Les émeutes des 7 et à Casablanca appelées aussi , du nom du quartier de la ville d'où elles démarrent, furent le point culminant d'un cycle d'émeutes qui a démarré en 1945 au Maghreb.
Elles ont eu lieu les 7 et à Casablanca, au moment où l'Union générale des syndicats marocains, en accord avec le parti de l'Istiqlal, qui revendique l'indépendance du pays, lance une grève générale pour protester contre l'assassinat de Ferhat Hached en Tunisie, et dégénère par les émeutes de Casablanca. Au cours de ces événements tragiques, la Légion étrangère et l'armée tirent sur les manifestants, causant de cent à trois cent morts, selon les historiens. Le résident général au Maroc dissout l'Istiqlal et en arrête les chefs.
De nouvelles émeutes auront lieu dans la même ville à l'été 1955, s'étendant à tout le Maroc, puis d'autres en 1965 et en .
Précédents La ville de Fès a été le principal lieu des mouvements sociaux dans le protectorat du Maroc jusqu'en 1947, mais Casablanca est ensuite celle où la fréquence et . Le , des tirailleurs sénégalais reçoivent l'ordre d'ouvrir le feu sur la foule à la suite d'un différend à propos de femmes . Ce massacre dura environ 24 heures et fit plusieurs centaines de morts.
Trois jours plus tard, le , le sultan prononça à Tanger un discours en faveur de l'émancipation totale du Maroc. Eirik Labonne, résident général au Maroc, fut rappelé par la France, qui considéra ce discours comme un affront, le remplaçant par le général Juin, avec pour mission de renforcer l'autorité coloniale au sein du protectorat français.
Contexte Ces émeutes ont eu lieu dans un contexte d'évolutions sociales qui marquent le .
En , la France est accusée de violer au Maroc les principes de la Charte des Nations unies et de la Déclaration des droits de l'homme par les délégations des États arabes à l'ONU, mais leur demande est refusée par 28 voix contre 23, les États-Unis s'y opposant. L'initiative est mal reçue par le ministre Robert Schuman qui s'en indigne et estime qu'elle suscite «la révolte de l'opinion publique française».
La demande des États arabes à l'ONU est cependant reprise en 1952, pour le Maroc comme pour la Tunisie et cette fois les Américains acceptent de s'y rallier, en échange de quoi les résolutions sont rédigées sur un ton ferme mais modéré, demandant des négociations « en vue de l'accession des Tunisiens à la capacité de s'administrer eux-mêmes » et « en vue de développer les libres institutions politiques du peuple marocain ». Selon les milieux officiels français ces interventions ont à l'ONU ont encouragé « les fauteurs de troubles en Tunisie » comme à Casablanca, même si les syndicats et partis marocains mettent plutôt en avant l'impact, à travers tout le Maghreb, de l'assassinat du leader tunisien Ferhat Hached la veille du premier jour des émeutes. À l'aube du "Bourguiba le combattant suprême" par Ali El Ganari, aux Editions Plon, en 1985, , sans ordre de Paris"René Pleven, Un Français libre en politique3 par Christian Bougeard, aux Presses universitaires de Rennes, en 1994 , le résident de Hauteclocque fait déporter M'hamed Chenik, le grand vizir de Tunis (Premier ministre), et trois autres ministres du gouvernement tunisien. Il le remplaça par Baccouche, un pro-Français, une , selon les historiens, qui détériore le climat social, pas seulement en Tunisie mais aussi au Maroc.
Quatre jours après, le , jour du anniversaire du protectorat du Maroc, des jeunes se réunissent en scandant (indépendance), sur le Grand Socco, devant le cinéma Rex, qui a joué pendant plusieurs semaines le film de Michael Curtiz Casablanca, avec Humphrey Bogart. Les manifestations avec drapeaux s'étendent à toute la ville, des vitres sont brisées et onze personnes tuées par des rafales de mitrailleuses.
Dans le protectorat de Tunisie, le plan proposé par le président du conseil français Antoine Pinay est repoussé par les Tunisiens et à la mi-, les questions marocaines et tunisiennes sont inscrites en priorité à l'ordre du jour de l'Assemblée générale de l'ONU, le groupe des pays arabo-asiatiques recevant l'appui du délégué des États-Unis.
Déroulement Les émeutes des 7 et à Casablanca se déroulent au moment où l'Union générale des syndicats marocains, en accord avec le parti de l'Istiqlal, lance une grève générale pour protester contre l'assassinat du leader syndical Ferhat Hached en Tunisie, et dégénère.
L'événement déclencheur a lieu au matin du , quand un guet-apens est organisé en Tunisie pour éliminer Hached par des rafales de mitraillettes tirées d'une voiture qui le suit puis s'enfuit à toute allure. À midi, la radio annonce sa mort qui provoque un soulèvement dans tout le pays ainsi que des manifestations à Casablanca., mais aussi au Caire, à Damas, à Beyrouth, à Karachi, à Jakarta, à Milan, à Bruxelles et à Stockholm. Plusieurs personnalités françaises dénoncent cet assassinat au travers de leurs articles, de leurs déclarations, de leurs pétitions ou de leurs démarches, tels Daniel Guérin, Roger Stéphane, Claude Bourdet, David Rousset, René Louzon, Alain Savary ou Charles-André Julien.
Selon l'historien Jim House, les émeutes et manifestations de Casablanca peuvent être décomposées en , les deux premiers aux Carrières centrales, respectivement dans la soirée du 7 et la matinée du , le troisième route de Médiouna et le dernier le en fin d’après-midi autour de la Maison des syndicats dans la ville européenne"L'impossible contrôle d'une ville coloniale ?Casablanca, décembre 1952" par Jim House, dans la revue Genèses en 2012 . Selon lui, dès le matin du samedi , le préfet de région, Philippe Boniface fait appel à la garde républicaine pour maintenir l’ordre, la veille d’un meeting syndical à la Maison des syndicats, prévu dans la matinée du dimanche , au cours duquel l’appel à la grève générale pour le lendemain est entériné. Le dimanche , la population des Carrières centrales est avertie de l’interdiction de la grève par les crieurs du pacha qui circulent, ce qui est vécu comme une provocation.
Environ du bidonville des Carrières centrales, pour partie des jeunes et enfants des rues"Les yaouleds (enfants des rues) de Casablanca et leur participation aux émeutes de décembre 1952" par Bruno de Rotalier dans la Revue d'histoire de l'enfance irrégulière en 2002 , s’attaquent à des boutiques et un commissariat de police puis . Des cas de lynchage sont rapportés"On a tué Ben Barka" par Roger Muratet aux éditions Plon . Les premières informations font état de 25 morts, dont trois commerçants européen égorgés et décapitésEMEUTES À CASABLANCA où l'on compte plus de 25 tués Trois Européens ont été égorgés, Le Monde du . Le quotidien socialiste Nord-Matin titre dans son numéro 2572 : . Selon le journal américain The New Yorker, où Harold Ross vient tout juste de passer la main, le bilan s'élève en réalité à 400 victimes. Le bilan officiel sera porté à 34 morts et les autorités ne voudront pas le changer. Il s'agit dans cette ville de la première émeute , dite .
Le cortège est qui avec un , selon les historiens"Les balles du 14 juillet 1953: Le massacre policier oublié de nationalistes algériens à Paris" par Daniel KUPFERSTEIN aux Editions La Découverte, 2017 . La répression des émeutes est effectuée conjointement par la police, les troupes coloniales et les casernes de la Légion étrangère. Des avions légers diffusent des gaz lacrymogènes. En plus de fusiller les manifestants, la troupe emprisonne quelque quatre cents cadres du Parti de l'Istiqlal, exile ses quarante plus hauts responsables. Le Parti de l'Istiqlal et le Parti communiste marocain sont dissouts. Les actualités en anglais de Pathé News affirment que les manifestants ont été abusés par des slogans communistes ou sont communistes"Insurrections en France: Du Maghreb colonial aux émeutes de banlieues, histoire d'une longue guerre" par Andrew HusseyL'artilleur, 2015 . Le parti indépendantiste marocain est dissout et ses leaders arrêtés. Une dizaine de militants communistes français sont aussi arrêtés après les émeutes dans plusieurs villes du Maroc et expulsés via l'aérodrome de Rabat-Salé vers la FranceLe Monde du 30 décembre 1952 .
Conséquences Ces émeutes, qui ont réuni à Marocains ont fait chuter peu après le gouvernement d'Antoine Pinay"France de la Quatrième République. L'Expansion et l'Impuissance (1952-1958)" par Jean-Pierre Rioux aux éditions Points en 2014 mais servirent ensuite de justifications au pouvoir colonial pour , appuyé par Georges Bidault. qui débouche sur l'exil forcé du Sultan du Maroc.
Ce furent les premières émeutes du Maghreb colonial à avoir eu aux États-Unis, ainsi qu’au Pakistan. Conséquences immédiates Le , quand la presse régionale annonce en titre « sanglantes émeutes à Casablanca - Près de 50 morts dont 7 européens », l'écrivain François Mauriac, journaliste au Figaro est dans un train qui le conduit à Stockholm pour aller chercher son prix Nobel de littérature. Il se prononcera par la suite assez rapidement en faveur de l’indépendance du Maroc et de la TunisieDécembre 1952 : François Mauriac est Prix Nobel de Littérature, par Michel Cardoze, France Bleu Gironde, 7 décembre 2018 .. Choqué par cet événement, et déjà approché peu avant par des libéraux du Maroc comme Robert Barrat, il s'engage alors contre la répression au Maroc. François Mauriac lance notamment un appel dans Le Figaro aux Français du Maroc de ne pas répéter des horreurs comparables au massacre d'Oradour-sur-Glane. En réaction Jacques Lemaigre-Dubreuil, PDG des huiles Lesieur, très implantées au Maroc depuis la fermeture de leur usine en France à Dunkerque pendant la guerre, écrit à Georges Bidault pour se plaindre de cette référence à un crime de guerre, affirmant qu'il est « venu pour y être utile, et non pour torturer ou assassiner »..
Antoine Pinay, président du conseilLe Monde du 16 décembre 1952 ., reçoit juste après le massacre le chancelier de l'Échiquier britannique et convoque pour un entretien le général Guillaume, résident général au Maroc, puis reçoit une délégation des trois collèges français du Conseil du gouvernement marocain qui lui ont souligné et l'ont des Français du Maroc, qui Le Monde du 16 décembre 1952 .Le Monde du 19 décembre 1952 ..
Après son départ de la présidence du conseil le , le lobby colonial se mobilise pour exiger du MarocLe Monde du 29 décembre 1952 ., notamment chez les radicaux du Maroc, qui se disent mais pour mettre en cause plutôt qu'Antoine PinayLe Monde du 30 décembre 1952..
Conséquences au Maroc en 1953 et 1954 À la suite des émeutes, des centaines de militants sont déportés. C'est dans le sillage de cet événement tragique que le gouvernement français décide de transférer de force en Corse, au cours de l'année 1953, le Sultan du Maroc qui incarne la résistance à la répression"Histoire des Arabes - De 1500 à nos jours" par Eugene L. Rogan, aux Editions Perrin en 2009 . Au cours des mois de février et de le pacha de Marrakech Hadj Thami el Glaoui, en accord avec le général Guillaume et le préfet de région Philippe Boniface, organise une pétition de 270 fonctionnaires makhzeniens demandant la destitution du Sultan. Elle est remise au ministre des Affaires étrangères Georges Bidault en juin, mais d'autres chefs marocains diffusent le 3 juin une contre-pétition qui prend sa défense"Le culte d’un héros ou les fondements spirituels de la Résistance", dans Maroc diplomatique le 20 août 2020 . Le Sultan est ensuite exilé avec sa famille en Corse, au mois d'août 1953, puis à Madagascar.