vignette|Carte du voyage de Charles De Gaulle en Amérique du Sud en 1964.|alt=carte de l'Amérique du Sud indiquant le parcours de la visite de Charles de Gaulle. vignette|Charles de Gaulle, ici en 1963, entend après l'indépendance de l'Algérie, effective en 1962, tourner la page de l'Empire colonial et renforcer la coopération française à l'étranger, notamment en Amérique du Sud.|alt=Portrait de Charles de Gaulle Le voyage de Charles de Gaulle en Amérique du Sud est une série de visites d'État effectuées par le premier président de la française en Amérique du Sud entre le et le 1964. Durant ce déplacement de trois semaines et , le plus long effectué par Charles de Gaulle, il visite le Venezuela, la Colombie, l'Équateur, le Pérou, la Bolivie, le Chili, l'Argentine, le Paraguay, l'Uruguay et le Brésil.

Ce voyage est motivé par la volonté du président français de tourner la page de la décolonisation après la fin de la guerre d'Algérie en 1962 et de poursuivre sa en mettant l'accent sur la coopération, notamment en resserrant les liens entre la France et l'Amérique latine. L'opération fait l'objet d'une préparation minutieuse par le Quai d'Orsay et les ambassades françaises des pays concernés. Le voyage est précédé d'une visite au Mexique, du 16 au , au cours de laquelle de Gaulle lance son célèbre . De Gaulle, accompagné d'une délégation française, transite d'un pays à l'autre en Caravelle. Par deux reprises, il voyage aussi à bord du croiseur Colbert.

La visite du chef d'État français suscite un véritable engouement dans les pays traversés. L' est précédé de son aura de chef de la France libre et sait se gagner les faveurs des foules, notamment par ses allocutions en espagnol. Cependant, plusieurs des thématiques qu'il développe dans ses discours ne sont pas bien reçues par certains pouvoirs en place, notamment sa critique de l'hyperpuissance américaine. Le bilan du voyage est finalement mitigé. Sur le plan de la communication, c'est un franc succès mais qui n'est pas suivi par beaucoup de traductions concrètes. En effet, la France reste un acteur mineur sur le plan économique en Amérique du Sud et la position des États-Unis dans la région n'est pas bousculée.

Contexte vignette|Simón Bolívar, figure emblématique des guerres d'indépendance hispano-américaines a séjourné à Paris et a été en contact direct avec les idées des Lumières et l'héritage de la Révolution. De Gaulle, , , comme il est lui-aussi appelé pendant son voyage, cite abondamment Bolívar dans ses discours.|alt= Portrait en pied de Simón Bolívar par Arturo Michelena La France jouit historiquement d'un important prestige en Amérique du Sud. Les grandes figures des guerres d'indépendance hispano-américaines, Bolívar, Sucre, Miranda, Artigas et San Martín ont été grandement influencées par les Lumières et la Révolution française. Lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate, les élites sud-américaines vivent comme un véritable drame la défaite française. Près de 300 des 400 comités de soutien à la France libre existant dans le monde sont créés en Amérique latine, sous l'impulsion de Jacques Soustelle. Plusieurs intellectuels, Georges Bernanos, Roger Caillois ou encore Jules Supervielle trouvent refuge dans cette région du monde.. Dans l'après-guerre, l’Union latine, fondée en 1954 et basée à Paris, sert à renforcer les liens culturels, de même que l’Institut des hautes études de l’Amérique latine (IHEAL) créé en 1956. Les élites sud-américaines viennent fréquemment compléter leur éducation en France ; c'est le cas d'Oscar Niemeyer, l'architecte de Brasilia, ou encore de Belaunde Terry et Castelo Branco, respectivement chefs d'État du Pérou et du Brésil, que de Gaulle rencontre pendant sa tournée diplomatique.

En 1964, la France a, pour l'essentiel, achevé sa décolonisation, ce qui améliore sa position diplomatique en Amérique latine où le sentiment anticolonial est puissant. De Gaulle entend dès lors ouvrir une nouvelle ère de coopération, non seulement avec les anciennes colonies françaises, mais à travers le monde. C'est dans cette optique qu'il établit le des relations diplomatiques avec la Chine populaire. Il précise dans une conférence de presse du ses objectifs en Amérique du Sud :

La crise des missiles de Cuba d' est encore dans les mémoires au moment de la visite française et le sentiment anti-américain est vif en Amérique du Sud, où l'influence de l'hyperpuissance se fait fortement sentir. Sur le plan économique, les États-Unis ont lancé en 1961 l'Alliance pour le progrès, un ambitieux programme d'aide au développement de l'Amérique latine.. Ils n'hésitent pas non plus à intervenir pour soutenir des régimes susceptibles de les aider dans leur stratégie d'endiguement du communisme. C'est ainsi qu'ils appuient en le coup d'État militaire brésilien du maréchal Castelo Branco. Si de Gaulle soutient l'allié nord-américain lors de la crise des missiles, il se refuse à couper les relations diplomatiques avec Cuba ou a soutenir l'embargo de l'île. Dans ce contexte, il est apprécié en Amérique du Sud pour son indépendance affichée vis-à-vis des Américains et est particulièrement populaire dans les milieux où l'antiaméricanisme est virulent.

Prélude mexicain

vignette|Depuis les balcons du Palais national de Mexico, de Gaulle lance à une foule de Mexicains réunis sur le Zócalo, la place de l'Indépendance, .|alt=Vue du Zocalo avec en fond le Palais national Du 16 au , de Gaulle, invité par le président mexicain Adolfo Lopez Mateos, se rend au Mexique. En amont de la visite, l'ambassadeur de France restitue au Mexique trois drapeaux pris par Maximilien aux troupes de Juárez au cours des batailles de San Lorenzo, San Pablo del Monte et Valparaíso en 1863-1864 durant l'expédition du Mexique.. Le voyage est annoncé de manière détournée le par l'ORTF dans l'émission Bonne nuit les petits. Nounours y annonce son départ prochain pour le Mexique et prononce quelques mots en espagnol..

De Gaulle arrive le au Mexique à bord de son Boeing 707 via Pointe-à-Pitre, une courte escale à Mérida lui permet d'arriver à Mexico à bord de sa Caravelle.. Il tient à se présenter auprès des autorités mexicaines dans un appareil français, geste qu'il renouvelle quand il se rend en Amérique du Sud. En préparation de l’événement, deux immenses portraits des présidents ont été placés sur la tour de la loterie nationale et les centrales ouvrières ont acheminé par camion travailleurs formant une haie sur depuis l'aéroport jusqu'au centre de la capitale. Des avions lâchent sur la capitale mexicaine des milliers de tracts invitant la population à participer à l’événement. De Gaulle s'adresse, en espagnol, depuis le balcon du Palais national, aux mexicains réunis sur le Zócalo. Il y conclut son discours par une phrase passée à la postérité :

Le discours ne suscite pas, sur le moment, . En revanche, sa venue à l'université de Mexico le provoque un véritable engouement populaire ; il est .

Préparatifs vignette|Yvonne de Gaulle accompagne son mari lors de son séjour en Amérique du Sud. Les voyages à l'étranger sont le seul aspect de son rôle de Première dame qu'elle apprécie. Un programme de visites spécifique est prévu pour elle. Quand cela est possible, elle visite des centres pour enfants handicapés. Sa timidité en fait une invitée difficile à recevoir..|alt=Photographie de Yvonne de Gaulle Le voyage en Amérique du Sud est minutieusement préparé en amont par les services du protocole de l'Élysée et le ministère des Affaires étrangères. Le , de Gaulle réunit son ministre des Affaires étrangères Couve de Murville, le chef du protocole du Quai d'Orsay, le secrétaire général de l'Élysée Étienne Burin des Roziers et les dix ambassadeurs de France des pays qu'il va visiter. L'objectif est de dresser les grandes lignes du voyage à venir et de coordonner la liaison entre les différentes ambassades. La tâche est ardue car il faut concilier de nombreux paramètres, la durée des visites dans chaque pays, les transports, le protocole, la sécurité, l'hébergement, le choix des interprètes ou encore le programme spécifique de Yvonne de Gaulle.. Le climat et l'altitude font l'objet d'une attention particulière. Il est décidé de privilégier le mois de septembre pour éviter les grosses chaleurs. De manière à éviter les différentiels d'altitude élevés, il est prévu que de Gaulle enchaîne Bogota (), Quito () puis Cochabamba () en Bolivie. La capitale du pays, La Paz () est en revanche écartée du programme car jugée trop élevée. En réalité, de Gaulle passe par Lima, la capitale péruvienne, située au niveau de la mer, avant d'aller en Bolivie.

Le diplomate Gilbert Pérol, directeur du protocole et du service de presse effectue un voyage de repérage en juin-.. Il remet à de Gaulle un dossier de préparation de plus de pages, soit un classeur de 100 pages par pays. Chaque membre des différents gouvernements fait l'objet d'une biographie. Le programme de visite est défini à la minute près ainsi que le détail du protocole. Afin d'aider à la préparation des discours du président, les postes diplomatiques en Amérique du Sud font parvenir aux Affaires étrangères des listes de citations de figures latino-américaines. Une attention particulière est aussi portée à la traduction de ces discours, effectuée par un locuteur natif du pays où ils doivent être prononcés et non par un interprète du Quai d'Orsay.

Suite présidentielle et aspects matériels du voyage vignette|De Gaulle relie principalement les étapes de son périple sud-américain à bord de son avion présidentiel Caravelle.|alt=De Gaulle inspectant un avion Caravelle en 1959 vignette|Entre Arica et Valparaiso au Chili, puis entre la capitale uruguayenne et Rio de Janeiro au Brésil, le président français navigue sur le croiseur Colbert. Juridiquement considéré comme territoire français, il peut à son bord signer lois et décrets.|alt=Le croiseur français Colbert à quai à Bordeaux en 2008 De Gaulle tient à se présenter dans les pays qu'il visite à bord d'appareils français. Aussi, s'il franchit l'Atlantique à bord d'un long courrier Boeing 707, il transite par Pointe-à-Pitre en Guadeloupe de manière à pouvoir arriver en Amérique du Sud dans sa Caravelle présidentielle. Cet avion bi-réacteur court et moyen-courrier, produit par la société française Sud-Aviation a été spécialement aménagé pour le voyage. Un appareil Caravelle de secours, contenant bagages et pièces détachées, suit le premier. De Gaulle navigue aussi à bord du croiseur Colbert entre Arica et Valparaiso au Chili, puis de la capitale uruguayenne Montevideo à Rio de Janeiro au Brésil. Le navire étant juridiquement considéré comme un territoire français, le président peut y signer lois et décrets.

De Gaulle voyage avec son épouse, Yvonne.. La suite présidentielle comprend , plusieurs sont chargés du protocole, dont deux aides de camp et deux interprètes. Quatre assurant la protection rapprochée du président sont aussi du voyage ainsi que son médecin personnel. Le président ayant été opéré de la prostate entre son voyage au Mexique et celui en Amérique du Sud, son état de santé est suivi de près. Le vice-amiral Jean Philippon, chef de l’État-major particulier du président, l'accompagne ainsi que Georges Galichon, son directeur de cabinet, qui effectue le voyage de Caracas jusqu’à l'Argentine tandis qu'Étienne Burin des Roziers, secrétaire général de la présidence, le relaie de Buenos Aires à Paris. Maurice Couve de Murville, ministre des Affaires étrangères, est le seul membre du gouvernement à accompagner de Gaulle. Celui-ci ne s'entoure que de militaires et hauts-fonctionnaires pour son voyage en Amérique. Aucun intellectuel ou homme d'affaires ne l'accompagne.