemple "le bout de la main droite frappant dans le creux de la gauche" (son aigu et retentissant), les deux mains appliquées l'une contre l'autre (sonorité sourde et vulgaire), claqueurs gantés, claqueurs frappant de leur canne sur le sol etc.

Huitième soirée Romains du nouveau monde. M. Barnum. Voyage de Jenny Lind en Amérique."On joue un opéra italien moderne etc." Les musiciens discutent de la banalisation des ovations et du succès connu en général par les artistes contemporains, disant que les compositeurs sont "médiocrement flattés de réussir là où personne n'échoue". Cependant, tous les pays sont distancés dans leur ardeur par le Nouveau Monde, et son enthousiasme, par exemple pour la cantatrice suédoise Jenny Lind, enthousiasme cependant fortement exagéré par Corsino. On apprend que de fortes sommes d'argent sont dépensées pour obtenir une claque efficace. Toutes ces magnificences trouvent cependant une fin dans le mariage de la cantatrice..

Neuvième soirée L'opéra de Paris. Les théâtres lyriques de Londres. Étude morale. "On joue un opéra-comique français, etc. ; suivi d’un ballet italien, également, etc." Le narrateur, pressé de parler de l'opéra de Paris, le compare au héron de la fable, tantôt immobile, "dormant sur une patte", tantôt marchant d'un air agité, l'air perdu. Il estime que le succès d'un établissement comme l'opéra de Paris devrait dépendre de deux éléments, de belles compositions par des grands compositeurs ou des compositeurs habiles, et une interprétation excellente, "vivante et belle aussi, et chaleureuse, et délicate, et fidèle, et grandiose, et brillante, et animée". Or, selon lui, l'opéra est au contraire animé par la passion de la médiocrité : platitude, pâleur, tiédeur, qui selon le narrateur réussissent à faire devenir médiocres les meilleurs des instrumentistes et chanteurs. Trop de répétitions, utilisation décalée de certains instruments comme la grosse caisse, chœurs composés de chanteurs de mauvaise qualité, etc. Par comparaison, l'opéra de Londres tombe dans l'excès inverse et monte les œuvres tellement vite que de multiples défaut se font entendre. Cependant, le pire, pour le narrateur, est l'habitude qu'a l'opéra de Paris de transformer et donc défigurer les grandes partitions du répertoire..

Dixième soirée Quelques mots sur l'état présent de la musique, ses défauts, ses malheurs et ses chagrins. L'institution du tack. Une victime du tack. "On joue un opéra français, etc., etc." Le narrateur lit une brochure sur l'état actuel de la musique en France. Composée sur un ton satirique, la brochure compare la musique à une créature vulgaire : "Pâle et ridée, vous en êtes venue à vous peindre le visage en bleu, en blanc et en rouge, comme une sauvagesse. Bientôt, vous vous barbouillerez de noir les paupières et vous porterez des anneaux d'or au nez.(...) Vous ne vocalisez plus, vous vociférez." La Musique personnifiée se plaint alors de ne plus susciter dans le public qu'une indifférence outrageante, et que tous les acteurs des créations musicales dramatiques se soucient d'à peu près tout, sauf d'elle. Le narrateur décrit ensuite l'institution du tack qui est un coup très sonore donné par le chef d'orchestre avec sa baguette sur le haut de la carapace du souffleur, qui est placé près de lui. La résonance du coup de baguette est insupportable pour le souffleur, et il fait rembourrer sa carapace pour étouffer le son, mais un soir de représentation de Robert le Diable, le chef d'orchestre Habeneck tape sur la paroi latérale de la carapace, produisant un son encore plus fort et résonant. Le souffleur, très affecté par ce mauvais traitement, tombe alors malade et meurt..

Onzième soirée L’œuvre jouée (La Vestale, de Spontini) bouleverse les musiciens. "Personne ne parle".