Félix Milliet, né le à Valence et mort le dans le de Paris, est un officier puis militant républicain, poète et chansonnier français. Il milite aux côtés de son épouse Louise Milliet, née le au Mans et morte le dans le de Paris.
Orphelin originaire de la Drôme, Félix Milliet développe ses idées républicaines dès la révolution de Juillet en 1830. Il suit une carrière militaire, qui le conduit dans le Maine, et s'exerce à l'art de la poésie. Là, il fait la connaissance de Louise de Tucé, une adolescente originaire d'une famille noble et aisée. Ils se marient et emménagent au Mans.
C'est au Mans que la carrière politique de Félix Milliet connaît son apogée. Il côtoie d'importants républicains de la ville, comme Auguste Savardan, Marie Pape-Carpantier ou Jacques François Barbier. Après avoir quitté l'armée, il se fait connaître par ses chansons engagées qu'il publie dans des journaux régulièrement interdits, par la monarchie de Juillet puis par le régime républicain de Louis-Napoléon Bonaparte. Il se qualifie de socialiste, même s'il est en pratique très modéré, et partage les idées anticléricales et fouriéristes de ses amis. Il soutient l'insurrection parisienne des journées de Juin en 1848 puis se présente aux élections législatives l'année suivante parmi les candidats de la Montagne.
Après le coup d'État du 2 décembre 1851, il est impliqué dans une affaire de tentative d'insurrection dans la région mancelle et condamné à l'exil à Nice au début de l'année 1852. Il se réfugie à Genève, rapatrie sa famille auprès de lui et poursuit son engagement. Ainsi, il continue d'écrire et de publier des chansons, jusqu'à ce que l'une d'entre elles, Chansonnier impérial pour l'an de grâce 1853, le fasse condamner de nouveau à l'exil, cette fois-ci pour Londres.
Félix Milliet se réfugie en Savoie, alors rattachée au royaume de Sardaigne. Il cesse ses publications politiques et se consacre à la peinture et à sa famille. Toujours fouriériste, il envisage de rejoindre le projet phalanstérien de La Réunion au Texas, avant que le projet ne périclite ; il voit en ces petites communautés la possibilité d'une utopique. Il ne revient en France qu'en 1866, soit sept ans après la loi d'amnistie des condamnés politiques et quatorze ans après le début de son exil.
Il passe les vingt dernières années de sa vie retraité à Paris, puis à La Colonie, un phalanstère situé à Condé-sur-Vesgre (Seine-et-Oise). Sa femme Louise Milliet participe activement à l'organisation de la communauté, mais lui n'est que peu actif. Il meurt en 1888. Il doit sa notoriété en partie à son fils Paul Milliet, qui retrace sa vie dans une biographie familiale parue au sein des Cahiers de la Quinzaine de Charles Péguy en 1910.
Vie familiale Études et début de l'engagement républicain Jean Joseph Félix Milliet naît en 1811 à Valence d'Élisabeth Vialet et de Joseph Milliet, un médecinActe de mariage de Joseph Milliet et Élisabeth Vialet, le à Valence, . et propriétaireActe de naissance de Félix Milliet, le à Valence, . originaire de Cluses (Haute-Savoie) établi à Valence depuis l'. Il est orphelin dès l'âge de neuf ans et n'a pour seule famille qu'une sœur, Célie Milliet, de cinq ans plus âgée que luiActe de mariage de Denis Laurent de Montlovier et Françoise Élisabeth Célie Milliet, le à Valence, ., et un oncle maternel, colonel d'artillerie et directeur de la manufacture d'armes de Saint-Étienne, retiré dans les propriétés familiales de Saint-Flour (en bordure du Rhône et sur le territoire de la commune de Guilherand-Granges.). Il est élevé par des amis de la famille et étudie au collège de Valence, puis à celui de Lyon. Il obtient son baccalauréat ès lettres le , à l'âge de dix-huit ans.
L'année suivante, Félix Milliet monte étudier à Paris à l'École de droit. La première représentation de la pièce Hernani de Victor Hugo le le marque politiquement ; il admire Hugo et s'enthousiasme pour ses idées. Toutefois républicain, il participe à la révolution de Juillet et, d'après son fils Paul Milliet, plus particulièrement à l'.
Pris de court par les évènements politiques, il cesse ses études de droit pour lesquelles il est peu intéressé afin de commencer une carrière militaire. Il étudie à Saint-Cyr, puis à l'École de cavalerie de Saumur. Il en sort sous-lieutenant parmi les chasseurs à cheval.
Mariage avec Louise de Tucé vignette|redresse|alt=Portrait en pied de Louise Milliet mère, en robe, assise sur un fauteuil, les pieds posés sur un coussin à terre. Accoudée sur une table, elle tient un carnet entre ses mains. Plusieurs objets sont disposés sur la table.|Louise Milliet peinte par G. Suan en 1844. Ayant intégré le régiment du , Félix Milliet est envoyé en garnison à Vendôme, ainsi qu'à Montoire-sur-le-Loir (Loir-et-Cher). C'est là qu'il fait la connaissance en 1838 de Louise de Tucé, une adolescente âgée de seize ans. Il souhaite l'épouser, et écrit durant cette année de nombreux poèmes louangeant son amour naissantLire en ligne ou sur Wikisource..
Cependant, son origine sociale bloque un temps leur possibilité d'union. Louise de Tucé est descendante d'une famille aisée originaire de la noblesse provinciale du Maine, alors que Félix Milliet ne possède aucun titre de noblesse et seulement quelques modestes propriétés. La mère de Tucé, Aimée Hüe de Montaigu, souhaite que sa fille ne soit mariée qu'à ses dix-huit ans révolus et avec un homme fortuné et bien né ; ainsi elle écrit vers le à Félix Milliet que sa . Malgré cela, elle prend en considération l'amour qu'éprouve Félix Milliet pour sa fille. Elle exige alors de lui qu'il attende, et qu'il acquière un titre de noblesse à son mariage. Il en a la possibilité, en accolant à son nom celle de sa propriété de Saint-Flour. Il refuse de par ses convictions politiques.
Louise de Tucé et Félix Milliet se fiancent finalement en . Leur mariage a lieu trois mois plus tard, le au Mans ; lui a vingt-sept ans, elle dix-sept.
Père de famille vignette|redresse|alt=Portrait en pied de Félix Milliet, debout, habillé en costume, une canne à la main droite.|Félix Milliet en tenue militaire, en 1844. Félix et Louise Milliet ont un premier enfant dès 1840, le , prénommé Fernand. Il est suivi moins de deux ans après par Alix, le .
À son mariage, Félix Milliet est en garnison à Vendôme et sous-lieutenant au .. Il poursuit sa carrière militaire et devient dans les années qui suivent officier de cavalerie. Avec son régiment, il change plusieurs fois de garnison, rejoignant Pontivy dans le Morbihan ou Alençon dans l'Orne. Cependant, il souffre d'une maladie du larynx, souhaite se rapprocher de sa famille ainsi que se consacrer pleinement à la poésie. Il démissionne de l'armée et rejoint sa femme et ses enfants au Mans. Naît ensuite leur troisième enfant, Paul, le , puis leur quatrième, Jeanne, en 1848.
Jusque-là, Louise Milliet vivait près de sa mère Aimée Hüe de Montaigu au Mans. Réuni, le couple s'établit dans une demeure qu'ils font construire, avec cour et jardin, à proximité de celle de cette dernière. Ils profitent pour leurs vacances d'une maison qu'elle a établie à Montoire-sur-le-Loir.
Félix Milliet écrit régulièrement des poèmes sur sa vie et pratique la peinture. Il participe à l'éducation de ses enfants. Louise Milliet abandonne ses pratiques religieuses et s'initie aux arts, à la littérature, la philosophie et la politique. Elle développe une pensée politique semblable à celle de son époux.
Militantisme républicain au Mans Cercle d'amis progressiste
Durant les premières années de son mariage, le jeune couple s'établit au Mans, chef-lieu de la Sarthe. C'est un département républicain, propice à ce qu'il se lie d'amitié avec des militants républicains ou libéraux. Son cercle d'amis se compose de la pédagogue et féministe Marie Carpantier, alors directrice de la salle d'asile, une première forme d'école maternelle, l'écrivain Louis Clément Silly, le couple phalanstèrien Trahan, le publiciste radical Napoléon Gallois., le républicain Édouard Prudhomme de La Boussinière, directeur d'un cercle de lecture des ouvriers, Julien Chassevant., fervent adepte de Charles Fourier, et du Jacques François Barbier... Avec les familles de ces deux derniers, les Milliet se retrouvent régulièrement autour de pique-niques où ils développent leurs idées républicaines et fouriéristes .
Se considérant des dogmes de la religion et sous l'influence des thèses de Charles Fourier, Félix Milliet est initié à la franc-maçonnerie le . Il devient orateur à la loge mancelle . Le Barbier le rejoint quelques années plus tard ; Paul Milliet le décrit comme l'ami de son père.
Activités Une nouvelle révolution éclate à Paris en 1848, dite de Février, au cours de laquelle le roi et son régime de la monarchie de Juillet, mis en place après la révolution de 1830, est renversé au profit d'une Deuxième République. Des élections présidentielles au suffrage universel masculin sont organisées et voient Louis-Napoléon Bonaparte, neveu de , prendre le pouvoir.
Sous cette nouvelle République en construction, Félix Milliet devient une figure républicaine engagée du Mans aux côtés de Barbier.. Ils sont des républicains dits « avancés », soutiens du groupe parlementaire de gauche la Montagne et de son leader Alexandre Ledru-Rollin, candidat à l'élection présidentielle. Un Comité central républicain de la Sarthe est fondé en 1848, Barbier le préside et Milliet devient secrétaire. Milliet est candidat, comme un dénommé Silly, aux élections législatives de 1849 dans la Sarthe ; y sont élus les membres de l'unique législature de l'Assemblée nationale législative de la Deuxième République. Il y a vingt-sept candidats pour dix députés à élire et . Milliet obtient , Silly ., mais ils se retirent pour laisser le siège à Ledru-Rollin.
Félix Milliet est particulièrement actif en tant que chansonnier. Il fait publier ses recueils au Mans, où ils font succès. D'autres paraissent par l'intermédiaire du Bonhomme manceau, sentinelle démocratique de la Sarthe, de l'Orne et de la Mayenne ; ., un hebdomadaire publié de 1849 à 1850 et régulièrement saisi, cofondé par Édouard Prudhomme de La Boussinière et Jean Silly., et dont Napoléon Gallois participe à la rédaction. Lui succède en 1851 le plus modéré Jacques Bonhomme ; ., au sein duquel écrivent Félix Milliet, le docteur Barbier et un Silly. Journal montagnard, il prétend dénoncer les ; sa parution est cependant de courte durée, de février à et il ne connaît que huit numéros. Pour cause, une condamnation en police correctionnelle à Angers le . Il est alors à son tour recréé, sous le nom Le Petit Bonhomme manceau ; ..
Dans ses vers, Félix Milliet affirme son attachement à la République, ses idées anti-monarchistes, anticléricales et socialistes. Durant les premiers mois de la Deuxième République, il prend la défense des ouvriers défaits des ateliers nationaux, notamment au travers de sa chanson Courage et foi, rédigée après la répression mortelle des Journées de Juin en 1848 à Paris ; un , selon les termes de son fils PaulLire en ligne.. Le , il consacre un de ses textes à l'un des chansonniers les plus populaires, Pierre-Jean de Béranger, alors sur la fin de sa carrière. Ce dernier lui répond en une lettre. encourageante le ..
vignette|alt=Scan de la courte lettre manuscrite de Béranger adressée à Félix Milliet. Elle est datée et tamponnée du 18 avril 1849.|Lettre de remerciements de Pierre-Jean de Béranger à Félix Milliet le .
Au cours de la préface d'un recueil publié en 1850 à la Propagande démocratique et sociale, dans lequel Félix Milliet intègre d'ailleurs la lettre que lui a adressé Béranger, Napoléon Gallois décrit les chansons de son ami comme l'expression de . La même année, Félix Milliet publie une chanson, Marchons en frères, sur une musique de P. Garreaud, dédiée au docteur Auguste Savardan, un important fouriériste de la Sarthe avec qui il est en relation. ; ..