Sarabandes est un recueil de trois pièces pour piano d'Erik Satie composées en 1887.

Elles sont parmi les premières œuvres du compositeur à avoir été publiées après le concert de la Société musicale indépendante donné en 1911 au cours duquel Maurice Ravel, dédicataire de la Deuxième Sarabande, a interprété la pièce. C'est notamment grâce à ce concert que la notoriété d'Erik Satie commence à s'installer dans le milieu musical parisien. La symbolique trinitaire des Sarabandes importe autant que leur côté railleur, voire , comme le compositeur le dit de ses propres pièces, qui cherche à étudier le son pour ce qu'il est et non plus pour l'éventuel message dont il serait porteur.

Les Sarabandes s'inspirent pour une grande part du compositeur Emmanuel Chabrier. Bien que leur symbolique soit plus obscure et moins étudiée que celle des célèbres Gymnopédies, elles ont à leur tour influencé beaucoup de compositeurs comme Claude Debussy, qui écrira ainsi une Sarabande dans Pour le piano, ou encore Maurice Ravel, Francis Poulenc et Darius Milhaud.

Composition Datant d'une période au cours de laquelle Erik Satie délaisse la fréquentation de Notre-Dame de Paris pour celle des cabarets montmartrois, les trois Sarabandes sont composées en 1887. Plus précisément, les sarabandes sont achevées, pour la première et la deuxième en , la troisième est datée exactement du . Les dédicaces sont, sur le manuscrit, à son frère Conrad Satie pour la première sarabande, et à Arthur Dodement pour la deuxième, cependant cette dédicace a été raturée puis remplacée par le nom de Jeanne de Bret, avant d'être finalement dédiée à Maurice Ravel. Cette dédicace est cependant postérieure à la création de la deuxième Sarabande par Maurice Ravel en .

Il s'agit d'une période de la vie d'Erik Satie complexe, où il quitte le cercle familial après une brève aventure amoureuse et s'établit alors dans une chambre de la rue Condorcet. Son ami Patrice Contamine de Latour rapporte une scène particulièrement étonnante montrant son combat contre ses démons intérieurs :

Erik Satie serait le premier compositeur à écrire des sarabandes hors du contexte propre à la danse ou à une suite de danse comme le faisaient les compositeurs baroques à l'exemple de Jean-Sébastien Bach ou Jean-Philippe Rameau. Cependant, le titre des Sarabandes figurant sur le manuscrit autographe a d'abord été Sarabande vive, avant d'être changé par le compositeur. Il est à noter que la Sarabande de Claude Debussy est écrite peu après la rencontre entre Erik Satie et le compositeur, et peu de temps avant que Claude Debussy n'orchestre deux des Gymnopédies.

Création et réception vignette|Lettre d'Erik Satie à Paul Viardot, où le compositeur aborde avec ses Sarabandes « des œuvres absolument incohérentes ». La Deuxième Sarabande, dédiée à Maurice Ravel, est créée par ce dernier au piano le à la salle Gaveau au cours d'un concert de la Société musicale indépendante. Ce concert voit aussi la création de la troisième des Gymnopédies et le prélude du Fils des étoiles, également joués par Mauricel Ravel, ainsi que les Trois morceaux en forme de poire, joués par Ricardo Viñes. Selon Ornella Volta, lorsque Maurice Ravel joue la Deuxième Sarabande, il met en avant les liens entre cette pièce et la Sarabande de Claude Debussy. De plus, s'il y a eu une influence d'Erik Satie sur Claude Debussy au travers de la Deuxième Sarabande et de Pour le piano, il n'y a cependant pas eu d'influence de Claude Debussy sur Erik Satie, et cela même malgré les efforts des debussystes et des antisatistes. À ce propos, Alessandro Simonetto rapporte le propos d'Octave Séré :

Lors de ce concert, une note de programme, probablement écrite par Maurice Ravel, dit ceci :

Dans une lettre de 1892 à l'Académie des beaux-arts, Erik Satie présente les Sarabandes comme faisant partie d'un long catalogue en partie fictif lors d'une lettre-candidature pour briguer la place laissée vacante par la mort d'Ernest Guiraud. Parmi les autres pièces, il propose ainsi au catalogue les , catalogue fantaisiste où même les œuvres véritables sont détournées de leur réalité. Dans une autre lettre, de 1911 cette fois, à son frère Conrad, il explique la façon dont le concert a été organisé : après ses cours avec Vincent d'Indy, il compose à nouveau dans un style selon lui très contrapuntiste, mais ceux qu'il appelle , à savoir les compositeurs modernes parmi lesquels Maurice Ravel, organisent un concert pour faire jouer les œuvres du compositeur, parmi lesquelles les Sarabandes et Le Fils des étoiles. Si certaines de ces œuvres n'ont jamais existé, Ornella Volta rapporte que Kharaseod a été annoncé par l'Église Métropolitaine d'Art. Cette année-là, dans un article de Michel Dimitri Calvocoressi du (avril) de la revue Musica sur Erik Satie, ce dernier publie une version de la deuxième des Sarabandes, qui comprend cependant quelques erreurs. Cependant, dans une lettre adressée hypothétiquement à Robert Montfort et qui était aussi à l'honneur le jour du concert de , Maurice Ravel aurait joué la Deuxième Sarabande sur manuscrit, et il était prévu que seule la première soit publiée dans le numéro d'avril de la revue Musica, ce qui laisse penser que les première et deuxième Sarabandes ont été inversées. De plus, dans une lettre du compositeur à Jacques Lerolle, il précise que la version que ce dernier a publiée lui convient mieux que celle de la revue Musica.

En 1912, il écrit à Ricardo Viñes une lettre dans laquelle il précise qu'après que ce dernier a accepté la dédicace des Pièces froides, il lui a envoyé trois de ses œuvres : les Sarabandes, les Trois morceaux en forme de poire et son Habit de cheval.

En 1915, dans une lettre à Paul Viardot, Erik Satie écrit à son propos : , ajoutant à cela qu'. La même année, dans une seconde lettre, probablement à Paul Viardot encore, il met les Sarabandes en deuxième place de ses œuvres majeures, juste après ses Gymnopédies.

En 1918, une lettre de Jean Cocteau précise que le compositeur a fait envoyer à sa mère Parade et la Deuxième Sarabande, preuve du succès de cette sarabande.

Ornella Volta précise que le manuscrit des Sarabandes est conservé au département Musique de la Bibliothèque nationale de France sous la côte 14.457.

Structure et analyse

Vue globale du cahier Les Sarabandes se révèlent, selon la musicologue Adélaïde de Place, . Ce terme de prophétie est aussi utilisé par Jean-Pierre Armengaud pour qualifier le caractère de ces trois œuvres. Pourtant, le biographe d'Erik Satie considère qu'il y a une double inspiration antinomique dans les Sarabandes autant que dans les Gymnopédies : d'un côté l'encanaillement du cabaret Le Chat noir, et de l'autre, l'ordre strict de la Rose-Croix. Selon lui, les Sarabandes sont le lieu de combats esthétiques ritualisés dont le compositeur est seul juge. Ornella Volta ajoute :Guy Sacre les rapproche des Ogives, avec ses , tout en soulignant leurs nombreuses différences : le rétablissement dans les sarabandes de la barre de mesure, l'usage de tonalités aux armures riches, les enchaînements de septièmes et neuvièmes, une diversité rythmique plus étendue. De ce fait, il considère qu'on et constate que .

Vladimir Jankélévitch relève des Sarabandes, exposée .

Jankélévitch identifie .

La partition est publiée pour la première fois en 1911 par Rouart-Lerolle. En exergue, figure une citation du poète Patrice Contamine de Latour, ami de Satie : Cependant, l'un des deux manuscrits autographes contient la citation non pas du compositeur mais bien de la main même du poète.

Jean-Pierre Armengaud commente notamment cette citation ainsi : pour lui, les maudits correspondent à la fois aux personnes dont l'enseignement au Conservatoire, mais aussi les critiques musicaux, ainsi que le milieu musical . Quant à la nue, elle ferait référence au cercle des rosicruciens, qu'Erik Satie intègrera, autant qu'au cercle du cabaret Le Chat noir où le compositeur y est pianiste.

Les Trois Sarabandes explorent aussi une certaine immobilité, dans une sorte de , où les harmonies sont des accords de septième ou de neuvième, et dont les modulations surprenantes sont aptes à . Ces danses, lentes au point d'être immobiles, font preuve d'une grande richesse harmonique à tel point que les thèmes ne sont quasiment pas exploités, et qui prévient les révolutions musicales du .

Pour plusieurs musicologues, comme Roger Nichols et Vladimir Jankélévitch, si les Trois Sarabandes ont pu influencer celle de Claude Debussy dans Pour le piano, elles sont néanmoins redevables pour beaucoup à l'ouverture du Roi malgré lui d'Emmanuel Chabrier, qui a été créé à Paris en 1887. Lorsque Maurice Ravel a joué la deuxième sarabande, il a souligné lui-même la parenté entre cette sarabande et l'ouverture du Roi malgré lui. Cependant, Jean-Joël Barbier rappelle qu'il y a aussi La Sulamite d'Emmanuel Chabrier, créée en 1884, dont le début a aussi pu inspirer La Damoiselle élue de Claude Debussy tout autant qu'Erik Satie. Le musicologue souligne d'ailleurs que ce n'est pas de ne pas préparer ou de ne pas résoudre les accords de neuvièmes qui fait tout l'intérêt des Sarabandes, mais de systématiser à l'échelle d'une pièce entière ces accords. Il souligne aussi que l'écriture n'est pas aussi verticale qu'on ne le pense, et l'écriture horizontale donne un contrepoint riche. Cependant, les trois sarabandes ne se ressemblent en rien les unes les autres et ne sont pas des variations autour d'une même idée, même si elles sont parentes par l'utilisation de juxtaposition des éléments, d'incises ou de parenthèses musicales. Ces formes d'écriture ne sont cependant pas spécifiques aux Sarabandes, et se retrouvent dans beaucoup d'autres œuvres du compositeur. À cela s'ajoute, comme le précise Jean-Pierre Armengaud, des incises, et que l'on retrouve d'une sarabande à l'autre. Le tempo, donné dans le manuscrit autographe, est de pour les première et deuxième Sarabandes. De fait, si on prend ce tempo, cela évite les coupures, et, pour Jean-Joël Barbier, on peut plus facilement y voir la dramatisation que laisse présager la citation de Contamine de Latour, ce que ne fait pas Francis Poulenc dans son enregistrement des Sarabandes. Dans les deux premières Sarabandes, on trouve des séquences chordales rudimentaires qui appuient de façon épisodique une mélodie . Si le style antique de la sarabande reste présent, une stylisation de la vocalité se fait jour, parfois de façon subtile au point qu'on ne s'en aperçoive pas, et qui pourrait tenir de la transfiguration du milieu des cafés littéraires montmartrois.

À tout cela s'ajoute la symbolique des pièces, et notamment la symbolique autour du chiffre trois, symbole trinitaire par excellence et qui touche à la spiritualité du compositeur. La temporalité de ces sarabandes oscille entre le temps suspendu des accords et le temps égrené par les arpèges. Pour Jean-Pierre Armengaud, la musique est un prétexte pour étudier le son pour ce qu'il est lui-même, et non pour véhiculer un quelconque message. À ce titre, il rapproche les Sarabandes du texte dont le compositeur est l'auteur dans ses Mémoires d'un amnésique :

Vincent Lajoinie relève que l'on retrouve dans les trois Sarabandes . Le musicien remarque aussi que . Par exemple : centré|vignette|435x435px|Extrait de la Première Sarabande. Outre Chabrier, Lajoinie évoque parmi les influences de l'œuvre Ernest Chausson, citant Vladimir Jankélévitch :

Trouvaille notable, les Sarabandes , souligne d'ailleurs Vincent Lajoinie.

Analyse individuelle des Sarabandes Le cahier, d'une durée d'exécution de treize minutes trente environ., comprend trois mouvements, tous trois dans une métrique à :

Première Sarabande La Première Sarabande est dans une tonalité large de la bémol majeur. Elle comprend deux sections principales qui sont répétées avec très peu de variations.