Un prisonnier scientifique est une personne emprisonnée (ou assignée à résidence) de manière arbitraire au prétexte de ses travaux de recherche scientifique.
La notion a été avancée par le Comité de soutien à Fariba Adelkhah à partir de .
Émergence de la notion
La notion de prisonnier scientifique a été avancée par le Comité de soutien à Fariba Adelkhah dès la mi-Communiqué du Comité de soutien à Fariba Adelkhah, le 29 juillet 2020, lorsque son arrestation en Iran fut rendue publique. Elle concernait également , mais le nom de celui-ci n'avait pas encore été divulgué par les réseaux sociaux iraniens, au contraire de celui de Fariba Adelkhah.
Le comité de soutien écartait la qualification de prisonnier politique car ni Fariba Adelkhah ni Roland Marchal n'avait jamais eu la moindre activité politique relative à l'Iran, pas plus dans le pays lui-même qu'à l'étranger . Leurs activités étaient d'ordre strictement scientifique, et leurs travaux avaient toujours donné lieu à publication et étaient disponibles en français, en anglais et en farsi Portrait académique de Fariba Adelkhah. En outre, le comité tenait à éviter toute récupération politique de ces arrestations par l'opposition iranienne en exil. Il lui apparaissait en revanche que les arrestations de ces deux chercheurs répondaient à des appréciations, des intentions et des objectifs éminemment politiques chez les Gardiens de la Révolution qui y avaient procédé. À ses yeux les deux chercheurs étaient les "idiots utiles"Le comité de soutien à Fariba Adelkhah et Roland Marchal (2020). Préface: Fariba Adelkhah et Roland Marchal, prisonniers scientifiques. Dans : Ariel Colonomos éd., Pour Fariba Adelkhah et Roland Marchal: Chercheurs en périls (pp. 13-20). Paris: Presses de Sciences Po. de la crise diplomatique entre l'Iran et les pays occidentaux, dans le contexte créé par la sortie unilatérale des États-Unis de l'accord de Lausanne. Leur cas ne pouvait d'ailleurs être disjoint de celui d'une dizaine d'universitaires étrangers ou binationaux, arrêtés dans des conditions similaires Jean-François Bayart, "La liberté scientifique en danger sur cinq continents", The Conversation, et souvent utilisés comme monnaie d'échange pour obtenir la libération de ressortissants iraniens emprisonnés à l'étranger..
Au début de sa grève de la faim observée avec Kylie Moore-Gilbert, autre universitaire australo-anglaise emprisonnée en Iran The Guardian, Australian-British academic Kylie Moore-Gilbert on hunger strike in Iranian jail, en anglais., Fariba Adelkhah est parvenue, en , à faire sortir de sa prison un appel au chef de la justice iranienne dans lequel elle lui adjurait de "sauver les chercheurs, sauver la recherche pour sauver l'histoire" Communiqué du comité de soutien du 7 février 2020 qui deviendra le mot d'ordre du comité de soutien à Fariba Adelkhah et Roland Marchal "Liberté pour Fariba Adelkhah et Roland Marchal, prisonniers scientifiques en Iran", Le Temps, 10 février 2020.. La catégorie de prisonnier scientifique a contribué à définir les modes et le périmètre de la mobilisation du comité de soutien, en le conduisant à privilégier des manifestations culturelles - telles que la performance du danseur sénégalais Alioune Diagne le sur l'esplanade des droits de l'Homme au Trocadéro à Paris Iran, Les universitaires français Fariba Adelkhah et Roland Marchal face à leurs juges, sur France Culture, le 3 février 2020- et bien sûr à des manifestations scientifiques, telles que le séminaire "Sociologie et anthropologie sociale du politique" organisé sur une base mensuelle par Béatrice Hibou au CERI Communiqué du comité de soutien du 21 décembre 2019 .
La notion de prisonnier scientifique a amené certains membres du Comité de soutien à Fariba Adelkhah à s'interroger sur une remise en cause de la liberté scientifique au-delà de l'arrestation et de la détention de chercheurs par des régimes dits autoritaires. Les mesures de contrôle de l'activité scientifique au nom de la lutte contre le terrorisme ou l'islam politique, le financement de chaires par des pays étrangers tels que la Chine ou les pétromonarchies, la censure de revues académiques, la mise en cause par des responsables politiques de courants académiques tels que les études de genre ou les études postcoloniales pourraient s'apparenter à une érosion de la liberté scientifique dans des régimes dits illiberaux comme en Pologne Les libertés académiques dans la dérive autoritaire (4/4) : Pologne. Revue Droit et société'', par Katarzyna Łakomiec, le 12-11-2019. Consulté le 15 janvier 2021., en Hongrie Site de l'Université libre de Bruxelles. La Hongrie viole la liberté académique, par Marianne Donnny le 26/10/2020. Consulté le 15 janvier 2021.Les libertés académiques dans la dérive autoritaire (1/4) : Hongrie. Revue Droit et société, par Gabor Halmai, le 21/10/2019. Consulté le 15 janvier 2021. ou en Turquie - celle-ci compte des centaines d'universitaires en instance de jugement, privés de leur poste ou en prison, à l'instar de l'historienne Füsun Üstel ou du mathématicien Tuna Altinel - mais aussi dans des démocraties occidentales.
Dispositifs d'aide aux chercheurs menacés
Depuis 2000, le réseau s'efforce de protéger des universitaires en danger de par le monde, notamment en leur proposant des postes au sein des institutions partenaires. En 20 ans, plus de 1200 chercheurs ont ainsi été accueillis Scholars at risk. Protecting scholars and the freedom to think, question and share ideas., consulté le 15 janvier 2021..
En France, le Programme national d’Accueil en Urgence des Scientifiques en Exil (PAUSE), créé le à l'initiative du gouvernement, finance l'accueil des universitaires étrangers en danger au sein d'établissements d’enseignement supérieur et d'organismes de recherche publics. Avant ce programme, la France ne disposait pas de dispositifs pour soutenir les chercheurs menacés Collège de France, Présentation du Programme national d'Accueil en Urgence des Scientifiques en Exil.
Prisonniers scientifiques contemporains
Patrick George Zaki, étudiant de l'université de Bologne, arrêté depuis le en ÉgypteEuropean Parliament. Detention of the researcher Patrick George Zaki, en anglais.Amnesty International. Patrick George Zaki.. Fariba Adelkhah, emprisonnée en Iran depuis . emprisonné en Iran de Communiqué du comité de soutin du 16 octobre 2019 à Annonce de la libération de Roland Marchal . emprisonnée en Iran de à Libération de Kylie Moore-Gilbert. , doctorant de l’université de Durham, condamné en 2018 à la prison à vie aux Émirats arabes unis avant d’être libéré en échange d'un vote favorable du Royaume-Uni aux Nations-Unies. Abdulqadir Jalaleddin Committee of Concerned Scientists, Uyghur Writer and Scholar Arrested and Sent to Re-education Camp, en anglais.,écrivain et universitaire ouïghour emprisonné dans le Xinjiang, en Chine, depuis . , médecin universitaire suédois emprisonné en Iran en et condamné à la peine capitale en Scholars at risk. Ahmadreza Djalali, en anglais. . Giulio Regeni, torturé et assassiné en Égypte en . Gokarakonda Naga SaibabaScholars at Risk. Gokarakonda Naga Saibaba, en anglais., emprisonné en Inde depuis 2014. Abduljalil al-Singace emprisonné au Bahrain depuis 2011.
Notes et références
Liens externes Scholars at risk Site du comité de soutien à Fariba Adelkhah Collège de France, Présentation du Programme national d'Accueil en Urgence des Scientifiques en Exil
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