, ou plus simplement , est une franchise d’animation japonaise créée par Yoshiyuki Tomino et Hajime Yatate pour le studio Sunrise en 1979. Appartenant au genre mecha, elle présente divers éléments classiques de la science-fiction — guerres spatiales, univers scientifiquement avancé — mais innove par sa volonté de réalisme, aussi bien à travers la narration qu’à travers les éléments technologiques. Les robots géants, essence du genre mecha, y sont donc pour la première fois ramenés au rang de simples armes de masse au Japon. Cette idée novatrice, qui reflète alors l’ouverture du public traditionnel des séries animées aux adultes, donne naissance à un sous-genre de la science-fiction japonaise nommé « real robot ». alt=Photographie de Mr.Men en 2023|vignette|Statue d'un Gundam lors de l'Expo Universelle 2025 à Osaka. Après des débuts difficiles, Gundam connaît le succès au début des années 1980 et ne le quittera plus jusqu’à nos jours ; ainsi, une trentaine de séries, d’OVA et de films sont réalisés pour la franchise, ainsi que des dizaines de mangas, de romans, de jeux vidéo et même de parodies via SD Gundam. Si les productions audiovisuelles constituent le cœur de la saga, Gundam repose en fait sur le second pilier que représentent les produits dérivés, et notamment les maquettes de robots (nommées Gunpla). Économiquement parlant, la franchise est la licence la plus rentable de la multinationale Namco Bandai, générant de nos jours environ 50 milliards de yens annuels. La plupart des critiques se portent d'ailleurs sur cette perception d'exigence économique qui prendrait le pas sur la créativité.

Mais le succès est avant tout culturel : pratiquement inconnu en francophonie, Gundam est un profond phénomène de société au Japon. La plupart des spécialistes académiques du sujet définissent clairement son impact comme majeur sur l’animation et la culture populaire japonaise, comparant régulièrement la franchise avec Star Wars en Occident. Cela se manifeste par une présence tangible dans la vie quotidienne de l’Archipel, que ce soit à travers les publicités, les magasins, les expositions d'art ou encore la construction d'une statue de dix-huit mètres près de Tōkyō. On ne peut toutefois pas parler d’hégémonie dans la mesure où la saga s’est peu exportée et a souvent été concurrencée par des séries comme Macross ou Evangelion.

Concept et terminologie

Mobile Suit Gundam appartient à un sous-genre de la science-fiction très populaire au Japon : le mecha. Le concept principal du genre est de mettre en scène des robots (au sens le plus large) télécommandés ou pilotés par un humain, voire par une intelligence artificielle.. Plus précisément dans Gundam, ces robots sont des machines de guerre dirigées de l’intérieur (dans un cockpit), que l’on appelle Mobile suit, souvent abrégé MS, signifie littéralement « armure mobile ». Ces robots humanoïdes utilisés comme armes sont produits en masse par les industries d’armement., et qui peuvent évoluer aussi bien sur Terre que dans l’espace. Quant au terme Gundam, il désigne dans pratiquement toutes les séries un prototype de mobile suit plus puissant et technologiquement plus avancé que les modèles standards.

À l’origine, le créateur de la franchise, Yoshiyuki Tomino, avait nommé son projet Freedom Fighter Gunboy, ou plus simplement ; le terme était un mot-valise associant « » (« arme à feu » en anglais), et « » en référence au public ciblé. C’est ensuite l’équipe Yatate qui propose de remplacer ce terme par « Gundom », en référence cette fois au mot anglais « » (« liberté »), concept qui revenait très souvent dans le projet initial. Cependant, pour des raisons esthétiques sur les katakanas, Tomino décide de modifier légèrement le mot en « Gundam », terme dès lors définitif.. Par ailleurs, Gundam a parfois été employé en tant que rétro-acronyme, comme « » dans Gundam Seed.

Historique

L’avant Gundam

Parmi les principales influences du genre mecha au Japon figure le roman Étoiles, garde-à-vous ! de Robert A. Heinlein, dans lequel sont mis en scène des sortes d’exosquelettes puissamment armés qui ressemblent énormément aux robots de Gundam. Bien que le genre fasse ensuite une première apparition dans le monde de l’animation japonaise avec Astro le petit robot d’Osamu TezukaDans Astro le petit robot, robots et humains vivent de concert dans une société technologiquement avancée, malgré de nombreuses discriminations. Mais à la différence de Gundam, ces robots ne sont pas des armes et sont rigoureusement androïdes., la première série consacrée aux robots géants au Japon fut certainement Tetsujin 28-gō, sortie dès 1956 et qui donna naissance à toute une vague de séries mechas telles que Mazinger Z (1972)C’est d’ailleurs dans Mazinger Z que le terme « mecha » est employé pour la première fois. ou Goldorak (1975).. Toutes ces séries pionnières du genre partagent une caractéristique essentielle : les robots sont invariablement gigantesques et surpuissants, de véritables armes surréalistes.. On décrit communément ces machines comme des « super robots » (ou « super mechas »), terme qui désigne aussi un sous-genre à part entière de la science-fiction japonaise ; à l’époque, ces séries de super robots présentent un certain code scénaristique suivi par tous les réalisateurs, que l’on appelle parfois l’école traditionnelle. ou robotto anime.

Mobile Suit Gundam : la rénovation du genre mecha vignette|redresse|alt=Photographie de Yoshiyuki Tomino en 2008|Yoshiyuki Tomino en 2008.

Derrière l’idée originale de Gundam se cache un homme : Yoshiyuki Tomino. Ce dernier acquiert durant les années 1960 et 1970 une certaine expérience dans l’animation, ayant par exemple été assistant au studio Mushi Production sur Astro le petit robot. En 1976, il s’essaye au genre mecha avec Yūsha Raideen (produit aussi par Sunrise) ; cependant, cette série suit scrupuleusement les codes de l’école traditionnelle. Grâce à ses succès, il comprend qu’il a désormais une plus grande liberté dans la conduite de ses histoires. C’est donc en 1979 qu’il écrit et réalise Mobile Suit Gundam avec l’aide de Hajime Yatate (pseudonyme désignant en fait un collectif de créateurs du studio Sunrise), série de mechas qui propose alors une approche novatrice du genre : en effet, les robots sont bien moins puissants et fantaisistes, et se voient plutôt confinés dans le rôle de simples armes évoluées.. Dans la mesure où ces mechas se voulaient le plus proche possible de notre science contemporaine, on les désigna par le terme de « robots réalistes », en opposition aux super robots. Bien qu’en apparence très simple, l’idée de Tomino rénove alors profondément le genre..

Pourtant lors de sa sortie, Mobile Suit Gundam ne remporte pas un franc succès, si bien que les producteurs décident même de l’écourter, la tronquant de sept épisodes en raison des faibles scores d’audience... Une compilation en trois films reprenant majoritairement des séquences de la série avec quelques scènes inédites sort cependant en cinéma en 1981 ; de manière surprenante, elle connaît un bon succès grâce au bouche-à-oreille. C’est aussi à ce moment, en 1980, que Bandai commercialise les premières maquettes et jouets Gundam, les Gunpla, qui se vendent extrêmement bien.. La série gagne ainsi une certaine popularité au début des années 1980, suffisamment en tout cas pour qu’en 1984 Sunrise commande à Tomino une suite : Mobile Suit Zeta Gundam. Commande, ou plutôt impose, comme l’auteur le clame lui-même. Afin de ne pas subir l’échec relatif de la première série, Tomino apporte une note plus sombre et dramatique au scénario, ainsi que des personnages plus nuancés, loin de tout manichéisme. Indiscutablement, Zeta Gundam est un succès très important au Japon., à l’origine de la longévité exceptionnelle de la franchise..

Fort de cette réussite, le studio Sunrise engage Tomino à poursuivre l’histoire par Mobile Suit Gundam ZZ dès 1986, qui vise un public plus jeune (rencontrant d’ailleurs un succès plus mitigé), puis par le film Mobile Suit Gundam : Char contre-attaque. Les scénarios de ces premières œuvres, de Mobile Suit Gundam à Char contre-attaque, se suivent tous chronologiquement selon une ligne de temps inventée par Tomino : l’Universal Century. De nombreux personnages ou organisations y apparaissent ainsi de manière plus ou moins régulière, et le film Char contre-attaque se veut être la conclusion de cette saga originale en mettant en scène la fin du long affrontement entre la Fédération terrienne et Zeon d’une part, Amuro Ray et Char Aznable de l’autre..

En 1989 sort pour les dix ans de la franchise Mobile Suit Gundam 0080 : War in the Pocket. de Fumihiko Takayama, qui présente plusieurs particularités : ce sont d’abord les premiers OVA tirés de Gundam, et c’est ensuite la première œuvre non réalisée par Tomino. Ces changements permettent un scénario assez différent, reposant encore plus sur les émotions et les relations entre les personnages que sur les mechas.. En revanche, ils ne présentent qu’un point de vue alternatif à la saga originale, puisqu’ils se déroulent durant la même période de l’Universal Century avec des personnages différents.

Une mue difficile après la saga originale

Le début des années 1990 est une période financièrement délicate pour les studios d’animation japonais, Sunrise ne dérogeant pas à la règle.. De plus, la saga de l’Universal Century s’étant achevée avec Mobile Suit Gundam : Char contre-attaque, le studio ne se montre guère prêt à investir lorsque Tomino propose de relancer Gundam en s’orientant vers une nouvelle histoire et de nouveaux personnages en 1991. L’auteur n’obtient finalement le feu vert que pour réaliser un seul film, Mobile Suit Gundam F91. Ce dernier, résumant en fait les treize premiers épisodes de la série voulue par Tomino, se déroule trente ans après la saga originale, mais l’accueil est décevant et le projet abandonné.. Cette tentative de renouveau est donc un échec, d’autant plus que les OVA Mobile Suit Gundam 0083 : Stardust Memory, qui prennent place eux juste après l’histoire de Mobile Suit Gundam, c’est-à-dire toujours dans le cadre de la première saga, sont un véritable succès. Sunrise en conclut d’ailleurs que le format OVA peut être économiquement rentable, et l’utilisera souvent par la suite. Malgré cela, la décennie des années 1990 est compliquée pour la franchise.

C’est finalement SD Gundam qui prend le premier la succession de l’Universal Century. Sorti entre 1986 et 1990, il s’agit en fait d’une parodie de Gundam dans laquelle les mechas sont représentés selon les codes graphiques du SD ( en anglais). L’accueil fut si enthousiaste que SD Gundam sera décliné en de nombreuses saisons et séries et vivra en marge des productions de la franchise.

De même, la vente de maquettes connaît une croissance soutenue, si bien que Bandai diversifie grandement son offre en y incorporant de nombreuses innovations techniques. La société instaure aussi son système de « grades » censés différencier les gammes de Gunpla en fonction de leur qualité (et donc souvent, de leur prix) : la première gamme du genre, nommée « », réédite ainsi quatre Gundam très populaires de l’Universal Century dès ..

La relève de Tomino

thumb|alt=Photographie de la devanture du Gundam café en 2010.|Le Gundam café à Akiba en 2010, témoignant de la popularité de la franchise.