vignette|upright=1.5|La Chute de la colonne Vendôme, Bruno Braquehais, . La Chute de la colonne Vendôme est une série de photographies prises par Bruno Braquehais lors de la démolition de la colonne Vendôme le , pendant la Commune de Paris. Le motif de la série donne lieu à des interprétations bien différentes chez les communards et chez les versaillais. L'une des photographies de Braquehais est probablement utilisée lors des procès du peintre Gustave Courbet.
Contexte En application de la décision de la Commune du , la Colonne Vendôme portant la statue de l'empereur est démolie le : .
Plusieurs fois repoussée, la cérémonie a lieu le , la colonne est abattue, non sans difficultés et sous le contrôle de l'ingénieur Iribe, à .
Bruno Braquehais photographe À la différence de nombre de photographes parisiens Braquehais photographie les acteurs de la Commune de Paris, en dépit des difficultés matérielles : il réalise des portraits de fédérés posant fièrement devant leurs barricades ainsi que des troupes versaillaises pendant la Semaine sanglante. Il photographie également la mise à bas de la colonne Vendôme. Il ne vend aucun de ses clichés, et photographie les communards gratuitementOdile Morain, « Il a photographié la Commune de Paris : Bruno Braquehais premier photo-reporter de l’Histoire de France », France Info, 17 avril 2018.. Rien ne prédispose cependant Braquehais, photographe d'atelier, à s'improviser reporter. Si son atelier, boulevard des Capucines, n'est qu'à une centaine de mètres de la colonne Vendôme, et qu'il a vraisemblablement bénéficié d'autorisations, voire de connivences, aucun élément n'atteste qu'il ait été chargé d'une mission officielle par la Commune.
Son activité pendant la Commune est diverse : il réalise d'abord, en avril, des portraits de groupes ainsi que des vues de la colonne Vendôme, sans ses échafaudages. En mai, il s'intéresse aux batteries des fédérés porte Maillot ; puis à la destruction de la maison de Thiers place Saint-Georges ; enfin il livre une dizaine de clichés de la destruction de la colonne Vendôme.
Après les événements de la Commune, Bruno Braquehais fait faillite en 1873. Enfermé treize mois à la prison de Mazas pour abus de confiance, il meurt peu après sa libération le , dans sa maison de campagne de La Celle-Saint-Cloud à l’âge de 52 ans..
Sa production d'environ 150 clichés (dont 109 sont connus avec certitude) pendant la Commune de Paris est fréquemment considérée comme un exemple précoce de photojournalisme. Le photographe Jean-Claude Gautrand et l'historien d'art Albert Boime le considèrent respectivement comme un qui prenait des épreuves .
Longtemps oublié, son travail est redécouvert en 1971, à l’occasion des commémorations du centenaire de la Commune.
Analyse Les photographies représentant la chute de la colonne Vendôme sont diffusées en grand nombre après la Commune ; le motif est le plus populaire et le plus répandu parmi les motifs des photographes de la Commune.
François Robichon estime que, dans ce vaste ensemble, .
Iconographie communarde Le moment précis de la chute forme une absence dans la série d'images qui présentent les préparatifs, la pose des câbles, puis la colonne à terre. La narration des différentes étapes vient suppléer l'impossibilité technique, pour la photographie de révéler l'instantanéité. Le journaliste Pierre Véron dénonce d'ailleurs à l'époque la manne que représentent des photographies truquées, coloriées, afin d'approcher de l'instant dramatique.
Le monument n'est d'ailleurs pas le sujet principal : . Le portrait collectif, pris à hauteur d'homme, ne présente pas une masse grouillante, mais des individus bien différenciés et reconnaissables, car il s'agit de permettre aux générations futures de reconnaître l'héroïsme de leurs parents.
Ces images de Braquehais, évoquent ce témoignage de Maxime du Camp :
Ces images serviront en partie la répression versaillaise, qui recourt de plus en plus à la photographie pour identifier les insurgés. Le Moniteur de la photographie indique au : .
Bruno Braquehais réalise aussi une série de photographies de la colonne à terre. Centrées sur la figure du César déchu, de Napoléon à terre, ces photographies prises à hauteur d'homme évoquent un jugement de l'Histoire. C'est également l'angle que choisit le peintre Paul Robert, qui donne à la chute du géant l'échelle, en arrière-plan, d'un soldat esseulé.
Iconographie versaillaise La photographie des ruines par les Versaillais inverse la perspective : le point de vue en plongée de Franck fait de la colonne le sujet de l'image. La place est vidée, les communards disparus, il ne reste plus que le témoignage de la destruction. L'essentiel est de témoigner du crime, de le prouver, et on accorde une valeur scientifique irrécusable à la photographie.
Les lithographies de l'Illustration représentant la chute de la colonne montrent, elles, le moment précis de sa démolition. Les visages des Communards ne sont plus identifiables, le portrait de groupe laisse la place à une foule informe. La taille de la colonne portant la figure de l'empereur écrase symboliquement les auteurs d'un sacrilège.
Jules Raudnitz réalise après la Commune une série de reconstitutions stéréoscopiques, intitulée Le Sabbat rouge. Il fait appel à un sculpteur-modeleur, qui permet de reconstituer l'instant de la chute de la colonne, même au prix d'une mise en scène, à laquelle le public était habitué. Dans cette saynète, intitulée Saturnales de la place Vendôme, les fédérés sont constitués de figurines d'argile d'une trentaine de centimètres, affublés de visages démoniaques grimaçants.
Affaire Courbet
Courbet et la colonne Vendôme Déçu par le gouvernement de Défense nationale, Gustave Courbet prend à partir du une part active à l'épisode de la Commune de ParisDictionnaire des anarchistes, « Le Maitron » : notice biographique.. Il est élu au conseil de la Commune par le et délégué aux Beaux-Arts. Le , il est élu président de la Fédération des artistes. Il fait alors blinder toutes les fenêtres du palais du Louvre pour en protéger les œuvres d’art, mais aussi l’Arc de Triomphe et la fontaine des Innocents. Il prend des mesures semblables à la manufacture des Gobelins, et fait même protéger la collection du républicain Adolphe Thiers. Il siège à la commission de l'Instruction publique et, avec Jules Vallès, vote contre la création du Comité de salut public, en signant le manifeste de la minorité.
Courbet avait proposé à la Commission des arts, dès , de déboulonner la colonne Vendôme, afin de transférer les bronzes aux Invalides. Cependant, après un appel de Vallès publié le dans Le Cri du peuple, la Commune décide, le 12, sur une proposition de Félix Pyat, d’abattre et non de déboulonner la colonne Vendôme. Courbet n'a pas voté pour sa démolition le 12, car il n'est en poste que le 20.
Courbet démissionne de ses fonctions le , protestant contre l'exécution par les Communards de son ami Gustave ChaudeyMaxime Vuillaume, Mes carnets rouges, n° VII, et suivantes.. Après la Semaine sanglante, il est arrêté le et emprisonné à la Conciergerie puis à Mazas. Dès le début de son incarcération, la presse lui reproche la destruction de la colonne ; Courbet rédige alors une série de lettres à différents élus dans lesquelles il Lettres à Pierre Dorian, Jules Grévy, Jules Simon, in: Chu (1996), Correspondance de Courbet, ..
Le de guerre le condamne à six mois de prison fermes et à d'amende aux motifs suivants : . Il purge sa peine d'abord à Versailles, puis à compter du à Sainte-Pélagie. Il doit en outre régler de frais de procédure. Malade, il est transféré le dans une clinique de Neuilly où il est opéré par Auguste Nélaton. Le , il est libéréDenyse Dalbian, « Gustave Courbet et la colonne Vendôme », Histoire pour tous, , septembre 1971..
En , le nouveau président de la République, le maréchal de Mac Mahon, décide de faire reconstruire la colonne Vendôme aux frais de Courbet (soit selon le devis établi). La loi sur le rétablissement de la colonne Vendôme aux frais de Courbet est votée le Michèle Haddad, Jean-Paul Gisserot et Laurence Des Cars, Courbet, Courbet et la Commune, catalogue d'exposition, Paris, musée d'Orsay, -, Paris, RMN, .: il est acculé à la ruine après la chute de la Commune, ses biens mis sous séquestre, ses toiles confisquées. Craignant un nouvel emprisonnement, Courbet s'exile en Suisse. Sa condamnation devient effective par le jugement du du tribunal civil de la Seine. Dans l'attente d'une amnistie, refusant de payer les traites de sa condamnationPetra ten-Doesschate Chu (1996), ., son état de santé se dégrade progressivement, et il meurt le .
La photographie comme élément de preuve judiciaire vignette|Colonne Vendôme à terre, Bruno Braquehais, . Lors de son procès, Courbet s'affirme innocent : .
Pour l'opinion publique versaillaise, la photographie de Bruno Braquehais accable Courbet. Montrant la statue de Napoléon à terre, elle permet d'apercevoir, dans le tiers droit de l'image, en arrière-plan, un homme barbu coiffé d'un képi. Cependant, l'identification avec Courbet n'est pas concluante, et surtout, les historiens ne peuvent déterminer si elle a effectivement été versée comme élément de preuve aux procès de 1871 et 1874.
En 1969, Helmut Gernsheim indique reconnaître formellement Courbet sur la photographie. La question n'est cependant pas tranchée, et la preuve photographique montre ses limites : identifier Courbet sur l'image permettrait certes d'établir sa présence lors de l'événement, mais non sa responsabilité personnelle dans la destruction de la colonne.
Notes et références Notes
Références
Voir aussi Bibliographie . . . . ..
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Articles connexes Colonne Vendôme Bruno Braquehais Place Vendôme Commune de Paris
Liens externes
La colonne Vendôme sur le site de la Réunion des Musées nationaux. Exposition Le siège et la commune de Paris au Musée d'art et d'Histoire Paul Éluard. Exposition La Commune photographiée au Musée d'Orsay
Catégorie:Photographie de la Commune de Paris Catégorie:Série de photographies Catégorie:Mai 1871 Catégorie:16 mai Colonne, Chute