La bataille d’Amiens de 1870 est constituée de plusieurs combats qui se déroulèrent à l'est et au sud d'Amiens au cours desquels se joua le sort de la ville, durant la guerre franco-prussienne, le . L’armée française sous les ordres du général Farre affronta les Prussiens commandés par le général Manteuffel. À l’issue des combats, les troupes françaises durent battre en retraite et abandonner Amiens aux mains des Prussiens le . La citadelle capitula le .
Contexte historique
La guerre franco-prussienne fut déclenchée à l'initiative de la France, le . Au mois d'août, la France connut une succession de défaites, jusqu'à celle de Sedan le où Napoléon III, fait prisonnier, fut contraint à l'abdication. Le à Paris à la suite d'un soulèvement populaire, la République fut proclamée ; tandis que le siège de Metz, où l'armée du maréchal Bazaine était encerclée, avait débuté le .
Le Gouvernement de la Défense nationale de la République française décida de continuer la guerre. À partir du , Léon Gambetta, qui avait fui Paris assiégée, en ballon monté, réorganisa les armées depuis Tours. Bazaine capitula le libérant de ce fait la armée allemande qui put poursuivre sa marche vers l'ouest par l'Oise et la Somme, entre Compiègne et Saint-Quentin. L'armée prussienne était dirigée par le général de Manteuffel qui avait reçu mission d'occuper Amiens, puis de marcher vers Rouen afin d'accroître le glacis protégeant la zone de blocus de la capitale et de tenir en respect les troupes françaises.
Pour tenter de desserrer l'étau prussien, l'Armée du Nord fut créée le .
Forces en présence
Armée prussienne
Lors de la bataille d'Amiens, l'armée prussienne forte se composait de : 50 bataillons, 32 escadrons, 29 batteries d'artillerie (180 bouches à feu), une infanterie, une cavalerie et une artillerie solidement organisées et commandées par des officiers et des troupes expérimentéesSection historique du Grand État-Major prussien, La Guerre franco-allemande de 1870-71 ( partie), traduction par le capitaine E. Costa de Serda, 1890.
Le d'armée était commandé par le général von Bentheim. Il se composait de : la d'infanterie formée de 4 bataillons, 2 escadrons, 6 batteries d'artillerie, commandée par le général von Bentheim ; la d'infanterie formée de 3 brigades, 6 bataillons, 3 escadrons et 2 batteriesHenri Daussy, La Ligne de la Somme pendant la campagne de 1870-1871, Paris, Dumaine éditeur, 1875 Lire sur Gallica, commandée par le général von Pritzelwitz.
Le d'armée était commandé par le général von Goeben. Il se composait de : la de cavalerie commandée par le général von der Groeben ; la d'infanterie commandée par le général von Kummer ; la d'infanterie commandée par le général von Barnekow.
Armée française
Des effectifs et un armement insuffisants
L'armée française se composait de : 22 bataillons, 2 escadrons, 7 batterie d'artillerie, de régiments de formation récente, sans réel esprit de corps avec des équipements et un armement insuffisants. Les effectifs étaient nettement inférieurs à ceux des Prussiens : qui ne formaient pas un corps homogène : l'Armée du Nord était composée de soldats de l'armée régulière, de gardes nationaux, de gardes mobiles, de gardes mobilisés et de fusiliers marins arrivés de Brest. En outre, les hommes de ces troupes disparates se défiaient de leurs chefs au premier rang desquels le général Bourbaki qui fut relevé de son commandement le . Le général Farre le remplaça provisoirement, avant l'arrivée du général Faidherbe, nouveau commandant en chef. À la veille de la Bataille d'Amiens, le général Farre disposait de auxquels s'ajoutaient les de la garnison d'Amiens commandée par le général Paulze d'IvoyGénéral Faidherbe, Campagne de l'Armée du Nord en 1870-1871, édition E. Dantu, Paris, 1871.
Composition des forces françaises
Commandant en chef : général de brigade Jean-Joseph FarreLéonce Rousset, Histoire générale de la guerre franco-allemande (1870-1871) tome 5, page 377La guerre de 1870-71 tome 31, pages 43-45 brigade sous le commandement du colonel Lecointe bataillon de marche de chasseurs sous le commandement du commandant Giovanninelli Régiment de marche sous le commandement du lieutenant-colonel de Gislain de BontinCharles Paul de Gislain de Bontin (1825-1905). : Bataillon de marche du régiment d'infanterie de ligne sous le commandement du commandant Enduran Bataillon de marche du régiment d'infanterie de ligne sous le commandement du commandant Tramond Bataillon de marche du d'infanterie de ligne sous le commandement commandant Cottin régiment de mobiles ; mobiles du Nord, sous le commandement du lieutenant-colonel Saint-Martin brigade sous le commandement du colonel Derroja bataillon de marche de chasseurs sous le commandement du commandant Jan régiment de marche sous le commandement du lieutenant-colonel Pittié : de marche du d'infanterie de ligne sous le commandement du commandant Talandier de marche du d'infanterie de ligne sous le commandement du commandant Martin de marche du d'infanterie de ligne sous le commandement du commandant Zédé régiment de mobiles ; mobiles du Nord, sous le commandement du lieutenant-colonel Galtier brigade sous le commandement du colonel du Bessol bataillon de marche de chasseurs sous le commandement du commandant Hecquet Régiment de marcheFutur de marche. : d'infanterie de marine Bataillon de marche du d'infanterie de ligne sous le commandement du commandant Roslin de marche du d'infanterie de ligne régiment de mobiles ; mobiles du Nord, sous le commandement du lieutenant-colonel Duhamel.
Aux deux premières brigades étaient affectées deux batteries et à la troisième, trois batteries. Il restait en outre au quartier général : 2 escadrons de gendarmerie 2 escadrons de marche de dragons 2 compagnies du génie 1 détachement de train des équipages
À ces troupes régulières, il faut ajouter des compagnies de francs-tireursHenri Daussy, La Ligne de la Somme pendant la campagne de 1870-1871, Paris, Dumaine éditeur, 1875.
Préambule
Progression de l'armée prussienne
L'armée prussienne après la prise de Reims, Laon, La Fère et Saint-Quentin, progressa vers Amiens par Roye, Montdidier et par le chemin de fer de Laon à Amiens.
Le , les Prussiens s'étaient avancés jusqu'à Breteuil-sur-Noye à une trentaine de kilomètres au sud d'Amiens. L'état-major prussien se figurait que toutes les troupes de la région du Nord, placées sous le commandement du général Bourbaki, ne formaient qu'une seule et même armée, ayant sa droite à Rouen, son centre à Amiens, sa gauche à Lille, et couvrant la voie ferrée qui relie ces trois villes, notamment la section de Rouen à Amiens.
Le comité de défense d'Amiens décida, le , la construction d'un camp retranché au sud de la ville entre la vallée de l'Avre et la vallée de la Selle. Le , les troupes françaises prenaient position dans les cinq campements disséminés le long du camp retranché. Le , le général Paulze d'Ivoy, commandant la 3e division avait mis le département de la Somme en état de guerre.
Le , les Prussiens s'avançaient aux environs de Compiègne. Le , le général Farre remplaçait le général Bourbaki à la tête de l'armée du Nord, en attendant l'arrivée du général Faidherbe.
Le général de Manteuffel envoya, le , une reconnaissance qui poussa jusqu'au bois de Gentelles, aux portes d'Amiens, et rapporta la nouvelle que le général Bourbaki était présent dans cette ville. Il y était, en effet, passé la veille, se dirigeant sur Rouen. Les Prussiens avaient bien appris, par les journaux, que le général en chef de la région du Nord était relevé de son commandement, mais ils devaient croire qu'il le conserverait au moins jusqu'à l'arrivée de son successeur, et ils supposèrent que, dans son voyage de Lille à Amiens et d'Amiens à Rouen, il n'avait d'autre but que de ramener ses ailes sur le centre. C'est pour s'opposer à une telle concentration, que le général de Manteufel attaqua l'armée du Nord, sans même attendre que la sienne eût achevé sa formation en bataille sur la ligne de l'Oise.
Les Prussiens s'étaient déployés sur une ligne Essertaux - Ailly-sur-Noye - Moreuil - Mézières-en-Santerre - Rosières-en-SanterreLéonce Rousset, Histoire générale de la Guerre franco-allemande, les armées de province, tome 5, édition Jules Tallandier, Paris, 1911 - Lire sur Gallica.
Les objectifs du général Farre
Afin d’éviter de livrer la ville d’Amiens sans combattre, le général Farre décida de porter sa maigre armée du Nord encore en formation (seulement trois brigades) au-devant des Prussiens. Le au soir, Farre acheva la concentration de ses troupes le long d’une ligne de 25 km environ allant de Pont-de-Metz au sud-ouest d’Amiens, à Villers-Bretonneux et Corbie à l'est, sur la rive gauche de la Somme. Il avait la triple mission de défendre Amiens, garder Corbie et la voie ferrée d'Amiens à Arras pour permettre la retraite éventuelle de l'armée vers le nord, maintenir la communication avec Rouen et l'antenne du gouvernement de la Défense nationale à Tours.
Premiers affrontements
Le , une colonne prussienne rencontra un groupe de francs-tireurs près du Quesnel. Des ulhans furent attaqués par une compagnie de francs-tireurs embusqués à Villers-aux-Érables. Le 24, un groupe de reconnaissance mené par le colonel du Bessol refoula une avant-garde prussienne à la sortie de Démuin jusqu'à Mézières-en-Santerre, dans un combat meurtrier. Le 26, un combat plus important se déroula entre Gentelles et FouencampsAlbéric de Calonne, Histoire de la ville d'Amiens, tome 3, Amiens, Piteux Frères, 1899, réédition, Bruxelles, Éditions culture et civilisation, 1976. Les Prussiens menèrent une reconnaissance offensive sur Gentelles et sur Boves. Vers 13 h 00, à la tuilerie de Gentelles, les soldats du 20e régiment de chasseurs furent attaqués par des fantassins et des cavaliers prussiens qu'ils refoulèrent. De son côté, le 24e bataillon français repoussa les Prussiens qui tentaient d'atteindre Boves. De Domart-sur-la-Luce où ils étaient cantonnés, les Prussiens attaquèrent les Français au bois de Gentelles et ces derniers durent leur abandonner le bois. Cependant, l'arrivée de renforts formés par la 3e compagnie du 67e régiment de marche permit aux Français de reprendre le bois aux PrussiensAdolphe Lecluselle, La Guerre dans le Nord (1870-1871), 1898, réédition Corlet, Colombelles, 1996 p. 168 à 170.
Déroulement de la bataille
Quatre théâtres d'opérations principaux constituent la Bataille d'Amiens : la bataille de Villers-Bretonneux, les combats de Cachy et de Gentelles, à l'est de la ville ; Les combats de Boves et la Bataille de Dury au sud.
À l’aile gauche, la Brigade du colonel du Bessol tenait le gros de ses forces à Villers-Bretonneux, avec des détachements à Gentelles et Cachy.
Au centre, la Brigade du colonel Derroja, s’étendait de la Route de Montdidier à Saint-Fuscien, en passant par Boves et Fouencamps..
La du général Lecointe, initialement prévue pour défendre les retranchements au sud d’Amiens, fut déployée en soutien du colonel du Bessol.
Deux escadrons de cavalerie gardaient le passage de la Somme à Corbie.
Face à cette concentration, Manteuffel réussit à réunir environ de sa Armée. Il planifia une attaque pour le 27 au matin : le Corps devait avancer au-delà de la Luce, sous-affluent de la Somme, éclairé en avant par la Division de cavalerie, tandis que le Corps devait surveiller le flanc gauche de l'armée.
Quittant leurs cantonnements du Quesnel et de Bouchoir les Prussiens s'avancèrent jusque dans la vallée de la Luce entre Démuin et Thézy-Glimont. Les Français tenaient les bois de Domart-sur-la-Luce et de Hangard ce qui amena les Prussiens à effectuer une percée sur Fouencamps qui sépara l'Armée du Nord en deux fractions qui ne purent reprendre contact avant la fin de la journéeAlbéric de Calonne, Histoire de la ville d'Amiens, tomes 1, 2 et 3, Amiens, Piteux Frères, 1899, réédition, Bruxelles, Éditions culture et civilisation, 1976.