Nature et formes de la sympathie. Contribution à l'étude des lois la vie émotionnelle (Wesen und Formen der Sympathie) est une œuvre du philosophe Max Scheler publiée en 1923. C'est une version revue et augmentée du livre Zur Phänomenologie und Theorie der Sympathiegefühle und von Liebe und Haß publié en 1913. Dans ce livre, M. Scheler se propose d'étudier du point de vue de la phénoménologie le sentiment de sympathie, mais également les sentiments d'amour et de haine. Il a pour objectif de montrer en quoi les premières conceptions (empiriques et génétiques) de ces phénomènes sont entachées d'erreur, puis de les dépasser en esquissant une théorie des formes de la sympathie.

Présentation

La préface (à la deuxième édition) La préface (faite par l'auteur lui-même) nous renseigne sur ce livre. Ce livre est une refonte d’un ouvrage publié en 1913 sous le titre de Phénoménologie et théories de sentiments de la sympathie, de l’amour et de la haine. Comme le met si bien en évidence le titre, Max Scheler propose une approche phénoménologique des sentiments de la sympathie, de l’amour et de la haine. Nature et formes de la sympathie est donc la deuxième édition du livre de 1913, une version revue et augmentée.

Nature et formes de la sympathie semble sous-tendu par un projet systématique. En effet, ce serait le premier volume d'un projet plus vaste qui a pour objets d'étude différents sentiments. M. Scheler le signifie fort bien dans la préface dudit livre : « le volume que nous présentons aujourd’hui sera suivi d’ouvrages sur : La nature et les formes du sentiment de pudeur, La nature et les formes de l’angoisse et de la peur, La nature et les formes du sentiment d’honneur. De même que dans cet ouvrage-ci, consacré à la sympathie, nous envisagerons, dans chacun des ouvrages suivants les principaux dérivés de chacun de ces sentiments [...]. Nous ne pouvons encore rien dire des raisons qui nous font espérer que nous réussirons à donner, en publiant les volumes dans l'ordre que nous venons de citer, une revue compréhensive et systématique de tous les sentiments ayant une signification morale et sociale. »

Cet ouvrage se trouve également « enrichi » par rapport à la première édition. Des parties ont été revues, et des chapitres augmentés ont été augmentés. Si bien le livre s’en est trouvé transformé : « Beaucoup de passages du livre ont subi [...] des modifications plus ou moins importantes, des développements et des annotations qui ne figuraient pas dans la première édition.

Plusieurs raisons, d'ordre et de poids différents, nous ont dicté cette profonde transformation du livre. »

Première partie : La participation affective Cette partie, la plus volumineuse, comprend dix chapitre dans lesquels Max Scheler en commençant par "l'analyse de la participation affective" entend procéder à « l'examen des processus à la faveur desquels les sentiments éprouvés par les autres nous apparaissent distinctement "intelligibles", [car] il importe au plus degré d'apporter un peu de lumière dans ces questions, d'autant que les attitudes qui nous intéressent ici ont fait l'objet dernièrement de jugements de valeur moraux aussi divers que contradictoires. »

Chap. I : La morale dite de la sympathie Dans ce premier, Max Scheler souligne les erreurs d'une morale dite de la sympathie. Selon lui, toute tentative de fonder en raison une morale en se basant sur la sympathie relève d'un paralogisme. Ce faisant, « [la morale dite de la sympathie] postule d'avance ce qu'elle se propose de déduire ». Pour étayer son point de vue en ce qui concerne l'impossibilité de fonder une morale sur la sympathie, il évoque trois erreurs qui minent la morale dite de la sympathie.

La sympathie est indifférente à la valeur et la non-valeur. Pour ce faire, il met en évidence une différence entre la sympathie et l'amour. L'amour est guidé par la notion de valeur, alors que la sympathie, non. À propos, il écrit : « la sympathie est, dans toutes ses manifestations, totalement et par principe indifférente à la valeur ». Les jugements de valeur ne sont par principe fondés sur la sympathie. Pour M. Scheler, pour formuler un jugement, nul besoin de le fonder sur la sympathie. Car les jugements de valeur ne sont pas "par principe" fondés sur la valeur la sympathie. De sorte que, « ce serait une erreur de croire qu'il est impossible de fonder un jugement moral, lorsqu'il n'est pas fondé sur la sympathie. ». La sympathie est une attitude essentiellement réactive. Pour ce faire, « la morale dite de la sympathie se rend coupable d'une autre erreur encore : elle se met notamment en opposition avec la loi préférentielle évidente, d'après laquelle, à valeur positive égale, les actes spontanés sont préférables aux actes réactifs ».

Si la morale dite la sympathie se révèle minée d'erreurs, c'est parce qu'elle est fondée sur des erreurs sur la formulation des jugements, tant sur sa propre personne que les autres. En effet, pour Max Scheler, ceux qui entendent fonder toute conduite morale sur la sympathie n'ont pas compris ceci : les jugements que l'on formule aussi bien sur soi-même que les autres n'ont pas « besoin de passer par la phase préliminaire de la sympathie ».

Chap. II : Classification des phénomènes de la sympathie Les erreurs dont se rend coupable la morale dite la sympathie découlant d'une incompréhension de la sympathie du fait de quelques confusions, Max Scheler entend procéder à une clarification en procédant à une classification des phénomènes de la sympathie. Cette taxinomie a pour vocation d'opérer une distinction entre « toute attitude par laquelle nous concevons, comprenons, revivons [...] ce qui arrive aux autres et leurs états affectifs ».

Pour M. Scheler, si la connaissance et la compréhension de ce qu'éprouvent les autres précèdent la compassion et la sympathie, il est important de ne pas sombrer dans une autre confusion qui amènerait à (faire) croire qu'est de la sympathie toute attitude qui rend possible une reproduction des états affectifs des autres. Autrement dit, le fait de se représenter les sentiments d'autrui, le fait de se mettre comme dans la peau d'autrui pour tenter d'éprouver ce qu'éprouve autrui n'est pas de la sympathie. « Nous devons distinguer nettement la sympathie du fait de revivre les sentiments ou la vie d'autrui ».

Il procède ainsi à la critique de l'intuition projective et la théorie de l'imitation. de Theodor LippsTheodor Lipps : ces théories par les lesquelles on a voulu expliquer le fait de revivre la vie d'autrui et ses états affectifs. Car phénoménologiquement, écrit-il : « comprendre un fait interne et l'éprouver réellement sont deux choses tout à fait différentes. »

Ces distinctions posées, M. Scheler peut procéder à l'analyse du premier élément constitutif de la sympathie, à savoir "la compréhension affective". La compréhension affective comprend quatre modalités :

le partage immédiat direct de la souffrance de quelqu'un : en considérant le cas d'un père (A) et d'une mère (B) qui ont perdu leur enfant et qui subissent en commun la même situation du point de vue sa qualité et de la réaction émotionnelle, il en conclut : « on ne peut éprouver en commun qu'une souffrance psychique, et non, par exemple une douleur physique ». le fait de "prendre part" à la joie ou à la souffrance de quelqu'un : on est ici dans ce que M. Scheler nomme la participation affective. La participation affective est rendu possible par l'amour. Considérant toujours le cas susmentionné, il écrit ceci : « il peut arriver que A éprouve en premier une souffrance donnée et que B l'éprouve ensuite, par participation ». En d'autres termes, la participation affective est cet élan du cœur qui pousse B à prendre part à la souffrance de A. Cependant, M. Scheler précise que « la participation n'est pas à confondre avec la sympathie ». la simple contagion affective : la contagion affective est également à ne pas confondre avec la sympathie. La contagion affective est un sentiment différent (p. 28). Pour ne pas se laisser entrainer quelque erreur que ce soit à cet propos, M. Scheler propose de distinguer la sympathie (proprement dite) des manifestations phénoménologiques de la sympathie. La contagion est un phénomène de foule que nous subissons involontairement (p. 30-31). Dans la contagion affective, il n'y a pas de participation affective, car il n'y a ni intention à l'égard d'autrui ni participation à ses expériences internes. Partant, M. Scheler formule une critique contre tous ces philosophes et auteurs qui ont cru que « cette sorte de contagion affective avait quelque chose à voir avec la sympathie ». la véritable fusion affective : c'est un cas exagéré, un cas-limite de la contagion affective (p. 34).

On remarquera aussi qu'il construit son analyse à partir de deux catégories affectives : la joie et la souffrance. Ces deux catégories sont mises en lien avec la notion d'intention. Pour lui, « toute sympathie implique l'intention de ressentir la joie ou la souffrance qu'accompagnent les faits psychiques d'autrui ».

Sa classification de phénomènes de la sympathie lui permet ainsi d'amorcer une critique des théories génétiques de la sympathie. Théories qui pour Max Scheler tendent à une confusion de la participation affective et la sympathie (p. 29). Sa critique se poursuit également envers les théories métaphysiques de la sympathie, notamment celles de Hegel, Schopenhauer, Schelling, Bergson et quelques autres.

Chap. III : Théories génétiques de la sympathie Max Scheler questionne ici les théories qui produisent des interprétations de la sympathie du point de vue d'une transmission héréditaire. En relevant les paradoxes que trainent ces théories, il aboutit au résultat selon lequel : « toute théorie qui méconnait la séparation, la distinction phénoménologique entre le processus de la pitié et le fait de la souffrance d'autrui, ainsi que la tendance à la faveur de laquelle celui-là se trouve orienté vers celui-ci, est une théorie erronée, incapable d'apprécier la valeur morale de la sympathie. »

Ce faisant, M. Scheler propose une autre caractéristique de la sympathie. En qui consiste-t-elle ? Pour lui, la véritable sympathie est un tout qui prend en compte « la nature et l'existence d'autrui, son individualité, et inclut tout cela dans l'objet de la pitié ou de la participation joyeuse ».

Chap. IV : Théories métaphysiques de la sympathie Dans ce chapitre, Scheler critique les théories qui proposent une approche des phénomènes de la sympathie du point de vue de la métaphysique. Il critique notamment la conception de Schopenhauer en ce qui concerne la sympathie. La théorie de Schopenhauer, il le reconnait, a « le mérite d'avoir, sous certains aspects conçu la pitié d'une façon plus adéquate que ne le font la psychologie et la morale » de son époque, mais va se heurter à une impasse théorique qui en induit une contradiction interne. Cette contradiction se situe au niveau d'une question mal posée qui fausse la compréhension de la pitié en tant que mouvement sympathique qui nous fait dépasser notre propre moi. « Schopenhauer, écrit-il, opère ici une confusion entre la sympathie proprement dite et le simple fait, indifférent, au point de vue moral, qui consiste à comprendre, à discerner une souffrance, à en avoir une représentation affective. » Il qualifie la théorie de la Schopenhauer de moniste.

À l'instar de la théorie de la pitié de Schopenhauer, il s'attaque à d'autres théories qu'il estime métaphysico-monistes.

Chap. V à IX