Les soldats canadiens sous le Régime français forment un groupe social important dans l'histoire de la Nouvelle-France (Québec, Canada). Durant le , les rivalités qui opposaient la France et l'Angleterre en Europe se sont transposées sur divers théâtres d'opérations où ces deux grandes puissances tentaient d'affirmer leur suprématie. En plus des grandes batailles en sol européen, ces deux empires allaient également s'affronter aux Indes, aux Antilles et, bien sûr, en Amérique du Nord, étendant ainsi le conflit à leurs colonies, dispersées tout autour du monde. Le Canada n'échappera pas à ces rivalités et plusieurs milliers de soldats viendront combattre, mourir, mais également, pour certains, s'enraciner dans la colonie laurentienne. Toutefois, force est de constater que sous le régime français, l'afflux de soldats au Canada fut loin d'être constant. Bien que plusieurs recrues aient effectué la traversée de l'Atlantique pour regarnir les engagés, les troupiers puis les soldats, les envois sont trop souvent effectués sur le tard, en nombre insuffisant ou tout simplement interceptés par la Royal Navy. Le défi qu'imposait l'immensité du territoire à défendre de même la menace que représentaient les fourmillantes Treize Colonies au sud aurait sans doute nécessité des envois de troupes en plus grand nombre et de façon plus régulière. Bien que d'incessants conflits déchirent la colonie, d'abord avec les Iroquois puis rapidement avec les Britanniques, le déploiement de soldats français au Canada, entre 1608 et 1760, demeure somme toute modeste, si l'on fait des comparatifs avec les effectifs engagés dans les batailles européennes de la même époque. Toutefois, cette migration de soldats sera tout de même déterminante pour le peuplement de la colonie et sa continuité. Présents dès les tout débuts de la colonie, le groupe social que représentent les soldats a indéniablement eu un impact considérable sur la société canadienne sous le Régime français mais également pour la suite du Canada. gauche|vignette|488x488px|Canadiens en raquette allant en guerre sur la neige Les soldats ont constitué un groupe social fort influent durant sa présence au Canada sous le régime français. Présent dans la colonie dès les débuts et subsistant jusqu’aux dernières escarmouches avec les Britanniques, le soldat français aura laissé une marque indélébile dans la société canadienne. Pour la majorité de ceux qui choisissent de demeurer au Canada après le service militaire, ce choix implique, pour plupart, de poursuivre leur parcours au sein d'un autre groupe social. Les soldats du régiment Carignan-Salières, dans un premier temps, puis ceux des compagnies des troupes de la Marine et, enfin, ceux des batailles des troupes de Terre, ont permis l'essor de la société canadienne dans une multitude de ses facettes. Encore aujourd’hui, la généalogie canadienne-française demeure un sujet qui intéresse plusieurs Québécois. L’histoire de l’immigration et la colonisation militaire du Canada par les militaires Français demeure un pan primordial de l'histoire nationale canadienne et québécoise.
Les premiers soldats français en sol canadien (1608-1683) Les soldats recrutés par les compagnies commerciales
Soldats, ouvriers et personnel qualifiée vignette|« Abitation de Quebecq, 1608, par Champlain : A Le magazin. B Colombier. C Corps de logis où sont nos armes, & pour loger les ouvriers. D Autre corps de logis pour les ouvriers. E Cadran. F Autre corps de logis où est la forge, & artisans logés. G Galleries tout au tour des logemens. H Logis de sieur de Champlain. I La porte de l'habitation, où il y a pont-levis. L Promenoir autour de l'habitation concernant 10. pieds de large jusques sur le bort du fossé. M Fossés tout autour de l'habitation. N Plattes formes, en façon de tenaille pour mettre le canon. O Jardin du sieur de Champlain. Q Place devant l'habitation sur le bort de la riviere. R La grande riviere de sainct Lorens. » Dès la fondation de Québec en 1608, Samuel de Champlain est accompagné de soldats. Parmi ce groupe de militaires hétéroclites, on retrouve plusieurs vétérans des conflits qui déchirent l'Europe et qui ont déjà effectué la traversée dès 1604. Il importe de souligner qu'au tout début de la colonie, bien peu de choses différencient les soldats des autres civils avec qui ils effectuèrent la traversée de l'Atlantique : «Les premiers hivernants, comme on les appelle, sont des marins, matelots ou ouvriers, et des marchands avec leurs commis et leur valets. La plupart savent manier l'épée et l'arquebuse et, à la limite, on peut dire que tous sont aussi soldats». Qui plus est, les soldats qui participent aux premiers voyages vers le continent nord-américain sont polyvalents et ils exercent souvent un autre métier, ce qui s'avère être un atout, voir une nécessité dans une colonie naissante comme le Canada. Malgré tout, force est de constater que l'on manque de tout dans la vallée laurentienne; les soldats, les ouvriers et le personnel qualifié manquent cruellement, rendant la colonie vulnérable.
La nature privée de l'organisation militaire gauche|vignette|Champlain capitule à Québec, et rend la ville à l'amiral Kirke, le . Tout porte à croire que le recrutement des premiers soldats en partance pour le Canada devait se faire sensiblement de la même façon que celui des autres engagés puisque tout ce processus incombait aux compagnies commerciales: «Les soldats de cette période n'appartiennent à aucune formation régulière. Il n'y a à peu près pas d'information touchant le mode de recrutement, mais nous pouvons penser qu'il ne diffère pas de celui utilisé pur le commun des travailleurs». À l'instar des activités économiques qui prévalent dans la petite société canadienne, l'organisation militaire coloniale des premières décennies est davantage de nature privée. Trop souvent, la logique de rentabilité qui s'applique lors l'obtention d'un monopole commercial s'avère être difficilement conciliable avec les autres prérogatives qui accompagnent un tel privilège. En effet, les compagnies commerciales ayant obtenu le monopole contractent, par la même occasion, certains engagements envers le roi. Parmi ceux-ci, mentionnons entre autres les obligations de coloniser le pays, d'évangéliser les autochtones et de gouverner et défendre les intérêts de Sa Majesté. Or, le peu de soldats présents sur le territoire durant les premières décennies de la colonie est attribuable au fait que ceux-ci coûtent généralement cher et les compagnies qui les emploient sont fréquemment au bord de la banqueroute. L'épisode des frères Kirke, en 1629, démontre bien l'incapacité des compagnies détentrices de monopole d'assurer une défense adéquate de la jeune colonie. Ces corsaires, mandatés par le roi d'Angleterre Charles , prennent facilement Québec, centre névralgique du Canada, mais défendu par une poignée de soldats, à l'aide d'une petite flottille de 3 vaisseaux et 150 hommes.. La France perdra ainsi sa colonie jusqu'en 1632, moment où elle lui sera rétrocédée, en même temps que l'Acadie.
De la rétrocession de la colonie par les frères Kirke, en 1632, à l'instauration du gouvernement royal, en 1663, la compagnie des Cents-Associés et la Communauté des Habitants paient pour le recrutement, l'envoi et l'entretien des militaires qui parviennent au Canada. L'arrivée de soldats en sol canadien dépend donc de ces compagnies commerciales qui ont obtenu le droit exclusif d'exploiter certaines ressources du territoire et d'en faire le commerce. Bien qu'ils soient considérés comme un groupe distinct par les administrateurs de la colonie, les soldats présents au Canada demeurent un groupe social bien modeste en cette première moitié du : «Ils sont peu nombreux, au plus quelques dizaines entre 1633 et 1643, puisque la compagnie de 60 soldats qui arrive en 1644 est accueillie comme un puissant secours». À l'image des autres groupes sociaux présents dans la colonie, celui des soldats a sans contredit un statut précaire. Vers les guerres iroquoises vignette|Carte des Cinq-Nations iroquoises et des sites de missions entre 1656 et 1684. L'arrivée des Européens en Amérique a indéniablement bouleversé le mode de vie des Premières Nations. Les alliances commerciales de part et d'autre ont contribué à faire du commerce des fourrures une activité économique de premier plan. Très concurrentiel, le commerce des fourrures a exacerbé des tensions déjà existantes au sein des Premières Nations, notamment entre la Confédération Iroquoise, qui regroupe à cette époque les Mohawks, les Oneidas, les Onondagas, les Cayugas et les Sénécas et les diverses nations alliées aux Français, dont les Hurons-Wendats et les Algonquins.. Les guerres iroquoises, qui s'échelonnent sur pratiquement tout le , représenteront une menace constante pour tous les Français décidant de s'installer dans la colonie: «À compter des années 1640, les Iroquois deviennent très redoutables : en 1649, ils éliminent les Hurons-Wendats alliés des Français ; par la suite, ils harcèlent les petits établissements français de Montréal et de Trois-Rivières par de nombreux raids qui mettront la colonie française en péril». Après une courte période de trêve durant les années 1650, les hostilités reprendront progressivement en 1660 avec, entre autres, la bataille du Long-Sault sur la rivière des Outaouais. Bien que l'année 1663 ait été retenue comme celle de la prise en charge de la colonie par Louis XIV, son autorité ne sera véritablement affirmée qu'en 1665 lors de l'arrivée d'un gouverneur militaire, d'un intendant chargé de la justice, de la police et des finances et, enfin, des troupes «pour affirmer l'autorité royale et protéger la colonie des incursions iroquoises».
Les troupes royales : le régiment Carignan-Salières (1665-1683) vignette|Soldats de régiment Carignan-Salières venus au Canada en 1665
Les soldats du roi au Canada C'est donc à la suite de la prise en charge de l'administration coloniale par le roi, en 1663, qu'on détache les premiers soldats de troupes de Terre au Canada afin de combattre les Iroquois. À partir de 1665, le Canada accueillera donc les troupes du régiment Carignan-Salières, qui débarqueront successivement à Québec; un premier contingent de 4 compagnies arrivera en juillet, suivi par un autre contingent de 8 compagnies au mois d’août et, enfin, un troisième contingent de 8 compagnies complétera le régiment à son arrivée. Ce régiment se voit donc confier la mission périlleuse de pacifier les Iroquois et ainsi mettre un terme à «plus d'un demi-siècle de relations plutôt hostiles avec les indigènes, allant de la méfiance et des attentats isolés à la guerre proprement dite, amorcée au début des années 1640».
S'implanter dans la vallée laurentienne