Les relations entre l'Espagne et le Maroc, ou relations hispano-marocaines, sont celles qu'entretiennent deux États géographiquement proches, partageant une longue frontière maritime, mais aussi terrestre le long des présides espagnoles de Ceuta, de Melilla et du peñón de Vélez de la Gomera.
Migration entre les deux pays
Immigration marocaine en Espagne En Espagne il y avait en 2014 quelque recensés, ce qui équivaut à la totalité de la population de la ville de Valence. Des études sociologiques ont montré qu'à la différence d'autres communautés immigrées originaires d'Europe et d'Amérique Latine, la population originaire du Maroc ne se sent pas intégrée au sein de la population espagnole et rencontre des difficultés à s'insérer sur le marché du travail.
Immigration espagnole au Maroc On estime que le Maroc aurait compté illégaux espagnols contraints de migrer pendant la crise économique de 2008. Les consulats enregistrent environ quelque espagnols, mais ce chiffre est vraisemblablement sous-estimé, car beaucoup d'Espagnols résidant de manière permanente au Maroc choisissent de rentrer en Espagne chaque trimestre afin de renouveler leur visa touristique.
Motifs récurrents de conflits diplomatiques entre les deux pays vignette|249x249px|Vue du mur de clôture de Ceuta. La frontière commune entre les deux pays est le point de passage de milliers de voyageurs et subit par ailleurs une pression migratoire considérable. Les thématiques récurrentes dans les relations diplomatiques entre les deux pays et au cours des sont :
Le sort des plazas de soberanía, les présides espagnoles le long de la côté méditerranéenne marocaine, dont Ceuta et Melilla, que le Maroc réclame. Le Maroc a occupé en 2002 l'îlot Perejil (îlot Leila), au cours de ce qui a été envisagé par les autorités espagnoles comme une tentative d'invasion, occasionnant une grave crise. Le dossier du Sahara occidental, ancien territoire colonial espagnol cédé au Maroc sans accord international. L'Espagne réclame que s'applique la feuille de route proposée par l'ONU qui prévoit un référendum d'autodétermination. Le Maroc serait disposé à attribuer davantage d'autonomie à ce qu'il considère désormais comme ses provinces du sud, mais n'est pas disposé à renoncer à sa souveraineté. Il existe divers accords commerciaux entre les deux pays. L'accord le plus connu, car il est aussi celui qui a généré le plus de conflit, est l'accord de pêche. La flotte de pêche espagnole, particulièrement canarienne, ne peut se contenter des réserves halieutiques des eaux territoriales espagnoles, et sollicite régulièrement le droit de pêcher dans les eaux sous juridiction marocaine (incluant les eaux du Sahara occidental, de facto marocaines). Le Maroc exige en échange plusieurs conditions, dont le paiement de redevances, l'inclusion de Marocains dans la flotte étrangère... L'immigration illégale est un grave problème qu'affrontent les deux pays, riverains d'un des deux principaux couloirs de circulation des migrants entre l'Afrique et l'Europe. Le détroit de Gibraltar et le passage maritime séparant le Sahara des îles Canaries sont chaque année traversés par des milliers de migrants à bord d'embarcations de fortune, occasionnant de nombreux morts. La pression migratoire est également palpable à Ceuta et Melilla, qui ont constamment œuvré à renforcer leurs frontières. Si certains observateurs, comme les autorités hongroises, considèrent la gestion migratoire entre l'Espagne et le Maroc comme un exemple à suivre, de nombreuses organisations non gouvernementales dont Amnesty International dénoncent les violations systématiques des droits de l'homme des deux côtés de la frontière. La traque des migrants illégaux dans le nord du Maroc fait certes diminuer la pression migratoire dans cette zone, mais elle oblige les migrants à chercher des routes plus dangereuses. En contrepartie de son engagement, le royaume chérifien retire de son engagement contre l'immigration clandestine des aides financières directes de la part de l'Espagne et de l'Union européenne ainsi qu'un appui d'ordre politique.
Histoire gauche|vignette|220x220px|Réception de l'ambassade marocaine en 1860.
Afrique espagnole Présides espagnols sur les côtes marocaines en Méditerranée
Protectorat espagnol (1912-1956) vignette|En rose, la zone du protectorat espagnol du Maroc, en vert le protectorat français.
Depuis la seconde guerre hispano-marocaine de 1859-1860, l'Espagne nourrit des visées impérialistes sur le Maroc, qui s'exacerbent lors de la conférence de Berlin et, plus encore, à la suite de la guerre hispano-américaine, qui liquide les dernières possessions coloniales espagnoles. Le parti africaniste, puissant parmi les officiers de l'armée espagnole, envisage le projet colonial au Maroc comme une revanche. Mais l'entente cordiale entre Britanniques et Français en 1904 douche les espoirs de l'Espagne, qui ne s'adjuge finalement qu'une petite partie du pays.
En 1912, l'État espagnol établit le protectorat au Maroc. Outre les territoires déjà obtenus à l'issue du traité de Wad-Ras en 1860, à savoir l'enclave de Santa Cruz de la Mar Pequeña (appelée à prendre le nom d'Ifni) et les zones de sécurité autour des enclaves de Ceuta et Melilla, l'Espagne obtient à l'issue du traité de Fès un vaste territoire dans le nord du pays compris entre le cours de la Moulouya et le bassin du Loukkos. Outre la zone nord, qui prend pour capitale Tétouan, l'Espagne obtient une autre bande de territoire comprise entre le cours inférieur de l'oued Drâa et la frontière nord de la colonie du Sahara occidental, autour de Tarfaya et de la zone de Cap Juby. En 1913 une rébellion contre l'occupation espagnole est orchestrée par Abdelkrim El Khattabi. L'armée rifaine inflige une sévère défaite aux troupes espagnoles au cours de la bataille d'Anoual, en . Alors que Melilla est assiégée par les armées rebelles, l'État espagnol a été plongé dans une profonde crise qui aboutit à la dictature de Primo de Rivera. Il faut attendre 1925 pour qu'une intervention conjointe des Espagnols et des Français, prenant en étau l'armée rifaine depuis Al Hoceima et depuis la zone français, parvienne à pacifier définitivement la région.
Le gouvernement de la république espagnole n'apporte pas de grands changements au protectorat. Bien que les citoyens marocains aient réclamé l'égalité de traitement avec les citoyens espagnols, le gouvernement n'accorde la citoyenneté qu'aux juifs marocains et a envahi Ifni en 1934. À cette époque, l'Espagne compte déployés au Maroc, dont des Marocains. Une force qui joue un rôle clé lors du coup d'État de 1936, puisqu'elle est la première à soutenir le coup de force de Francisco Franco .
Après le débarquement allié au Maroc pendant la Seconde Guerre mondiale, les partis politiques semblent réclamer l'indépendance du Maroc. La France a reconnu l'indépendance du Maroc en 1956, l'Espagne faisant de même le de la même année.
Franquisme (1956-1975) vignette|230x230px| Verso d'un billet de 100 dirhams commémorant la Marche verte.
L'Espagne reconnaît l'indépendance du Maroc le . Après de nombreux incidents, le dictateur Francisco Franco invite à Madrid pour accepter de se retirer. L'accord est très défavorable pour l'Espagne, l'indépendance du royaume alaouite étant reconnue sans aucun type de garantie côté espagnol, et assurant la souveraineté des plazas de soberanía mais sans aucune précision quant au territoire concerné.
Malgré l'indépendance des territoires sous protectorat, les pressions nationalistes ne cessent pas et les troupes marocaines redoublent dans la zone sud du protectorat espagnol, autour de Sidi Ifni. Les troupes espagnoles sont assiégées et après un bilan de , l'Espagne abaisse le drapeau à Ifni le .
Dans ce contexte et avec une énorme pression du gouvernement marocain, alors que le gouvernement espagnol est isolé sur la scène internationale, le Maroc revendique sa souveraineté sur le Sahara occidental. L'Espagne, qui voit également la révolution des œillets se dérouler au Portugal, annonce en 1974 qu'un référendum sur l'indépendance serait organisé pour le premier semestre de 1975. À la suite de la mort de Franco, le gouvernement marocain appelle à une marche civile vers le Sahara occidental pour concrétiser le rattachement du territoire espagnol. Le , entrent sur le territoire. Le Maroc a le soutien des États-Unis et de la France, qui se positionnent ainsi contre l'Algérie et le Front Polisario, alliés de l'Union soviétique. Enfin, l'Espagne, le Maroc et la Mauritanie signent les accords tripartites de Madrid, de sorte que l'Espagne renonce à sa domination sur le territoire sahraoui. L'ONU n'a jamais reconnu les accords ni la souveraineté du Maroc sur le Sahara.
De 1975 à nos jours vignette|230x230px| Pavillon marocain à l'Exposition universelle de Séville de 1992.
1975 à 2000 Au cours des années 1980, les relations entre les deux pays demeurent tendues, le gouvernement socialiste étant hostile à l'attitude du Maroc dans le dossier du Sahara occidental. En 1988, un bateau avec des migrants en provenance du Maroc a été photographié pour la première fois sur la plage de Los Lances, à Tarifa. Il s'agirait de la première traversée d'une embarcation de migrants connue. En 1991, le Traité d'amitié, de bon voisinage et de coopération est signé entre les deux pays, offrant un cadre de collaboration économique entre les deux pays. Ce traité oblige également les parties à tenir des réunions de haut niveau sur une base annuelle. En 1995, les deux pays, avec l'Union européenne et d'autres pays du Maghreb, ont lancé le « processus de Barcelone », premier de jalon de l'Association euro-méditerranéenne.
En 1996 débute le renforcement de la clôture de Ceuta. En 1998, des travaux similaires débutent à Melilla, avec la construction d'un mur renforcé pour empêcher le passage des migrants vers la ville.
Depuis 2000 vignette|230x230px| Vue de l'îlot de Persil depuis le continent. Au Maroc, l'îlot porte le nom d'îlot Leïla. Le marque le début de la crise de l'îlot Persil. Des membres de la marine royale marocaine occupent l'île inhabitée de Persil, un promontoire inhospitalier situé le long de la côte nord-africaine. Six jours plus tard, le gouvernement espagnol lance l'opération Romeo-Sierra. Vingt-huit membres du groupe d'opérations spéciales de la marine espagnole prennent le contrôle de l'îlot, capturant les six cadets marocains présents, qui n'offrent aucune résistance. La relation diplomatique n'est rétablie qu'en . En juillet, le Maroc se plaint du manque de neutralité espagnol dans le dossier du conflit du Sahara lorsqu'il siège au Conseil de sécurité des Nations unies, et en octobre, l'Espagne suspend les ventes d'armes au Maroc en raison de la crise de l'îlot de Persil. Le Premier ministre José Luis Rodríguez Zapatero se rend au Maroc en , et le roi Juan Carlos effectue également une visite en . Dans les deux cas, des déclarations communes ont été faites pour parvenir à une solution négociée du conflit du Sahara. Cependant, les visites du président et du roi en 2006 et 2007 refroidissent encore une fois les relations. En 2008 toutefois, une autre étape a été franchie dans le « processus de Barcelone » à l'occasion de la création de l'Union pour la Méditerranée, sur proposition du président français, une union à laquelle se joignent l'Espagne et le Maroc.