Les élections générales boliviennes de 1985 ont lieu le dimanche afin d'élire le président de la République de Bolivie, le vice-président, les sénateurs et les députés du Congrès national. Comme aucun candidat n'obtient plus de la moitié des voix lors du vote populaire, le Congrès national procède à l'élection indirecte de Víctor Paz Estenssoro comme président de la République dans un vote où participent les deux candidats ayant préalablement obtenu le plus de voix.
Contexte Les élections générales de 1985 font suite à la première présidence démocratique depuis la succession de dictatures qui marque la politique bolivienne entre 1964 et 1982. Le gouvernement de gauche d'Hernán Siles Zuazo, élu en 1980, n'a toutefois pu prendre le pouvoir qu'en 1982, à cause d'un coup d'État militaire du général Luis García Meza peu après les élections générales de 1980.
Après deux décennies de dictatures, le président Hernán Siles Zuazo récupérait une Bolivie en piètre situation économique frappée par l'hyperinflation. Celui-ci ne réussit pas à améliorer l'état du pays et les mécontentements des milieux ouvriers se faisaient de plus en plus importants. Bien qu'il devait terminer son mandat en 1986, Siles Zuazo décide donc de procéder aux élections de manière anticipée. Les principaux aspirants au poste, l'ancien président Víctor Paz Estenssoro et l'ancien président de facto Hugo Banzer Suárez dirigeaient deux partis de droite (à degrés divers) et promettaient de profondes réformes visant à relancer l'économie bolivienne. La participation au scrutin est d'ailleurs importante. Les élections générales de 1985 marquent d'ailleurs le début d'une succession de présidences néolibérales durant vingt ans.
Système électoral La Loi électorale de 1980 définit à son article 45 les personnes bénéficiant du droit de vote. Celui-ci se détaillant comme suit : « Sont citoyens les Boliviens hommes et femmes, majeurs de vingt-et-un ans s'ils sont célibataires ou de dix-huit ans s'ils sont mariés, peu importe leur instruction, leur occupation ou leur rente ».
Postes à pourvoir Les listes étaient fermées et bloquées. En plus de l'élection du président et du vice-président, il se votait au cours du même processus électoral, les députés, les sénateurs, les maires et les conseillers municipaux.
Élection du binôme présidentiel Tel que l'établit la Constitution de 1967, la Loi électorale de 1980 prévoit que le président et le vice-président doivent être élus à la majorité absolue du vote populaire, dans le cas contraire, il revient au Congrès national de choisir le président via un vote indirect.
Divisions électorales Comme lors des élections antérieures, deux types de circonscriptions permettent l'élection des politiciens boliviens. D'un côté, la circonscription nationale afin d'y élire le président et le vice-président et de l'autre, les neuf circonscriptions départementales qui permettent l'élection des sénateurs et députés. Des maires et conseillers municipaux y furent également élus, des circonscriptions municipales existaient également à cette fin, celles-ci servaient par contre uniquement aux élections municipales.
En ce qui a trait au Sénat, il s'est maintenu la règle présente depuis les élections générales de 1979, selon laquelle chaque département élirait trois sénateurs. Quant à la Chambre des députés, la distribution de sièges est conforme à celle établie depuis les élections générales de 1980. Le tout se détaillant comme suit : DépartementSénateursDéputésChuquisaca313La Paz328Cochabamba318Oruro310Potosí319Tarija39Santa Cruz317Beni39Pando37Total27130
Candidatures Un total de dix-huit candidatures s'est présenté aux élections de 1985, soit le plus grand nombre de l'histoire politique bolivienne. Les règles afin de poser sa candidature pouvaient souffrir d'un manque de clarté ou leur application était défaillante. Ainsi, Jaime Paz Zamora, qui était vice-président lors de la période qui se concluait, a pu être habilité comme candidat à la présidence.
Résultats Bien que l'Action démocratique nationaliste (ADN) ait gagné la première place au suffrage populaire, celle-ci ne constitue toutefois pas la première force parlementaire, en raison du fait qu'elle ait remporté la première place uniquement dans deux départements, soit ceux de La Paz et de Cochabamba. Même s'il obtient la deuxième place en ce qui a trait au suffrage populaire, le Mouvement nationaliste révolutionnaire (MNR) devient tout de même la première force parlementaire avec une majorité de sénateurs et plus de députés que l'ADN.
Les électeurs du département de La Paz, qui avaient pourtant majoritairement soutenu en 1980 l'Unité démocratique et populaire (UDP), parti de gauche d'Hernán Siles Zuazo, ont fait remporter en 1985 l'ADN, parti de droite dirigé par l'ancien dictateur Hugo Banzer Suárez.
Les résultats des élections générales de 1985 laissent suggérer que la population recherche un gouvernement stable qui aura la fermeté et la capacité de résoudre les problèmes qu'apparemment la gauche n'a pas été capable de faire. Des partis comme le MNR et l'ADN font campagne en mettant l'accent sur les solutions à la situation économique et sociale actuelle et sur l'expérience gouvernementale dont ils bénéficiaient.
Le mécontentement vis-à-vis la gestion économique du gouvernement de gauche et le blocus parlementaire des partis de droite sont des raisons qui ont suscité un déplacement du vote vers la droite lors de ces élections, mais également un déplacement global du centre électoral vers la droite.
Après l'élection, les partis de gauche décident de soutenir Víctor Paz Estenssoro afin d'empêcher Banzer d'accéder au pouvoir lors de l'élection du président par le Congrès. Essayant d'éviter l'expérience de la période précédente, le MNR nouvellement élu cherche à stabiliser les relations entre l'exécutif et le législatif à travers le Pacte pour la démocratie, qui réunissait déjà les deux tiers des membres de la Chambre des députés et pratiquement tout le Sénat. Ce pacte a permis au système politique d'atteindre un ordre qui a mis exclusivement l'accent sur cette relation entre les pouvoirs et qui a survécu pendant près de deux décennies. +Résultats des élections générales boliviennes de 1985Elections in the Americas : a data handbook / ed. by Dieter Nohlen, Vol. 2. [Oxford] [u.a.]: Oxford Univ. Press, 2005. P.151. CandidatsPartiVotes%DéputésSénateursHugo Banzer Suárez Eudoro Galindo AnzeAction démocratique nationaliste493 73532,834110Víctor Paz Estenssoro Julio Garrett AyllónMouvement nationaliste révolutionnaire456 70430,364316Jaime Paz Zamora Oscar Eid FrancoMouvement de la gauche révolutionnaire - Nouvelle Majorité153 14310,18151Roberto Jordán Pando Marcelo Velarde OrtizMouvement nationaliste révolutionnaire de gauche82 4185,488Carlos Serrate Reich Zenón Barrientos MamaniMouvement nationaliste révolutionnaire d'avant-garde72 1974,806Ramiro Velasco Romero Wálter Vásquez MichelParti socialiste-138 7862,585Antonio Araníbar Quiroga Óscar Salas MoyaFront du peuple uni38 1242,534Genaro Flores Santos Filemón Escobar EscobarMouvement révolutionnaire Túpac Katari de libération31 6782,112Luis Ossio Sanjinés Jaime Ponce GarcíaParti démocrate-chrétien24 0791,603David Añez Pedraza José Luis Gutiérrez SardánPhalange socialiste bolivienne19 9851,333Macabeo Chila Prieto Hermógenes Bazualdo GarcíaMouvement révolutionnaire Túpac Katari16 2691,08Guillermo Lora Escobar Ascencio Cruz CruzParti ouvrier révolutionnaire13 7120,91Raúl Catacora Córdova Guido Capurata MamaniAction civique populaire12 9180,86Francisco Figueroa Marcos ChuquimiaMouvement nationaliste révolutionnaire de gauche-111 6960,78Isaac Sandóval Rodríguez Luis Luján TiconaGauche unie10 8920,72Luís Fernando Mostajo Cavero Delfín Berdeja TaboadaForce nationale progressiste9 6350,64Juan Santa Cruz Adolfo Murillo BlancoAction humaniste révolutionnaire9 4200,63Humberto Cayoja Riart Antonio Chiquíe DippoAlliance nationale de renouvellement8 6650,58Votes valides1 504 05671,33Votes blancs126 8007,34Votes nuls97 5095,64Total1 728 36510013027Abstention308 09318,03Inscrits/participation2 108 45881,97
Vote du Congrès Le , le Congrès national se réunit pour élire le président de la République, procédure prévue par la Constitution lorsqu'aucun candidat n'obtient la majorité absolue lors du vote populaire. Le candidat du MNR, Víctor Paz Estenssoro, est élu président de la Bolivie, obtenant l'appui de la majeure partie des groupes politiques. Candidat présidentielPartisVotesVíctor Paz Estenssoro (MNR)MNR, MIR, MNRI, MNR-V, PDC, MRTKL94Hugo Banzer Suárez (ADN)ADN51AbstentionPS-1, FSB, FPU12Total157
Notes et références
Bolivie 1985 Catégorie:1985 en Bolivie Catégorie:Juillet 1985