Alice de Janzé, née Silverthorne ( – ), aussi connue sous le nom dAlice de Trafford et de comtesse de Janzé, est une héritière américaine qui séjourna au Kenya où elle fut membre de la communauté de la Vallée Heureuse. Elle est en lien avec plusieurs faits-divers, ainsi sa tentative de meurtre sur la personne de son amant en 1927 et le meurtre, en 1941, d'un autre de ses amants, Josslyn Hay, au Kenya. Sa vie est marquée par la promiscuité sexuelle, l'usage de la drogue et plusieurs tentatives de suicide.
Élevée à Chicago et New York, c'est une des plus importantes socialite américaine de son temps. Membre de la puissante famille Armour, elle est multi-millionnaire par héritage. Elle intègre la noblesse française lorsqu'elle épouse, en 1921, le comte de Janzé. Au milieu des années 1920, elle est introduite dans la communauté de la Vallée Heureuse, un groupe d'expatriés majoritairement britanniques, au Kenya, célèbre pour son mode de vie hédoniste.
En 1927, elle fait la une des journaux lorsqu'elle tire sur Raymond de Trafford dans une gare parisienne avant de retourner l'arme contre elle. Elle est jugée et condamnée à une faible amende puis graciée par le Président français. Plus tard, elle épouse l'homme qu'elle a essayé de tuer avant d'en divorcer.
En 1941, elle est l'une des principaux suspects du meurtre au Kenya de son ami et ancien amant, le comte d'Erroll. Après plusieurs tentatives de suicide, elle met fin à ses jours par arme à feu en . Elle est mise en scène dans plusieurs fictions et non-fictions, notamment le livre White Mischief (« Sur la route de Nairobi ») et son adaptation cinématographique du même titre, dans laquelle elle est interprétée par Sarah Miles.
Biographie Jeunesse vignette|Alice de Janzé à Chicago, 1919.
Alice Silverthorne naît à Buffalo, dans le Comté d'Érié, fille unique de l'industriel du textile William Edward Silverthorne et de sa femme, Julia Belle Chapin ; ils sont membres de la famille Armour, laquelle est à la tête de l'entreprise Armour and Company, à l'époque la plus grande entreprise agro-alimentaire du monde. C'est la cousine germaine de J. Ogden Armour et la petite-nièce de Philip Armour et de Herman Ossian Armour, la petite-fille de leur sœur Marietta, qui a laissé une grande partie de ses biens à sa mère, Julia, en 1897.
Ses parents, William et Julia, s'étaient mariés à Chicago le . Alice de Janzé passe la majeure partie de sa jeunesse et de son adolescence à Chicago, vivant avec ses parents dans le quartier aisé de Gold Coast. Alice est la cousine préférée de J. Ogden Armour. Sa riche famille fait que ses amis la surnomment « cuillère d'argent »Jeu de mots entre « silver spoon », cuillère d'argent et « Silverthorne », son nom de famille..
Sa mère meurt des complications de la tuberculose lorsqu'Alice a huit ans ; son biographe Paul Spicer avance que sa mort est due au fait qu'elle avait été enfermée hors de la maison par son mari pendant une nuit glaciale six mois plus tôt. Alice, qui hérite de sa mère un grand domaine foncier, est elle-même probablement tuberculeuse asymptomatique depuis sa naissance. À la suite de la mort de sa mère, Alice est élevée par une gouvernante allemande à New York ; son père, à tendance alcoolique, est fréquemment absent du fait de ses obligations professionnelles.
William Silverthorne se remarie rapidement en 1908, et il a cinq enfants avec sa seconde femme, Louise Mattocks. Plusieurs ne vivent pas ; la fratrie d'Alice comprend William Jr. (1912–1976), Victoria Louise (morte nouvelle-née en 1914), Patricia (1915–?), Lawrence (1918–1923) et une fille, qui ne sera pas baptisée, qui meurt à la naissance en 1910. William divorce ensuite de Louise Mattocks et se mariera deux fois encore.
vignette|Alice de Janzé à Lake Geneva en septembre 1916.
Avec les encouragements de son père, Alice est introduite dans la vie sociale dès son adolescence. Elle est l'une des plus éminente socialite de Chicago, fréquentant les boîtes de nuit à la mode. Son père l'emmène également dans plusieurs voyages en Europe et contribue à façonner son image de « débutante ». Ces années de relations sociales intenses conduisent Alice à une mélancolie chronique ; il est possible qu'elle ait souffert de cyclothymie, forme de trouble bipolaire.
Son père perd bientôt son droit de garde ; un oncle maternel assume le rôle de tuteur et il l'inscrit dans un internat à Washington D. C.. Le journaliste Michael Killian pense que c'est à cause du fait que William Silverthorne entretenait une relation incestueuse avec sa fille adolescente, qui aurait perdu sa virginité avec son père, jusqu'à ce qu'un de ses oncles intervienne et porte l'affaire devant un tribunal. Paul Spicer, un de ses biographes, ne pense pas que les relations avec son père étaient inappropriées. Sans tenir compte de la décision de justice, après qu'à l'âge de quatorze ans elle a commencé à vivre chez les Armour à New York, elle voyage sans se cacher avec son père, se rendant sur la Côte d'Azur, où Killian prétend que le père l'aurait ouvertement présentée comme sa maîtresse et l'aurait autorisée à garder une panthère noire comme animal de compagnie. Les années suivantes, elle se fait remarquer à parader avec l'animal sur la promenade des Anglais à Nice.
1919–1927. Mariage et communauté de la Vallée Heureuse En 1919, Alice revient à Chicago pour vivre avec ses tantes, Alice et Josephine Chapin. Deux ans plus tard, elle se rend à Paris, où elle travaille brièvement dans l'atelier de Jean Patou jusqu'à ce qu'elle rencontre le comte Frédéric de Janzé appartenant à une famille française anoblie en 1818. Famille éteinte en ligne agnatique. (vers 1896 – ), un Français connu, pilote de course et héritier de l'aristocratie bretonne. Il participe aux 24 Heures du Mans entre autres courses, et il fréquente aussi les cercles littéraires ; c'est un ami proche de Marcel Proust, Maurice Barrès et Anna de Noailles.
À la différence de beaucoup d'héritières américaines de l'époque, Alice n'autorise pas sa famille à arranger des rencontres « avantageuses » pour elle, préférant prendre l'initiative. Elle entame une relation amoureuse avec de Janzé. Après trois semaines de romance, le couple se marie le à Chicago ; de Janzé aurait trouvé son nom de famille, « Silverthorne », si charmant qu'il aurait regretté que le mariage le lui enlève.
Une tante d'Alice, épouse de J. Ogden Armour, cède le terrain des Armour à Long Island aux jeunes mariés ; ils y résident deux semaines avant de décider de s'installer définitivement à Paris, dans le quartier des Champs-Élysées. Ils ont deux filles, Nolwén Louise Alice de Janzé ( – ) et Paola Marie Jeanne de Janzé ( – ). Ce sont des parents négligents, les enfants sont pour l'essentiel élevés par des gouvernantes et la sœur de Frédéric de Janzé dans la résidence familiale du château de Parfondeval en Normandie.
En 1925, le couple devient ami de Josslyn Hay, comte d'Erroll et de sa femme, Idina Sackville. Quelque temps après, le jeune comte et la jeune comtesse invitent les de Janzé à séjourner au Kenya, dans la « Vallée Heureuse », surnom de la vallée de la Wanjohi, près des monts Aberdare, où s'installent à cette époque des colons, pour la majorité britanniques, qui forment une communauté hédoniste, connue pour sa consommation de drogue et d'alcool et ses mœurs de promiscuité sexuelle. Le couple accepte l'invitation.
Dans la Vallée Heureuse, les deux couples sont voisins. Frédéric de Janzé relate dans un livre, Vertical Land, publié en 1928, son expérience en cet endroit. Il donne un portrait des membres de la communauté de la Vallée Heureuse et une description psychologique de son épouse, qualifiée d'
Les résidents de la Vallée Heureuse surnomment Alice la « méchante Madone » (the wicked Madonna), en allusion à sa beauté, son sens de l'humour sarcastique et ses sautes d'humeur imprévisibles. Elle discourt passionnément sur les droits des animaux et joue de l'ukulélé. Elle s'engage dans une relation libre avec Josslyn Hay, Lord Erroll, qu'elle partage ouvertement avec Idina.
Après leur premier séjour, Frédéric et Alice retournent dans la Vallée Heureuse en 1926. Frédéric s'occupe en chassant le lion tandis qu'Alice entame une relation amoureuse avec un aristocrate britannique, Raymond Vincent de Trafford ( – ). L'engouement d'Alice pour de Trafford est tel que le couple tente de s'enfuir, avant de revenir rapidement. Frédéric est au courant des infidélités de son épouse, mais ne semble pas s'en préoccuper ; cependant, plusieurs années après, il qualifie le triangle amoureux avec de Trafford de « triangle infernal ».
À l'automne 1926, souhaitant sauver son mariage, Frédéric revient à Paris avec Alice, laquelle rend visite à la mère de Frédéric ; lui révélant son amour pour de Trafford, elle lui demande son aide pour divorcer. Sa belle-mère lui demande de penser aux deux enfants et de ne rien faire qu'elle pourrait regretter plus tard. Espérant éviter le scandale d'un adultère, sa belle-mère lui prête un appartement dans un quartier calme, comme « nid d'amour » pour accueillir de Trafford. Sous la pression de sa famille, Frédéric demande rapidement le divorce.
1927. Incident de la gare du Nord Le matin du , Alice se réveille dans sa demeure parisienne, dans un état d'agitation notable, selon le témoignage de sa femme de chambre. L'après-midi, Alice rencontre Raymond de Trafford ; il l'informe qu'il ne pourra pas l'épouser car sa famille, catholique pratiquante, l'a menacé de le déshériter. Le couple visite ensuite une boutique où Alice achète un révolver décoré avec de l'or et des perles.
À la gare du Nord, quelques heures plus tard, dans un compartiment de train, alors que Raymond de Trafford lui fait ses adieux avant de partir pour Londres, Alice sort son arme et lui tire dans l'abdomen, lui perforant le poumon. Elle retourne ensuite l'arme sur elle, se tirant dans l'estomac. Le conducteur du train rapporte que, alors qu'il ouvre la porte du compartiment, Alice aurait dit « je l'ai fait » avant de s'effondrer.
Raymond de Trafford passe plusieurs jours dans un hôpital, dans un état critique. Alice aurait murmuré « Il doit vivre ! Je veux qu'il vive » lorsqu'elle apprend qu'il est sérieusement atteint et pourrait décéder. Dans la confusion, ses propres blessures sont négligées par les médecins. Malgré des rapports initiaux qui disent qu'elle a été, elle aussi, gravement blessée, ses blessures sont, en fait, plutôt bénignes. Alice et Raymond sont transférés à l'hôpital Lariboisière. Les proches d'Alice se rendent à l'hôpital et essaient de la faire transférer dans une clinique privée, mais ils en sont empêchés par des gendarmes, car elle est en état d'arrestationChicago Tribune, 7/4/1927.
L'incident fait les gros titres partout dans le monde. Il règne une certaine confusion lorsque cinq journaux britanniques, le Western Mail, le Manchester Guardian, le Liverpool Daily Courier, le Liverpool Evening Express et le Sheffield Daily Telegraph, illustrent leurs articles avec une photo, non pas d'Alice mais de sa belle-sœur, la vicomtesse Phillis Meeta de Janzé, laquelle attaque les journaux en réparationThe Times, 1/6/1927.
Tentant de minimiser l'incident, la famille d'Alice fait une déclaration dans la presse, dans laquelle elle dit qu'il n'y a là aucune raison de jeter le discrédit sur les familles Armour et Silverthorne, ni rien qui puisse inciter un jury français à rendre un verdict de culpabilité. Sa tante, l'épouse de George Silverthorne, déclare à un journaliste qu'elle ne peut croire qu'Alice ait fait cela, et qu'elle pense qu'il s'agit d'une erreur.