José María Yanguas y Messía, vicomte de Santa Clara de Avedillo (Linares, 1890 - Madrid, 1974), est un juriste, diplomate, professeur d’université, patron de presse et homme politique espagnol.

Issu de la haute bourgeoisie andalouse, Yanguas Messía suivit une formation de juriste, qu’il compléta par un séjour d’études à Paris. Spécialisé en droit international, il devint titulaire de la chaire de cette discipline à l’université de Valladolid, puis à l’université centrale de Madrid. Parallèlement, il s’engagea en politique au sein de la mouvance conservatrice et réussit, sous la monarchie bourbonnienne, à se faire élire par deux fois député national. Après le coup d’État militaire de Primo de Rivera de 1923, il accepta plusieurs fonctions dans les institutions de la dictature, notamment le portefeuille des Affaires étrangères de 1925 à 1927 et un siège dans la commission civile chargée d’institutionnaliser le régime, en particulier par le biais de lois fondamentales ; pour Yanguas Messía en effet, monarchiste convaincu, la dictature ne pouvait être que temporaire et devait aboutir à une monarchie constitutionnelle. À l’avènement de la république en 1931, inquiété en raison de sa compromission primorivériste, il choisit l’exil à Paris, avant de pouvoir rentrer en Espagne à la faveur d’une loi d’amnistie et de retrouver sa chaire de droit international à Madrid. En juillet 1936, il rallia le camp nationaliste dans la Guerre civile, et eut un rôle important dans la désignation de Franco comme généralissime et chef de l’État (en faisant son éloge devant les autres généraux rebelles et en se chargeant de rédiger le décret de nomination de Franco). Il exerça entre 1938 et 1942 comme ambassadeur auprès du Saint Siège. La Guerre civile terminée, il se brouilla brièvement avec Franco en 1943 par son allégeance proclamée à Juan de Bourbon, mais s’accommoda ensuite du régime franquiste, dès lors que Franco eut établi que la monarchie prendrait le relais de sa dictature.

Continuateur des doctrines espagnoles classiques en matière de droit des gens, dont celle de Vitoria, Yanguas Messía est l’auteur de plusieurs manuels qui font autorité en Espagne, et fut membre de plusieurs organisations et instituts de droit international, notamment de l’Académie de droit international de La Haye. Il était par ailleurs un fervent partisan de l’adhésion de l’Espagne à la Communauté européenne.

Biographie

Origines et formation

Né au sein de la haute bourgeoisie de la ville de Linares, dans la province de Jaén, José María Yanguas Messía avait pour père José María Yanguas Giménez, avocat, lointain parent du comte de Romanones, ayant de fortes attaches dans la ville de Jaén, où il était un des dirigeants locaux du Parti libéral et dont il fut longtemps maire, et pour mère Blanca Messía, fille du marquis de Busianos, originaire d’Úbeda, qu’il ne sera pas donné à l’enfant José María de connaître, car elle mourut peu de temps après sa naissance. De bonne heure, il emboita le pas à son père et entreprit des études de droit au Centre universitaire royal María Cristina de l’Escurial et à l’université centrale de Madrid, d’où il sortit licencié en droit en 1911. Cette même université lui décerna en 1912, l’année d’obtention de sa licence, le prix Montalbán, distinction récompensant les meilleures thèses de chaque promotion. Il passa promptement son doctorat en 1912, à l’âge de seulement , et obtint peu après de la part de la Junta para la Ampliación de Estudios (Comité pour l’extension des études, ancêtre du CSIS) une bourse d'études afin de faire un stage à la bibliothèque de la faculté de droit de Paris de 1913 à 1914 et de suivre, également à Paris, les cours de Louis Renault, André Weiss et Antoine Pillet, tous spécialistes reconnus en droit international.

En 1916, il fit paraître un ouvrage (tiré de sa thèse de doctorat) traitant d’un sujet brûlant dans l’Europe de la décennie 1910 et intitulé La expansión colonial en África y el estatuto internacional de Marruecos. En 1918, âgé alors de , il fut désigné professeur titulaire de droit international public et privé à l’université de Valladolid, avant d’occuper ensuite, en 1920, également sur concours, la chaire de la même discipline à l’université centrale de Madrid.

Activité politique et journalistique

Monarchie alphonsine et dictature de Primo de Rivera

Lors de l’élection parlementaire de 1920, l’avant-dernière du règne d'Alphonse XIII, Yanguas fut élu député de la circonscription de Baeza-Linares, dans la province de Jaén, où il se présentait comme indépendant, et fut réélu en 1923, cette fois sous l’étiquette du Parti conservateur. Pendant la dictature de Primo de Rivera, instaurée en , Yanguas Messía, qui n’était alors affilié à aucun parti, accepta de faire partie du Directoire civil qui le , à la suite du succès obtenu au Maroc avec le débarquement d'Al Hoceima de 1925, s'était substitué au Directoire militaire. Ce Directoire civil, qui était, tout comme son prédécesseur le Directoire militaire, présidé par le général Primo de Rivera, regroupait, selon l’expression de Ricardo de la Cierva, « de jeunes politiciens d’origines différentes, mais sans allégeance de parti déterminée, qui collaboraient avec la Dictature non en tant qu’hommes politiques, mais comme techniciens ». C’est dans cette optique aussi que Yanguas Messía exerça comme ministre d’État (c’est-à-dire des Affaires étrangères) entre le et le , se rangeant en effet parmi ceux qui voyaient dans la dictature de Primo de Rivera un régime d’exception, justifié par l’échec des tentatives de rénovation politique entreprises à partir de 1917 (année de la grève générale) et par son inspiration régénérationniste, mais qui serait destiné à se dépasser lui-même. Entre-temps, Yanguas s’était fait membre de l’Unión Patriótica (UP), parti faisant figure de parti unique de soutien politique au nouveau régime. En tant que ministre des Affaires extérieures, Yanguas déploya une vive activité, à une époque où ce ministère était promis à une importante réorganisation. Il joua d’autre part un rôle de premier plan dans l’opération, finalement avortée, visant à faire admettre l’Espagne au titre de membre permanent du Conseil de la Société des Nations (SDN), question la plus importante en matière de politique extérieure qu’eut à traiter le ministère sous le mandat de Yanguas. L’Espagne en effet, bien qu’elle ne fût pas intervenue dans la Première Guerre mondiale et qu’elle n’eût pas participé aux négociations de paix, dont un des aboutissements avait été précisément la création de la SDN, aspirait dès le début à s’intégrer dans cette nouvelle organisation et à occuper un siège permanent au sein de son Conseil, faisant état, en appui de sa demande, de son rôle dans le monde de l’après-guerre comme le pays le plus important parmi ceux qui étaient demeurés neutres, ainsi que de l’ampleur des efforts humanitaires consentis par l’Espagne pendant les hostilités. La revendication espagnole d’un siège permanent reconnu du Conseil de la SDN se heurta cependant à une série d’obstacles qui se révéleront insurmontables, et l’Espagne, et avec elle le Brésil, mais à la différence de la Pologne, n’accepta pas la proposition d’un statut de membre en quelque sorte semi-permanent, attribué aux pays se situant entre les grandes puissances et les puissances mineures, et préféra se retirer de la SDN. Cependant, si la sortie du Brésil fut définitive, la rupture de l’Espagne ne sera finalement pas consommée.

Alors que Yanguas venait d’entrer en fonction en , la Section coloniale fut séparée du ministère d’État et placé sous la tutelle de la Direction du Maroc et des Colonies, en conséquence de quoi tout ce qui se rapportait au Maroc et autres territoires d’outremer passa à relever de la compétence de la Présidence du gouvernement. Primo de Rivera s’était arrogé ainsi le droit de conduire personnellement les affaires diplomatiques concernant le Protectorat du Maroc. Yanguas divergeait avec Primo de Rivera notamment à propos de la tactique précipitée mise en œuvre par celui-ci en vue de réviser le statut international de la ville de Tanger tel que fixé par la convention de 1923. Yanguas jugeant que les interférences dans les questions de politique internationale de la part du cabinet de la Présidence allaient au détriment de ses attributions spécifiques, il s’estima finalement dans l’obligation de démissionner le , c’est-à-dire au bout d’un peu plus d’un an. Il est symptomatique que Primo de Rivera s’abstint de lui nommer un successeur et supprima le ministère d’État, dont les officines furent alors intégrées dans la Présidence du Conseil, qui prit alors nom de Présidence et Affaires extérieures.

vignette|right|upright=1.4|Les membres du directoire civil de Primo de Rivera en décembre 1925. À l’avant, de gauche à droite, Eduardo Callejo (Instruction publique), José Yanguas (Affaires étrangères), José Calvo Sotelo (Économie), Severiano Martínez Anido (Intérieur), Miguel Primo de Rivera (président), Comte de Guadalhorce (Travaux publics), Honorio Cornejo (Marine) et Eduardo Aunós (Travail).

Une facette importante de la gestion de Yanguas à la tête du ministère consista dans la réforme du service diplomatique espagnol, encore que ladite réforme ait été menée pendant toute la durée du régime dictatorial. Les mesures prises tendaient à fondre en une seule les différentes carrières diplomatiques et consulaires et à imposer un plus haut niveau d’exigence dans la sélection des candidats ainsi que l’obligation d’occuper des postes à l’étranger. Un décret royal de restructura le ministère, remplaçant le sous-secrétariat par un secrétariat général et scindant la section politique en deux, une de caractère général et une autre spécifiquement consacrée à l’Amérique, cette dernière disposition conduisant, dans les dernières années de la Dictature, à une présence plus marquée de l’Espagne en Amérique hispanique.

Parallèlement à ses attributions comme ministre des Affaires extérieures, Yanguas Messía se consacra en particulier aussi à la mise au point d’une nouvelle constitution qui, se substituant à celle de 1876, était censée permettre bientôt le rétablissement de la monarchie parlementaire, abrogée par le coup d’État de 1923. Sur ce point aussi, de nouvelles divergences ne tardèrent pas à affleurer entre le président de l’Assemblée et celui du gouvernement.