Le coup d'État de 2021 en Birmanie est une opération militaire menée le par l'armée birmane. Après des jours de rumeurs, Aung San Suu Kyi et le président Win Myint sont arrêtés par l'armée, qui proclame alors l'état d'urgence, nomme l'un des siens président par intérim et confie les pleins pouvoirs à son commandant en chef Min Aung Hlaing.
Le coup d'État est suivi de manifestations de grande ampleur et déclenche une guerre civile.
Contexte vignette|120px|gauche|Aung San Suu Kyi. Les élections législatives birmanes de 2020 sont remportées comme les précédentes par la Ligue nationale pour la démocratie (LND), dirigée par Aung San Suu Kyi. La victoire de la ligue est encore plus marquée qu'auparavant, tandis que le Parti de l'union, de la solidarité et du développement (PUSD) ne remporte que quelques dizaines de sièges.
Le , le général Min Aung Hlaing, le chef des forces armées, conteste les résultats du scrutin et appelle à une vérification des listes électorales, sans quoi l'armée interviendrait pour résoudre la crise politique. La commission électorale dément ces accusations.. Le , l'armée dément vouloir perpétrer un coup d'État..
La victoire renouvelée de la LND est alors jugée susceptible de conduire à un affaiblissement à court terme du rôle de l'armée dans la politique birmane. La fonction de chef des forces armées est en effet soumise à une limite d'âge fixée à 65 ans, limite que Min Aung Hlaing doit atteindre dès .. Or, la constitution donne au président de la république birmane le pouvoir de décider seul de la nomination de son remplaçant. Le président étant élu par le parlement, le président en exercice, Win Myint, ainsi que son éventuel remplaçant après l'élection présidentielle prévue pour fin février sont choisis par la Ligue. Début 2021, cette dernière est ainsi proche d'être en capacité d'orienter l'armée vers une réforme du système constitutionnel en vigueur...
Déroulement vignette|120px|Min Aung Hlaing. Le , Aung San Suu Kyi et le président Win Myint sont arrêtés par l'armée.. Le vice-président Myint Swe, membre du PUSD, devient président par intérim et transfère, comme l'autorise la constitution les pleins pouvoirs au chef de l'armée, Min Aung Hlaing, qui proclame l'état d'urgence pour un an et dissout le parlement..
L'armée s'empare de l'hôtel de ville de Rangoun en déployant cinq camions militaires et des soldats. Elle déploie également des camions aux alentours des ambassades américaine et australienne..
Dans une déclaration effectuée sur la chaîne de télévision de l’armée (NAME), les militaires justifient ce coup d'État par la nécessité de préserver la de l’État. Ils accusent également la commission électorale de ne pas avoir remédié à d' qui auraient eu lieu, selon eux, lors des dernières élections. L'armée indique dans un communiqué mettre en place une et affirme que le pouvoir sera transféré après ..
Les télécommunications dans le pays sont fortement impactées : les lignes téléphoniques fixes sont coupées ; la télévision publique a cessé de diffuser en évoquant des et l'accès à Internet restera perturbé jusqu'au en soirée. Les militaires demanderont aux FAI birmans de couper l’accès à internet et aux services 4G le , coupure qui sera effective du 6 au 8. Le même jour, l'armée demande de bloquer Instagram et Twitter (Une demande pour bloquer Facebook avait été faite la veille).
Nombre de décès des civils Selon un rapport paru le de l'Institut de recherche sur la paix d'Oslo, plus de sont décédés en Birmanie entre le coup d'état militaire du et .
Réactions vignette|3000 manifestants demandent la libération de Aung San Suu Kyi à Tokyo, Japon..
Nationales Aung San Suu Kyi réagit dans une lettre diffusée sur les réseaux sociaux par son parti et .
Un communiqué de l’association des banques du pays annonce que celles-ci sont à compter du ..
Depuis le , le Myanmar Times annonce sur son site suspendre ses activités et publications pour 3 mois.
Le , Min Ko Naing, leader du soulèvement populaire de 1988, appelle à ne pas céder face à l’armée..
Internationales vignette|296x296px|Réactions internationales, dans les 10 premiers jours, au coup d'État de 2021 en Birmanie.
Organisations internationales : Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, condamne l'arrestation des dirigeants birmans et la prise de pouvoir par l'armée, considérant que ..
Le lendemain du coup d'État, une réunion d'urgence du conseil de sécurité des Nations unies est convoquée. La Chine utilise alors son véto pour bloquer une proposition de résolution condamnant le coup d'État.
Le , le Conseil de sécurité adopte une déclaration exprimant une face à l'état d'urgence instauré et demandant .
Le , à la suite des nombreuses manifestations dans le pays, le secrétaire général des Nations unies appelle l’armée birmane à ..
Le , l'ambassadeur de Birmanie à l'ONU Kyaw Moe Tun rompt avec la junte, et réclame lors d'un discours à l'ONU la fin immédiate du coup d'État militaire en Birmanie. L'ambassadeur achève avec émotion son discours en birman avec trois doigts levés, symbole de la protestation dans son paysL'ambassadeur de Birmanie à l'ONU rompt spectaculairement avec la junte, France 24, 27 février 2021.
Amérique du Nord : Les États-Unis, par l'intermédiaire de la porte-parole de la Maison-Blanche Jen Psaki . Le secrétaire d'État Antony Blinken appelle l'armée .
Le , le président des États-Unis Joe Biden a déclaré : « Ceci ne peut être mis en doute : dans une démocratie, la force ne peut être utilisée contre la volonté du peuple ».
Asie : Le ministère des Affaires étrangères du Bangladesh espère que .
: Le gouvernement japonais demande et exhorte l'armée à .
: La Chine appelle les parties prenantes au conflit à . Ses médias ne parlant pas d'un coup d'État mais d'. Un . Le Global Times parle d'un . La Chine fait pression en pour faire exclure la junte birmane du sommet de l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est (ASEAN) et y inviter des opposants politiques.
: Le ministère des Affaires extérieures indien et le ministère des Affaires étrangères de Singapour expriment leur inquiétude devant la reprise en main militaire du pouvoir en Birmanie.
: Le porte-parole du président russe Dmitri Peskov indique que son pays suit attentivement l'évolution de la situation, ajoutant qu'il .
: Le gouvernement turc et appelle à .
Europe : Le président du Conseil européen Charles Michel . Le , à la suite des nombreuses manifestations, l’Union européenne se dit « prête à adopter » des sanctions contre l’armée birmane si une de la crise politique actuelle n'est pas entamée, notamment à travers , la restauration d’un gouvernement civil et la libération des prisonniers.
: Le ministre allemand des Affaires étrangères Heiko Maas considère que et appelle à la libération des membres du gouvernement et du parlement arrêtés.
: La ministre des Affaires étrangères belge Sophie Wilmès annonce que ..
: Le ministre des Affaires étrangères français Jean-Yves Le Drian demande la libération immédiate et sans condition d'Aung San Suu Kyi et des dirigeants birmans arrêtés. Il estime que et appelle .
: Le Premier ministre du Royaume-Uni Boris Johnson et demande la libération des dirigeants arrêtés et le respect du vote de la population.
Océanie : La ministre des Affaires étrangères australienne Marise Payne appelle l'armée .
Réactions commerciales Suzuki, le principal constructeur automobile dans le pays, a cessé la productionhttps://asia.nikkei.com/Spotlight/Myanmar-Coup/Thailand-s-Amata-halts-1bn-Myanmar-property-project-after-coup. a arrêté un projet de zone industrielle de 1 milliard de dollars américainshttps://asia.nikkei.com/Business/Companies/Thai-developer-invests-1bn-to-put-Myanmar-industry-on-global-map. Kirinhttps://www.abc.net.au/news/2021-02-05/myanmar-kirin-parent-company-lion-cuts-ties-military-coup/13125778 et POSCOhttps://www.ft.com/content/cc20f766-9e39-4b4d-9c4f-c793f9ab09bb ont aussi abandonné leur joint-ventures. Au contraire le groupe français Total annonce qu'il maintient son activité habituelle, notamment l'exploitation du controversé champ gazier de Yadana, qui rapporte habituellement à la junte 4 millions USD d'impôts par mois sans compter les profits résultant de l'exportation du gazhttps://www.lejdd.fr/International/exclusif-pourquoi-total-reste-en-birmanie-la-tribune-de-patrick-pouyanne-4035902, avant d'annoncer son retrait en 2022https://totalenergies.com/fr/medias/actualite/communiques-presse/totalenergies-se-retire-du-myanmar.
Suites Manifestations
vignette|Des milliers de manifestants, ici à Rangoun, le . Un mouvement de désobéissance civile se met en place à partir du : plusieurs centaines de milliers de manifestants défilent dans les grandes villes birmanes pour rejeter le coup d'État. Les principaux rassemblements ont lieu à Rangoun, la capitale économique, et à Mandalay, la seconde ville du pays. Des appels à la grève sont lancés sur les réseaux sociaux.
Le , après trois jours de manifestations, des perturbations sont constatées sur plusieurs grandes lignes du réseau ferroviaire ainsi que des par les employés du secteur de la production d'électricité. L'armée déclare la loi martiale dans plusieurs parties du territoire, interdit les rassemblements de plus de 5 personnes et met en place un couvre-feu de à . Le même jour, Min Aung Hlaing s'exprime sur la chaîne de télévision de l'armée : il s'engage à , à la fin de l’état d’urgence mis en place pour un an et promet un régime militaire .
vignette|gauche|Manifestants dénonçant le coup d'État et réclamant la libération d'Aung San Suu Kyi. Les forces de l'ordre répondent aux mouvements par l'usage de canons à eau et de balles en caoutchouc. À Naypyidaw, la police du Myanmar tire sur les manifestants, avec des balles réelles, selon le laboratoire des preuves de crise d’Amnesty International (ce que souhaite démentir l'armée birmane)... Facebook annonce prévoir de limiter la propagation des messages publiés par les porte-paroles de l'armée birmane..
Le , une jeune manifestante de 20 ans, Mya Thwate Thwate Khaing, est atteinte en pleine tête par l'une de ces balles et devient un symbole de lutte contre le pouvoir militaire dans le pays et sur les réseaux sociaux. Elle meurt le , après 10 jours de soins intensifs, devenant la première victime du coup d'État.
Trois autres manifestants sont tués le week-end du à Mandalay et à Rangoun, lors d’affrontements avec la police... Des dizaines de milliers de manifestants se mobilisent le dimanche , et la junte militaire met en garde les manifestants de poursuivre leur mobilisation au péril de leur vie, menaçant de recourir à la force létale pour mettre un terme à . Le même jour, Facebook supprime la page principale de l’armée birmane, estimant qu’elle ..
Hausse de la pauvreté et insécurité alimentaire L'intensification du conflit armé à la suite du coup d’État aggrave la situation économique et sociale du pays. Les combats ont provoqué les déplacements internes de centaines de milliers de personnes, avec des conséquences directes sur l’approvisionnement en nourriture et, singulièrement, la nutrition des enfants. Avant le coup d’État, 2,8 millions de personnes souffraient de carences alimentaires et plus de la moitié de la population ne pouvait disposer d’un régime alimentaire adéquat. Désormais, entre 1,5 million et 3,4 millions de personnes de plus pourraient basculer dans une situation d’insécurité alimentaire. Le taux de pauvreté devrait passer selon les projections de 30 % en 2020 à 60 % en 2022.
Guerre civile Une guerre civile éclate à la suite des insurrections de longue date qui s'intensifient considérablement en réponse au coup d'État militaire de 2021 et à la violente répression qui suit les manifestations.
Dans les mois qui suivent le coup d'État, l'opposition commence à se regrouper autour du gouvernement d'union nationale, qui lance une offensive contre la junte.
Notes et références