, né à Montenach (Alsace-Lorraine) le et mort à Obernai (Bas-Rhin) le , est un géologue, paléontologue et entomologiste français.
Il est surtout connu pour l'orientation nouvelle de sa thèse d'État sur Les Insectes fossiles des Terrains oligocènes de France (1937). Il a découvert plusieurs genres et plus de d'insectes ; toutefois, ces fossiles étant souvent très proches des espèces actuelles, ce n'est pas leur valeur stratigraphique qui est mise en avant, mais leur signification biogéographique, permettant de déterminer les caractères climatiques et environnementaux de leurs milieux de vie et de décrire les paysages de la « France » oligocène.
Il est aussi un spécialiste de l'histoire géologique de tout le bassin du Rhin moyen et de la Moselle. Il insiste sur les preuves de mouvements tectoniques quaternaires principalement dans le fossé rhénan.
Agrégé de sciences naturelles, il a très tôt la vocation d'enseigner et, comme professeur de géologie à l'université de Sarrebruck, puis à l'université de Besançon, forme de nombreux chercheurs, tout en attirant l'attention sur la nécessaire protection des ressources en eau potable et des milieux naturels fragiles.
Biographie Jeunesse Nicolas Théobald naît, le , à Montenach, dans un village lorrain alors allemand et proche du Luxembourg, comme il le raconte dans son ouvrage de souvenirs À l'heure des cloches de mon village : Scènes d'un village lorrain du début du . Il est le fils de Michel Théobald et de Catherine Mallinger. Il passe toute son enfance . La confiscation de ces cloches en souligne le poids de la guerre ; elles seront remplacées en . Il est issu d'une famille nombreuse de huit enfants, son père étant le maire du village, pratiquant l'élevage et travaillant aux champs. Sa mère va vendre au marché de Sierck-les-Bains les produits de la ferme, comme les mottes de beurre et les œufs.
Formation En , à l'âge de quinze ans, il quitte son village afin d'étudier et d'obtenir ses diplômes, n'y revenant que pendant les vacances. Il prépare le concours d'entrée à l'école normale à l'école préparatoire de Phalsbourg.
Suivent cinquante ans au service de l'enseignement et de la recherche. Après le retour de l'Alsace-Lorraine à la France, Nicolas Théobald est admis à l'École normale d'instituteurs de Metz, premier de la promotion -. C'est l'occasion de découvrir les témoins du passé gallo-romain de la Moselle au Musée de Metz. Dans Montenach, Monographie d'un village lorrain, il raconte comment, sur les conseils du conservateur Roger Clément, il recherche dans les champs de Montenach des restes de grandes tuiles qui pourraient porter le sceau du fabricant. Son jeune frère Albert, qui l'accompagne, en trouve une avec six lignes de texte ; traduites par R. Clément, elles révèlent un compte des heures de travail d'un ouvrier de la tuilerie. Ce précieux vestige, daté du , est toujours conservé au Musée de Metz. Nicolas Théobald poursuit sa quatrième année à l'École normale d'instituteurs de Lyon et réussit son entrée à l'École normale supérieure de Saint-Cloud (1924-1926) ; ses rencontres avec Teilhard de Chardin le déterminent dans sa vocation.
Carrière Après son service militaire, Nicolas Théobald est nommé professeur à l'école normale d'Obernai en , étudiant en parallèle à l'université de Strasbourg et devient agrégé de sciences naturelles en , date à partir de laquelle il enseigne au lycée de Mulhouse, puis au lycée de Nancy. Il soutient sa thèse à Nancy en 1937, et est élu à l'Académie nationale de Metz la même année ; il est nommé inspecteur d'académie à Albi (), puis à Colmar (). L'Inspecteur d'Académie est toujours au premier plan dans les manifestations marquant la fin de l'année scolaire, Fête de la Jeunesse dans le Tarn, ou Distribution des prix à Sainte-Marie-aux-Mines dans le Haut-Rhin.
Avec le début de la guerre en 1939, Nicolas Théobald est mobilisé comme lieutenant d'artillerie à Coëtquidan puis officier géologue à Mulhouse. Après la débâcle, il se retrouve, de à , inspecteur d'Académie à Châteauroux, où ses liens avec le maquis berrichon lui permettent de dissimuler quelques malgré-nous alsaciens-lorrains .
Au cours de la libération progressive du territoire français, Châteauroux est libérée le et le Gouvernement provisoire de la République française nomme Nicolas Théobald inspecteur d'Académie à Strasbourg (). Il y arrive au moment de la libération de la grande ville alsacienne (). Il est chargé de rouvrir les écoles dans les villages au fur et à mesure du retrait des troupes allemandes, jusqu'à la libération définitive de Lauterbourg le .
Après la guerre, il est nommé administrateur en chef des Services de l'Éducation publique de Bade, à Fribourg-en-Brisgau (-). Parfaitement bilingue, il œuvre dans un esprit de réconciliation franco-allemande, suivant le mouvement lancé par Robert Schuman. En , il participe à la fondation de l'université de la Sarre, Universitas Saraviensis, où il est nommé professeur de géologie et où il est élu doyen de la faculté des sciences (1949-1953). Puis, il poursuit sa carrière à l'université de Besançon, comme titulaire de la chaire de géologie historique et paléontologie (1953-1974).
Retraite
Après sa retraite, Nicolas Théobald reste fidèle à sa vocation de partager des connaissances. Il assure volontiers des conférences, comme lors de l'exposition de Minéralogie de Thionville, en ; Le Républicain lorrain lui consacre alors un article rappelant la découverte de la tuile gravée de Montenach.
Ses recherches historiques sur Montenach et la rédaction de ses souvenirs de jeunesse au village, qui l'occupent désormais, lui valent un regain de popularité en Lorraine. Après son décès le , Le Républicain lorrain publie sous la plume de Sylvain Post, son journaliste scientifique, un article empreint de sympathie : « Avec la disparition de Nicolas Théobald la science perd un poète ».
Travaux et publications Nicolas Théobald a publié de nombreux ouvrages et articles, notamment liés à ses recherches en géologie, en paléontologie et en géologie historique et à ses fonctions de professeur de géologie aux universités de Sarrebruck et de Besançon.
Ses ouvrages de base pour la préparation aux concours de recrutement à l'enseignement des sciences de la terre reposent sur une longue pratique de la recherche sur le terrain et en laboratoire, dont sa thèse d'État, Les Insectes fossiles des terrains oligocènes de France, est le témoignage le plus connu. Le manuel de paléontologie écrit en collaboration avec Abel Gama et destiné aux étudiants en Sciences Naturelles souligne l'influence du milieu sur le déroulement de l'évolution, insiste sur l'importance du climat et sur l'équilibre dans les biotopes.
Il a initié à la recherche beaucoup de ses étudiants. De 1953 à 1971, il a dirigé d'études supérieures et plusieurs thèses. Il est aussi l'auteur de nombreuses cartes géologiques. Une liste chronologique complète des articles et des cartes géologiques peut être consultée sur Wikispecies.
alt=Fig.1 : Schémas expliquant la formation d'une terrasse fluviatile par des variations du niveau de base. Fig. 2 : Schémas montrant l'emboîtement d'un système de trois terrasses fluviales. Fig. 3 : Terrasses étagées|vignette|droite|Fig.1, 2 et 3 : Terrasses emboîtées ou étagées.
Terrasses alluviales et néotectonique
Au cours de ses études, Nicolas Théobald avait été séduit par les idées avant-gardistes d'Alfred Wegener (1880-1930), théoricien de la dérive des continents. Mais, dans la première moitié du , la plupart des géologues et géographes estiment que les mouvements tectoniques responsables de la mise en place des continents et des montagnes ne sont plus sensibles à l'ère quaternaire. Les modifications du relief, quand les continents sont stables, sont alors liées aux variations du niveau des océans, comme l'explique la théorie eustatique, issue des travaux du géologue américain W. M. Davis et dont le principal représentant en France était, au début du , Henri Baulig, professeur de géographie à l'université de Strasbourg (1877-1962).
Controverses autour de la théorie eustatique Ces controverses ont été évoquées par les anciens élèves de Nicolas Théobald : Jean Blaison, Michel Campy, Daniel Contini et Yves Rangheard, dans un article de synthèse consacré à sa carrière.
vignette|droite|Comparaison de deux reconstructions de niveaux de mer pendant les 500 derniers millions d'années. L'échelle des changements durant la dernière transition glaciaire/interglaciaire est indiquée par la barre verticale noire. Pendant la plus grande partie de l'histoire géologique, le niveau moyen à long terme de la mer était significativement plus haut qu'aujourd'hui.|alt=Comparaison de deux reconstructions de niveaux de mer pendant les 500 derniers millions d'années. L'échelle des changements durant la dernière transition glaciaire/interglaciaire est indiquée par la barre verticale noire. Pendant la plus grande partie de l'histoire géologique, le niveau moyen à long terme de la mer était significativement plus haut qu'aujourd'hui.
Les géologues s'accordent sur le fait qu'au Quaternaire, le niveau des océans a subi d'importantes fluctuations, liées aux variations de température. Lors des périodes glaciaires, l'eau étant capitalisée dans les glaciers de montagne et les Inlandsis, le niveau des mers a baissé, ce qui a favorisé l'érosion dans le cours inférieur des fleuves, tandis que leur cours supérieur était encombré de débris fluvio-glaciaires. Lors des interglaciaires, la remontée du niveau marin a favorisé au contraire l'alluvionnement à l'aval. Au moins quatre périodes glaciaires ont été répertoriées au Quaternaire et l'alternance de phases de creusement et de remblaiement a permis la formation de terrasses étagées ou emboîtées le long des cours d'eau (figures 1, 2 et 3).
La théorie eustatique se justifie dans les régions stables depuis la fin de l'ère tertiaire, comme les grands bassins sédimentaires, et Nicolas Théobald l'a appliquée dans ses premiers travaux sur la vallée de la Moselle à l'aval de Thionville ; il reconnaît des terrasses à 90, 60, 40 et au-dessus du niveau d'étiage de la rivière et les met en rapport avec les quatre grandes périodes glaciaires du Quaternaire.
Mais ses études sur les terrasses d'alluvions anciennes du Rhin en Alsace et dans le Pays de Bade révèlent une disposition aberrante : leur altitude relative diminue de l'amont à l'aval, où elles s'ennoient dans les alluvions récentes, et le soubassement rocheux est de plus en plus profond. Nicolas Théobald, rappelant les observations concordantes de Andreas Gutzwiller (1894) (1912), Wilhelm Deecke (1917), et Abel Briquet (1928), (1930), conclut comme ces géologues que, durant le dépôt des alluvions, la plaine du Haut-Rhin a continué à s'affaisser (1933). Cette région proche de Bâle, classée en zone - sur une échelle de , l'échelle MSK, est encore affectée par des tremblements de terre ; en 1356, la ville de Bâle fut presque entièrement détruite par un séisme historique.
Le jeune géologue compte développer ce thème dans une thèse, mais à l'université de Strasbourg, où il a passé sa licence et son diplôme de maîtrise universitaire en sciences, le géographe Henri Baulig, tenant de la théorie eustatique, fait travailler ses élèves sur les vallées du versant alsacien des Vosges, à charge pour eux de démontrer la stabilité du massif au Quaternaire. Le géographe n'admet pas la subsidence quaternaire du fossé rhénan (1935). La pression de l'école eustatique oblige Nicolas Théobald à abandonner ses travaux et à trouver un autre sujet de recherche, en paléontologie. Il attendra plus de la liberté de reprendre le thème de la néotectonique dans le fossé rhénan.
Reconnaissance des théories néotectoniques Reprenant ses recherches dès la fin de la guerre, il publie en 1948 des données précises dans un mémoire sur le sud du fossé rhénan, et il affirme qu.