Frederic Mompou i Dencausse, né le à Barcelone et mort le dans la même ville, est un compositeur et pianiste espagnol.
Biographie thumb|Plaque sur la maison natale de Frederic Mompou (au carrer de Fontrodona). Frederic Mompou est né à Barcelone le , dans une Barcelone artistique et industrielle en pleine mutation, que ce soit en poésie (Sagarra), en architecture (Gaudí) ou en peinture (Picasso, Miró). Il étudie le piano à Barcelone, au conservatoire du Liceu avec le professeur Pedro (Pere) Serra. Il donne son premier récital en 1908. C'est en 1909, à la suite d'un concert donné par Gabriel Fauré, qu'il décide de devenir compositeur.
Formation
thumb|Josep et Frederic Mompou en 1915.
Son premier contact avec les études musicales est difficile. En 1911, il arrive à Paris avec une lettre de recommandation d'Enrique Granados afin d'entrer au conservatoire, alors dirigé par Gabriel Fauré, afin d'étudier principalement la composition. Mais sa timidité le pousse à s'enfuir avant son tour. Il s'engage alors comme auditeur libre au conservatoire et assiste aux leçons de Louis Diémer (piano) et Émile Pessard (composition), qu'il juge trop formel et incapable de rendre possible son épanouissement.
Il se présente ensuite à Isidor Philipp, qui le recommande à Ferdinand Motte-Lacroix, avec qui une amitié réciproque va s'établir. Parallèlement, il prend des leçons d'harmonie avec Marcel Samuel-Rousseau, mais, là encore, l'enseignement trop rigide le rebute et il décide de ne pas continuer dans cette direction.
Premières œuvres En 1913, le service militaire le contraint à rentrer à Barcelone, où il reste jusqu'en 1920. C'est à cette période qu'il compose ses premières œuvres pour piano : Impresiones íntimas, Cants Màgics, Scènes d'Enfants, Pessebres, Suburbis, Fêtes lointaines, Charmes, Trois variations et L'Hora grisa et la première « chanson et danse ». C'est également durant cette période que ses idées esthétiques prennent forme. Il s'oppose au « cérébralisme » et cherche la clarté, le naturel, la sincérité et le dépouillement. Il utilise beaucoup de quintes répétées au caractère primitiviste.
1921 — 1941, Paris Il revient à Paris en 1921, où il donne sa première audition le . Le jour suivant voit la publication d'un article enthousiaste d'Émile Vuillermoz dans Le Temps. En 1923, il s'installe à Paris où il restera jusqu'en 1941 sans pour autant changer son mode de vie ni mener une existence mondaine. Il est cependant en relation avec la « haute société » et des personnalités des arts et des lettres comme Paul Valéry, dont il utilisera les textes dans certaines de ses compositions, ou Heitor Villa-Lobos, Francis Poulenc et Darius Milhaud.
Durant ce séjour, sa production se ralentit, mais il compose néanmoins les Chansons et danses à 4, les Préludes à 6, Dialogues, Souvenirs de l'Exposition, les Variations sur un thème de Chopin, Cançoneta incerta, Trois comptines et Quatre mélodies.
1941 — 1987, Barcelone alt=Un couple, bras dessus, bras dessous, marche face à l'objectif. L'homme porte costume, chapeau et écharpe. La femme est tout sourire|thumb|Frederic Mompou et son épouse, la pianiste Carmen Bravo, à Barcelone en 1943. En 1941, il retourne définitivement à Barcelone où il termine son œuvre à la suite d'une nouvelle période de création liée notamment à sa rencontre avec la pianiste catalane Carmen Bravo, qu'il épousera en 1957. En 1978, une hémorragie cérébrale le contraint à cesser de composer. En 1980, il reçoit la Médaille d'or du mérite des beaux-arts par le Ministère espagnol de l'Éducation, de la Culture et des Sports..
Federico Mompou meurt le . à l'âge de 94 ans. Son épouse meurt en 2007.
Musique et style Sa musique est principalement dédiée au piano. Son écriture parcimonieuse se situe à l'opposé de la musique grandiose de Richard Wagner, mais plutôt dans les traces de Johannes Brahms et César Franck, et des nationalismes musicaux russes (comme Alexandre Scriabine qui fascinait Mompou) et espagnols (démarrés par Felipe Pedrell, musicologue du folklore, puis repris par Enrique Granados, Manuel de Falla et Isaac Albéniz). Claude Debussy et ses dissonances ainsi que Maurice Ravel et Erik Satie ont également eu une influence importante. Tout comme eux, il n'aime pas le développement et le remplissage. Cependant, il « fuit le plus possible l'impressionnisme », bien que ses pièces composées de 1914 à 1921 aient conduit Émile Vuillermoz à le surnommer « le Debussy espagnol ».
Il ne se définit pas comme un compositeur, mais comme un musicien. Il refuse la musique atonale et la musique sérielle à la mode dans les années 1940 et popularisées par Arnold Schönberg. Au contraire, il compose une musique intimiste de manière instinctive, avec comme idéal esthétique le critère de beauté. Il se décrit également comme un « primitif », et n'hésite pas à supprimer les armatures et les barres de mesure.
Roger Prevel dit de lui qu'il est , et que sa musique est Vladimir Jankélévitch quant à lui relève plusieurs points communs avec la musique de Déodat de Séverac, en particulier la présence d'accords avec sixte ajoutée ou le thème des paysages. Sa musique joue beaucoup avec la résonance des harmoniques qui dégagent les fondamentales.
Les grands-parents maternels de Mompou, originaires de Tarbes, étaient fondeurs de cloches. On retrouve dans son œuvre de nombreuses allusions à ce thème, comme dans « La fontaine et la cloche », « Música callada » (numéros 5, 8 et 9) ou encore dans le dernier « charme », « Pour appeler la joie ».
Œuvre Piano thumb|Le piano de Mompou, exposé au Musée de la Musique à Barcelone.
Les sont les premières œuvres composées par Frederic Mompou, entre 1911 et 1914, lors de son premier séjour à Paris. Elles sont caractérisées par l'utilisation de la transposition pour éviter la monotonie. On peut y distinguer l'influence d'Erik Satie, particulièrement dans .
La première, intitulée initialement (« Adieu ») a été renommée (« Plainte »), est composée d'un thème unique exposé trois fois avec des variations, et ne comporte pas de barres de mesure, contrairement aux pièces suivante du même recueil. Les trois pièces suivantes portent le même nom et sont suivies de (« Oiseau triste »), inspirée par l'histoire d'un chardonneret, (« La barque »), rappelant « le balancement sans véhémence d'une embarcation » selon Roger Prevel, puis (« Berceau »), une berceuse, , une danse obstinée, et finalement , qui est la seule pièce du recueil à utiliser le folklore méridional, et est inspirée d'un accident de voiture sans gravité avec un vieil homme bon et résigné.
Pessebres Les (« Crèches »), composées de 1914 à 1917, décrivent une tradition catalane semblable aux santons de Provence. Les trois pièces, constituées d'inflexions modales, sont assez homogènes. La « Danse », soutenue et vive, évoque un motif populaire, alors que le (« Berger ») est un personnage de la crèche qui avance « d'un pas mesuré [vers] un lieu reposant. » Finalement, l'« Ermitage » est serein et contemplatif, laissant deviner des sons de cloches.
Scènes d'enfants Mompou a composé les Scènes d’enfants entre 1915 et 1918 pour « éterniser ses promenades d'autrefois. » Réminiscences de chansons populaires catalanes, elles sont divisées en trois parties : « Cris dans la rue », « Jeux sur la plage » et « Jeunes filles au jardin », évoquant un monde ludique.
Dans « Cris dans la rue », on retrouve trois thèmes populaires : un mouvement perpétuel rigoureux et obsédant, une chanson des rues et finalement une valse lente sur la mélodie populaire . Jeux sur la plage , et évoquent des appels et des balles lancées sur une plage. Finalement, « Jeunes filles au jardin », reprenant le thème , évoque un pas de danse en rêvant d'un prince charmant. Elle est inspirée par un souvenir de Mompou : une balade en montagne dans le lit d'un torrent. En haut du ravin, un mur, derrière lequel il imaginait l'existence du jardin et des jeunes filles. Plus tard, l'auteur découvrira un jardin romantique du .
Jeunes filles au Jardin, avec La Rue, le Guitariste et le vieux Cheval (extrait de Suburbis) a été enregistré en par Magda Tagliaferro. C'était le premier disque consacré aux œuvres de Mompou (pour Gramophone P855). Plus tard, en 1935, Jeunes Filles au Jardin est l'objet d'une Cinéphonie, réalisée par Dimitri Kirsanoff. Les interprètes sont Magda Tagliaferro, piano, et Clotilde Sakharoff, danse.
Les Scènes d’enfants ont été orchestrées en 1936 par Alexandre Tansman, ami fidèle de Mompou. La pièce Jeu a également été transcrite pour violon par Joseph Szigeti et jouée par le Royal Ballet de Covent GardenJ. Barral, livret de Mompou: Suburbis, Los Improperios, Combat del somni, Scènes d'enfants, Harmonia Mundi France, 1994.
Suburbis (1916-1917), l'un des ouvrages les plus connus de Mompou, représente les faubourgs de Barcelone au début du siècle tout comme les Scènes d'enfants et est écrit sans barres de mesure. (« La rue, le guitariste et le vieux cheval ») est inspiré par l'image et les sons d'un quartier ouvrier. Viennent ensuite les « Gitanes » et , évoquant probablement ses amies gitanes la Fana et la Chatuncha ; puis (« La petite aveugle ») dont le thème est involontairement analogue à la danse du . Finalement, (« L'Homme à l'ariston »), évoque une sorte d'orgue de barbarie désaccordé joué par un mendiant lorsque Mompou était adolescent, sur un rythme de habanera, danse populaire cubaine.
Suburbis a été orchestré en 1936 par Manuel Rosenthal, à la suite d'un récital donné par Magda Tagliaferro.
Cants màgics La série des a été écrite entre 1917 et 1919. Il s'agit de la première œuvre de Mompou à être publiée, dès 1920, par Francisco Martí de l’ grâce à Augustín Quintas, malgré son style non conformiste caractérisé par l'absence de barre de mesure et l'utilisation de deux ou trois portées. Elle est dédiée à F. Motte-Lacroix, le maître de Mompou, qui fut immédiatement enthousiasmé et le présenta à Émile Vuillermoz, critique du journal « Le Temps ». Mais Mompou, toujours trop timide, reprend le train pour Barcelone, trop embarrassé par la perspective d'une interview.
Le style des est primitiviste, avec de nombreux accords prolongés.
Fêtes lointaines Écrites en 1920, peu avant son retour à Paris, les « Fêtes lointaines » sont, selon Prével, . Il s'agit de six danses non titrées, de diverses rapidités de mouvement, raffinées et écrites avec une grande économie de moyens.
Charmes Dédiées à Émile Vuillermoz et Ricardo Viñes, les six courtes pièces composant « Charmes » ont été écrites entre 1920 et 1921, en référence aux poèmes de Paul Valéry. Selon leur compositeur, il s'agit d'« une forme primitive d'incantation » dans laquelle il cherche à détruire toute idée de composition. Aucune ne dure plus de deux minutes. Elles sont comparables aux six épigraphes antiques de Claude Debussy.
Le premier « charme » s'intitule « Pour endormir la souffrance ». Le deuxième, « Pour pénétrer les âmes », se termine par un son de cloche. Le troisième, « Pour inspirer l'amour » est très délicat et rappelle « Jeunes filles au jardin ». Dans le quatrième, « Pour les guérisons », les nombreux trilles se transforment progressivement en un champ élégiaque sur fond de marche funèbre. Le cinquième s'intitule « Pour évoquer l'image du passé » et est dansant et séducteur. Finalement le sixième et dernier charme, « Pour appeler la joie », est jubilatoire, empli de gazouillis et frôlements d'ailes.
Trois Variations Les « Trois Variations » (1921) autour d'un thème personnel de Mompou sont dédiées au père de Mompou. La première variation est intitulée « Les soldats » et un souvenir du père de Mompou qui l'emmenait à une messe dans laquelle des soldats jouaient de la trompette lorsqu'il était petit. thumb|alt=page de couverture d'une partition de de Frederic Mompou|Cançó i dansa I (1921). Page de couverture de la partition.